Nous disons aussi: _Il ne s’est pas fait tirer la manche._

_S’il fait beau, prends ton manteau; s’il pleut, prends-le si tu veux._

Il faut prévoir les éventualités fâcheuses et se prémunir contre elles,

lors même qu’elles ne paraissent pas probables.

De loin contre l’orage un nautonier s’apprête,

Avec le vent en poupe il songe à la tempête. (PIRON.)

Quant à la seconde partie du proverbe, c’est une manière originale de

faire sentir l’importance attachée au conseil exprimé dans la première.

=MARGUERITE.=—_A la franche marguerite._

Telle est la disposition du cœur de l’homme que, dans toutes les

passions qu’il éprouve, il ne saurait jamais s’affranchir d’une sorte

du superstition. On dirait que ne trouvant, dans le monde réel, rien

qui réponde pleinement aux besoins d’émotion et de sympathie produits

par l’exaltation de son être, il cherche à étendre ses rapports dans un

monde merveilleux. C’est surtout dans l’amour que se manifeste cette

disposition. L’amant est curieux, inquiet. Il veut pénétrer l’avenir

pour lui arracher le secret de sa destinée. Il rattache ses craintes

ou ses espérances à toutes les pratiques que son imagination lui

fait croire capables de changer la volonté du sort ou de la disposer

en sa faveur. Il veut trouver dans tous les objets de la nature des

assurances contre les craintes dont il est agité. Il les interroge sur

les sentiments de celle qu’il adore. Les fleurs qui lui présentent son

image lui paraissent surtout propres à révéler l’oracle de l’amour.

Lorsqu’il va rêvant dans la prairie, il cueille une marguerite, il en

arrache les feuilles l’une après l’autre, en disant tour à tour: _Elle

m’aime, pas du tout, un peu, beaucoup, passionnément._ Si la dernière

feuille amène _pas du tout_, il gémit, il se désespère; si elle

amène _passionnément_, il s’enivre de joie, il se croit destiné à la

félicité; car la marguerite est trop franche pour le tromper.

=MARIAGE.=—_En mariage trompe qui peut._

Il n’est pas besoin d’expliquer ce proverbe; mais il est bon de

recommander à ceux qui se marient de s’en souvenir, et à ceux qui sont

mariés de l’oublier.

_Un bon mariage est difficile à faire même en peinture._

C’est ce que dit un plaisant en voyant les sept sacrements du Poussin,

où le tableau du mariage est plus faible que les autres, et le mot

passa en proverbe.

_Les mariages sont écrits dans le ciel._

C’est-à-dire que les mariages sont souvent imprévus, et semblent

dépendre de la destinée plutôt que des calculs humains.—Je ne sais

s’il est vrai que les mariages soient écrits dans le ciel; mais il

est sûr qu’il y en a toujours beaucoup sur lesquels le diable a de

bonnes hypothèques.—Une donzelle, qui ne trouvait point à se marier,

s’écriait un jour avec un certain dépit: Vous verrez que si mon mariage

est écrit au ciel, c’est assurément au dernier feuillet.

=MARIÉE.=—_Il a vu la mariée._

Cette expression, qu’on applique à quelqu’un qui a été troublé par

une fausse alerte, fait allusion à une anecdote militaire que Strada

rapporte ainsi: lorsque l’armée espagnole envoyée en Flandre, sous les

ordres du duc d’Albe, était établie près de Groningue, à dessein de

chasser de la Frise le comte Louis de Nassau, les éclaireurs, ayant

entendu de loin des tambours, et distingué quatre drapeaux qui venaient

à eux, coururent annoncer au duc que l’ennemi arrivait. Mais, au lieu

de l’ennemi, c’était une nouvelle mariée que des paysans conduisaient

avec tout l’appareil d’une fête rustique, et les quatre drapeaux

étaient des morceaux d’étoffe flottant au-dessus de quelques chariots

recouverts de branchages, où se trouvaient les femmes des gens invités

à la pompe nuptiale. L’historien assure que le duc d’Albe, trompé

par ses coureurs, fit prendre lui-même les armes à son armée, qui ne

les déposa qu’après avoir fait une décharge générale pour saluer la

noce qu’elle vit défiler. Cet événement, ajoute-t-il, passa aussitôt

en proverbe parmi les troupes Wallonnes, et depuis lors les soldats

ne manquent jamais de demander à ceux qui arrivent à la hâte de la

découverte en témoignant de la frayeur, _s’ils ont vu la mariée_.

=MARIER.=—_Qui se marie à la hâte se repent à loisir._

Un mariage contracté trop vite devient souvent une source intarissable

de regrets, parce qu’il est rarement fondé sur le rapport des

caractères, sans lequel la bonne intelligence ne saurait guère exister

entre les époux.

_Nul ne se marie qui ne s’en repente._

Les peines sont inséparables de l’état de mariage.—Un proverbe

espagnol dit: _Madre, que cosa es casar?—Hija, hilar, parir y llorar_.

_Ma mère, qu’est-ce que se marier?—Ma fille, c’est filer, enfanter et

pleurer._

Les femmes provençales qui maigrissent dans les soucis du mariage, ont

ce singulier proverbe: _Se uno marlusso venie veouso, serie grasso. Si

une merluche devenait veuve, elle engraisserait._

Les maris provençaux ne sont pas non plus enchantés de leur sort

conjugal, si l’on en juge par cet autre proverbe qui leur est familier:

_Dons bouns jours à l’home sur terro, quand pren mouilho e quand

l’enterro. Deux bons jours à l’homme sur terre, quand il prend femme et

quand il l’enterre._ Ce qui a paru digne d’être reproduit dans ce vers

fameux:

Il n’est que deux beaux jours, l’entrée et la sortie.

