AGNEAU.

L’agneau n’est bon que du 24 décembre au commencement d’avril. Les

agneaux de lait sont les meilleurs. Pour qu’ils soient excellens,

il faut qu’ils n’aient pas mangé et qu’ils ne soient nourris que du

lait de leur mère. Afin de les engraisser, on leur donne plusieurs

nourrices. Il faut les choisir d’une chair blanche, et les rognons bien

couverts de graisse. Lorsqu’on en fait l’achat au marché, il faut leur

pincer le bas de la poitrine pour juger si elle est épaisse; ce qui

annonce leur bonne qualité. Je fais peu de cas des métis et des mérinos

pour le service de la cuisine; leur chair est moins succulente; il est

facile de les reconnaître à leur laine qui est infiniment plus fine et

plus frisée que celle des agneaux ordinaires.

_Têtes d’Agneaux à la Poulette._

Ayez deux têtes d’agneaux; désossez-en les mâchoires et ôtez-les:

détachez le mufle de sa peau et coupez-le près de l’œil; faites

dégorger et blanchir ces têtes; flambez-les; frottez-les de citron;

pour qu’elles soient blanches, mettez-les dans un blanc (voyez

_Blanc_, à son article); faites-les cuire environ deux heures; prenez

garde qu’elles ne cuisent pas trop: cette cuisson faite, égouttez-les;

levez-en les crânes; épluchez les cervelles, ôtez-en les veines qui

peuvent s’y trouver; dépouillez les langues, fendez-les en deux;

ciselez les oreilles; dressez ces têtes, saucez-les avec une bonne

poulette (voyez _Sauce Poulette_, à son article), et servez.

Vous pouvez également les servir avec une hollandaise verte. Faites

cuire la fressure, après l’avoir fait blanchir dans le blanc avec

les têtes; lorsqu’elles seront cuites, mettez-les dans votre sauce;

coupez-les en grosses escalopes; joignez les pieds de l’agneau pour

garnir vos têtes, ainsi que des champignons, et masquez le tout avec

une hollandaise verte. (Voyez _Hollandaise verte_, art. _Sauces_.)

_Têtes d’Agneaux à l’Italienne._

Apprêtez ces têtes comme les précédentes, et servez-les avec une bonne

italienne. (Voyez _Sauce à l’Italienne_.)

_Oreilles d’Agneaux, farcies et frites._

Ayez une quinzaine de ces oreilles, flambez-les; faites-les blanchir

et cuire dans un blanc: après égouttez-les; laissez-les refroidir;

remplissez-en l’intérieur d’une farce cuite (voyez _Farce cuite_, à

son article); donnez-leur une belle forme; roulez-les dans de la mie de

pain; trempez-les dans une omelette; panez-les de nouveau; mettez-les

à fur et à mesure sur un couvercle de casserole. Un demi-quart d’heure

avant de servir, faites-les frire à friture moyennement chaude,

pour que la farce ait le temps d’être atteinte, et poussez-les un

peu vivement pour les finir; qu’elles soient d’une belle couleur;

égouttez-les sur un linge blanc; dressez-les avec du persil frit,

dessous ou dessus, et servez.

_Oreilles d’Agneaux à la Ravigote._

Prenez la même quantité d’oreilles que ci-dessus; préparez-les de même;

ayez attention qu’elles soient très-blanches; égouttez-les, et servez

dessous une ravigote froide ou chaude. (Voyez _Sauce Ravigote_, à son

article.)

_Oreilles d’Agneaux à l’Italienne._

Ayez la même quantité d’oreilles qu’il est dit à l’article précédent;

préparez-les de même et servez-les avec une italienne. (Voyez _Sauce à

l’Italienne_, à son article.)

_Pieds d’Agneaux à la Poulette._

(Voyez _Pieds de Moutons à la Poulette_.)

_Rosbif d’Agneau._

Ayez un bon rosbif d’agneau; faites-le blanchir légérement; levez la

peau de dessus les filets; faites-en autant sur le milieu des gigots;

piquez toutes les parties découvertes d’une deuxième; vous aurez soin

de le retrousser comme il est indiqué à l’article _Rosbif de Mouton_;

mettez-le sur le fer, c’est-à-dire, embrochez-le; enveloppez-le de

papier beurré; faites-le cuire; sa cuisson achevée, dressez-le; glacez

les parties piquées, et servez-le avec un jus clair.

