PETITS POIS VERTS.

Le _clamart_ et le _crochu_, sont les deux espèces de pois que je

préfère, surtout le dernier, qui est le plus moelleux et le plus sucré,

ainsi que le plus hâtif, après le _michaux_ cependant, qui est le plus

précoce de tous; mais ce dernier n'est pas propre à être conservé. Je

fais cueillir les pois pas trop fins, parce qu'ils fondent en eau à

l'opération; je les prends un peu moyens, ils ont infiniment plus de

goût et de saveur, se trouvant alors plus faits. Je les fais écosser

aussitôt qu'ils sont cueillis. J'en fais séparer les gros, et ils sont

mis de suite en bouteilles, avec l'attention de faire tasser les

bouteilles sur le tabouret déja cité, pour en faire entrer le plus

possible. Je les bouche de suite, etc., pour les mettre au bain-marie

pendant une heure et demie, au bouillon, lorsque la saison est fraîche

et humide, et deux heures, lorsqu'il y a chaleur et sécheresse, et je

finis l'opération comme les précédentes.

J'ai mis également en bouteilles les gros pois qui ont été séparés des

fins; je les bouche, etc., pour leur donner, suivant la saison, deux

heures ou deux heures et demie de bouillon au bain-marie.

_Autre manière de conserver les petits pois._

Toujours à la recherche d'un moyen de conserver ce légume préférablement

à celui publié dans mes précédentes éditions, je fis diverses

expériences. Dans le courant du mois de juin, je mis en bouteilles des

petits pois que je tassai légèrement: il me vint dans l'idée de remplir

jusqu'à trois pouces de la cordeline, avec du moût de raisin conservé de

l'année précédente, les interstices que forment les petits pois dans la

bouteille; j'en préparai de cette manière vingt-cinq bouteilles. Vers le

25 septembre suivant, je fus invité à dîner à l'hôtel des Américains

avec les officiers de bouche du prince régent d'Angleterre, qui se

fournissaient de mes conserves. Je profitai de cette occasion pour

provoquer la dégustation des petits pois préparés par mon nouveau moyen;

j'en fis en conséquence préparer un plat: ils furent goûtés

comparativement avec des petits pois achetés le matin, on les trouva

tels qu'on ne pouvait faire de différence de l'un à l'autre. M. Labour,

qui tenait alors mon dépôt, fut enchanté, ainsi que moi, de cette

réussite; le lendemain, toujours dans l'enthousiasme des petits pois de

la veille, il m'engagea à profiter de la bonne année qui se présentait

pour conserver une grande provision de moût de raisin, afin de préparer,

l'année suivante, des petits pois par ce nouveau procédé; et de suite,

il mit mille écus à ma disposition pour cette opération; les vendanges

allaient commencer, je me rendis dans le meilleur vignoble des environs

de Paris, où j'achetai quinze milliers de raisin noir le mieux choisi,

qui me fut livré successivement à ma fabrique et en parfaite maturité.

Cette quantité me donna trois mille bouteilles de moût de raisin

excellent et bien blanc, quoique fait avec du raisin noir. Tous frais

déduits, bouteilles et bouchons compris, il m'est revenu à un franc la

bouteille. Je le fis ranger sur des lattes à la cave pour l'année

suivante; la saison des petits pois étant arrivée, j'en préparai,

d'après ce nouveau procédé, environ quatre à cinq cents bouteilles. Je

m'en suis heureusement tenu à ce nombre, car la majeure partie fut

perdue par la casse et le mauvais goût que les petits pois contractèrent

successivement, sans que j'aie pu en deviner la cause. Il me fallut

abandonner cette méthode, et garder le moût de raisin qui s'est conservé

bien long-temps: enfin, je suis parvenu à l'écouler. On verra à

l'article des fruits l'usage que j'en ai fait.

_Nouvelle manière de conserver les petits pois._

A l'époque où je commençai à faire usage de boîtes de fer-blanc, je fis

l'essai suivant. Après avoir disposé douze litres de petits pois bien

récents, les avoir lavés et maniés avec une livre et demie de beurre

bien frais, je les fis égoutter et les mis sur le feu; je couvris le

vase d'un couvercle concave, et je fis cuire les petits pois sans les

mouiller, en les sautant de temps à autre, et en ayant soin d'entretenir

d'eau fraîche la partie creuse du couvercle. Je renouvelai l'eau

lorsqu'elle était très-chaude; je laissai cuire les petits pois comme

pour les servir, et je les finis avec un morceau de beurre manié avec un

peu de farine. Je les mis alors refroidir dans une terrine, et ensuite

en petites boîtes contenant une livre et demie; je fis bien fermer les

boîtes, et leur donnai, au bain-marie, une petite heure d'ébullition.

_Petits pois préparés à l'anglaise._

Cette manière est toute simple. Je fais cuire les petits pois dans de

l'eau: lorsqu'ils sont cuits, je les assaisonne de sel en ajoutant deux

ou trois onces de beurre frais par litre de petits pois; je les saute,

et lorsqu'ils sont froids, je les mets en boîtes, etc., pour les mettre

au bain-marie et recevoir une petite heure d'ébullition. On peut aussi

employer les bouteilles pour conserver les petits pois par cette

méthode.

Par ces deux manières, les petits pois ont été conservés parfaitement:

on pourra conserver aussi en boîtes, et par ce procédé, les gros pois,

soit au lard ou toutes autres viandes avec sécurité. Pour en faire

usage, il suffit de les faire chauffer au bain-marie au moment de les

servir. On peut à volonté ajouter un peu de sucre, etc.

Me voilà enfin fixé sur cette dernière méthode qui est bien supérieure à

toutes les précédentes.

Le livre de tous les ménages ou l'art de conserver pendant plusieurs années toutes les substances animales et végétales · 第 39 / 161 题