Le bœuf est sans contredit la base fondamentale de la bonne cuisine;
c’est la nourriture ordinaire dont on se passe le moins après le pain.
Les meilleurs bœufs nous viennent de la Normandie: ceux du Cotentin,
lorsqu’ils ont toutes les qualités requises, sont les meilleurs; les
bœufs de l’Auvergne et de la Bretagne les suivent pour la qualité.
Ceux du Limousin sont encore fort bons. Les bœufs d’Allemagne, par
la fatigue qu’ils éprouvent pour arriver en ce pays, acquièrent une
qualité supérieure à celle qu’ils auraient si on les consommait sur les
lieux, parce que leur graisse, par la longueur du voyage, s’incorpore
avec leur chair et la rend plus succulente: d’ailleurs leur charpente
est infiniment plus grande et plus grosse que celle de nos bœufs du
Cotentin; ce qui fait que vous avez à la boucherie plus d’os que vous
n’en auriez des autres bœufs.
La qualité du bœuf se distingue lorsque les chairs sont couvertes de
graisse et que l’intérieur en est picoté comme le marbre granit, et
d’une couleur rouge tirant un peu sur le brun.
Malgré que la totalité de l’animal (les cornes, cuir et sabots
exceptés) soit bonne à manger, les parties les plus recherchées sont
l’aloyau, la culotte, la noix, ou, comme l’appellent les bouchers, la
tranche grasse, les entre-côtes, les côtes et la poitrine; l’épaule,
que les bouchers nomment paleron, est inférieure aux parties énoncées.
Le flanchet, le collier et la tête sont les parties les moins estimées.
Comme le filet mignon est ce qu’il y a de plus délicat: je ne parlerai
pas de la cervelle, parce qu’elle est rarement bonne dans le bœuf,
attendu qu’en France on a l’habitude de les assommer.
On fait, de la langue et du palais, d’excellens mets sous diverses
formes. Les rognons, selon moi, sont dans le bœuf ce qu’il y a de plus
grossier, en ce qu’ils ont souvent des pierres, des obstructions;
qu’ils servent, comme chez tous les animaux, de filtres aux urines,
et qu’ils en ont le goût. Cependant j’indiquerai les moyens de les
employer avec avantage.
_Bœuf bouilli (ordinaire)._
Ayez une culotte de bœuf, ou seulement une partie, ce qui dépend de la
quantité de personnes que vous avez à traiter; désossez et ficelez-la;
mettez-la dans une marmite, comme il est indiqué à l’article du _Grand
Bouillon_; lorsqu’elle sera cuite, servez-la, soit avec du persil vert
en branche, soit avec une sauce hachée ou une garniture d’oignons et
de légumes; cela dépend de votre volonté. Si vous servez votre pièce
(grosse ou petite) aux oignons glacés, prenez de ces derniers une
quantité suffisante et de même grosseur; après les avoir épluchés avec
soin, et prenant garde de couper les têtes et queues trop courtes,
enlevez la première peau sans endommager celle de dessous: ceci fait,
beurrez un peu épais le fond d’une casserole; saupoudrez-le d’un peu
de sucre; arrangez vos oignons au fond, en les plaçant du côté de
la tête, de façon qu’ils soient tout couverts; mouillez-les avec du
bouillon, sans qu’ils trempent à plus de moitié; posez votre casserole
sur un bon feu: une fois partie, mettez-la sur un feu plus doux,
couvrez-la, et mettez du feu sur le couvercle; veillez vos oignons;
quand vous verrez qu’ils sont presque cuits, remettez-les sur un
fourneau plus ardent, découvrez-les, faites réduire leur bouillon,
de manière à tirer vos oignons à glace, et qu’ils soient d’une belle
couleur. Avant de les ranger autour de votre pièce, ayez soin de les
rouler dans leur glace au moyen d’une fourchette avec laquelle vous
les prendrez pour ne pas les déformer. Vous mettrez un peu de bouillon
dans votre casserole pour en détacher le reste de la glace dont vous
couvrirez votre pièce, après avoir levé la première peau et avoir
rapporté, avec la lame du couteau, du gras de votre pièce sur les
parties où il en manque, et servez.
_Pièce de Bœuf garnie de Choux._
Prenez deux ou trois choux; coupez-les par quartiers; lavez-les;
faites-les blanchir: lorsqu’ils le seront, rafraîchissez-les;
ficelez-les; mettez-les dans une marmite; mouillez-les avec
du bouillon: si vous avez une braise ou quelques bons fonds,
servez-vous-en; ajoutez-y quelques carottes, deux ou trois oignons,
dont un piqué de trois clous de girofle, une gousse d’ail, du laurier,
du thym; de plus, pour que vos choux soient bien nourris, ajoutez-y le
derrière de votre marmite; laissez-les mijoter trois ou quatre heures;
égouttez-les sur un linge blanc; pressez-les pour en faire sortir la
graisse en leur donnant la forme d’un rouleau à pâte; dressez-les
autour de votre pièce; masquez-la, ainsi que vos choux, avec une
espagnole réduite, et servez.
