CHAPITRE IV.

_Du Bain-marie._

L'opération du bain-marie, dont dépend la conservation des substances,

ayant pour objet de les frapper d'une intensité de chaleur assez forte

pour que l'air renfermé dans les bocaux ou boîtes qui les contiennent,

éprouve une entière décomposition, il n'est pas nécessaire que ces

bocaux ou boîtes soient immergés, il suffit qu'ils soient enveloppés

d'une atmosphère de vapeur assez élevée pour produire cet effet.

Dans l'origine de ma découverte j'ai tenté l'application du calorique

par divers moyens, qui tous, à côté de leurs avantages, présentaient de

graves inconvéniens. Le bain-marie à découvert, dont j'ai bientôt

reconnu le vice radical; le bain-marie couvert, auquel je suis

irrévocablement fixé, et le bain de vapeur, ont été tour à tour l'objet

de mes expériences et de mes réflexions. Je ne reviendrai pas sur les

détails que j'en ai donnés dans mes précédentes éditions. Je me bornerai

ici à décrire les procédés du bain-marie couvert, tel que je le pratique

depuis près de quatorze ans[21].

[21] Comme il serait possible que quelques lecteurs désirassent

connaître le procédé que j'employais pour appliquer le calorique par

la vapeur, je vais donner une analyse succincte des deux manières dont

j'opérais:

_Première manière d'appliquer le calorique aux diverses substances que

l'on veut conserver par la vapeur de l'eau bouillante._

Après avoir rangé mes vases et bouteilles dans un cuvier, je l'ai

rempli d'eau de manière que les vases y baignaient à trois pouces de

la cordeline seulement, la vapeur produisant elle-même assez d'eau

pour qu'à la fin de l'opération elle atteignît jusqu'à la cordeline;

j'ai couvert ce cuvier de son couvercle, que j'ai fait poser sur les

bouteilles. Après l'avoir luté de linge mouillé, j'ai ouvert un

robinet à deux eaux pour y introduire la vapeur de l'eau d'une

chaudière à l'ébullition: quarante-cinq minutes ont suffi pour mettre

l'eau du cuvier au bouillon. Ce degré continué pendant une heure, j'ai

fermé le robinet à la vapeur, et j'ai ouvert celui du cuvier que j'ai

décanté.

J'ai répété cette expérience sur diverses substances animales et

végétales, toutes ont réussi comme au bain-marie.

_Deuxième manière d'appliquer le calorique._

Cette seconde manière est beaucoup plus simple et plus précise que la

première; elle consiste à ranger les bouteilles dans le cuvier, ainsi

qu'il vient d'être dit, mais sans y mettre d'eau. Après avoir bien

luté le couvercle avec du linge mouillé, on ouvre le robinet de la

chaudière d'eau bouillante pour introduire la vapeur. Le cuvier est

bientôt échauffé, et au bout de quarante-cinq minutes, il est porté à

l'ébullition que l'on continue pendant une heure. Alors on ferme le

robinet à la vapeur, et une heure et demie après, on découvre le

cuvier pour en retirer les vases.

J'ai fait une expérience de ce procédé sur des bouteilles vides; j'en

ai couché soixante-dix dans un cuvier bien couvert et luté; j'ai

introduit la vapeur, et je les ai exposées à son action pendant une

heure et demie; j'ai ensuite fermé le robinet, et je leur ai laissé

passer la nuit. Le lendemain, il ne s'en est pas trouvé une seule de

cassée, et j'ai remarqué, en me servant de ces bouteilles recuites,

qu'elles étaient meilleures et cassaient beaucoup moins que les

autres.

_Bain-marie, couvert._

Je range les vases ou bouteilles debout dans une chaudière, ensuite je

l'emplis d'eau fraîche de manière que les vases y baignent jusqu'à la

cordeline (ou bague). Je couvre les vases ou bouteilles de linges

mouillés, je ferme l'appareil de son couvercle luté soigneusement et

chargé d'un poids de 25 kilogrammes, afin de fermer toutes les issues et

d'empêcher le plus possible l'évaporation du calorique. La chaudière

ainsi disposée, je mets le feu dessous. Lorsque le bain-marie est

parvenu à l'ébullition, je continue ce degré de chaleur plus ou moins de

temps, suivant la nature des substances sur lesquelles j'opère. Le temps

révolu, je retire le feu; un quart d'heure après je décante l'eau du

bain par le robinet; une demi-heure après l'eau retirée, je découvre la

chaudière; je n'en tire les bouteilles qu'une heure après l'ouverture,

ce qui termine l'opération.