_Quartier de devant d’Agneau à la Broche._

Ayez un quartier d’agneau, couvrez-le de bardes de lard, du défaut de

l’épaule à l’extrémité de la poitrine; passez un grand hatelet entre

les côtes et l’épaule; attachez-en les deux bouts sur la broche;

emballez ce quartier de papier beurré; faites-le cuire, et lorsqu’il le

sera, dressez-le sur le plat; levez légérement l’épaule du côté de la

poitrine, et mettez, sans qu’on la puisse voir, une maître-d’hôtel crue

entre cette épaule et les côtes, et servez avec un jus clair.

_Épigrammes d’Agneau._

Prenez un quartier d’agneau de devant; levez-en l’épaule de façon que

la poitrine reste couverte le plus possible; séparez-la des côtes;

coupez ces côtes, comme il est indiqué à l’article _Côtelettes de

Mouton_; faites-en cinq ou six dans votre carré, et autant de tendons

que vous avez de côtelettes; foncez une casserole de bardes de lard;

mettez-y les parures de vos côtelettes avec une carotte coupée en

quatre, un oignon, un petit bouquet de persil et ciboules, un clou

de girofle, une demi-feuille de laurier et un peu de sel. Arrangez

vos tendons dans cette casserole; couvrez-les d’une barde de lard;

mouillez-les avec du bouillon ou du consommé; couvrez-les d’un papier

beurré; faites-les partir sur un bon feu; mettez-les sur une paillasse,

avec feu dessus et dessous; laissez-les cuire trois quarts d’heure;

coupez vos côtelettes et parez-les; faites fondre du beurre dans une

sauteuse, trempez-y vos côtelettes des deux côtés; rangez-les dedans

et couvrez-les d’un rond de papier; pendant ce temps vous aurez fait

cuire votre épaule d’agneau, soit à la broche, soit dans une casserole,

avec un peu de beurre et sans mouillement; sa cuisson finie, laissez-la

refroidir; levez-en les chairs; ôtez-en les peaux et les nerfs; émincez

ces chairs; mettez dans une casserole trois cuillerées à dégraisser

de velouté réduit, une douzaine de champignons émincés, et faites

sauter vos côtelettes: vous pouvez vous assurer de leur cuisson, en

appuyant le doigt dessus un peu avant: ayant égoutté, paré et donné à

vos tendons la forme d’un cœur, et les ayant passés et repassés dans

deux jaunes d’œufs, délayez dans du beurre fondu et un grain de sel;

mettez-les sur le gril; faites-les griller; lorsqu’ils seront d’une

belle couleur, finissez de glacer vos côtelettes et dressez-les en

couronne, en les entremêlant d’un tendon alternativement: de suite

mettez votre émincée dans la sauce que vous avez préparée; liez alors

cette blanquette sans la laisser bouillir; finissez-la avec gros de

beurre comme une petite noix et un jus de citron; mettez-la dans le

puits de vos côtelettes et tendons; dressez, comme il est dit, en

couronne, et servez.

Si vous n’aviez pas de sauce pour faire votre blanquette, faites cuire

vos tendons un peu d’avance; prenez une douzaine de champignons;

passez-les dans le beurre; singez-les d’une petite pincée de farine;

mouillez-les avec le fond de vos tendons, que vous aurez passés au

travers d’un tamis de soie ou d’une serviette; faites-le réduire à

consistance de sauce; dégraissez cette sauce, tordez-la dans une

casserole à travers une étamine; mettez-y votre émincée, et finissez

votre blanquette comme ci-dessus.