_Le jour où l’on se marie est le lendemain du bon temps._

Avec ce jour doivent commencer les préoccupations de l’avenir. Les jeux

et les divertissements cessent d’être de saison. Il faut pourvoir aux

besoins du ménage, et travailler sans relâche pour l’entretien de la

femme qu’on a prise et des enfants qui viendront. Bacon a dit, dans un

style noblement figuré: _Quiconque a une femme et des enfants, a donné

des otages à la fortune_.

=MARMOT.=—_Croquer le marmot._

Attendre longtemps.—L’origine de cette expression est fort

controversée. Les uns la font venir d’une fable d’Ésope imitée par La

Fontaine, dans laquelle une fermière, pour faire cesser les pleurs de

son petit garçon, le menace de le donner au loup, qui ayant entendu

cela, en passant, vient se planter sur la porte de la maison, dans

l’espoir de _croquer le marmot_, et, après une vaine attente, finit

par être assommé. Les autres la rapportent à l’habitude qu’ont les

compagnons peintres de _croquer un marmot_ (de tracer le _croquis_

d’un marmot) sur un mur, pour se désennuyer, lorsqu’ils sont obligés

d’attendre.—Je crois qu’elle fait allusion à l’usage féodal d’après

lequel le vassal qui allait rendre hommage à son seigneur devait, en

l’absence de celui-ci, réciter à sa porte, comme il l’eût fait en sa

présence, les formules de l’hommage, et baiser à plusieurs reprises

le verrou, la serrure ou le heurtoir appelé _marmot_, à cause de la

figure grotesque qui y était ordinairement représentée. En marmottant

ces formules, il semblait murmurer de dépit entre ses dents, et en

baisant ce marmot, il avait l’air de vouloir _le croquer_, le dévorer.

Ainsi, il fut très naturel de dire figurément _croquer le marmot_,

pour exprimer la contrariété ou l’impatience qu’une longue attente

doit faire éprouver. Cette explication est confirmée d’ailleurs par

l’expression italienne _mangiare i catenacci_, _manger les cadenas ou

les verrous_, qui s’emploie dans le même sens que la nôtre.

Égayons cet article par une anecdote que racontait le duc de Biron,

un jour qu’il voulait prouver la difficulté qu’ont les étrangers à

comprendre les locutions figurées de la langue française:—Milady

B***, disait-il, avait eu la bonté de me donner un rendez-vous au bois

de Boulogne et l’inhumanité d’y manquer. Au bout de deux heures, je

m’ennuyai de l’attendre, et, de retour chez moi, je lui écrivis pour me

plaindre de son inexactitude. Par malheur il y avait dans mon billet

qu’il était bien mal à elle de m’avoir ainsi fait _croquer le marmot_.

Milady savait assez mal le français. Elle prend son dictionnaire,

et, trouvant que _croquer_ signifie manger et que _marmot_ veut dire

enfant, la voilà qui conclut que, dans ma fureur, j’avais mangé ou

voulu manger un enfant. Aussi dit-elle à une de ses amies qui entrait

en ce moment chez elle: C’est un monstre que ce duc de Biron; je ne

veux le voir de ma vie. Lisez ce qu’il m’écrit.

=MAROUFLE.=—_C’est un maroufle._

En terme de peinture, _maroufler un tableau_, c’est coller un tableau

peint avec de la colle forte ou des couleurs grasses en l’appliquant

sur une toile, ou sur un panneau de bois, ou sur un enduit de plâtre,

ou sur une muraille. Il y a lieu de croire que c’est de cette espèce

de _maroufle_, ou portrait collé, qu’est venu le terme injurieux de

_maroufle_, qui s’applique à un rustre ou à un coquin.

=MARTEL.=—_Avoir martel en tête._

Quelques étymologistes ont pensé que cette façon de parler était une

allusion à Charles-Martel, dont les taxes multipliées, disent-ils, et

les impôts de tout genre, fesaient que les contribuables l’avaient

toujours en tête.—Il y a une autre explication beaucoup meilleure:

_martel_ est un vieux mot qui signifie marteau. Ainsi _avoir martel

en tête_, c’est, au figuré, avoir la tête rompue par le souci, par

l’inquiétude, comme par un marteau. On emploie fréquemment le verbe

_marteler_ pour inquiéter, tourmenter. Exemple: _Voilà une affaire qui

lui martellera le cerveau_; ou simplement _qui le martellera_.

=MARTIN.=—_Prêtre Martin qui chante et qui répond._

On appelle ainsi un homme qui fait, comme on dit, la demande et la

réponse, qui veut se mêler de tout.

Et sera le _prestre Martin_,

Il chantera et respondra. (ALAIN CHARTIER.)

«Les femmes font le prestre Martin, car comme elles agrandissent le

regret du mari perdu..., elles publient aussi tout d’un train ses

imperfections.» (Montaigne, Essais, liv. III, ch. 4.)

Martial d’Auvergne a dit _le prestre et Martin_, au lieu du _prestre

Martin_, dans la quatre-vingt-unième stance de l’_Amant rendu cordelier

à l’observance d’amour_. Voici le passage qui contient cette variante:

J’estoye le _prestre et Martin_,

Car je respondoye en chantant,

Et parloye françois et latin.

