_Extraction de l'huile de pied de bœuf._
Le procédé que je venais d'inventer pour extraire la gélatine d'os par
le moyen de l'autoclave, devait naturellement m'amener à opérer sur les
pieds de bœufs; cet objet, d'après la grande extension dont je voyais
mon invention susceptible, pouvant m'offrir d'immenses avantages; car,
outre l'excellente gélatine que le pied contient, je me proposais, par
l'application du même principe, d'en extraire une huile beaucoup plus
fine, beaucoup mieux dépurée, et surtout bien moins chère que celle du
commerce[70].
[70] La mauvaise odeur, le goût détestable et la désagréable couleur
de l'huile de pied de bœuf ne sont dus qu'au peu de soin apporté à sa
fabrication, voici comment elle s'opère dans nos manufactures: on ne
prend pas la peine de nettoyer les pieds, on les jette, pour les
désergoter, dans une eau presque bouillante, après quoi on les fait
bouillir jusqu'à ce que l'huile soit à peu près extraite, car par
cette méthode il s'en perd beaucoup, et là se termine l'opération. Les
pieds retirés de la chaudière sont livrés au commerce, qui en fait
divers usages.
Je ne fus pas entièrement déçu dans mes espérances, et j'eus, pendant un
an que je consacrai à ce genre de manipulation, d'assez heureux
résultats quant à la parfaite qualité de l'huile que j'obtins; mais la
gélatine, quoique très-bonne aussi, ne m'offrait pas tous les avantages
que j'en attendais. Les frais considérables que son extraction
m'occasionna à cause de la dureté des os que j'étais obligé de soumettre
deux fois à l'autoclave pour arriver à les purger entièrement du suc
gélatineux, me firent renoncer à ce genre de travail, que d'autres
occupations, d'un ordre supérieur, ne me permettaient pas d'ailleurs de
suivre avec tous les soins qu'il réclamait. Cependant, comme l'huile de
pied de bœuf, extraite par la pression a une très-grande supériorité
sur celle de nos fabriques, il est convenable que je décrive tous les
procédés à l'aide desquels je suis parvenu à l'obtenir.