Comme il est difficile de s'imaginer le nombre prodigieux d'essais qu'il

m'a fallu faire pour arriver à simplifier autant le procédé que je viens

de décrire, je pense qu'il ne sera pas sans quelque utilité pour les

personnes qui voudraient pratiquer ma méthode de trouver rapportées ici

les principales expériences qui m'ont insensiblement conduit au degré de

perfection où je l'ai portée.

_Première expérience_: La manière de fermer l'appareil en faisant poser

son couvercle sur les bouteilles, ainsi que je l'ai décrit dans la

précédente édition, ne remplissait qu'imparfaitement mon but, et dans

l'opération j'éprouvais toujours une casse considérable. Dans l'espoir

de remédier à ce grave inconvénient, j'essayai d'opérer à vase

découvert; le résultat fut d'abord encourageant, la casse des bouteilles

fut beaucoup moins forte, mais au bout d'un mois la plupart de celles

que j'avais soumises à ce bain-marie, éclatèrent dans le magasin.

Cette avarie inattendue me donna un ample sujet de réflexions, je

m'arrêtai enfin à l'idée que le bain-marie découvert ne pouvait procurer

une assez forte intensité de chaleur pour opérer la décomposition de

l'air renfermé dans les bouteilles: en effet, on conçoit que

l'évaporation continuelle qui a lieu pendant l'ébullition, empêche l'eau

de retenir un volume de calorique assez considérable pour amener ce

résultat; voulant me convaincre de la vérité de cette réflexion par une

expérience, je fis la suivante.

_Deuxième expérience_: Je plaçai debout, dans un appareil, vingt-cinq

bouteilles renfermant différentes substances; je versai l'eau jusqu'à

trois pouces de la cordeline; je couvris ce premier rang d'une grille,

sur laquelle je rangeai vingt-cinq autres bouteilles, qui, par

conséquent, ne baignaient point dans l'eau. Comme cette seconde rangée

excédait la hauteur de la chaudière, je me servis, pour la fermer, d'un

couvercle convexe (une espèce de cloche), posant de justesse sur ses

bords, et que je chargeai d'un poids de 25 kilogrammes; outre cette

précaution, je pris encore celle de bien luter avec du linge mouillé,

afin de mieux concentrer le calorique dans l'appareil et de le porter au

degré d'intensité nécessaire à l'opération. Cette préparation achevée,

j'allumai le feu et poussai le bain à l'ébullition; alors, et pour le

maintenir à ce point, je diminuai progressivement le feu.

L'appareil ainsi fermé ne laissa échapper aucune parcelle du calorique,

qui, tout-à-fait comprimé dans l'intérieur, augmenta d'intensité

jusqu'au degré suffisant pour atteindre les substances et en opérer la

conservation.

Le succès de cette expérience fut complet, toutes les substances furent

bien conservées, et le déchet n'excéda pas deux bouteilles sur cent.

_Troisième expérience_: Lors de la seconde invasion, quand les alliés

eurent détruit de fond en comble mon bel établissement de Massy, qu'ils

transformèrent en hôpital, je vins me réfugier à Paris avec les débris

de quelques-uns de mes appareils.

J'habitais un très-petit local, rue Cassette, où, bien que dénué des

ustensiles nécessaires, je ne laissai pas de m'occuper de la

conservation des légumes et des fruits.

Tout à l'étroit que j'étais, je continuai de faire l'application du

calorique par le même procédé que je viens d'indiquer, je lui donnai

même encore plus d'extension; le manque d'appareils en quantité

suffisante pour faire marcher mes opérations avec la rapidité qu'exige

le peu de durée de la saison des fruits, me suggéra l'idée de mettre à

la fois dans une seule chaudière, et en les rangeant sur trois rangs,

jusqu'à cent bouteilles de substances à conserver, la première rangée

ayant de l'eau à trois pouces de la cordeline, et la dernière se

trouvant absolument hors de l'appareil; les bouteilles de ce dernier

rang étaient maintenues avec des ficelles et soigneusement enveloppées

de linges. Pour fermer ce gigantesque appareil, à défaut de couvercle,

je fis usage d'une chaudière vide de la grandeur de la première, que je

renversai dessus comme une cloche; après avoir luté et chargé ce

couvercle d'un poids de 25 kilogrammes, je continuai l'opération ainsi

que dans l'expérience précédente et j'obtins le même succès[22].