_Plus d’un âne à la foire a nom Martin._

C’était autrefois l’usage de donner des noms de saints aux animaux,

et l’âne reçut celui de Martin. De là ce proverbe qui s’employait

autrefois pour signifier qu’il ne faut pas affirmer une chose d’après

un simple indice.

Une tradition proverbiale dit qu’un nommé Martin, huché sur un de

ses ânes, n’en retrouvait pas le nombre, parce qu’il oubliait de se

compter, c’est-à-dire l’âne sur lequel il était monté.

=MARTYR.=—_Être du commun des martyrs._

Cette expression est prise de l’office ecclésiastique _de communi

Martyrum_, qui est l’office général des martyrs. Elle s’applique à un

homme qu’aucun talent, aucune qualité particulière ne distingue de la

foule des gens médiocres.

=MATE.=—_Enfants ou compagnons de la mate._

On appelait ainsi autrefois les escrocs et les filous, parce qu’ils

avaient coutume de s’assembler, dit Le Duchat, sur une place nommée la

_Mate_. De _mate_ est venu _matois_ qui signifie rusé.

Il y a un fait très curieux à signaler dans l’histoire des _enfants_ ou

_compagnons de la mate_: c’est que Charles IX en fit appeler plusieurs

fois quelques-uns auprès de lui pour prendre des leçons de filouterie.

Ce fait est rapporté par Brantôme.

=MATINES.=—_Le retour est pire que matines._

Pour exprimer que la suite d’une affaire est plus mauvaise que le

commencement. On dit aussi: _Dangereux comme le retour de matines_.

Les deux expressions sont fondées, suivant Pasquier, sur ce que les

ecclésiastiques, en revenant des matines, qu’on disait autrefois dans

la nuit, étaient souvent exposés aux attaques de leurs ennemis, qui les

attendaient dans l’obscurité au détour de quelque rue. Le Duchat pense

qu’il s’agit du danger que ces ecclésiastiques avaient à courir auprès

des femmes de mauvaise vie qui guettaient leur sortie de l’église pour

leur proposer d’entrer chez elles.

_Étourdi comme le premier coup de matines._

C’est-à-dire comme un homme qui est réveillé par le premier coup de

matines, et qui, étant encore à moitié endormi, ne sait ce qu’il

fait.—_Les matines_, qu’on nommait aussi _les primes_, étaient

autrefois appelées proverbialement _primes-sottes_, _primæ stultæ_,

et le premier coup de la cloche qui sonnait cet office était appelé

_éveille-sots_, _primus matutinarum sonitus evigilans stultos_, parce

qu’il servait de signal, en certains jours marqués pour la réunion de

la _confrérie des sots_.

=MÉCHANCETÉ.=—_Méchanceté porte sa peine._

Le méchant est la victime de sa méchanceté. Attalus dit dans Sénèque,

épître 81: _Maximam sui veneni partem ebibit nequitia_. _La méchanceté

boit elle-même la plus grande partie de son poison._ Suivant saint

Augustin, il n’y a pas de méchant qui ne se fasse du mal à lui-même

avant d’en faire aux autres; il est comme le feu qui ne consume rien

s’il ne brûle lui-même auparavant. _Nemo malus qui non sibi priùs

noceat: sic esse putate quomodo ignem; nisi ardeat non incendit_ (_in

Psalm. 34_).

Saint Augustin remarque encore que l’homme est méchant de peur d’être

malheureux, et qu’il est encore plus malheureux parce qu’il est

méchant. _Ne miser sit, malus est; et ideo miser est quia malus est_

(_in Psalm. 32_).

«Jamais ne comprendrons-nous, s’écrie Bossuet, que celui qui nous fait

injure est toujours beaucoup plus à plaindre que nous qui la recevons;

que lui-même se perce le cœur pour nous effleurer la peau, et qu’enfin

nos ennemis sont des furieux qui, voulant nous faire boire pour ainsi

dire tout le venin de leur haine, en font eux-mêmes un essai funeste,

et avalent les premiers le poison qu’ils nous préparent?»

=MÉDAILLE.=—_Toute médaille a son revers._

Chaque chose peut être considérée sous deux faces différentes. Il n’y a

pas de bonne affaire qui n’ait son mauvais côté.

Les revers des plus belles médailles anciennes sont presque tous

négligés, et c’est là ce qui a donné lieu au proverbe. Mais pourquoi

ces revers sont-ils négligés? Serait-ce par flatterie? a dit quelque

part Diderot. Aurait-on voulu que rien ne luttât avec l’image du prince?

=MÉDARD.=—_S’il pleut le jour de saint Médard,

Il pleut quarante jours plus tard._

Je regarde saint Médard comme un des meilleurs saints du paradis, et

je ne puis croire qu’il soit l’auteur des longues pluies qui tombent

trop souvent dans les mois de juin et de juillet. Est-il croyable, en

effet, qu’après s’être montré constamment le bienfaiteur des habitants

de la campagne, durant son séjour sur la terre, il cherche à leur

nuire, depuis son installation dans le ciel, et se donne là-haut le

singulier passe-temps d’amonceler des nuages pour noyer leurs fruits et

leurs blés? D’ailleurs sur quoi se fonderait une imputation pareille?