_Tendons d’Agneau aux pointes d’Asperges._

Prenez deux poitrines d’agneaux; marquez-les dans une casserole,

avec des parures de veau, comme ceux de l’épigramme; faites-les

cuire de même; leur cuisson faite, égouttez-les; mettez-les entre

deux couvercles; laissez-les-y refroidir; coupez-les en cœur; passez

le fond, dans lequel ils ont cuit, au travers d’un tamis de soie;

faites-le réduire, dans une sauteuse, à moitié de la consistance de

glace; rangez vos tendons, laissez-les mijoter et s’y glacer; ayez

une botte d’asperges, _dites_ aux petits pois, et n’en employez

que le tendre; lavez-les; faites-les blanchir à l’eau bouillante,

où vous aurez mis une pincée de sel; écumez-les, blanchissez-les,

rafraîchissez-les, jetez-les dans un tamis; mettez dans une casserole

cinq à six cuillerées d’espagnole; faites réduire votre sauce,

dégraissez-la, mettez-y vos asperges, faites-la achever de cuire et

réduire: dressez en couronne vos tendons sur le plat; remettez une

partie de votre ragoût d’asperges dans votre sauteuse, pour en détacher

la glace; mêlez le tout, finissez-le avec un pain de beurre; versez-le

dans votre puits, et servez.

_Tendons d’Agneau à la Villeroi._

Ayez deux poitrines d’agneaux; faites-les cuire comme celles ci-dessus;

mettez-les entre deux couvercles pour les aplatir; lorsqu’elles seront

froides, coupez-les comme pour l’épigramme (voyez cet article);

faites une sauce à la poulette bien réduite; liez-la davantage qu’une

poulette ordinaire; versez-la sur vos tendons, laissez-la refroidir;

garnissez-les bien de cette sauce, panez-les; donnez-leur une belle

forme; trempez-les dans une omelette; panez-les une seconde fois;

faites-les frire, et servez.

_Côtelettes d’Agneau au Naturel._

(Voyez l’article _Côtelettes de Mouton au Naturel_.)

_Côtelettes d’Agneau panées._

Ayez des carrés d’agneau; coupez vos côtelettes et parez-les; faites

fondre dans une sauteuse un peu de beurre; arrangez dedans vos

côtelettes; saupoudrez-les d’un peu de sel; faites-les revenir sans

roussir le beurre; égouttez-les; laissez refroidir un peu votre

beurre; lorsqu’il le sera, incorporez deux jaunes d’œufs; trempez vos

côtelettes des deux côtés dans cette anglaise; panez-les, posez-les sur

le gril, mettez-les sur un feu très-doux; faites-leur prendre une belle

couleur des deux côtés; servez-les à sec, ou, si vous voulez, avec un

jus clair, dans lequel vous exprimerez le jus d’un citron; ajoutez-y,

si vous le jugez à propos, une pincée de mignonnette, et servez.

_Côtelettes d’Agneau à la Minute._

Ces côtelettes se préparent comme celles de mouton _dites_ à la Minute.

(Voyez l’article _Côtelettes de Mouton à la Minute_.)

_Épaule d’Agneau en Musette._

Levez deux épaules d’agneau, les plus larges qu’il vous sera possible;

supprimez-en tous les os et la moitié du manche; étendez bien toutes

vos chairs également; assaisonnez-en l’intérieur d’un peu de sel et

d’épices fines; remplissez cet intérieur de vos épaules d’un bon

salpicon (voyez _Salpicon_, à son article); passez de la ficelle

tout autour avec une aiguille à brider, comme un tailleur forme un

bouton, afin que votre salpicon, ainsi enfermé, ne puisse s’échapper;

cela fait, piquez le dessus de ces épaules de petit lard en forme de

rosette, ou mettez dessus une légère couche de farce cuite (voyez

_Farce Cuite_, à son article); décorez-les, comme il vous conviendra,

avec des truffes ou des cornichons, que vous appliquerez sur la farce;

ensuite foncez une casserole avec les os, quelques parures de viande

de boucherie, quelques lames de jambon, carottes, oignons et un

bouquet de persil et ciboules assaisonné; mouillez votre braise avec

du bouillon ou du consommé; couvrez ces épaules de bardes de lard et

d’un rond de papier beurré; faites partir votre braisière, posez-la

sur une paillasse avec feu dessus et dessous; faites cuire une heure

et demie: la cuisson achevée, égouttez vos épaules, glacez-en ce qui

est piqué; si elles ne le sont pas, glacez les chairs autour de leur

décor; dressez-les et servez dessous une italienne réduite ou une bonne

espagnole.

L'Art du Cuisinier, Volume 1 · 第 56 / 113 题