[22] Quand j'eus reformé en grand mon établissement aux Quinze-Vingts,

et que je me fus procuré tous les appareils nécessaires à ma

fabrication; je ne m'amusai plus, comme on le pense bien, à superposer

deux et trois rangs de bouteilles dans une chaudière; mais je

continuai de les couvrir de linge à l'intérieur, et de bien fermer et

luter les couvercles.

Quoique la plupart des personnes qui font des conserves d'après mon

procédé, n'emploient que le bain-marie découvert, l'incontestable

avantage du bain-marie couvert n'en sera pas moins facilement compris,

si l'on veut considérer que l'eau, toute perméable qu'elle est à la

chaleur, ne peut la retenir à plus de 85 degrés de Réaumur, dans un vase

ouvert, température beaucoup trop basse pour atteindre les substances

soumises à son action, et qui ne peut être augmentée que par la

concentration du calorique, ce fluide tendant toujours à s'élever et ne

faisant que traverser le liquide, dans lequel d'ailleurs il ne porte

qu'une chaleur inégale, celle de la région inférieure du vase étant

toujours moins grande que celle de sa superficie.

A l'époque où je ne pratiquais que le bain découvert, je ne m'étais

jamais inquiété de la différence qui pouvait exister entre ses résultats

et ceux du bain-marie couvert. Un jour que je voulais opérer sur une

seule bouteille de truffes, j'imaginai de la mettre dans une marmite de

terre, dont elle se trouva excéder la hauteur; pour obvier à cet

inconvénient, j'entourai le haut de cette bouteille d'un torchon mouillé

ployé en quatre, et je recouvris ensuite cette espèce d'appareil avec

une soupière de faïence renversée, du diamètre exact de la marmite, de

sorte que le torchon mouillé qui les séparait les lutait parfaitement;

j'ajoutai à ce couvercle un poids de quatre livres. Pendant

l'ébullition, je remarquai bien qu'il ne s'échappait aucune vapeur à

travers le torchon mouillé; mais sans m'arrêter à cette remarque, et

préoccupé d'un autre objet, je continuai de pousser l'ébullition sans

penser à diminuer l'intensité du feu. Cette distraction faillit me

coûter cher, car au bout d'une demi-heure, l'extension du calorique

parvint à un si haut degré qu'il produisit une horrible explosion.

Averti par le bruit, j'accourus contempler les résultats de mon

imprudence: le fragile couvercle de mon appareil avait sauté au loin;

mais ce qui me surprit étrangement fut de trouver la marmite défoncée,

ainsi que la bouteille, et la partie supérieure de cette dernière debout

au milieu du fourneau éteint. Après avoir un peu réfléchi sur ce

singulier effet, je reconnus, par ma propre expérience, que le calorique

arrêté par l'obstacle que j'avais opposé à son évaporation, en lutant

trop bien l'appareil, avait réagi sur lui-même, et défoncé la marmite,

au lieu de la faire éclater sur ses flancs, par la raison que tendant

toujours à s'élever, il s'était trouvé concentré dans une proportion

plus grande à la région supérieure du vase qu'à sa base, et qu'alors il

s'était frayé une issue, en pesant de toute sa puissance sur la partie

la plus faible de la marmite qui se trouva être le fond.

_Description d'un appareil à vapeur employé dans une taverne de

Londres_[23].

[23] Quoiqu'il n'y ait d'autre analogie entre ce procédé et les miens

que l'application du bain-marie, on ne sera peut-être pas fâché d'en

trouver ici une description exacte.

Lors de mon voyage à Londres en 1814, j'ai vu, dans une taverne de la

Cité, celle où la Banque donne ses fêtes, un appareil à vapeur fort

simple, et au moyen duquel on fait cuire tous les jours le dîner de cinq

à six cents personnes.

Il consiste en trois fourneaux[24] établis dans une cuisine spacieuse,

et près desquels règne adossée au mur et à leur hauteur, une table de 18

pouces de large. A trois ou quatre pouces au-dessus de cette table, et

dans toute sa longueur, il existe un tube ou conduit de chaleur de deux

pouces de diamètre aux trois quarts engagé dans le mur. Ce conduit est

armé de robinets placés de distance en distance, et vis-à-vis desquels

des casseroles sont posées sur la table. Celles-ci sont ovales, à double

enveloppe, et garnies vers le mur d'une douille dans laquelle s'adapte

le robinet de chaleur.

[24] Pour les sautés et les sauces.