Toutes les observations météorologiques ont constaté que saint Médard,

arrivant à une époque où la nature ne songe point encore à devenir

variable, ne saurait produire, ni présager aucune intempérie dans la

saison. C’est le 8 juin qu’échoit régulièrement la fête de cet aimable

fondateur de la rosière de Salency, lorsque les roses brillent dans

toute leur pompe; et une circonstance si peu suspecte ferait plutôt

penser que, s’il avait quelque autorité sur l’atmosphère, il aimerait

mieux en préparer les plus pures influences, ne fût-ce que pour ces

belles fleurs qu’il a destinées à couronner la vertu. Un si doux

emploi paraîtrait du moins assorti aux habitudes de sa vie. Pourquoi

donc a-t-on imaginé de lui assigner un rôle tout opposé? A quel propos

l’a-t-on représenté triste et sombre auprès d’un long baromètre qui

marque une pluie de quarante jours? J’ai lu quelque part, que cela

pourrait avoir eu pour premier fondement une anecdote rapportée par

les légendaires. Cette anecdote dit, que saint Médard se trouvait un

jour au milieu des champs en nombreuse compagnie, lorsqu’une forte

averse fondit tout à coup d’un ciel sans nuage. Tout le monde en fut

mouillé jusqu’à la peau, et lui seul n’en reçut pas la moindre goutte,

attendu qu’un aigle officieux vint déployer ses vastes ailes au-dessus

de sa tête, et lui servir de parapluie jusqu’au logis paternel. Mais

pour rattacher à ce fait l’origine du préjugé établi à l’égard de

notre saint, il aurait fallu supposer que c’était lui qui avait fait

pleuvoir sur son prochain, supposition que le récit de ses pieux

biographes n’autorise nullement. Il est beaucoup plus probable que si

l’on a fait de saint Médard _un intendant des eaux pluviales_, _un

maître du déluge_, _magister diluvii_, comme l’ont appelé de vieilles

chroniques, c’est parce que, avant la réformation du calendrier, il

avait sa fête plus rapprochée du solstice d’été, dont la présence

influe réellement sur le temps. Cependant cela n’indique point la

raison des _quarante jours_ de pluie énoncés dans le proverbe. Reste

à examiner ce que marque ce nombre de jours qui paraît ne pas avoir

été précisé sans dessein. Ne serait-ce point une allusion au déluge?

Ce grand cataclysme, suivant une tradition répandue dans le moyen-âge,

commença l’année 600 de l’âge de Noé, au dix-septième jour du second

mois nommé chez les Juifs Iiar, ou Zéus, quantième correspondant au 10

mai de notre calendrier, et il finit l’année suivante, après une durée

de 394 jours, dont on fait ainsi le calcul.

Durée de la pluie, 40 jours.

Durée de l’augmentation des eaux, 150

Durée de la diminution des eaux, 150

Intervalle du desséchement de la terre, 40

Attente pour le premier envoi de la colombe, 7

Attente pour le second envoi de la colombe, 7

—————-

Total 394 jours.

—————-

En rappelant ce nombre de jours à l’année solaire, on trouvera que les

365, dont elle se compose, sont compris dans l’espace du 10 mai 600 au

10 mai 601, et que les 29 restants, comptés à partir de cette dernière

date (10 mai), aboutissent juste au 8 juin, anniversaire de l’époque où

Noé sortit de l’arche et de la fête de saint Médard; et c’est ce qui a

peut-être donné lieu d’imaginer que, s’il vient à pleuvoir ce jour-là,

on est menacé d’une pluie de 40 jours ou d’un second déluge.

Ces explications sur l’influence attribuée à saint Médard sont les

meilleures qu’il m’ait été possible de donner. Elles s’accordent assez

bien avec les mœurs du moyen-âge, où les clercs, seuls possesseurs de

quelque science, en rattachaient toutes les observations à des faits

religieux vrais ou faux. Je n’ose me flatter toutefois qu’on ne me

reprochera point d’avoir laissé un peu la certitude en souffrance. Et

qui pourrait se flatter de dire au juste pourquoi le saint du jour

_fait la pluie et le beau temps_?

_Ris de saint Médard._

Grégoire de Tours, chapitre 95 de _la Gloire des confesseurs_, nous

apprend que saint Médard ayant le don d’apaiser le mal de dents, était

représenté la bouche entr’ouverte, laissant un peu voir ses dents, pour

avertir ceux qui auraient ce mal de recourir à lui. Comme ce saint,

entr’ouvrant ainsi la bouche, paraissait rire, mais d’un ris forcé, de

là est venue l’expression _ris de saint Médard_, pour dire un ris à

contre-cœur.

Regnier a employé cette expression dans ce vers de sa 8^e satire:

_D’un ris de saint Médard il me fallut respondre._

=MÉDISANT.=—_L’écoutant fait le médisant._

Quelqu’un disait à un sage: Une personne vous a diffamé en ma

présence.—Si vous n’aviez pas écouté cette personne avec plaisir,

repartit le sage, elle ne m’aurait point diffamé.

La réponse était juste. On ne médit d’ordinaire que parce qu’on est

écouté, et le médisant n’est guère plus coupable que l’écoutant. _Le

premier a le diable sur la langue_, dit saint Bernard, _et le second

l’a dans l’oreille_.

Suivant un autre proverbe, _la moitié du monde s’applique à médire, et

l’autre moitié à écouter les médisances_. Si cela est vrai, il faut

en conclure que l’homme qui voulait qu’on pendit par la langue ceux

qui médisent, et par les oreilles ceux qui écoutent les médisances,

souhaitait la destruction du genre humain.

Une comtesse de Poitiers, nommée Alienor, disent les chartres de

cette ville, avait établi des peines afflictives contre les femmes

médisantes, dans un code de lois qu’elle avait rédigées elle-même en

latin. Voici un article curieux de cette pénalité: «Si une femme est

convaincue de médisance, elle sera liée sur un âne avec une corde, et

de plus elle sera plongée trois fois dans l’eau.»

