REMARQUE.

Il vaut infiniment mieux conserver des pois moyens et un peu mûrs, que

des pois trop tendres: outre que ces derniers très-souvent se déforment,

produisent beaucoup d'eau de végétation, et qu'il n'en reste que

l'enveloppe, ils prêtent beaucoup plus à la fermentation que les

premiers, qui, s'ils sont bien préparés, ainsi que je l'ai décrit, ne

peuvent occasionner de casse; il en est de même du gros pois pour faire

des purées, à moins que les bouteilles n'aient quelques défauts, tels

que de petites étoiles, ou bien que la partie inférieure soit

extrêmement épaisse[25].

[25] Dans ce dernier cas, le haut de la bouteille se sépare du bas;

mais on peut encore faire usage de ces bouteilles, si on les colle au

moyen du lut indiqué par M. Bardel. J'en ai fait l'épreuve sur

différentes bouteilles que j'ai ensuite emplies d'eau et conservées

comme toute autre; mais je ne crois pas qu'elles puissent supporter le

bain-marie ou des liqueurs fortes. Elles pourraient servir, sans rien

craindre, à conserver des légumes secs, etc.

En résumé, la perte provenant de la casse et des avaries, pour les

petits pois, qui sont la substance la plus difficile à conserver,

lorsqu'on les veut bien tendres, est à peu près de dix à quinze

bouteilles par cent, tandis qu'elle n'est que de trois à cinq pour les

autres substances.

_Manière d'appliquer les substances en boîtes de fer-blanc et de fer

battu au bain-marie.--Moyen de distinguer, au sortir de la chaudière,

les boîtes qui, en raison de quelque accident causé ou par l'action du

feu ou par défaut d'attention dans les procédés préparatoires,

pourraient s'avarier._

Les boîtes étant bien disposées, je les range dans une chaudière garnie

d'un diaphragme mobile ou faux fond percé de trous dans toute sa

surface, et placé à un pouce de distance du fond. Lorsque le premier lit

est complet, j'en fais un deuxième, un troisième et même plus si la

chaudière est assez haute, et les boîtes assez nombreuses pour la

garnir. J'ai soin d'emplir d'eau la chaudière jusqu'au trois quarts et

demi, c'est-à-dire trois à quatre pouces du bord. Je couvre ensuite à

leur surface toutes les boîtes placées l'une sur l'autre, de deux

linges, et je ferme exactement la chaudière de son couvercle; j'allume

alors le feu, que je conduis avec modération, jusqu'à l'ébullition que

je continue pendant trois quarts d'heure. Après avoir retiré le feu, je

laisse le tout refroidir pendant deux heures, ou du soir au lendemain

matin, ce qui est indifférent, lorsque l'opération se fait à la fin de

la journée. On retire alors l'eau par la cannelle de décharge, et

ensuite les boîtes que l'on range sur une table.

Au sortir de l'appareil, les boîtes de fer-blanc et de fer battu sont

généralement plus ou moins _convexes_ dessus et dessous, suivant le

degré de chaleur que les boîtes contiennent en sortant du bain-marie; et

au fur et à mesure qu'elles refroidissent, elles se dépriment et

deviennent _concaves_; ce changement est indiqué par un cliquetis causé

par la rentrée des couvercles et des fonds des boîtes. Toutes celles qui

sont devenues _concaves_ indiquent que le vide est opéré, et par

conséquent que l'objet est parfaitement conservé. Celles au contraire

qui restent _convexes_ après le parfait refroidissement (ce qui arrive

quelquefois), annoncent un défaut soit dans la confection ou dans la

fermeture de la boîte. Je mets de côté celles qui sont dans cet état

pour les visiter deux ou trois jours plus tard.

Lorsque l'ouvrier a mis un couvercle trop grand, la boîte reste

_convexe_; on s'en aperçoit aisément en appuyant dessus. Avec la main ou

avec le maillet, on fait rentrer le couvercle ainsi que le fond; et si

l'un ou l'autre oppose de la résistance, on fait l'ouverture de la boîte

pour en retirer le contenu que l'on place dans une autre boîte avec

toutes les précautions que nous avons recommandées.

Toutes les boîtes, après avoir été bien visitées et reconnues _concaves_

ou _déprimées_, sont peintes à l'huile 8 à 10 jours après leur

confection, et enregistrées avec un numéro d'ordre, la date de la

fabrication, la désignation du contenu, et mises en magasin.

