GARNITURES.

_Bords de Plats._

Prenez du pain de pâte ferme, rassis; levez-en la mie par tranches

de l’épaisseur d’une lame de couteau; formez de cette mie de petits

losanges, des _x_, des croissans, enfin de toutes les formes que vous

voudrez. Cela fait, mettez chauffer de l’huile dans une casserole, et

passez-y ces croûtons comme ceux des épinards; faites-en des roux et

des blancs; les blancs, en leur laissant moins subir l’action du feu.

Quand ces croûtons seront bien secs, égouttez-les, faites des caisses

de papier blanc, et mettez-les séparément, selon leur forme et leur

couleur, dans chacune de ces caisses. Lorsque vous voudrez vous servir

de ces croûtons pour des bords de plats, percez un œuf par la pointe,

faites-en tomber une partie du blanc sur un couvercle, battez un peu

ce blanc avec la lame de votre couteau; incorporez-y une petite pincée

de farine, faites chauffer légérement votre plat, trempez dans l’œuf

un des côtés de vos croûtons, et posez-le sur ce plat, ainsi de suite,

jusqu’à ce que votre bord soit formé. Gardez-vous de faire chauffer

votre plat plus qu’il ne faut, de crainte que votre bord ne puisse

tenir.

_Crêtes de Coqs._

Parez ces crêtes et coupez-en les petites pointes; ôtez-en le moins que

vous pourrez, pour ne pas leur ôter leur grâce. Parez aussi la partie

qui est adhérente à la tête. Mettez-les dégorger trois quarts d’heure

dans de l’eau un peu tiède, au bord d’un fourneau; ayez soin de les

remuer souvent. Faites chauffer de l’eau dans une autre casserole,

qu’elle soit un peu plus que tiède; mettez vos crêtes dans un torchon

neuf, avec une pincée de gros sel; tenez les quatre coins de votre

torchon dans votre main, plongez-le dans l’eau presque bouillante, et

frottez-les avec la paume de la main, comme il a été dit pour la mie

de pain; ouvrez votre torchon; voyez si l’épiderme de vos crêtes se

détache; sinon retrempez-les en faisant chauffer un peu plus votre eau;

prenez garde néanmoins qu’elle ne le soit trop, car vous manqueriez

vos crêtes. Si l’épiderme s’en détache bien, passez-les toutes les unes

après les autres dans vos doigts, pour les bien éplucher; mettez-les

dégorger dans de l’eau fraîche, jusqu’à ce qu’elles soient blanches.

Cela fait, marquez-les dans un blanc (voyez _Blanc_); faites-les cuire

et mettez-les au rang de vos garnitures, pour vous en servir au besoin.

_Garniture de Rognons de Coqs._

Prenez la quantité de ces rognons que vous jugerez nécessaire;

appropriez-les, mettez-les dégorger comme les crêtes, sur le bord

d’un fourneau: quand ils le seront suffisamment, faites-les blanchir,

et marquez-les dans un blanc comme les crêtes (voyez _Blanc_ ou

_Mirepoix_), et rangez-les au nombre de vos garnitures.

_Foies gras et demi-gras pour Garnitures._

Ayez la quantité de foies gras que vous croirez nécessaire pour votre

service; supprimez les cœurs et les amers; parez-les bien où l’amer

a posé; prenez garde de la crever. Faites dégorger vos foies comme

les rognons, et blanchir légérement; mettez-les cuire dans des bardes

de lard; mouillez-les avec une bonne Mirepoix: leur cuisson faite,

mettez-les au rang de vos garnitures.

_Truffes pour Garnitures._

Je ne parlerai point ici des truffes, vu que j’en donnerai l’_analyse_

dans le corps de l’ouvrage. (Voyez article _Ragoût aux Truffes_.)

_Carottes pour Garnitures._

Ayez des carottes en quantité proportionnée à vos besoins;

choisissez-les pourtant d’une belle couleur rouge et tendre;

tournez-les, soit en bâtonnets, en gousses d’ail, en forme de

champignons ou de morilles. Si le temps vous presse, coupez-les avec

un vide-pomme; tâchez de ne point employer le cœur de la carotte,

qui différerait de couleur et qui est moins délicat; faites blanchir

ces petites carottes, mettez-les cuire avec un peu de consommé ou de

bouillon; joignez-y un petit morceau de sucre; faites-les tomber à

glace; prenez garde qu’elles ne s’attachent: leur cuisson achevée,

mettez-les au rang de vos garnitures.