_Pièce de Bœuf au Pain perdu._
Si vous n’avez pas une culotte de bœuf, prenez un aloyau, ou seulement
une partie; levez-en le filet (mignon); il vous servira pour faire
une entrée; désossez le reste de votre aloyau; roulez-le en manchon;
ficelez-le; marquez-le comme une pièce de bœuf à l’ordinaire, et
faites-le cuire; coupez des lames de pain mollet en queue de paon ou en
cœur; cassez trois œufs; battez-les comme une omelette; assaisonnez-les
d’un peu de sel et de crême; trempez-y vos lames de pain; faites-les
frire dans du beurre; ayez soin de les retourner les unes après les
autres: lorsqu’elles seront d’une belle couleur, égouttez-les sur un
linge blanc: la cuisson de votre pièce de bœuf ou aloyau étant achevée,
égouttez-la, et, après l’avoir déficelée, vous la poserez sur le plat,
et rangerez autour vos lames de pain frites; saucez le tout, soit avec
une espagnole, soit avec une sauce hachée, et servez.
_Pièce de Bœuf à l’écarlate._
Prenez tout ou partie d’une culotte de bœuf: laissez-la se mortifier
trois jours ou plus, suivant la saison: cela fait, désossez-la et
lardez-la de gros lard; vous l’assaisonnerez de persil et ciboules
hachés, de poivre et épices fines; frottez cet aliment de sel fin,
très-sec et passé au tamis, dans lequel vous aurez mis une once ou deux
de salpêtre purifié; mettez votre pièce dans une terrine de grès _dite_
d’office, avec une bonne poignée de genièvre, thym, basilic, quelques
ciboules, une ou deux gousses d’ail, trois ou quatre clous de girofle,
et quelques tranches d’oignons; couvrez-la d’un vase, en mettant entre
deux un linge, pour que l’air n’y puisse pénétrer; laissez-la ainsi
huit jours, au bout desquels retournez-la et recouvrez-la avec le même
soin, et laissez-la encore trois ou quatre jours; ensuite retirez-la
et faites-la égoutter; mettez dans une marmite de l’eau assaisonnée de
carottes, oignons, et d’un bon bouquet; faites-la partir; et lorsque
votre eau sera au grand bouillon, mettez-y votre culotte, après l’avoir
enveloppée d’un linge blanc, que vous ficelerez; faites-la cuire ainsi
pendant quatre heures sans interruption; après, retirez-la pour la
placer dans une terrine de sa forme; jetez dessus l’assaisonnement
dans lequel elle a cuit, et laissez-la refroidir; servez-la sur une
serviette comme un jambon, avec du persil vert autour.
Si vous la voulez servir chaude, mettez-la sur un plat comme une pièce
de bœuf, avec un bon jus de bœuf corsé, et autour, du raifort ou cran
râpé.
_Culotte de Bœuf à la Gelée ou à la Royale._
Prenez une culotte ou une partie; choisissez-la de bonne qualité,
et qu’elle soit bien couverte; désossez-la; lardez-la de gros lard,
comme la culotte à l’écarlate, et assaisonnez ces lardons de même;
enveloppez-la dans un linge blanc; ficelez-la; mettez-la dans une
braisière, au fond de laquelle vous aurez mis les os de votre culotte,
cinq ou six carottes, quatre oignons, deux gousses d’ail, un bouquet
de persil et ciboules, deux feuilles de laurier, un jarret de veau, un
demi-setier de vin blanc, du sel ce qu’il en faut pour qu’elle soit
d’un bon goût, deux ou trois cuillerées à pot de bouillon; faites-la
partir sur un bon feu; couvrez-la de trois épaisseurs de papier beurré;
couvrez votre braisière avec son couvercle; faites-la aller doucement
avec feu dessus et dessous environ quatre heures; lorsque votre culotte
sera cuite, retirez-la; laissez-la refroidir dans le linge; passez son
fond à travers une serviette, que vous aurez eu soin de mouiller, afin
que la graisse ne passe pas avec; laissez-la refroidir; fouettez avec
une fourchette deux blancs d’œufs avec un peu d’eau; jetez-les dans
votre fond encore tiède; remuez-le; mettez-le sur le feu jusqu’à ce
qu’il commence à bouillir; retirez-le; couvrez-le avec un couvercle
sur lequel vous mettrez quelques charbons ardens; laissez dans cet
état votre fond près d’un quart d’heure; levez ce couvercle, si votre
fond est limpide; passez-le de nouveau à travers un linge mouillé et
tordu; faites refroidir votre gelée, pour voir si elle est trop forte
ou trop légère: dans le premier cas, mettez-y un peu de bouillon;
dans le second, faites-la cuire de nouveau avec un jarret de veau, et
clarifiez-la encore, ainsi qu’il est dit plus haut.
Si elle n’était pas assez ambrée, vous pourriez y mettre un peu de jus
de bœuf: si vous voulez décorer votre pièce de différentes couleurs,
telles que rouge et vert, vous pouvez, pour la première, employer un
peu de cochenille, après l’avoir fait infuser sur un feu doux, et en
mettre seulement quelques gouttes, jusqu’à ce que vous ayez atteint
le rouge que vous désirez: le mieux est que la couleur ne domine pas.
Si vous la désirez verte, prenez un peu de jus d’épinards à cru;
mettez-en également fort peu, afin de conserver la limpidité de votre
gelée. Si vous n’aviez pas de cochenille, et que ce fût en hiver, vous
la remplaceriez aisément en substituant un peu de jus de betteraves
rouges, pilées à cru, et en agissant comme pour la cochenille; vous
coulez toutes ces gelées dans des vases disposés de manière à pouvoir
couper vos gelées de l’épaisseur d’un pouce ou moins, et de diverses
façons, pour en décorer à volonté la pièce à servir, comme si c’était
des rubis ou émeraudes; ensuite déballez votre pièce; parez-la sur tous
les sens; ôtez légèrement la peau de la première graisse qui la couvre;
mettez-la sur un plat; qu’elle soit d’à-plomb; garnissez-la de gelée;
faites une bordure de couleurs, en les plaçant alternativement, l’une
rouge et l’autre verte, comme le sont les diamans d’une couronne, et
servez.
