J'ai mis un pot-au-feu à l'ordinaire; lorsque la viande a été aux trois
quarts cuite, j'en ai retiré la moitié que j'avais désossée pour la
conserver. Le pot-au-feu fait, j'en ai passé le bouillon; après qu'il a
été refroidi, je l'ai mis dans des bouteilles que j'ai bien bouchées,
ficelées, et enveloppées chacune dans un sac. Le bœuf que j'avais
retiré aux trois quarts cuit, a été mis en bocaux, baignant dans partie
du même bouillon. Après les avoir bien bouchés, lutés, ficelés et mis en
sac, je les ai rangés avec les bouteilles contenant le bouillon, debout
dans une chaudière; j'ai empli cette chaudière d'eau froide, de manière
que les bouteilles et les bocaux baignassent jusqu'à la cordeline (ou
bague). J'ai mis le couvercle sur la chaudière, et ayant eu soin de
l'entourer de linge mouillé, afin de boucher toutes les issues, et
empêcher, le plus possible, l'évaporation du bain-marie, j'ai mis le feu
sous la chaudière; lorsque le bain-marie a été en ébullition ou au
bouillon, j'ai entretenu le même degré de chaleur pendant trois quarts
d'heure, après quoi j'ai retiré le feu bien exactement dans un
étouffoir. Une demi-heure après, j'ai lâché l'eau du bain-marie par le
robinet qui se trouve au bas de la chaudière; j'ai découvert cette
chaudière au bout d'une autre demi-heure; une heure ou deux après
l'ouverture de la chaudière (le temps n'y fait rien, cela dépend du plus
ou moins de besoin qu'on peut avoir de cette chaudière), j'en ai retiré
les bouteilles et les bocaux, dont j'ai goudronné les bouchons le
lendemain avec du galipot, pour les expédier dans divers ports de mer.
Au bout d'un an et dix-huit mois, le bouillon et le bouilli ont été
trouvés aussi bons que faits du jour même.