=MÉLUSINE.=—_Faire des cris de Mélusine._

On a prétendu que _Mélusine_ était une altération de _mère Lucine_,

_mater Lucina_, déesse invoquée par les femmes en couches, et que

l’expression signifiait proprement _crier comme une femme qui

accouche_.—Cette expression a une tout autre origine: elle rappelle la

fée _Mélusine_, dont Jean d’Arras a écrit, vers la fin du XIV^e siècle,

la merveilleuse histoire, que des écrivains français et allemands du

XVI^e siècle ont augmentée d’une infinité de détails. A les en croire,

_Mélusine_ était une fée aussi prudente qu’habile, à qui l’on doit la

construction de Saintes, de La Rochelle, des châteaux de Lusignan, de

Pons, d’Issoudun, et enfin tous les monuments qui subsistent encore

dans le Poitou. Elle avait épousé Raimondin, comte de Poitiers, sous

la condition qu’il ne s’informerait jamais de ce qu’elle devenait le

samedi. C’était le jour où, après s’être métamorphosée en serpent, elle

allait se jeter dans une cuve pleine d’eau. L’imprudente curiosité de

Raimondin fut punie par les reproches amers de _Mélusine_, qui disparut

aussitôt du château de Lusignan, où, suivant la tradition populaire,

elle est cependant revenue plusieurs fois depuis, mais seulement dans

des occasions importantes, et pour annoncer par des cris effroyables

de terribles calamités, principalement lorsque quelque seigneur de la

maison de Lusignan ou quelqu’un des rois de France était menacé de la

mort. Brantôme nous assure que lorsque le château fut rasé par ordre de

Henri III, plusieurs personnes la virent distinctement en l’air, et que

les officiers de l’armée l’entendirent se lamenter comme une fauvette

dont on détruit le nid et dont on dérobe les petits. On prétend qu’elle

reparut, dans la suite, au milieu des décombres de l’antique manoir,

pour annoncer la mort de Henri IV et de Louis XIII. Son histoire, que

l’empereur Charles-Quint et la reine Catherine de Médicis voulurent

apprendre sur les lieux mêmes, est connue de tous les paysans du

Poitou. Aujourd’hui encore, les mères ne cessent d’en faire des récits

aux petits enfants, qui pâlissent d’effroi en les écoutant.

=MENTEUR.=—_Un menteur n’est point écouté, même en disant la vérité._

_Mendaci homini ne verum quidem dicenti credere solemus._ (Cicero, _De

divin._, n^o 146.)

Un homme habitué à mentir se plaignait de ne trouver que des

incrédules, un jour qu’il venait de dire la vérité.—Eh pourquoi, lui

répliqua-t-on, vous êtes-vous avisé de la dire?

_A menteur, menteur et demi._

C’est-à-dire qu’il est bon de réfuter un mensonge par un mensonge plus

grand encore, comme l’enseigne l’apologue dans lequel l’homme qui

prétend avoir vu un chou gros comme un chêne, trouve un plaisant qui

lui répond qu’il existe une marmite grande comme une église, faite

exprès pour faire cuire ce chou.

_Il faut qu’un menteur ait bonne mémoire._

Les menteurs sont habitués à débiter tant de choses, qu’il leur

est presque impossible de ne pas se contredire. Pour éviter cet

inconvénient, ils auraient besoin de se faire exprès une mémoire.—Ce

proverbe se trouve dans le recueil des _Adages des Pères de l’Église_,

en ces termes: _Memoriam custodem habere mendacem oportet_. J’ai lu

quelque part qu’il fut appliqué au grammairien Didyme, qui avait traité

de ridicule une histoire inventée par lui-même et insérée dans un de

ses ouvrages. Ce qui n’était pas bien étonnant de la part de cet auteur

qui avait composé trois mille cinq cents traités, travail prodigieux

pour lequel il avait été surnommé _Chalkenteros_, homme _aux entrailles

d’airain_.

=MENTIR.=—_Il n’enrage pas pour mentir._

Feydel prétend qu’_enrage_ est ici une altération d’_enraie_, qui

s’écrivait autrefois _enrage_, et qu’il faudrait dire: _Il n’enraie

point pour mentir_. Sur quoi l’abbé Morellet lui reproche de ne fournir

aucune preuve de son assertion et d’ignorer complétement le sens du

dicton qui est: Pour mentir il ne sort point de son état naturel,

c’est de sang-froid et par habitude qu’il ment.—L’abbé Morellet a

probablement raison contre Feydel. Cependant l’explication qu’il donne

me parait laisser quelque chose à dire. Citons d’abord le dicton

entier: _Il est de la compagnie de saint Hubert; il n’enrage point

pour mentir._ Remarquons ensuite qu’on attribuait à saint Hubert le

privilége de préserver de la rage tous ses parents et toutes les

personnes qui étaient _taillées de son étole_ merveilleuse, qu’un ange

lui avait apportée de la part de la mère de Dieu[64]. Après cela, il

sera facile de comprendre l’idée qui a déterminé l’emploi du verbe

_enrager_ dans ce dicton, qu’on applique aux chasseurs dont saint

Hubert, comme on sait, est le patron.

Il y avait à Metz et en plusieurs autres endroits de la Lorraine, au

XVI^e siècle, une compagnie de Saint-Hubert, ou un ordre des Menteurs.

Tous les membres s’engageaient par serment à ne jamais dire la vérité

en fait de chasse. Les candidats juraient à genoux; les chevaliers

attachaient leurs fusils par la bandoulière à des pitons enfoncés dans

le tronc d’un chêne; le président siégeait sur une borne.