_Rosbif, Rond-bif ou Corne-bif._
Procurez-vous un morceau de cuisse de bœuf; qu’il soit le plus gras
possible; faites-le couper de toute la circonférence de la cuisse,
et au-dessous de ce que l’on appelle la culotte; que le gros os se
trouve au milieu; et au lieu de casser cet os, sciez-le; faites sécher
et piler trois ou quatre livres de sel; passez-le au tamis; mêlez-y
un peu d’épices fines et d’aromates en poudre; frottez-en toutes les
parties de votre bœuf: cela fait, mettez-le dans une grande terrine de
grès avec le restant de votre assaisonnement; couvrez-le d’abord d’un
linge blanc; fixez ce linge avec de la ficelle autour de la terrine,
et couvrez-la avec un couvercle le plus hermétiquement que possible;
mettez-la au frais trois ou quatre jours; après, retournez dans son
assaisonnement votre pièce de bœuf; faites-en de même tous les deux
jours, durant huit ou neuf jours: lorsque vous voudrez vous en servir,
retirez-la; laissez-la égoutter et ficelez-la; mettez de l’eau dans
une casserole ronde, dans le cas de contenir votre pièce sans qu’elle
y soit gênée, avec navets, carottes, oignons, quatre clous de girofle,
quatre feuilles de laurier; faites bouillir cet assaisonnement, et
mettez-y votre pièce de bœuf: posez-la sur une feuille de turbotière,
afin de pouvoir l’enlever, sa cuisson faite, sans la casser; faites-la
bouillir durant trois heures; retirez-la; dressez-la sur votre plat:
garnissez-la de légumes avec lesquels elle aura cuit, et servez-la
avec deux saucières, une de sauce au beurre, et l’autre de jus de bœuf
(voyez _Sauce au Beurre_, article SAUCES). Servez encore avec votre
corne-bif des brocolis (voyez _Choux brocolis_, article ENTREMETS).
Cette pièce, après s’être servie chaude, peut être représentée froide
avec de la moutarde anglaise et des cornichons.
_Bœuf fumé ou de Hambourg._
Employez, pour la préparation de cette pièce, le même procédé que
celui énoncé à l’article précédent, excepté que vous ne la larderez
pas; ajoutez au sel fin dont vous la frotterez un peu de salpêtre,
du genièvre et autres aromates: après douze jours de salaison,
accrochez-la, laissez-la s’égoutter tout un jour; mettez-la fumer sept
ou huit jours, comme vous en useriez pour un jambon, ayant soin de la
retourner au bout de quatre jours, afin qu’elle soit fumée également:
de là, faites-la cuire comme la précédente. Celle-ci se sert sur de la
chou-croûte garnie de saucisses, cervelas et petit lard, ou simplement
saucée avec un jus de bœuf.
On peut employer la poitrine, les tendons et la noix de bœuf, pour
remplacer la culotte. Ce bœuf se mange froid comme le jambon, et avec
de la moutarde.
_Aloyau à la Broche._
Ayez un aloyau de première ou de seconde pièce, et plus gros, si le cas
l’exige; ôtez-lui l’arête sans endommager les deux filets; mettez-le
sur un plat, saupoudrez-le d’un peu de sel fin; arrosez-le d’un peu
d’excellente huile d’olive, en y joignant quelques tranches d’oignons
et de feuilles de laurier; laissez-le mortifier deux ou trois jours, si
le temps le permet, et ayez soin de le retourner deux ou trois fois par
jour; lorsque vous voudrez le faire cuire, embrochez-le ou couchez-le
sur fer, de la manière suivante: passez votre broche dans le gros
filet, en suivant l’arête ou les os de l’échine; gardez-vous, dirai-je
encore, d’endommager le filet mignon; attachez du côté du gros filet un
hatelet ou petite broche de fer, liez-le avec de la ficelle fortement
des deux bouts, afin que votre aloyau ne tourne pas sur la broche;
roulez le flanc en dessous, pour mieux présenter le filet mignon et la
graisse de votre aloyau que vous dégraisserez légérement; assujettissez
ce flanc avec de petits hatelets, en les passant d’outre en outre dans
le gros filet; enveloppez de papier fort cet aloyau et mettez-le à
un feu vif, afin qu’il concentre son jus; ayez soin qu’il ne soit ni
trop cuit ni trop peu, pour qu’il soit dans son jus, et servez-le,
accompagné d’une saucière dans laquelle vous mettrez une bonne sauce
hachée. (Voyez _Sauce hachée_.)
_Aloyau à la Godard._
Otez le dos de l’échine à votre aloyau sans le désosser tout-à-fait;
lardez-le de gros lardons, assaisonnés comme il est dit à l’article
_Culotte de Bœuf à l’écarlate_; ficelez-le de manière à lui donner
une belle forme; mettez-le dans une braisière avec un bouquet garni de
fines herbes, oignons et carottes en suffisante quantité; mouillez-le
avec du bon bouillon, une demi-bouteille de vin de Champagne et une
autre demi-bouteille de vin de Madère; mettez-y sel et gros poivre;
faites-le cuire à petit feu, et de manière que son fond soit réduit
presqu’en glace; retirez-le de sa braise, et servez-le avec le ragoût
énoncé ci-après: mettez quatre cuillerées à dégraisser d’espagnole
dans une casserole; ajoutez-y la cuisson de votre aloyau, que vous
aurez passée et dégraissée; coupez quelques gorges de ris de veau en
tranches, des champignons tournés, des culs d’artichauts en quartiers,
des crêtes et des rognons de coqs, des petits œufs; dégraissez votre
ragoût avant de servir; saucez votre aloyau avec ce ragoût; ajoutez-y,
si vous voulez, des ris de veau piqués et glacés, des petits pigeons
à la Gautier, des truffes entières, des quenelles, six ou huit belles
écrevisses, quelques culs d’artichauts entiers, et servez.