Je les fais peindre à l'huile à l'extérieur afin d'éviter l'oxidation ou

la rouille.

Malgré tous les soins apportés à la bonne confection des boîtes de

fer-blanc, de fer battu, et de leur contenu, ainsi qu'à l'application du

bain-marie, il est bien nécessaire de visiter souvent toutes les boîtes

mises en magasin, afin de reconnaître celles qui présenteraient des

défauts de confection qui ne se seraient point manifestés après

l'application du bain-marie; ces défauts n'apparaissent ordinairement

qu'un ou deux mois après cette opération, et quelquefois plus tard.

Toutes les boîtes _bombées_ ou _convexes_, qui se trouvent dans le

magasin, sont mises à part afin de m'assurer de l'état de conservation

des objets qu'elles renferment. Je les fais ouvrir pour changer le

contenu des boîtes, ou en faire usage, si cela est possible. Dans le cas

contraire, je le fais jeter.

Afin de ne rien laisser à désirer sur cet objet, je place ici les

instructions que je remets aux consommateurs; elles sont insérées dans

mon catalogue.

_Conditions auxquelles M. Appert garantit ses conserves._

La nature du procédé par lequel s'obtient la conservation des

substances, exigeant qu'elles soient livrées dans des boîtes

hermétiquement fermées, ce qui interdit à l'acheteur la faculté de les

vérifier, M. Appert s'est cru obligé d'en garantir la bonne qualité,

mais avec des réserves, et de manière à n'être pas victime des nombreux

abus auxquels sa loyauté n'aurait pas manqué de donner lieu.

1º Les boîtes _convexes_ ou _bombées_ dessus et dessous sont présumées

avariées; dans ce cas elles ne doivent pas être ouvertes, mais elles

doivent être mises de côté pour être rapportées au retour.

2º M. Appert ne s'engage à remplacer que les boîtes qui lui seront

représentées, et ne tient nul compte de celles que l'on prétendrait

avoir été jetées à la mer.

3º Toutes les substances destinées particulièrement pour les voyages de

mer et de long cours doivent être confiées, à bord des bâtimens, à la

surveillance d'une personne qui puisse, par ses soins, les garantir de

tous les accidens de la traversée, notamment d'être bousculées,

maltraitées ou placées à l'humidité; ces précautions sont d'autant plus

urgentes, que le moindre choc qu'elles pourraient recevoir, produirait

des avaries dans les boîtes, et la casse des vases de verre.

Dans le cas où, au retour, l'état des boîtes indiquerait que ces

précautions n'auraient pas été observées, il n'y aura lieu à aucun

remplacement.

M. Appert prouve sa bonne foi en reprenant, comme il l'a toujours fait,

toutes les boîtes _convexes_ ou _bombées_, qui sont rapportées intactes

au dépôt; c'est là où se borne toute sa responsabilité.

Celle des acheteurs se réduit à très-peu de choses, puisqu'elle est

subordonnée au plus ou moins de soins qu'ils feront prendre à bord pour

garantir les conserves de tous mauvais traitemens.

Dans les boîtes avariées, c'est-à-dire _convexes_ ou _bombées_, qui

seraient mises de côté pour les rapporter au retour, il pourra s'en

trouver une tout au plus sur vingt-cinq, qui puisse exiger le jet à la

mer par la mauvaise odeur provenant d'une petite ouverture, soit dans la

fermeture ou dans le corps de cette boîte. C'est une vérité reconnue par

plus de quinze ans d'expérience.

Cette perte est bien peu de chose comparativement à celles qu'on éprouve

sur les endaubages, les salaisons et tant d'autres comestibles dont les

fournisseurs ne tiennent aucun compte.

En terminant cet article, je dois appeler l'attention sur les

perfectionnemens que j'ai obtenus depuis la publication de la troisième

édition de cet ouvrage. Je suis parvenu à simplifier les procédés, et à

introduire plus d'économie dans leurs applications. Ces perfectionnemens

sont indiqués aux articles auxquels ils se rapportent.

Malgré toutes mes tentatives, il est encore des perfectionnemens que

l'on doit rechercher, surtout en ce qui concerne les vases, etc. Je

crois les avoir indiqués suffisamment pour espérer que nous parviendrons

à les obtenir successivement. Nous les devrons à la recommandation et à

l'exigence des personnes qui voudront conserver des substances par ce

nouveau procédé.