=MERLE.=—_Fin comme un merle._

Le merle, disent les naturalistes, est un oiseau très fin, qui se tient

en sentinelle pour avertir sa femelle et ses petits de l’approche

de l’oiseau de proie. Son adresse à les garantir de ses serres,

ajoutent-ils, a peut-être donné lieu à l’expression proverbiale.

_S’il fait cela, je lui donnerai un merle blanc._

Expression dont on se sert pour défier quelqu’un de faire quelque chose

qu’on regarde comme impossible. On croyait autrefois qu’il n’y avait

point de merles blancs. Cependant cette espèce de merles existe; elle

est même assez commune dans plusieurs contrées, notamment en Savoie et

en Auvergne.

=MÉTIER.=—_Qui a métier a rente._

Les Allemands disent: _Jedes Handwerk hat einen goldenen Boden. Chaque

métier a son fonds d’or._

_Il n’est si petit métier qui ne nourrisse son maître._

Les Grecs et les Latins disaient: _Un artiste vit partout._ M. de

Chateaubriand a observé que l’idée de J.-J. Rousseau de faire apprendre

un métier à Émile n’était que ce proverbe, dont Néron se servait pour

répondre à ceux qui lui reprochaient l’ardeur avec laquelle il se

livrait à l’étude de la musique. Il est singulier, a-t-il dit, que la

pensée d’un philosophe ne soit que le mot d’un tyran. Réflexion plus

brillante que juste: car il n’y a rien de singulier qu’un philosophe

se rencontre avec un tyran dans une pensée qui n’appartient pas à ce

tyran, mais à tout le monde.

Un proverbe persan dit qu’_un cordonnier, en courant le monde, peut

toujours écarter la misère; mais qu’un roi, hors de son royaume, peut

se voir exposé à mourir de faim_.

Un métier ne met pas seulement à l’abri du besoin, il met encore à

l’abri du vice; et il serait bon que les parents, quels que soient leur

rang et leur fortune, fissent apprendre à leurs enfants une industrie

manuelle, comme le recommandait l’école pharisienne chez les Juifs,

d’après cette maxime du Talmud: _Tout homme qui ne donne pas une

profession à ses enfants, les prépare à une mauvaise vie_.

=MEUNIER.=—_Devenir d’évêque meunier._

On prétend que ce proverbe est altéré, et qu’il faut dire d’_évêque

aumônier_; mais est-ce qu’on n’a pas vu des métamorphoses aussi

étranges? _Témoin Denis le Tyran réduit à être maître d’école_, dit

Nicot, dans son _Recueil de proverbes_, imprimé il y a plus de deux

cents ans. _Pape et puis meunier_ est un proverbe qui se trouve dans

ce recueil. On y trouve aussi d’_évêque aumônier_; mais ce proverbe-là

paraît moins ancien et n’est pas aussi bien fait que l’autre, qui

présente une opposition plus forte. (L’abbé Morellet.)

Quelques étymologistes disent que l’expression _devenir d’évêque

meunier_ a eu pour origine l’élévation d’un meunier à la dignité

d’évêque, et le rabaissement d’un évêque à la condition de meunier,

parce que l’évêque ne put parvenir à résoudre plusieurs questions qui

lui furent proposées par un roi, tandis que le meunier, qui prit sa

place et parut habillé en évêque devant le roi, les résolut toutes.

La dernière était de dire ce que le roi, pensait: «Sire, vous pensez

parler à un évêque, et vous parlez à un meunier.» Mais il est évident

que cette histoire, racontée dans un vieux fabliau, a été imaginée

d’après l’expression proverbiale qui n’est qu’une traduction de celle

des Latins, _Ab equis ad asinos: passer des chevaux aux ânes_, ou de

maître de chevaux devenir maître d’ânes. La traduction fut faite à

une époque où les évêques avaient autant de chevaux que les meuniers

avaient d’ânes[65].

=MEURTRIER.=—_Hardi ou assuré comme un meurtrier._

Saint Romain, qui délivra les habitants de Rouen du terrible dragon

connu sous le nom de Gargouille, était accompagné d’un larron et d’un

meurtrier, lorsqu’il fit cette miraculeuse expédition dans la forêt de

Rouvray; mais à la vue du monstre, le larron s’enfuit épouvanté, tandis

que le meurtrier resta courageusement auprès du saint. Cette tradition

populaire, dont l’auteur de la _Vie de saint Romain_ ne parle point, a

donné lieu, dit-on, à l’expression proverbiale.

=MIEUX.=—_Le mieux est l’ennemi du bien._

«L’homme s’ennuie du bien, cherche le mieux, trouve le mal, et s’y

soumet crainte de pire.» (M. le duc de Levis.)

Ce proverbe, emprunté de l’italien _Il meglio e l’inimico del bene_,

fait allusion au mieux futur contingent, c’est-à-dire au mieux qu’on

cherche et non pas à celui qu’on a trouvé, pour signaler ce faux

système de perfectibilité qui, égarant l’esprit humain loin des routes

de l’expérience, le conduit trop souvent à des innovations funestes,

et pour enseigner à respecter les choses établies lorsqu’elles sont

bonnes, au lieu de les détruire sous prétexte de les améliorer. Il

exprime une vérité du premier ordre qui n’a jamais été méconnue

impunément. C’est de l’oubli de cette vérité que sont nées, dans tous

les temps, les révolutions qui ont couvert l’Europe de mille plaies.