_Noix de Bœuf braisée._
Ayez une noix de bœuf couverte de sa panuffe; lardez-la de gros
lardons, assaisonnez-la comme il est dit à l’article _Culotte à
l’écarlate_; ficelez-la, mettez-la dans une casserole avec carottes
tournées, un bouquet assaisonné de laurier, de thym, de basilic, une
gousse d’ail et deux clous de girofle, un peu de sel, une cuillerée à
pot de bouillon et un demi-setier de vin blanc; lorsque vous la jugerez
à moitié cuite, mettez-y six ou huit oignons blancs, étouffez-la avec
feu dessus et dessous; quand elle sera cuite, ôtez une partie du fond,
faites-le réduire pour glacer votre noix et vos oignons; dressez-la sur
un plat, arrangez vos oignons et vos carottes autour; glacez le tout
comme il est dit plus haut; passez le surplus du fond dans ce qui reste
de votre glace, saucez-en votre noix et servez.
_Côtes de Bœuf couvertes aux Racines._
Prenez les côtes couvertes, lardez-les de gros lard comme la noix de
bœuf, assaisonnez-les et braisez-les de même; tournez des carottes avec
votre couteau ou emporte-pièce, une quantité suffisante pour masquer
vos côtes; faites-les blanchir, mettez-les cuire dans une casserole
avec une partie de l’assaisonnement de vos côtes, ou du bouillon;
faites-le tomber à glace; cela fait, prenez la valeur d’une cuiller à
bouche de farine, un peu de beurre; faites un petit roux, mouillez-le:
quand il sera bien blond avec les restans de l’assaisonnement de vos
côtes faites cuire votre sauce, dégraissez-la, tordez-la dans une
étamine sur vos carottes; remettez le tout sur le feu, afin que votre
sauce et vos carottes prennent du goût; mettez-y gros de sucre comme
la moitié d’une noix, pour en ôter l’âcreté, et un pain de beurre;
sautez bien le tout jusqu’à ce que le beurre soit parfaitement fondu et
incorporé; masquez vos côtes et servez.
_Entre-Côte de Bœuf._
L’entre-côte est la partie qui se trouve sous l’épaule ou paleron; la
meilleure partie est celle qui est à deux côtes de celles couvertes;
elle a besoin d’être attendrie et mortifiée; elle est plus délicate
lorsqu’elle est bien marbrée.
Si vous voulez servir une entre-côte, supprimez-en les nerfs; coupez-la
de l’épaisseur de deux travers de doigt, aplatissez-la; saupoudrez-la
légérement de sel, mettez-la sur un gril avec un feu vif; retournez-la
souvent: lorsque vous la jugerez cuite, servez-la avec une sauce hachée
(voyez _Sauce hachée_, à son article), ou bien mettez un peu de beurre
dans un plat, posez-la dessus, retournez-la dedans, ajoutez un jus de
citron ou un filet de verjus.
_Filet de Bœuf, piqué, à la Broche._
Ayez un bon filet de bœuf dont vous lèverez la peau nerveuse qui se
trouve dessus le côté qui n’est point attaché aux petites côtes: pour
cet effet, servez-vous d’un couteau mince, et faites-le glisser entre
la peau et le filet, comme si vous leviez une barde de lard: s’il
restait quelques petits nerfs, levez-les avec soin, sans endommager
votre filet; parez-le en tous sens, coupez-en la pointe, et ne lui
donnez que l’épaisseur de deux doigts; piquez-le d’un bout à l’autre.
La manière de s’y prendre pour le bien piquer consiste seulement à
placer son filet sur un torchon blanc, le gros bout sur la paume de la
main gauche, et l’on met de la droite sa lardoire: lorsque vous aurez
pris de la chair, en raison de la longueur de votre lard, placez le
lardon dans la lardoire, et tirez-le; s’il était plus passé d’un côté
que de l’autre, il faudrait l’ajuster avec la pointe de votre lardoire,
pour qu’il soit égal et que votre pièce ait bonne mine; continuez
ainsi votre rangée: lorsqu’elle sera achevée, faites-en une autre, en
ayant l’attention de croiser les bouts, et de ne pas prendre plus de
chair dans un endroit que dans l’autre; continuez ainsi, jusqu’à ce
que votre filet soit entièrement piqué. Cette opération faite, vous le
mettez mariner dans de la bonne huile, avec sel, gros poivre, tranches
d’oignons et quelques feuilles de laurier; après embrochez-le sur un
hatelet. S’il ne vous plaît pas de le laisser dans toute sa longueur,
donnez-lui la forme d’un serpent, en lui faisant faire divers contours,
celle d’une gimblette ou d’un fer à cheval, comme vous le jugerez le
plus convenable; faites-le cuire; le plus ou le moins dépend du feu,
mais préférez un feu vif; servez-le avec une excellente sauce hachée
ou poivrade. (Voyez _Sauce hachée_ et _Poivrade_, à leurs articles.)
