1re. Le limbe ou cercle de fort carton, placé autour du couvercle de
l'autoclave, est destiné à le fermer exactement, et doit être d'une
seule pièce. Pour atteindre ce but important, j'ai fait faire des
feuilles de carton de cartes de grandeur et d'épaisseur convenables, de
la meilleure qualité, et j'ai coupé le limbe en pleine feuille avec un
ciseau à froid.
2me. La bonne qualité du carton mérite l'attention du manipulateur,
parce qu'avec un limbe de carton de pâte ordinaire ou de toute autre
matière inférieure, on parviendrait difficilement à fermer exactement
l'appareil, ce qui est le point le plus essentiel.
3me. Un bon cercle de carton, entretenu proprement et avec soin, peut
servir tous les jours pendant plus de deux mois, tandis que tout autre
peut à peine soutenir deux ou trois opérations.
4me. On ne saurait donc prendre trop de précautions pour se procurer le
meilleur carton pour cet objet.
5me. Lorsque le limbe se fatiguait, je m'en apercevais, dans le cours de
l'opération, par l'échappement de la vapeur qui avait lieu plus ou
moins, par la fermeture du couvercle; alors je retirais le feu de
l'appareil, et laissant refroidir jusqu'à ce que je puisse le découvrir,
j'examinais le carton. Lorsque le défaut était peu considérable, j'y
remédiais avec de la colle faite de farine et d'un peu d'eau. Si le
limbe était trop mauvais, je le remplaçais par un autre.
6me. Lorsque j'eus commencé à me servir de l'autoclave, ces fuites de
vapeur m'inquiétaient, surtout lorsqu'elles faisaient beaucoup de bruit;
mais dès que j'en eus reconnu la cause, je fus rassuré.
7me. Après avoir opéré pendant sept à huit jours avec le second appareil
de 400 litres que j'avais fait construire, je m'aperçus d'un léger
défaut sur la carre. C'était une tache noire, longue d'un pouce, et de
l'épaisseur d'un cheveu. Je ne m'inquiétai point de ce défaut, et je
continuai à me servir de cet appareil. Il survint à ce point noir une
petite cassure par laquelle il s'échappait un peu de vapeur; elle ne
tarda pas à augmenter et à donner plus de fuite à la vapeur. Comme cette
perte ne nuisait en rien à mon opération, et que j'obtenais toujours le
degré de chaleur nécessaire, je continuai à me servir de l'appareil
jusqu'à ce que cette cassure devint si considérable, qu'elle laissait
échapper une grande quantité de vapeur. Je fis prévenir l'ouvrier qui
m'avait fourni cet appareil avec garantie; il voulut remédier à ce
défaut par une forte soudure. Deux jours après cette réparation,
l'ouvrier crut la bien fermer en soudant dans l'intérieur, et en y
appliquant un champignon d'étain. Il en fit autant à l'extérieur, mais
il ne put parvenir par ce moyen à empêcher la fuite de la vapeur, et fut
obligé de reprendre son appareil.
8me. Cet incident m'a confirmé la certitude que j'avais déja acquise,
que toutes les fuites de vapeur d'un appareil en action, soit par la
soupape, soit par la fermeture du couvercle, voire même par quelques
défauts dans la marmite, ne pouvaient jamais occasionner l'explosion de
l'autoclave. Ces fuites doivent, au contraire, rassurer le manipulateur,
et l'engager à y porter remède dès qu'elles se font entendre.
9me. Quelques opérations lui suffiront pour diriger la manipulation de
l'autoclave avec calme et assurance.
10me. De tout ce qui précède, il est évident que l'adhérence de la
soupape avec le boisseau, si on négligeait de la tourner de temps à
autre, pourrait occasionner un déchirement dans l'appareil. L'attention
du manipulateur doit donc se porter entièrement sur ce seul point, afin
d'éviter les accidens.
Les résultats que l'on obtient par l'autoclave, sont identiquement les
mêmes que ceux obtenus par le célèbre Papin avec le digesteur inventé
par lui en 1681.
La construction du digesteur était bien plus compliquée, et les moyens
de s'en servir et de le conduire étaient bien moins simples. On peut
s'en convaincre en lisant la description insérée dans l'ouvrage
intitulé: _Manière d'amollir les os et de faire cuire toutes sortes de
viandes_, etc.
En 1759, la société des belles-lettres, sciences, etc., de
Clermont-Ferrand, sur la proposition d'un de ses membres, qui était en
même temps secrétaire-général de cette société, fit usage du digesteur
de Papin, pour procurer du bouillon d'os aux pauvres. Le mémoire
présenté à cette société sur l'emploi économique du digesteur de Papin,
a été imprimé, et l'auteur, après avoir fait l'éloge des résultats
avantageux qu'il obtint, dit:
«Cependant, si on considère que la machine de Papin, dans son premier
état, et au temps même où les savans ont écrit, paraissait devoir être
sujette à des explosions comparables à l'éclat des bombes, sans qu'on
eût dans la pratique d'autre règle pour juger du degré de chaleur,
par-delà lequel l'explosion pouvait avoir lieu, que la prompte
évaporation d'une goutte d'eau jetée sur le couvercle de la marmite,
on comprendra aisément pourquoi cette machine, malgré son utilité,
avait demeuré jusqu'alors sans usage.»
L'auteur de ce mémoire a beaucoup simplifié l'appareil de Papin, et sans
faire usage de la goutte d'eau jetée sur le couvercle, évaporée en plus
ou moins de secondes, le plus ou moins de charbon employé sous le
digesteur, lui servait de régulateur pour connaître le degré de chaleur
nécessaire à ses opérations. Ce dernier moyen, quoique plus rassurant
que l'évaporation de la goutte d'eau, était encore loin de donner toute
sécurité au manipulateur.
Malgré les inconvéniens de cette dernière manière d'opérer, on voit, à
la lecture du mémoire, que cet appareil a été employé avec succès à
Rouen et à Clermont-Ferrand, pour procurer des bouillons d'os aux
pauvres.
En résumé:
Pour opérer avec parfaite sécurité, on doit se procurer, 1º des
autoclaves de cuivre rouge ductile, d'un planage soigné, bien étamés
dans l'intérieur, ainsi que leurs couvercles, et confectionnés dans
toutes leurs parties avec précision; 2º le meilleur carton de cartes
pour les limbes qui seront coupés d'un seul morceau assez juste pour
opérer la parfaite fermeture de la marmite dans l'intérieur; 3º de bons
fourneaux économiques, garnis de registres pour régulariser l'action du
feu et l'éteindre à volonté. L'appareil ainsi disposé, en y joignant le
soin et l'attention que nous avons déjà recommandés, surtout à l'égard
de la soupape, on pourra opérer avec assurance et confiance.