CONSOMMÉ.

En l'an 12, ayant l'espoir de fournir les rafraîchissemens des malades à

bord des vaisseaux de l'État, d'après diverses expériences déja faites

dans les ports de mer par les ordres de _S. Exc. le ministre de la

marine et des colonies_, sur des productions alimentaires conservées par

ma méthode, je fis les dispositions nécessaires pour pouvoir répondre

aux demandes sur lesquelles j'avais lieu de compter. En conséquence,

pour moins multiplier les vases, et pouvoir renfermer dans une

bouteille de pinte huit bouillons, je fis l'expérience suivante. Comme

généralement l'évaporation ne peut se faire qu'aux dépens de l'objet

qu'on veut rapprocher[28], j'ai disposé un consommé foncé de deux livres

de bonne viande et volaille par pinte. Mon consommé étant fait, passé et

rafraîchi, je le mis en bouteilles. Après l'avoir bien bouché, ficelé et

mis en sacs, je le plaçai dans la chaudière. J'avais retiré au quart

cuits les meilleurs morceaux de bœuf et de volaille. Après que ces

objets ont été refroidis, je les ai mis dans des bocaux. J'ai recouvert

ces viandes du même consommé. Après avoir bien bouché, luté, ficelé et

mis en sacs ces bocaux, je les ai rangés debout dans la même chaudière,

avec les bouteilles de consommé. Après avoir empli la chaudière d'eau

froide jusqu'à la cordeline (ou la bague) des vases, et avoir couvert et

garni le couvercle d'un linge mouillé, j'ai mis le feu sous le

bain-marie. Lorsqu'il a été au bouillon, j'ai continué le même degré de

chaleur pendant deux heures, et j'ai fini cette opération comme la

précédente. Le bœuf et la volaille se sont trouvés cuits à propos, et

se sont conservés, ainsi que le consommé, plus de deux ans.

[28] Les gelées, les essences de viande, les fonds de glaces et les

tablettes à bouillon, qu'on obtient des parties molles et blanches des

animaux, conservés à grands frais au moyen de l'évaporation, de la

dessiccation dans les étuves, à l'aide de la corne de cerf et de la

colle de poisson, ne présentent que des alimens factices, sans saveur

et sans autre goût que celui d'empyreume et de moisi, etc.

_Gelée de Volaille, Bœuf et Veau._

J'ai composé et conservé, de la même manière, pour un capitaine de

marine dont l'estomac, fatigué depuis long-temps, ne pouvait supporter

les alimens d'usage à la mer, une gelée foncée de sept livres de viande

par bouteille de pinte, en proportion convenable de chacune, pour son

voyage de l'Inde. Chacune de ces bouteilles a produit cinquante

bouillons excellens, au moyen d'une cuiller à bouche pleine de cette

gelée dans trois onces d'eau bouillante et un peu de sel; cette gelée,

d'un sel léger, a été également bonne à manger sur le pain, au sortir de

la bouteille.

Le livre de tous les ménages ou l'art de conserver pendant plusieurs années toutes les substances animales et végétales · 第 24 / 161 题