_Filet de Bœuf au Vin de Madère._
Ayez un bon filet de bœuf bien marbré, c’est-à-dire d’excellente
qualité; piquez-le comme il est dit à l’article _Filet de Bœuf à la
broche_; foncez une casserole de quelques carottes, oignons et d’un
bouquet; mettez autour de cette casserole des bardes de lard; posez
votre filet sur les légumes, après y avoir mis environ un quarteron de
lard râpé, et lui avoir donné la forme d’une gimblette; mouillez-le
avec une demi-bouteille de vin de Madère, autant de consommé; mettez-y
peu de sel, et faites-le partir sur un bon feu. Lorsqu’il le sera,
couvrez-le de trois ou quatre feuilles de papier beurrées; mettez un
couvercle sur votre casserole, avec feu ardent dessus, et ralentissez
celui de dessous, pour qu’il mijote seulement. Lorsqu’il sera cuit ou
près de l’être, passez la majeure partie de ce fond au travers d’un
tamis de soie; rejetez ce qui n’aura pas passé, dans le puits que forme
votre filet, afin de le nourrir; mettez la partie coulée dans une
casserole, avec une cuiller à dégraisser pleine d’espagnole: faites
réduire le tout à consistance de demi-glace, égouttez votre filet,
glacez-le, posez-le sur un plat avec propreté. Finissez votre réduction
avec un pain de beurre; passez-la, versez-la dans le puits de votre
filet, et servez.
_Filet d’Aloyau aux Concombres._
Après avoir paré votre filet, comme il est dit à l’article ci-dessus,
piquez-le ou lardez-le de gros lard; marquez-le dans une casserole
en en usant comme pour celui au vin de Madère, et au lieu de ce vin,
mettez un verre de vin blanc et un peu plus de bouillon; faites cuire
de même; prenez une partie de ce fond avec une cuillerée d’espagnole;
faites-le réduire, dégraissez-le, mettez-y vos concombres. (Voyez
_Ragoût de Concombres_, à son article.)
_Filet de Bœuf à la Chicorée._
Il se prépare comme le précédent, excepté qu’on y met, dans le puits
ou dessous, une bonne chicorée réduite au blanc ou au roux. (Voyez
_Chicorée_, article des _Ragoûts_.)
_Filet de Bœuf à la Sauce Tomate._
Ce filet se prépare comme le précédent, ou on le met à la broche. La
seule différence, en fait de sauce, est d’en mettre une tomate dessous,
telle qu’elle est indiquée à l’article _Sauce Tomate_.
_Filets de Bœuf sautés dans leur Glace._
Préparez votre filet, supprimez-en le gros bout et la pointe; coupez-le
en tranches d’un demi-pouce d’épaisseur; si ce filet est gros,
séparez les tranches en quatre ou en moindres parties; s’il n’est pas
très-fort, aplatissez-les, coupez-les, avec un coupe-pâte, de la
grosseur du creux de la main; faites clarifier du beurre, trempez-les
dedans, et arrangez-les dans une casserole très-plate; posez-les sur un
feu vif, retournez-les souvent, afin qu’ils ne perdent pas leur jus.
Quand ils seront près d’être cuits, égouttez-en le beurre, et mettez
à la place un peu de consommé réduit, ou du bouillon que vous aurez
fait réduire; retournez-les plusieurs fois et en les appuyant, afin
qu’ils se glacent et prennent du goût: lorsqu’ils sont bien glacés,
arrangez-les sur votre plat, en forme de miroton; remettez dans votre
sauce une cuillerée de consommé; détachez bien votre glace, liez-la
avec un petit morceau de beurre, versez-la sur vos filets et servez.
Vous pouvez mettre dans le puits, des pommes de terre que vous
tournerez à cru en forme de petits oignons, que vous ferez cuire dans
le beurre et auxquelles vous ferez prendre une belle couleur. Vous
pouvez également y mettre une sauce tomate, de la chicorée ou des
petits navets; mais il me paraît plus convenable d’employer des pommes
de terre.
_Bifteck._
Parez un morceau de filet de bœuf; de préférence choisissez le milieu,
ayez soin d’en ôter toutes les fibres et de conserver le plus de
graisse que vous pourrez; coupez ce filet par morceaux d’un pouce et
demi d’épaisseur, aplatissez-les et réduisez-les à un demi-pouce;
mettez-les sur un gril propre, avec un feu vif; retournez-les presque
toujours, afin que le feu sèche leur surface, au point de leur faire
conserver leur jus, qui, si vous les laissiez dormir sur le feu,
reviendrait dessus, et se perdrait en les retournant. Il ne faut pas
plus de trois minutes pour les faire cuire, si le feu est convenable.
Ensuite mettez-les sur un plat dans lequel vous aurez mis gros de
beurre comme une noix par chaque filet; chauffez légérement ce plat;
retournez vos filets, lesquels feront fondre le beurre en les appuyant
dessus; garnissez-les de pommes de terre cuites au beurre ou à l’eau,
et servez.
_Véritable Bifteck, comme il se fait en Angleterre._
Les Anglais prennent, pour faire leur bifteck, ce que nous appelons
la sous-noix de bœuf, ou le morceau qui se trouve près de la queue,
et qu’ils nomment Romesteck; mais le bœuf chez eux est infiniment
plus tendre, parce qu’ils le tuent beaucoup plus jeune qu’en France.
Ils prennent cette partie de bœuf, la coupent par lames épaisses d’un
demi-pouce, l’aplatissent un peu, la font cuire sur une plaque de fonte
faite exprès, et au lieu d’employer du charbon de bois, ils se servent
de charbon de terre. Il faut convenir que cette partie du bœuf employée
par les Anglais est infiniment meilleure que le filet mignon dont nous
faisons usage; mais d’un autre côté elle est moins tendre.
