SIROP ET RATAFIAS.

C'est avec le même sirop de raisin que j'ai préparé les compotes, les

confitures, les sirops et les boissons acidules, ainsi que les liqueurs

et ratafias de tous les fruits dont j'ai parlé.

2º J'ai fait avec le même moût, et par les mêmes procédés, du sirop,

excepté que je n'ai fait cuire ce dernier que légèrement, c'est-à-dire

un quart de moins que le premier, voulant m'assurer si, au moyen de

l'application de la chaleur au bain-marie par les procédés indiqués, il

se conserverait. Lorsque mon sirop, ainsi préparé, a été refroidi, je

l'ai mis dans trois bouteilles, l'une pleine et les deux autres en

vidange d'un quart et de moitié; j'ai bouché, ficelé, etc., et soumis au

bain-marie jusqu'au bouillon seulement, et je n'ai remarqué aucune

différence de la bouteille pleine à celles en vidange; toutes trois se

sont parfaitement conservées.

3º J'ai pris six pintes de moût de raisin conservé, auxquelles j'ai

ajouté deux pintes de bonne eau-de-vie vieille, portant vingt-deux

degrés, avec deux livres de sirop de raisin que j'avais préparé. Cette

préparation, que j'ai bien mêlée, m'a servi à composer quatre liqueurs

différentes, au moyen d'infusions de noyaux d'abricots, de menthe, de

fleur d'orange et de badiane que j'avais disposés à l'avance; ces

liqueurs, bien filtrées, ont été trouvées fort bonnes et suffisamment

sucrées.

4º J'ai pris deux bouteilles de moût conservé que j'ai débouchées et

transvasées dans deux autres bouteilles propres qui ont été de suite

bouchées et ficelées; j'ai laissé ces deux bouteilles debout pendant dix

jours; après cet intervalle, cette liqueur fit sauter son bouchon, comme

le meilleur vin de Champagne, et moussait de même.

5º J'ai répété cette dernière expérience de la même manière; au bout de

douze à quinze jours, ne voyant aucune apparence de fermentation dans

les bouteilles, je les débouchai pour leur rendre de l'air, et, dans

deux, je mis plein une cuiller à bouche de suc de framboises conservé.

Après les avoir rebouchées et ficelées, je les ai encore laissé passer

huit jours debout; au bout de ce temps, le blanc et le rosé firent

sauter le bouchon; ils moussaient parfaitement et étaient fort agréables

au goût, particulièrement le rosé parfumé de framboises.

J'ai fait, depuis, avec le même moût de raisin, de la récolte de 1808,

l'expérience suivante:

J'ai pris trois bouteilles de vin blanc de Chablis de trois feuilles; je

l'ai coupé avec autant de moût, ce qui m'a fait six bouteilles que j'ai

bien bouchées, ficelées et mises à la cave.

Au bout de quinze jours, la fermentation s'était si fort prononcée, que

je trouvai deux de ces bouteilles cassées; je relevai les quatre

restantes sur le cul, pour leur éviter le même sort. J'en débouchai une

un mois après; le bouchon sauta comme au plus grand mousseux de

Champagne. Les trois autres furent débouchées successivement, et

produisirent le même effet. La mousse suivit le bouchon jusqu'au

plafond.

La qualité de ce Champagne factice était bien supérieure à celle de mes

premières expériences, et bien des personnes l'eussent pris pour du vrai

Champagne.

Les amateurs, qui voudront répéter ces expériences, seront bien

dédommagés de leurs peines, en se procurant, à très-peu de frais, le

plaisir de faire eux-mêmes des vins, et même des liqueurs mousseuses,

avec du moût de raisin de leur récolte.

Déjà j'ai fait diverses expériences avec les quatre espèces de moût que

j'ai conservé, en 1810, par mes procédés. En voici une que j'ai répétée

plusieurs fois.

_Vins de Liqueur, blancs et rouges._

J'ai pris du raisin très-mûr et bien épluché, que j'ai fait égrener et

écraser sur des tamis; j'ai soumis à la presse le marc, pour en extraire

tout le suc qui pouvait y rester, et que je mêlai avec le premier; le

moût ainsi préparé, j'en ai mis dix-huit pintes dans un baril de

vingt-quatre; j'ai achevé de le remplir avec six pintes, c'est-à-dire le

quart, de bonne eau-de-vie vieille de Montpellier, portant 22 degrés à

la température. Après avoir bien bouché le baril, je l'ai oublié au

cellier pendant six mois, après lequel temps je l'ai mis en bouteilles,

et rangé sur des lattes, à la cave, l'ayant bien bouché sans le

ficeler.

Il est à remarquer, qu'en opérant ainsi, le moût de raisin se trouve

muté au moyen du quart d'eau-de-vie qui y est ajouté, et que cette

liqueur, après avoir précipité tout ce que le moût pouvait avoir de

fermentescible, le maintient très-limpide, et se combine avec lui, de

manière à perdre son goût au bout de six à huit mois, qu'il se convertit

en vinosité.

Par ce procédé, j'ai obtenu, après huit mois, du vin liquoreux,

très-agréable, auquel on aurait donné deux ou trois feuilles.

Ce vin qui, tout bien calculé, ne m'est revenu qu'à 10 sous la

bouteille, est, quant à la qualité, supérieur au vin cuit qu'on a

l'usage de faire aux vendanges.

D'après ces expériences, faites avec le raisin de Massy, il est plus que

probable que, dans le Midi, ainsi que dans les bons vignobles, on

obtiendra des résultats infiniment précieux. On y conservera ainsi le

moût de raisin, pour le rapprocher à volonté, par la congélation, en

consistance de sirop, après l'avoir désacidifié, pour le sirop doux; ou

bien si l'on rapproche le moût sur le feu, le degré de cuisson, de 25,

30 ou 33, à l'aréomètre, deviendra indifférent pour conserver ces sirops

pendant plusieurs années, en les soumettant à l'application de la

chaleur du bain-marie, par les procédés préparatoires que j'ai employés.

Au moyen de ces procédés, faciles à mettre en pratique, et surtout peu

coûteux dans l'exécution, on obtiendra des sirops plus clairs, plus

blancs (fussent-ils faits de raisin noir) et d'une douceur franche et

libre, exempts de goût de mélasse et de caramel, ce qu'on n'a pu encore

éviter quand on a voulu donner au sirop de raisin le degré de cuisson

convenable pour le garder.

C'est ainsi que, conservée dans des bouteilles ou dames-jeannes de

toutes capacités, cette précieuse production pourra être exportée à de

longues distances, en toutes saisons, et venir de Bergerac, de Mèze, et

de toutes les fabriques du midi, bonifier les produits de nos petits

vignobles, et faire jouir toutes les classes de la société de cette

utile ressource.

Le livre de tous les ménages ou l'art de conserver pendant plusieurs années toutes les substances animales et végétales · 第 116 / 161 题