Puisse la génération actuelle, éclairée par tant de malheurs, l’ériger

en loi conservatrice des avantages dont elle jouit, et se conformer à

cette heureuse circonspection sans laquelle il n’y a plus de sécurité

pour le présent ni de garantie pour l’avenir! Courir après le mieux,

c’est imiter la folie des premiers habitants de l’Arcadie qui

couraient après le soleil, et qui, s’imaginant qu’ils l’atteindraient

sur une montagne où ils le croyaient arrêté, trouvaient, en arrivant

au sommet, que cet astre était aussi loin d’eux qu’auparavant. Le

mieux n’est qu’un fantôme trompeur toujours prompt à s’évanouir dans

le tourbillon des fausses espérances où l’on prétend le fixer, et la

raison consiste à regarder le bien comme le plus beau partage de la

condition humaine:

Non qu’on ne puisse augmenter en prudence,

En bonté d’ame, en talents, en science:

Cherchons le mieux sur ces chapitres-là;

Partout ailleurs évitons la chimère.

Dans son état heureux qui peut se plaire,

Vivre à sa place et garder ce qu’il a. (VOLTAIRE.)

=MILIEU.=—_Il n’y a point de milieu._

Dans certains cas, il faut opter entre le pour et le contre; il n’y

a point un troisième parti, _non est tertium_, comme disaient les

Latins. Ce qu’on appelle un _mezzo termine_ ne paraîtrait alors que le

signe d’un esprit équivoque et réservé qui voudrait satisfaire à de

doubles vues. Les passions ne veulent point reconnaître la neutralité,

qui est d’ailleurs un point très difficile à saisir, et l’homme qui

se placerait juste entre deux personnes divisées paraîtrait à chacune

d’elles plus rapproché de son adversaire que d’elle-même. C’est un

effet des lois de l’optique, dit ingénieusement Chamfort, comme l’effet

par lequel le jet d’eau d’un bassin semble moins éloigné du bord opposé

que de celui d’où on le regarde.

=MITRAILLE.=—_Avoir de la mitraille._

C’est-à-dire de la basse monnaie. Ce mot est une altération de

_mitaille_ qui désignait autrefois une monnaie de billon, ayant cours

particulièrement en Flandre.

=MOINE.=—_Se faire moine après sa mort._

Expression qui doit son origine à une dévotion singulière qui

consistait à se faire enterrer avec un habit de moine, dans l’espérance

qu’on échapperait par ce moyen aux griffes du diable. Cette dévotion,

que Jean de Meung a critiquée dans le roman de la _Rose_, fut très

commune dans le XIII^{e}, le XIV^{e}, le XV^{e} et le XVI^e siècle.

Jean de Brienne, empereur de Constantinople, mort en 1327, qui

a été comparé par les poëtes grossiers de son temps à Hector,

à Judas Machabée et à Roland, à cause de ses prouesses dans la

Terre-Sainte, eut l’ambition d’entrer au paradis revêtu de la robe d’un

cordelier.—En 1502, Gilles Dauphin, général des cordeliers, voulant

témoigner sa reconnaissance des bienfaits que son ordre avait reçus du

Parlement de Paris, accorda aux membres de ce parlement la permission

de se faire enterrer en habit de cordelier. (_Registres du parlement_,

27 janvier 1502.)

_Mieux vaut gaudir de son patrimoine que le laisser à ribaud moine._

Il vaut mieux dépenser son bien dans les plaisirs que le laisser à

quelque couvent où il ne servirait qu’à entretenir le déréglement des

moines.—Ce vieux proverbe, cité par G. Meurier a rapport à l’usage

presque général, sous le règne de saint Louis, de faire des legs en

faveur des monastères et des églises. Un autre proverbe dit: _Grande

chère et petit testament, les prêtres sont trop riches_. En effet,

le clergé regorgeait alors de richesses provenues des donations

multipliées des fidèles auxquels on persuadait que leurs pieuses

libéralités dans ce monde leur seraient rendues dans l’autre avec usure.

=MORE.=—_Traiter quelqu’un de Turc à More._

C’est-à-dire avec une extrême dureté, comme les Turcs traitaient

autrefois les Mores.

=MORION.=—_Donner le morion._

Sorte de punition qu’on infligeait autrefois à un soldat, en le

frappant sur le derrière avec la hampe d’une hallebarde ou la crosse

d’un mousquet, pendant qu’on lui fesait tenir une pique au bout de

laquelle était placée une armure de tête appelée _morion_. Voici

comment M. A. A. Monteil raconte la chose d’après l’_Alphabet

militaire_. «Quand un soldat est condamné _aux honneurs du morion_,

il est d’abord obligé de se choisir parmi ses camarades un parrain.

Aussitôt le parrain le désarme, lui place le chapeau sur la pointe

d’une pique, qu’il lui donne à tenir, et le fait mettre dans la

position de quelqu’un à qui l’on va donner le fouet sur les chausses,

et véritablement le lui donne avec le bois d’une arquebuse. On compte

les coups de cette manière: on lui demande s’il est gentilhomme; il

doit répondre qu’il l’est, puisqu’il est soldat: on lui dit alors

qu’un gentilhomme doit avoir tant de pages, tant de valets, tant de

chiens, tant de faucons; et autant de pages, autant de valets, autant

de chiens, autant de faucons, autant de coups. On lui demande combien

de tours il y a à son château: s’il répond qu’il ne s’en souvient pas,

on répond pour lui; autant de tours, autant de coups. On lui demande

ensuite quels sont les princes de la famille royale: il les nomme ou on

les nomme pour lui; autant de princes, autant de coups. On passe aux

maréchaux de France, aux officiers du régiment: il les nomme ou on les

nomme; autant de maréchaux, autant d’officiers, autant de coups. De

temps en temps le parrain ajoute: Honneur à Dieu! service au roi. Tout

pour toi, rien pour moi.