_Queue de Bœuf en Hoche-pot._
Prenez une queue de bœuf; coupez-la par tronçons, de joint en joint;
faites-la dégorger et blanchir; foncez une casserole de viande de
boucherie; placez dessus vos tronçons; ajoutez-y sel, oignons,
carottes, un bouquet assaisonné d’une feuille de laurier, d’une gousse
d’ail, de thym, de basilic, et piquée de deux clous de girofle;
mouillez le tout avec du bouillon, de manière à ce que vos tronçons
ne fassent que tremper; couvrez-les de bardes de lard; faites-les
partir; mettez-y un rond de papier, et, les posant sur un feu modéré,
couvrez-les avec un couvercle, avec feu dessus; laissez-les cuire
quatre à cinq heures. Vous pourrez juger si votre queue est cuite,
lorsque, l’ayant pressée contre vos doigts, la chair quittera presque
les os; alors égouttez-la, et servez-la avec le ragoût de racines.
(Voyez l’article _Côtes de Bœuf aux Racines_.)
Si vous n’aviez pas de sauce, faites un petit roux avec gros de beurre
comme un œuf, de la farine autant que votre beurre en pourra boire;
étant fondu, faites aller votre roux sur un feu doux; tournez-le,
afin qu’il ne s’attache ni ne brûle, ensuite, ayant passé le fond de
votre queue au travers d’un tamis de soie, délayez avec ce fond votre
roux, que vous aurez retiré du feu: de là faites cuire votre sauce;
dégraissez-la et tordez-la dans une étamine: observez qu’alors vous
devez avoir eu soin de préparer et faire cuire des racines, ainsi qu’il
est indiqué à l’article _Côtes de Bœuf aux Racines_; conséquemment
jetez vos racines dans votre sauce; qu’elle soit d’un bon goût;
faites-la bouillir, afin que ces racines prennent également du goût;
mettez-y gros de sucre comme une noix, si vous n’en avez pas mis en les
faisant cuire; finissez votre ragoût avec un pain de beurre; marquez
vos tronçons de queue que vous aurez égouttés; dressez sur le plat le
plus en pyramide possible, et servez.
_Queue à la purée de Pois, Lentilles, etc._
Marquez cette queue comme il est dit à l’article précédent; faites
votre purée comme celle des potages, et passez-la avec un morceau de
beurre: si vous n’avez pas de sauce pour la corser, mettez une partie
du fond de votre queue; faites-la réduire; dégraissez-la; mettez-y un
peu de sucre; qu’elle soit d’un bon sel; finissez-la avec un morceau de
beurre; égouttez, dressez votre queue, masquez-la avec votre purée, et
servez ensuite.
_Langue fumée._
Ayez autant de langues de bœufs que vous le jugerez à propos;
supprimez-en le gosier, et faites-les tremper trois heures dans
l’eau; grattez-les; mettez-les égoutter; frottez-les avec du sel fin
et environ deux onces de salpêtre; ayez un pot de grès, mettez-y vos
langues, et à mesure que vous les arrangerez, joignez-y quelques
feuilles de laurier, du thym, du basilic, du genièvre, du persil,
de la ciboule, quelques gousses d’ail, des échalotes et des clous de
girofle; ayez soin que vos langues soient bien serrées les unes contre
les autres, afin qu’il n’y ait nul vide entre elles: les ayant salées
convenablement, couvrez votre pot de manière qu’elles ne prennent pas
l’évent; laissez-les au sel huit jours, après retirez-les, attachez-les
par le petit bout à un grand bâton, et mettez-les fumer dans la
cheminée jusqu’à ce qu’elles soient sèches: quand vous voudrez les
employer, lavez-les, ratissez-les, et faites-les cuire dans un bon
assaisonnement.
Vous pouvez faire du petit salé avec la saumure assaisonnée de vos
langues.
_Langue de Bœuf fourrée._
Vous ferez dégorger des langues et nettoyer des boyaux de bœuf; ayant
fait tremper quelques heures dans de l’eau et des herbes aromatiques
ces boyaux, mettez vos langues dedans, et liez-en les extrémités;
ayez une saumure assez considérable; mettez-y salpêtre en petite
quantité, macis, clous de girofle, gingembre, poivre long, laurier,
thym, basilic, genièvre et coriandre; faites bouillir cette saumure
une demi-heure à petit feu; passez-la au tamis; laissez-la reposer;
tirez-la au clair, mettez-y tremper ces langues douze jours; après
retirez-les; faites-les sécher à la cheminée: pendant qu’elles sèchent,
brûlez dessous, si vous le voulez, des herbes de senteur, et faites
cuire ces langues dans une braise, telles que les langues fumées.
_Langue de Bœuf à la braise._
Ayez une langue de bœuf; coupez-en le cornet; mettez-la dégorger deux
ou trois heures et plus; retirez-la de l’eau; ratissez-la bien avec
votre couteau, pour en ôter la malpropreté; faites-la blanchir dans un
chaudron ou dans une grande marmite; retirez-la sur un linge blanc;
ôtez-en la peau; lardez-la de gros lard, que vous aurez assaisonné avec
sel, poivre fin, épices fines, persil et ciboules; mettez-la cuire dans
une marmite avec oignons et carottes; mouillez-la avec du bon bouillon
et un verre de vin blanc; joignez-y quelques parures, soit de viande
de boucherie, de volaille ou de gibier, afin de lui donner du goût;
faites-la partir; après mettez-la sur un feu modéré, couvrez-la d’un
papier et d’un couvercle avec feu dessus; laissez-la mijoter quatre
heures et demie; dressez-la sur le plat; arrangez autour les légumes
avec lesquels vous l’avez fait cuire; passez son fond à travers un
tamis de soie; saucez votre langue avec ce fond, dans lequel vous
ajouterez une ou deux cuillerées d’espagnole, et servez.