La casserole intérieure, destinée à contenir les mets, est soudée au

collet de celle formant enveloppe, de sorte que hors ce point de

contact, ses parois sont isolées de cette dernière par un vide de 18

lignes environ; quand les mets que l'on veut cuire sont placés dans la

casserole, ce qui se fait par une ouverture pratiquée dans le couvercle

dormant de l'enveloppe, on ouvre le robinet de chaleur par lequel la

vapeur s'introduit dans l'intervalle vide ménagé entre les deux boîtes

et y circule pendant le temps nécessaire à la cuisson des mets. De temps

en temps et à l'aide d'un robinet placé à cet effet sur le devant de la

boîte d'enveloppe, on fait échapper l'eau produite par la condensation

de la vapeur.

Cet appareil distribue assez de calorique pour mettre à la fois en

action cinquante casseroles contenant les mets les plus variés, soit en

viande, poisson ou légumes, et pour chauffer deux grandes étuves, et un

réservoir dont l'eau sert à laver la vaisselle et la batterie.

Devant le foyer de l'appareil, alimenté par du charbon de terre,

tournent l'une au-dessus de l'autre quatre broches garnies de grosses

pièces de boucherie.

On ne peut vraiment s'empêcher d'admirer l'ingénieuse simplicité de cet

appareil qui, réunissant à une grande économie de combustible l'avantage

de donner à la cuisson le degré de précision convenable, pourrait être

pour nos hospices et autres établissemens publics de la plus grande

utilité. Mais il faut convenir en même temps qu'il ne pourrait être

appliqué que comme moyen secondaire dans nos grandes maisons, et même

chez nos restaurateurs en renom, où la délicatesse de la table est

portée à son comble. L'adoption de ce procédé introduirait pourtant une

grande amélioration dans le service, si on l'employait à chauffer la

table où se dressent les entrées, et si on le substituait à l'usage des

cloches et surtout des réchauds qui ont le grave inconvénient de

gratiner, de faire tourner les sauces et tourner le beurre en huile. Il

permettrait au chef de dresser tranquillement vingt-cinq et trente

entrées sans craindre qu'aucune refroidisse, et il ne serait plus obligé

d'employer toutes les ressources de son agilité pour dresser avec la

promptitude exigée par certains mets qui doivent être servis bouillans.

Je sais qu'on pourra me faire observer qu'au moyen d'une étuve on peut

facilement se passer de tout cet appareil; mais au sortir de cette

étuve, dans laquelle d'ailleurs les plats se trouvent sans ordre, on est

obligé de les reposer sur la table de service pour y figurer la place

qu'ils doivent tenir, et le temps employé à régler cet ordre est plus

que suffisant pour refroidir tout le dîner.

_Instruction pratique sur l'application du calorique par la vapeur._

Pour éviter les répétitions à chacune des expériences contenues dans cet

ouvrage, et ne pas confondre la manière d'appliquer la chaleur avec

celle du bain-marie, que je regarde et que j'indique toujours comme la

plus commode pour tous les ménages, je vais instruire ici les personnes

qui voudront opérer en grand et faire usage de la vapeur, du compte que

je me suis rendu sur le plus ou moins de temps que les diverses

substances que l'on veut conserver, doivent rester exposées à l'action

du calorique produit par la vapeur de l'eau bouillante, à partir du

moment où l'eau entre en ébullition.

Les petits pois.. . . . . . . . . deux heures.

Les petites fèves robées. . . . . une bonne heure.

Les petites fèves dérobées. . . . une heure et demie.

Les haricots verts et blancs. . . une heure et demie.

Les artichauts. . . . . . . . . . une heure.

Tous les fruits et leurs sucs tels que groseilles, framboises, cerises,

cassis, mûres, abricots, pêches, prunes de reine-claude et de mirabelle,

poires, etc., deux minutes d'ébullition. De même toutes les substances

animales et végétales qui ont subi une première préparation sur le feu,

comme les tomates, la chicorée, l'oseille, etc., les viandes préparées,

les consommés, les gelées, etc., n'ont besoin que de trois quarts

d'heures d'ébullition.

Le lendemain ou quinze jours après (cela est indifférent) que les

substances ont reçu l'application du calorique, soit par le bain-marie,

soit par la vapeur de l'eau bouillante de l'une ou de l'autre manière,

je range mes bouteilles sur des lattes, comme le vin, dans un endroit

tempéré et à l'ombre; si je me propose de les expédier au loin, j'ai

soin de les luter avant de les disposer sur les lattes, autrement cette

dernière opération n'est pas de rigueur; j'ai encore des bouteilles

couchées sous un escalier depuis trois ans, dont les substances ont

autant de saveur, que si elles venaient d'être préparées, et cependant

elles n'ont pas été lutées.