En effet, si l'on n'exige pas des verreries de bonnes bouteilles

convenables à l'objet auquel on les destine, on n'obtient que de la

camelotte de mauvaise forme et d'embouchure pernicieuse.

Il en est de même pour les boîtes de métal confectionnées trop souvent

par des ouvriers routiniers, qui ne conçoivent pas toutes les pertes que

font éprouver des vases mal faits.

L'on sentira généralement la nécessité d'apporter un peu de soin pour

obtenir les avantages que cette nouvelle méthode promet.

Avant de passer à la description des procédés qui constituent ma

méthode, à son application spéciale et particulière à chacune des

substances que l'on veut conserver, je dois prévenir que la description

des procédés au moyen desquels on prépare les alimens pour l'usage de la

table, n'appartenant pas à mon sujet, je me suis restreint à ne citer

que ceux de ces procédés qui m'ont paru indispensables pour arriver à la

conservation des substances qui ont besoin de quelques préparations ou

précautions particulières.

Comme on pourrait craindre que ces mêmes procédés ne fussent pas

applicables aux objets les plus compliqués comme aux plus simples, j'ai

fait quelques remarques propres à dissiper tous les doutes à cet égard;

j'ai ajouté quelques observations qui feront connaître toute l'extension

dont est susceptible cette nouvelle manière de conserver les substances

alimentaires.

En effet, on peut s'assurer par l'expérience, que, sans aucune

différence dans l'application de la chaleur au bain-marie, une garbure,

une bisque se conservent aussi bien qu'une soupe à la panade et à

l'ognon; qu'une sauce à l'espagnole composée, un velouté se conservent

comme une sauce au pauvre homme; que des filets de soles à l'aspic, des

filets de faisans aux truffes se conservent comme des côtelettes et du

hachis de bouilli; que tous les principes volatils des fleurs se

conserveront, comme les plantes inodores, dans toute leur fraîcheur et

leur propriété naturelles; enfin, que l'abricot, la pêche, la framboise,

etc. ne perdront rien de leur arome.

A peu d'exceptions près, je conserve dans des boîtes de fer-blanc et de

fer battu toutes les substances alimentaires. Du petit nombre de celles

auxquelles cette méthode ne peut s'appliquer, sont: 1º Les petites fèves

de marais, qui se tassent mieux en bouteilles et y paraissent plus

blanches et plus jolies; 2º les fruits rouges, dont la boîte altère la

couleur en la rendant violette; 3º les abricots, les mirabelles, les

ananas, et généralement tous les fruits jaunes et à pepins, qui pourtant

se conserveraient en boîtes, si dans les ménages on ne préférait les

bouteilles, par la raison qu'il est plus aisé de s'en procurer que de

trouver des boîtes et des ferblantiers pour les souder.

L'usage des vases de verre sera toujours, pour les opérations

domestiques, le moyen le plus sûr et le plus facile à pratiquer; mais

dans les grandes manipulations, qui ont pour objet les approvisionnemens

de mer, de siége et d'hôpitaux, on ne doit employer que les boîtes[26].

[26] Les provisions préparées de cette manière seraient encore

très-utiles dans les pays de grandes fabriques: la plupart de ces

établissemens formés au milieu des terres et éloignés de toutes

communications, ne peuvent être approvisionnés, pendant les grandes

chaleurs, des viandes fraîches nécessaires à la subsistance des

nombreux ouvriers qui y sont attachés, ce qui occasionne trop souvent

des maladies que préviendrait l'usage des viandes conservées.

Ainsi la chaleur du bain-marie est, comme on l'a déja tant de fois

répété, le principe unique, le principe universel de la conservation de

toutes les substances[27].

[27] Toutes les substances animales, ainsi conservées, ne perdent rien

de leur poids ni de leur volume.

Il n'en est pas de même de quelques substances végétales; l'influence

du calorique en sépare l'eau de végétation qui, restant dans la

bouteille, devient un jus excellent. Il diminue d'autant le volume de

la substance conservée, et en améliore la qualité.

Il n'est pas besoin de recommander la célérité et la plus grande

propreté dans les préparations des substances alimentaires: elle est de

rigueur, surtout pour les objets que l'on destine à être conservés.

Je fais à l'avance toutes les dispositions nécessaires pour que rien ne

reste en retard, et que tout le temps soit mis à profit.

Le livre de tous les ménages ou l'art de conserver pendant plusieurs années toutes les substances animales et végétales · 第 21 / 161 题