Le tambour avait battu un ban au commencement, il en bat un autre à la

fin.»

=MORT.=—_Il y a remède à tout, hors la mort._

On trouve dans l’_Imitation de Jésus-Christ_: _Nemo impetrare potest à

Papâ bullam nunquam moriendi_; ce que Molière a très bien traduit par

ce vers de sa comédie de l’_Étourdi_:

On n’a point pour la mort de dispense de Rome.

_La mort assise à la porte des vieux guette les jeunes._

C’est à-dire que les vieux ont à redouter le voisinage de la mort et

les jeunes sa surprise. Ce proverbe est tiré de celui-ci qu’ont souvent

employé les écrivains ecclésiastiques du moyen-âge: _Dies ultimus

senibus est in januis, juvenibus in insidiis_.

_La mort_, disent les Turcs, _est un chameau noir qui s’agenouille

devant toutes les portes_.

_Rien n’est plus certain que la mort, rien n’est plus incertain que

l’heure de la mort._

Notre dernière heure à tous nous est inconnue, mais elle arrive

inévitablement pour les jeunes comme pour les vieux, et Dieu n’accorde

à personne un tour de cadran comme à Ézéchias.

_Un homme mort n’a ni parents ni amis._

Ce proverbe se trouve dans le sirvente que Richard I^{er}, roi

d’Angleterre, composa pendant sa captivité en Autriche. La meilleure

explication qu’on en puisse donner est dans le passage suivant du

discours du père Aubry à Atala: «Que parlé-je de la puissance des

amitiés de la terre! Voulez-vous, ma chère fille, en connaître

l’étendue? Si un homme revenait à la lumière, quelques années après sa

mort, je doute qu’il fût revu avec joie par ceux-là même qui ont donné

le plus de larmes à sa mémoire, tant on forme vite d’autres liaisons,

tant on prend facilement d’autres habitudes, tant l’inconstance est

naturelle à l’homme, tant notre vie est peu de chose, même dans le cœur

de nos amis!»

Les vers suivants, extraits d’une pièce de M. Victor Hugo, _A un

voyageur_, reviennent aussi au proverbe, et sont dignes de figurer à

côté du beau passage que j’ai rapporté.

Combien vivent joyeux qui devraient, sœurs ou frères,

Faire un pleur éternel de quelques ombres chères!

Pouvoir des ans vainqueurs!

Les morts durent bien peu; laissons-les sous la pierre.

Hélas! dans le cercueil ils tombent en poussière

Moins vite qu’en nos cœurs.

Voyageur! voyageur! quelle est notre folie?

Qui sait combien de morts à chaque heure on oublie,

Des plus chers, des plus beaux!

Qui peut savoir combien toute douleur s’émousse,

Et combien, sur la terre, un jour d’herbe qui pousse

Efface de tombeaux!

_Les morts ont tort._

Pour dire que, lorsqu’un homme est mort, on rejette sur lui la faute

de beaucoup de choses; qu’on excuse volontiers les vivants aux dépens

des morts. L’abbé Tuet a rapporté l’origine de ce proverbe au duel

judiciaire, où le combattant qui succombait sous les coups de son

adversaire était réputé coupable, parce qu’on pensait que la divinité,

prise pour juge de la cause, manifestait toujours le bon droit par

la victoire. Mais l’abbé Tuet ne s’est pas souvenu que, longtemps

avant l’usage dont il parle, on disait proverbialement en latin, _qui

periere arguuntur_; ce qui a été traduit en français par _les morts

ont tort_. Pline-le-Naturaliste (liv. XXIX), parlant des médecins

qui s’instruisent aux risques et périls des malades, et qui tuent

avec impunité, a observé que les reproches ne tombent point sur ces

assassins privilégiés, et que _ce sont les morts qui ont tort_: _ultro

qui periere arguuntur_.

=MOUCHE.=—_Prendre la mouche._

Se fâcher, s’emporter sans sujet. Allusion aux mouvements d’impatience

d’un homme qui veut prendre ou chasser une mouche toujours obstinée à

revenir lui piquer la figure. Les Italiens qui ont la même expression,

_saltar la mosca_, disent aussi _la mosca vi sali al naso_. _La mouche

vous saute au nez._ Nous disons de même _quelle mouche vous pique_?

_C’est une fine mouche._

C’est une personne très fine et très rusée.—_Mouche_ s’est dit pour

espion, et de _mouche_, pris dans ce sens, on a fait _mouchard_.

C’est à tort qu’on a prétendu que le mot mouchard était dérivé du

nom d’un certain père de Mouchy, opiniâtre ennemi de la réforme,

et qui en fesait observer les sectateurs secrets par des espions à

ses gages.—«Il était inutile, dit M. Ch. Nodier, de chercher là

l’étymologie de mouchard, qui se présente tout naturellement dans

_musca_, qui avait la même acception figurée chez les Latins, comme on

peut le voir plusieurs fois dans Plaute et dans Pétrone. _Mouche_ est

d’ailleurs encore synonyme de _mouchard_, tant dans ce sens particulier

que dans son usage proverbial: _une fine mouche.—Je voudrais être

mouche._

Dictionnaire étymologique, historique et anecdotique des proverbes et des locutions proverbiales de la Langue Française en rapport avec de proverbes et des locutions proverbiales des autres langues · 第 51 / 62 题