FAISAN.

Le faisan est jeune et tendre, lorsque la maîtresse penne de l’aile

marque encore, c’est-à-dire qu’elle forme la pointe, et que de la

jambe du coq l’éperon est arrondi: au contraire, s’il est pointu et

long, c’est une preuve que c’est un vieux coq, et dès-lors nullement

convenable pour le rut; mais on peut l’employer pour toute autre chose,

comme il sera désigné ci-après. Remarquez qu’il faut toujours le

choisir gras et bien en chair; et que ceux qui viennent de la Bohême

sont préférables à ceux de ces pays-ci; mais il n’en vient que dans

l’hiver.

_Faisan à la Broche._

Ayez un faisan jeune, tendre et gras; plumez-le par tout le corps,

excepté à la queue et à la tête, en prenant garde de le déchirer:

l’ayant vidé, flambé et épluché, bridez-le; bardez-le ou piquez-le;

enveloppez-lui la tête et la queue de papier; retroussez-lui la queue

le long des reins, embrochez-le, enveloppez-le entièrement de papier,

faites-le cuire, et déballez-le, ainsi que sa tête et sa queue, et

servez-le.

S’il est pour des Anglais, servez-le avec une brède-sauce. (Voyez cet

article.)

_Faisan aux Truffes ou à la Périgueux._

Plumez un jeune faisan, comme pour la broche; videz-le par la poche: à

cet effet, cassez-lui l’os du brichet ou de la poitrine, en lui sortant

les intestins: prenez garde de crever l’amer; flambez-le légérement,

épluchez-le; ayez une livre et demie de bonnes truffes; brossez-les,

épluchez-les; pilez trois quarterons de lard; mettez ce lard dans

une casserole avec vos truffes, dont vous aurez haché les plus

petites; mettez-les cuire sur un feu doux, avec sel, poivre et un peu

d’épices fines: leur cuisson faite, laissez-les presque refroidir, et

remplissez-en le corps de votre faisan; cousez-en la poche; bardez-le;

laissez-le se parfumer ainsi deux ou trois jours et plus, si vous le

voulez: de là embrochez-le, emballez-le de papier; faites-le cuire

environ une heure, et servez-le.

_Filets de Faisans à la Vopallière._

Prenez trois jeunes faisans; levez-en les filets; ôtez-en les mignons;

levez la peau de vos gros filets, et cela en les posant sur la table,

et faisant couler votre couteau, comme si vous leviez une barde de

lard; prenez garde d’en endommager les chairs; battez-les légérement

avec le manche de votre couteau, et parez-les: faites fondre du beurre

dans une sauteuse; trempez-y vos filets les uns après les autres, et

rangez-les, de manière qu’ils ne se touchent pas; saupoudrez-les d’un

peu de sel fin, d’un peu de gros poivre, et couvrez-les d’un rond de

papier: préparez vos six petits filets; piquez-en trois de même lard;

les trois autres, décorez-les de petites crêtes de truffes; mettez-les

sur une tourtière, avec un peu de beurre fondu et un grain de sel;

donnez-leur la forme d’un demi-cercle, et couvrez-les d’un rond de

papier: vous aurez levé les cuisses de vos faisans et les aurez fait

cuire à la broche ou dans une casserole, avec un peu de beurre, sans

mouillement: lorsqu’elles seront froides, vous en supprimerez les

peaux et les nerfs; vous hacherez vos chairs fort menu, et les mettrez

dans une casserole que vous couvrirez: vous aurez fait un fumet de vos

carcasses, comme il est indiqué au fumet de lapereaux (voyez l’article

_Escalopes de Lapereaux_); sa cuisson faite, passez-le au travers

d’une serviette; faites-le réduire; ajoutez-y trois cuillerées à

dégraisser d’espagnole travaillée; faites réduire le tout à consistance

de demi-glace, et réservez-en une partie pour glacer votre entrée;

sautez vos filets, retournez-les; assurez-vous s’ils sont cuits;

dressez-les en couronne; mettez votre hachis et vos truffes dans votre

sauce, avec gros comme une noix d’excellent beurre: remuez le tout; ne

le laissez point bouillir; versez-le dans le puits de vos filets: vous

aurez fait sauter au même instant vos petits filets dans le beurre:

leur cuisson faite, glacez-les et faites-en une seconde couronne sur

votre hachis, que vous aurez glacé avec ce que vous aviez conservé de

votre sauce, et servez.

_Escalopes de Faisans._

Levez les ailes de trois faisans; enlevez-en la petite peau, comme

il est indiqué à l’article précédent; coupez-les en filets d’égale

grosseur; formez-en des escalopes, comme il est dit à l’article

_Escalopes de Lapereaux_; faites fondre du beurre dans une sauteuse;

arrangez-y vos escalopes, les unes après les autres; saupoudrez-les

d’un peu de sel et de gros poivre; arrosez-les de beurre fondu; faites

un fumet du restant de vos chairs et de vos carcasses, comme il est

indiqué article _Lapereau_; ajoutez-y trois cuillerées à dégraisser

d’espagnole; mettez le tout à demi-glace; faites sauter vos escalopes;

égouttez-en le beurre; conservez leur jus; mettez-les, ainsi que ce

jus, dans votre réduction; sautez-les et finissez-les avec un pain de

beurre; goûtez si elles sont d’un bon goût, dressez-les et servez:

joignez-y des truffes coupées en liards, si c’est la saison et si tel

est votre goût.