On vient de voir par tout ce qui précède, que toutes les substances

alimentaires qu'on veut conserver, doivent être soumises, sans

exception, à l'application de la chaleur au bain-marie, d'une manière

convenable à chacune d'elles, après avoir été privées rigoureusement du

contact de l'air, par les soins et les procédés que j'ai indiqués.

Le principe conservateur est invariable dans ses effets, comme je l'ai

déja observé. Ainsi toutes les avaries que j'ai éprouvées dans mes

opérations, n'avaient d'autre cause qu'une mauvaise application du

principe, ou d'oubli et de négligence dans les procédés préparatoires,

d'après le compte que je m'en suis rendu. Il m'arrive encore quelquefois

de ne pas réussir complètement dans toutes mes opérations; mais quel est

l'artiste qui ne s'est jamais trompé? Peut-on se flatter d'éviter

constamment une avarie qui peut être causée par un défaut existant, soit

dans un vase, soit dans l'intérieur d'un bouchon? etc. A la vérité, ces

cas sont extrêmement rares, lorsqu'on y fait attention.

Il résulte de la description de ces procédés préparatoires, que quelques

personnes pourraient regarder comme compliqués, qu'ils se réduisent tout

simplement aux quatre objets indiqués page 1.

En effet, il est facile de voir que cette nouvelle méthode n'a rien de

particulier, que l'application de toutes les substances à l'action de

l'eau bouillante du bain-marie.

Sans avoir rien innové, j'ai rappelé à des principes généraux connus de

tout temps, sur la nécessité et l'attention de se procurer de bonnes

bouteilles, de bons bouchons, et particulièrement sur le parfait

bouchage, des boîtes bien confectionnées et fermant exactement, principe

dont on s'écarte trop souvent, faute de réfléchir aux inconvéniens qui

résultent de cette négligence.

J'ai donc dû entrer dans ces détails, parce que c'est de toutes ces

précautions que dépend tout le succès.

_Moyens de distinguer, au sortir de la chaudière, les bouteilles ou

vases qui, en raison de quelque accident causé ou par l'action du feu,

ou par défaut d'attention dans les procédés préparatoires, pourraient

s'avarier._

Chaque opération terminée, n'importe de quelle espèce, j'ai le plus

grand soin d'examiner, avec attention, l'une après l'autre, toutes les

bouteilles sortant de la chaudière.

J'en ai remarqué, avec des défauts dans le verre, comme des étoiles, des

fêlures, occasionnées par l'action du calorique au bain-marie, ou par le

ficelage, lorsque l'embouchure du vase est trop faible; d'autres qui

annonçaient par un peu d'humidité autour du bouchon, ou par de petites

taches à l'embouchure, que l'objet renfermé avait filtré au-dehors au

moment de la dilatation qu'opère l'application de la chaleur au

bain-marie: voilà les deux remarques principales que j'ai faites;

aussitôt que j'ai reconnu quelques bouteilles avec ces défauts, comme

j'étais sûr qu'elles ne se conserveraient pas, je les ai mises de côté

pour en faire usage de suite, afin qu'il n'y eût rien de perdu.

La première cause d'avarie que je viens de signaler, tient à la qualité

et à la mauvaise confection des bouteilles; mais la seconde peut

provenir, 1º d'un mauvais bouchon; 2º d'avoir mal bouché; 3º d'avoir

trop empli la bouteille; 4º enfin, de l'avoir mal ficelée, etc. Une

seule de ces fautes suffit pour perdre une bouteille, à plus forte

raison lorsqu'il y a complication.

Dans l'application de la chaleur au bain-marie, j'ai rencontré bien des

obstacles, particulièrement pour les petits pois; car c'est de toutes

les substances la plus difficile à conserver parfaitement. Ce légume

cueilli trop tendre ou trop fin, fond en eau; la bouteille se trouve en

vidange de moitié, et cette moitié n'est pas même propre à être gardée;

lorsque j'en trouve par hasard dans ce cas, j'ai le soin de les mettre

de côté pour en faire usage de suite. Si les petits pois sont cueillis

de deux ou trois jours par la chaleur, ils ont perdu toute leur saveur;

ils durcissent, ils entrent en fermentation avant l'opération; les

bouteilles cassent avec détonation, au bain-marie; celles qui résistent,

cassent successivement, ou sont défectueuses, ce qui se reconnaît

facilement par le suc qui se trouve dans la bouteille, lequel est

trouble, au lieu que les petits pois bien conservés ont leur suc

limpide.

Le livre de tous les ménages ou l'art de conserver pendant plusieurs années toutes les substances animales et végétales · 第 20 / 161 题