_Langue de Bœuf en papillote._
Faites cuire cette langue comme la précédente, sans la larder: quand
elle sera cuite, laissez-la refroidir dans son assaisonnement; après,
coupez-la par lames de l’épaisseur d’un demi-pouce; ayez soin de
la couper en bec de sifflet, pour qu’elle représente à-peu-près la
largeur d’une côtelette de veau; parez tous les morceaux avec propreté;
faites qu’ils soient de même grandeur, et mettez-les en papillotes de
la manière suivante: hachez autant de persil que de ciboules, et deux
fois plus de champignons; en hachant ces derniers, exprimez dessus
un jus de citron pour les maintenir blancs; mettez-les dans le coin
d’un torchon, et pressez-les; supprimez le jus; ensuite jetez le tout
dans une casserole avec un morceau de beurre; mettez-y sel, gros
poivre et un peu de muscade râpée; faites cuire le tout à petit feu;
selon la quantité de vos fines herbes, versez-y une cuillerée ou deux
d’espagnole réduite ou de velouté; faites réduire le tout de nouveau,
en sorte que l’humidité ne fasse pas crever vos papillotes: taillez
votre papier en forme de cœur, en coupant un peu la pointe; étendez
votre papier; huilez-le légérement avec le doigt à l’endroit où vous
devez poser votre morceau de langue et vos fines herbes; ensuite mettez
une petite barde de lard sur le papier, et sur ce lard la valeur d’une
cuillerée à bouche des mêmes herbes; ensuite posez votre morceau de
langue, et dessus faites la même opération que dessous: vous aurez
soin de rogner votre papier avec des ciseaux, au cas où il serait
trop grand pour la côtelette; ployez-le de manière à ce que les bords
se trouvent égaux; videz la papillote tout autour, le plus serré que
possible, en sorte que la partie coupée de ce papier se trouve rentrée
en dedans du bord: pour y parvenir, vous pincerez votre papier avec
le pouce et l’index, et le rentrerez en dedans, comme si vous vouliez
faire une corde: à l’égard de la pointe du haut, vous la tordez comme
une papillote; cela fait, huilez vos papillotes en dehors, soit avec
la main, soit avec un doroir; mettez-les sur un gril, avec feu doux,
environ dix minutes: avant de servir, retournez-les, cinq minutes après
avoir été posées sur le feu; que le papier soit d’une belle couleur;
lorsque vous les verrez gonfler, c’est une preuve qu’elles sont
atteintes; servez-les de suite.
_Langue de Bœuf à l’Italienne ou au Parmesan._
Faites cuire cette langue dans une braise comme la précédente;
laissez-la refroidir de même; coupez-la par lames très-minces; mettez
du Parmesan dans le fond d’un plat creux; couvrez votre Parmesan de
vos tranches de langue, ainsi de suite; faites trois ou quatre lits de
langue et de fromage; arrosez chaque lit d’un peu du fond dans lequel
aura cuit la langue dont il s’agit, et finissez par un lit de fromage,
que vous arroserez d’un peu de beurre fondu; mettez le plat au four
ordinaire ou de campagne; donnez à votre Parmesan une belle couleur, et
servez.
_Palais de Bœufs au Gratin._
Ayez trois ou quatre palais de bœufs; mettez-les sur un gril du côté de
la peau, et le gril sur une cendre rouge; faites-les griller, au point
de pouvoir enlever facilement la peau avec le couteau; ensuite grattez
la partie blanche qui se trouve sous cette peau, pour qu’il n’en reste
aucun vestige; supprimez le bout du mufle et celui du côté de la gorge,
et enfin la partie noire qui se trouve au milieu, sans cependant trop
l’altérer; ensuite faites-les dégorger et blanchir; mettez-les cuire
dans un blanc, comme il est dit à l’article _Tête de Veau en Tortue_,
pendant trois ou quatre heures; puis égouttez-les; faites-les refroidir
à moitié; séparez-les en deux avec votre couteau, comme si vous leviez
une barde de lard; garnissez-les d’une farce cuite (voyez _Farce
cuite_, à son article). A cet effet, étendez vos morceaux de palais;
mettez dessus avec la lame du couteau de cette farce à-peu-près de leur
épaisseur; roulez-les sur eux-mêmes, comme vous rouleriez un morceau de
papier dans vos doigts; parez-les des deux bouts; égalisez-les; mettez
de votre farce l’épaisseur d’un travers de doigt au fond de votre plat;
rangez vos petits cannelons debout sur votre fond de farce, en laissant
un puits dans le milieu; garnissez de farce au dedans et au dehors, le
plus proprement possible, les intervalles de vos cannelons: il faut que
votre entrée ait la base d’une tour; garnissez ce puits en général de
bardes de lard bien fines, et remplissez la capacité d’un morceau de
mie de pain, de manière à maintenir les cannelons dans la position que
vous leur aurez donnée; faites fondre du beurre, dorez-les avec un
doroir; panez-les; mettez-les au four ou sous un four de campagne, avec
feu dessus et dessous; faites-les cuire et prendre une belle couleur;
ôtez votre bouchon de pain et les bardes de lard, égouttez le beurre,
saucez dans le puits avec une italienne, et servez.
