PRÉPARATION DU SIROP DE RAISIN.

«On prend vingt-quatre pintes de moût, et on en met la moitié dans un

chaudron placé sur le feu, avec la précaution d'éviter une trop forte

ébullition. On ajoute de nouvelle liqueur à mesure que celle du

chaudron s'évapore; on écume et on agite à la surface, pour augmenter

l'évaporation. Lorsque la totalité du moût est introduite, on écume,

on retire la chaudière du feu, et on ajoute de la cendre lessivée,

enfermée dans un nouet, ou du blanc d'Espagne, ou de la craie réduite

en poudre et délayée préalablement dans un peu de moût, jusqu'à ce

qu'il ne se fasse plus d'effervescence ou espèce de bouillonnement

dans la liqueur, qu'on a soin d'agiter. Par ce moyen on sépare, on

neutralise les acides contenus dans le raisin; on s'assure que la

liqueur n'est plus acide, lorsque le papier bleu qu'on y plonge n'est

pas coloré en rouge. Alors on replace la chaudière sur le feu, après

avoir laissé déposer un instant, et on y met deux blancs d'œufs

battus. On filtre la liqueur à travers une étoffe de laine fixée sur

un châssis de bois de douze à quinze pouces carrés, de manière à

occuper peu de place; on fait bouillir de nouveau, et on continue

l'évaporation.

«Pour connaître si le sirop est cuit, on en laisse tomber avec une

cuiller sur une assiette: si la goutte tombe sans jaillir et sans

s'étendre, ou si, en la séparant en deux, les parties ne se

rapprochent que lentement, alors on juge qu'il a la consistance

requise.

«On le verse dans un vaisseau de terre non vernissé, et après qu'il

est parfaitement refroidi, on le distribue dans des bouteilles de

médiocre capacité, propres, sèches, bien bouchées, qu'on porte à la

cave. Il faut qu'une bouteille, une fois entamée, ne reste pas

long-temps en vidange, et avoir l'attention de la tenir le goulot

renversé, chaque fois qu'on s'en est servi.

«Il n'est guère possible de déterminer d'une manière précise la

quantité de craie ou de cendre qu'il est nécessaire d'employer; il en

faut moins au midi qu'au nord: mais, dans tous les cas, l'excédant ne

saurait nuire, vu qu'il reste confondu, sur le filtre, avec les autres

sels insolubles et les écumes.

«Si dans la vue de conserver plus long-temps ces sirops, on portait la

cuisson trop loin, on se tromperait, car il ne tarderait pas à se

cristalliser au fond des bouteilles et à se décuire; dans le cas

contraire, si on ne l'évaporait pas suffisamment, il fermenterait

bientôt: une ménagère n'aura pas fait deux fois de ces sirops, qu'elle

saura saisir le degré de cuisson qu'il faut leur donner, mieux qu'on

ne pourrait lui indiquer le point où il convient qu'elle s'arrête.»

Le livre de tous les ménages ou l'art de conserver pendant plusieurs années toutes les substances animales et végétales · 第 115 / 161 题