_Navets pour Garnitures._

Choisissez la quantité de navets dont vous avez besoin; soit que vous

les preniez de Farneuse ou de toute autre espèce, choisissez-les d’une

chair serrée et sucrée (les creux ne valent rien); tournez-les, comme

il est indiqué à l’article des carottes, faites-les cuire de même, à

moins que vous ne les veuilliez au roux: dans ce cas, ne les faites

point blanchir, mais roussir dans du beurre ou du sain-doux, et de là

mettez-les au rang de vos garnitures.

_Champignons pour Garnitures._

A l’égard de ces champignons (voyez, à l’article des _Ragoûts_, le

_Ragoût de Champignons_). De même, pour les _Morilles_ et les

_Mousserons_ (voyez à l’article des _Ragoûts_).

_Petits Oignons pour Garnitures._

Prenez la quantité de petits oignons dont vous croirez avoir besoin;

coupez-leur les têtes et la queue; faites blanchir ces petits oignons,

supprimez-en la première peau; rendez-les tous égaux, mettez-les cuire

dans du consommé ou du bouillon; ajoutez-y un petit morceau de sucre;

faites-les tomber presque à glace. Si vous les voulez roux, au lieu de

les faire blanchir, faites les roussir dans du beurre; égouttez-les;

mettez-les cuire comme il est dit plus haut. Leur cuisson achevée,

placez-les au rang de vos garnitures.

_Laitues pour Garnitures._

Prenez la quantité convenable de laitues, épluchez-les; ne coupez

point la racine près des feuilles; lavez-les; plongez-les dans l’eau

(en les tenant par la queue) les unes après les autres, de crainte

qu’il n’y reste quelques petits vers rouges. Faites-les blanchir,

rafraîchissez-les, passez-les, ficelez-les de trois en trois; foncez

une casserole de bardes de lard, posez-les dedans, assaisonnez-les de

sel et gros poivre, d’une feuille de laurier, d’une gousse d’ail, d’un

oignon et d’une lame de jambon; mouillez-les, soit avec du consommé,

du bouillon ou un bon fond de graisse; couvrez-les de bardes de lard,

d’un rond de papier; faites les partir; mettez-les mijoter deux

heures avec feu dessous et dessus. Étant cuites, laissez-les dans leur

assaisonnement, et mettez-les au rang de vos garnitures.

_Vert d’Épinards._

Prenez environ un demi-paquet d’épinards; épluchez-le, lavez-le,

secouez-le; mettez ces épinards dans un mortier; pilez-les; exprimez-en

le jus en les pressant à force de bras dans un torchon; mettez ce

jus dans une sauteuse ou dans un couvercle de marmite; posez-le sur

une cendre chaude, afin qu’il ne fasse que frémir; ce jus vert se

caillebottera. Une fois caillé, égouttez-le sur un tamis de soie,

et servez-vous-en pour donner une couleur verte à vos purées, à vos

sauces, à vos gelées, et pour les petites omelettes qui servent à

décorer.

_Culs d’Artichauts tournés._

Prenez une douzaine d’artichauts tendres et non filandreux, ce qui vous

sera facile de connaître en séparant la queue de l’artichaut; si elle

se casse net, c’est une preuve qu’il n’est point filandreux; supprimez

les feuilles de dessous l’artichaut, non en les cassant, mais en les

tirant de côté, de façon à n’enlever que la grosse peau de la feuille

sans en arracher la chair: lorsque votre artichaut sera dégagé de la

majeure partie de ses feuilles, tournez-le, commencez par l’endroit où

posait la queue, tournez-le sur la lame de votre couteau, de façon que

l’artichaut tourne tandis que votre couteau restera en place, et faites

que l’on ne puisse distinguer aucun coup de couteau: lorsque vous serez

arrivé aux feuilles, coupez-les horizontalement; frottez votre cul

d’artichaut avec la moitié d’un citron, jetez-le dans de l’eau fraîche,

dans laquelle vous aurez exprimé le jus d’un ou de plusieurs citrons.

Vos artichauts étant tournés, mettez de l’eau bouillir dans un chaudron

ou une casserole; quand votre eau sera bouillante, mettez-y vos culs

d’artichauts, couvrez-les d’un plat qui les tienne plongés dans l’eau;

faites-les bouillir; retirez-en un, voyez si le foin quitte; dans ce

cas, rafraîchissez vos artichauts, supprimez-en le foin, remettez-les

dans une autre eau fraîche. Une fois rafraîchis, égouttez-les,

mettez-les dans un blanc (voyez _Blanc_), achevez de les faire cuire.

Leur cuisson faite, retirez-les de leur blanc, qu’il ne reste rien

après; mettez-les dans une terrine, passez dessus à travers un tamis de

ce même blanc, et servez de ces culs d’artichauts pour garnitures, soit

en entier ou par quartier.

L'Art du Cuisinier, Volume 1 · 第 50 / 113 题