_Palais de Bœufs à l’Italienne._
Préparez cinq ou six de ces palais, comme les précédens; faites-les
cuire de même; égouttez-les, coupez-les en escalopes ou en petits
carrés; coupez-les ensuite en rond, de la grandeur d’un petit écu;
mettez dans une casserole cinq cuillerées à dégraisser d’italienne
rousse, que vous ferez réduire aux deux tiers de son volume; jetez vos
palais dedans, laissez-les mijoter un peu, sautez-les; mettez un jus de
citron, et servez.
_Palais de Bœufs à la Poulette._
Préparez, comme ci-dessus, la même quantité de palais de bœufs;
coupez-les en rond ou en filets; mettez-les dans une casserole avec
trois cuillerées à dégraisser de velouté, laissez-les mijoter; faites
une liaison de deux jaunes d’œufs, déliez-la avec un peu de lait ou de
crême; retirez vos palais du feu, liez-les avec vos œufs; remettez-les
sur le feu, en les agitant toujours, afin de faire cuire votre liaison;
mettez-y un demi-pain de beurre, un filet de verjus, ou un jus de
citron, un peu de persil haché, et servez-les. Pour faire une bordure à
votre plat, ajoutez, si vous le voulez, des croûtes de pain, tournées
en bouchons, que vous aurez fait frire dans le beurre.
_Palais de Bœufs à la Ravigote._
Préparez, comme il est dit aux articles précédens, vos palais de bœufs;
coupez-les de même, sautez-les dans une sauce ravigote, froide ou
chaude (voyez _Sauce Ravigote_, à son article), et servez.
_Croquettes de Palais de Bœufs._
Faites cuire dans un blanc trois palais de bœufs, laissez-les
refroidir, coupez-les en petits dés, et de même quelques champignons,
ainsi que des truffes, si c’est la saison; faites réduire quatre
cuillerées d’espagnole ou de velouté à demi-glace, c’est-à-dire à
moitié, jetez dedans tous vos petits dés avec un peu de persil haché;
retirez votre casserole du feu; liez votre salpicon avec deux jaunes
d’œufs et du beurre gros comme une noix; versez le tout sur un plat,
étendez-le avec la lame d’un couteau, en lui conservant une bonne
épaisseur; lorsque ce salpicon sera refroidi, coupez-le par carrés
égaux, et donnez-lui la forme que vous jugerez convenable, soit en
côtelettes, soit en cannelons, soit en poires ou en petites boules.
Cassez trois œufs que vous battrez comme une omelette; mettez-y un peu
de sel fin; trempez tous vos morceaux, l’un après l’autre, dans cette
omelette; mettez-les ensuite dans de la mie de pain, en maintenant la
forme que vous leur avez donnée; au fur et à mesure que vous les aurez
passés, mettez-les sur un plat; repassez votre mie de pain au travers
d’une passoire; trempez une seconde fois vos croquettes dans cette
omelette, passez-les de nouveau; saupoudrez votre plat de mie de pain,
rangez-les dessus et couvrez-les avec le reste de la mie de pain pour
qu’elles ne sèchent pas; au moment de servir, retirez-les de cette mie,
posez-les sur un couvercle; mettez votre friture sur le feu, faites-la
bien chauffer sans la brûler; glissez toutes vos croquettes à-la-fois,
afin qu’elles aient toutes la même couleur; retirez-les; faites-les
égoutter un moment; rangez-les sur votre plat, et servez avec un
bouquet de persil frit, dont vous couronnerez vos croquettes.
_Palais de Bœufs en Cracovie._
Ayez trois palais de bœufs, préparez-les comme les précédens;
laissez-les refroidir; coupez-les en quatre; fendez chaque morceau
en deux, comme si vous leviez une barde de lard; ce qui vous donnera
vingt-quatre morceaux. Ayez une tetine de veau blanchie dans l’eau, ou
cuite dans la marmite; coupez-la par petites bardes, comme le sont vos
palais; ayez également un salpicon, comme celui des croquettes énoncées
à l’article précédent; étendez-en gros comme le pouce sur chaque
morceau de vos palais, roulez-les, enveloppez-les avec votre morceau de
tetine; passez-les comme les croquettes, ou trempez-les dans une pâte
à frire (voyez _Pâte à frire_, à son article); faites-les frire comme
les croquettes, dressez-les de même, et servez.
_Palais de Bœufs à la Lyonnaise._
Faites cuire quatre ou cinq de ces palais dans un blanc, ainsi que vous
le verrez ci-dessus; coupez cinq ou six oignons en tranches, passez-les
dans le beurre; qu’ils soient d’une belle couleur; lorsqu’ils seront
cuits, mouillez-les avec une cuillerée ou deux d’espagnole: si vous
n’en avez pas, singez-les et mouillez-les avec un peu de bouillon;
faites cuire le tout; coupez vos palais en carré ou en filets,
jetez-les dans votre sauce; mettez-y un peu de sel, de gros poivre, et
finissez avec un peu de moutarde.
_Gras-double._
Prenez la partie la plus épaisse du gras-double, mettez-la dans de
l’eau tiède; ratissez-la bien; enlevez avec soin la partie spongieuse;
remettez-la dans de l’eau beaucoup plus chaude; faites-lui jeter un
bouillon, et nettoyez-la de nouveau; frottez-la avec du citron; faites
qu’elle soit aussi blanche que possible; mettez cuire ce gras-double
dans un blanc, sept à huit heures: sa cuisson faite, coupez-le en
losanges ou en filets. Si vous le voulez servir à la poulette (voyez
l’article _Palais de Bœufs à la Poulette_): si vous le voulez à
l’Italienne (voyez aussi cet article.)