_Salmi de Faisans._

Faites cuire un ou deux faisans à la broche; laissez-les refroidir,

dépecez-les, parez-les proprement, supprimez-en les peaux; arrangez-les

dans une casserole, mouillez-les avec un peu de consommé pour les

faire chauffer sur une cendre chaude; mettez dans une casserole

un bon verre de vin, rouge ou blanc; ajoutez-y trois ou quatre

échalotes hachées, un zeste de bigarade, trois cuillerées à dégraisser

d’espagnole réduite, gros comme une muscade de glace ou de réduction

de veau; faites réduire le tout; pilez les peaux et les parures de vos

faisans; mettez-les dans votre réduction, délayez-les sans les faire

bouillir, passez-les à l’étamine comme une purée; mettez cette espèce

de purée ou sauce de salmi dans une casserole, et tenez-la chaudement

au bain-marie: au moment de servir, égouttez vos membres de faisans;

dressez-les sur le plat, en mettant les inférieurs les premiers,

conséquemment vos ailes et vos cuisses tout autour, le tout entremêlé

de croûtons en cœur, soit de mie ou de croûte de pain, passés dans

du beurre: exprimez dans votre salmi le jus d’une ou deux bigarades,

saucez et servez.

_Soufflé de Faisans._

Pour procéder à ce sujet, voyez _Soufflé de Perdreaux_, à son article.

_Faisan à la Chou-croûte._

Ayez un gros faisan, plumez-le, videz-le, flambez-le; lardez-le de gros

lardons, assaisonnés de sel, poivre, fines épices, persil, ciboules, un

peu d’aromates pilés: lavez et pressez de la chou-croûte en suffisante

quantité pour en former un bon plat; mettez-la cuire avec un morceau

de petit lard et un cervelas; nourrissez-la avec quelques fonds ou

dessus de braises; faites-la cuire trois ou quatre heures sur un feu

doux; après mettez-y au milieu votre faisan; faites-le cuire environ

une heure, et lorsqu’il le sera, dressez-le sur le plat: prenez votre

chou-croûte pour l’égoutter avec une cuiller percée; garnissez-en votre

faisan; coupez votre cervelas en tranches; ôtez-en la peau; faites-en

une bordure autour de la chou-croûte, en l’entremêlant de petit lard

coupé en lames et de quelques saucisses, puis servez.

_Croquettes de Faisans._

S’il vous reste un faisan de desserte, ou des membres de faisans, vous

pouvez en faire des croquettes. (Voyez _Croquettes de Lapereaux_,

article FARCES.)

_Mayonnaise de Faisan._

Pour procéder à l’égard de cette mayonnaise, voyez _Mayonnaise de

Lapereaux_, à son article.

_Boudin de Faisan à la Richelieu._

Levez les chairs d’un faisan; pilez-les, passez-les au tamis à

quenelles; faites cuire dans la cendre douze grosses pommes de terre,

épluchez-les, et faites attention qu’il n’y reste ni cendre ni gravier;

pilez-les à force de bras; ramassez-les dans votre mortier; formez

des pelotes et de vos chairs et de ces pommes, ainsi que de beurre,

c’est-à-dire, que le tout soit par tiers d’égale proportion; pilez

ensemble vos chairs et vos pommes de terre; lorsqu’elles le seront

bien, ajoutez-y votre beurre; pilez le tout de nouveau, jusqu’à ce

qu’il soit bien incorporé; assaisonnez-le de sel, d’un peu d’épices

fines et de muscade râpée, et faites en sorte que rien ne domine;

humectez vos quenelles avec cinq ou six jaunes d’œufs, les uns après

les autres; ces jaunes bien incorporés à votre farce, faites-en

l’essai; si elle est d’un bon goût et à son degré de perfection,

retirez votre pilon; fouettez trois blancs d’œufs, joignez-les à votre

farce en les y mêlant bien, et retirez-la; saupoudrez votre table de

farine; mettez dessus, par parties, votre farce; roulez-la, en sorte

d’en former de gros boudins; posez-les sur un couvercle, pochez-les

comme le boudin de lapereau; laissez-les refroidir, panez-les à

l’anglaise, c’est-à-dire avec un jaune d’œuf mêlé d’un peu de beurre

fondu et une pincée de sel; au moment de servir, faites-les griller et

servez-les avec un fumet fait avec la carcasse de votre faisan. (Voyez

_Fumet de Gibier_, article LAPEREAU.)

L'Art du Cuisinier, Volume 1 · 第 63 / 113 题