J'ai composé des liqueurs et des ratafias avec des sucs de fruits
conservés et sucrés avec le sirop de raisin. Ces préparations ne le
cédaient en rien aux meilleures liqueurs de ménage.
Les moyens simples et faciles que je viens d'indiquer, de préparer tous
les fruits conservés pour l'usage journalier, prouvent suffisamment que
cette méthode, aussi sûre qu'utile, apportera la plus grande économie
dans la consommation du sucre de cannes. Les consommateurs, et les
artistes particulièrement, qui, par état, sont obligés, pendant l'été, à
des provisions considérables de cette denrée étrangère, pour les sirops,
les confitures, les liqueurs, ainsi que pour tous les objets de
pharmacie, seront dispensés d'en acheter; et, en effet, il leur suffira
de faire leur provision de fruits à la récolte, et de les conserver par
cette nouvelle méthode, pour ne les préparer au sucre qu'au fur et à
mesure des besoins. Il en résultera que la majeure partie de tous ces
fruits, ainsi conservés, seront consommés, sans ou avec très-peu de
sucre; que beaucoup seront préparés avec le sirop de raisin, et qu'il
n'y aura que pour des objets indispensables et pour satisfaire de
vieilles habitudes ainsi que le luxe de quelques tables, qu'on emploiera
le sucre de cannes ou de betteraves.
Il en résultera que, dans une bonne année, il ne faudra pas de sucre
pour faire des provisions pour les cas de disette, et qu'on obtiendra, à
peu de frais, avec des fruits conservés, de deux, trois et quatre ans,
les mêmes jouissances que dans les années d'abondance.