évidente entre l’histoire de ces poissons et celle des _Caracols_,
rapportée plus haut. Ce chapitre et le suivant auraient dû précéder le
VIIᵉ.
[29] _Agiael_, erreur du copiste, apparemment pour _Giaiael_.
[30] _Dimivan-Caracaracol_, sont deux noms extrêmement remarquables,
d’autant plus qu’ils sont liés à d’autres _noms_, non moins curieux, qui
vont suivre, et à des événements tout aussi intéressants. Déjà on a pu
voir l’identité de _Caras_ avec les _Caras_ ou Cariens de l’Asie Mineure;
ici se joint à ce nom celui de _Dimivan_, qui rappelle les _Demavends_,
cette race antédiluvienne de la Perse. Ici encore Dimivan-Caracaracol
avec les frères joue un rôle remarquable dans les événements qui causent,
non le déluge, mais le cataclysme qui bouleverse l’Amérique et séparent
les îles du continent.
[31] La version de Pierre Martyr, dans Ramusio, est beaucoup plus
complète: «Du commencement de la mer, écrit celui-ci, ils disent qu’il y
avait un homme puissant appelé Iaia: celui-ci ayant tué un fils unique
qu’il avait, voulant l’ensevelir, et ne sachant où le mettre, l’enferma
dans une grande calebasse, qu’il plaça ensuite au pied d’une montagne
très-élevée, située à peu de distance du lieu qu’il habitait: or, il
y allait la voir souvent par l’amour qu’il éprouvait pour son fils.
Un jour, entre autres, l’ayant ouverte, il en sortit des baleines et
d’autres poissons fort grands, de quoi Iaia, rempli d’épouvante, étant
retourné chez lui, raconta à ses voisins tout ce qui lui était arrivé,
disant que cette calebasse était remplie d’eau et de poissons à l’infini.
Cette nouvelle s’étant divulguée, quatre frères qui étaient nés à la
fois d’une seule couche, désireux de poissons, s’en allèrent où était la
calebasse; comme ils l’avaient prise en mains pour l’ouvrir, Iaia étant
survenu, et eux l’ayant aperçu, dans la crainte qu’ils eurent de lui,
ils jetèrent par terre la calebasse; celle-ci s’étant brisée à cause du
grand poids qu’elle renfermait, la mer sortit par ses ruptures, et toute
la plaine qu’on voyait s’étendre au loin, sans fin ni terme d’aucun côté,
s’étant couverte d’eau, fut submergée; les montagnes seulement restèrent,
à cause de leur élévation, abritées de cette immense inondation, et ainsi
ils croient que ces montagnes sont les îles et les autres parties de la
terre qui se voient dans le monde.»
[32] Le nom de _Con-El_, fils de Con, qui suit les autres, n’est pas
moins remarquable. _Con_ ou _Chon_ au Pérou, ce dieu sans chair et sans
os, créateur des hommes qu’il détruit ensuite, pour leur donner plus tard
une nouvelle existence, adoré au Mexique sous le nom de _Co_, _Con_,
_Comitl_, comme un des symboles de la génération, rappelle d’une manière
frappante le _Kon_, _Chon_ ou _Xons_ des théogonies antiques de l’Égypte
et de la Phénicie, avec qui il est si complétement identique. Le Con-El
de Haïti était muet; celui du Pérou sans chair ni os.
[33] Le _cassabi_ ou pain de manioc, fait de la farine de la Yuca dont on
extrait auparavant le suc, à cause de ses propriétés vénéneuses.
[34] Ce nom paraît être le même que le précédent _Aiacauo_.
[35] Ceci paraît être un sac où ils mettaient la _cagioba_ ou _coxoba_,
c’est-à-dire le tabac en poudre auquel il est fait souvent allusion dans
ce petit ouvrage.
[36] Le sens ici est peu intelligible, à cause des mots intraduisibles
qu’il y a dans le texte.
[37] Ici _Baiamanicoel_ se trouve probablement pour _Bassamanaco_ qui est
plus haut.
[38] On sait que la tortue est souvent dans les fables anciennes un
symbole de la terre sortie des flots.
[39] Ce cacique est appelé _Machinnech_ dans l’abrégé de Pierre Martyr,
dans Ramusio et la grotte _Iovana-Boina_.
[40] Suivant l’auteur précité le premier cimi s’appelait _Binthaitel_ et
le second _Marohu_.
[41] _Soraia_, pays du soleil couchant.
[42] Etymologiquement _Coaibai_ est plutôt la demeure des ancêtres.
[43] L’auteur ou le traducteur doit se tromper ici; il dit d’abord que le
_goeiz_ est l’esprit du vivant; puis il le donne comme l’esprit du mort;
il y a très-probablement _goeiz_ pour _opia_.
[44] Dans Ramusio, le nom de _maguey_ est donné à cette classe de
tambours qui est le _teponaztli_ des Mexicains et le _tunkul_ du Yucatan.
Cette traduction italienne est remplie d’incorrections. Il est bien
évident qu’une ligne du texte original a été omise ici par mégarde; car
ce tambour oblong deviendrait à la fin semblable à une calebasse, forme
qui doit être appliquée au bâton avec lequel on le frappait. J’ai placé
entre parenthèses les mots qui me paraissent y manquer.
[45] _Bohu-itihu_, mot à mot anciens hommes, on les appelle
indifféremment aussi _bohuti_, _boitii_, _bohique_, et dans Pierre Martyr
_boition_. Ces _bohu-ilihus_ ou médecins formaient une caste puissante,
mais bien dégénérée à l’époque de la découverte de l’Amérique; ils
étaient les restes d’un sacerdoce antique qui avait établi primitivement
dans les Antilles les trois classes, telles que les présentent les
traditions du _Livre sacré_ des Quichés; c’est-à-dire celle des
_Bohu-itihu_ ou prêtres, celle des _Taino_ ou nobles, enfin celle des
_Anaboria_, vassaux ou serviteurs. Malgré leur dégradation, on trouvait
encore dans ce qui s’était conservé des institutions sociales dans
ces îles, les débris d’une civilisation qui présentait des analogies
remarquables avec celle du Yucatan, et d’autres régions du continent
américain.
[46] _Cohoba_, ailleurs écrit _cogioba_, est le tabac en poudre dont il a
été déjà question.
[47] On dirait qu’il y a constamment des mots oubliés; ici il est
question d’un chant dont on aurait parlé, sans qu’il en ait été fait
mention auparavant.
[48] Ne serait-ce pas là une sorte de magnétisme animal?
[49] Le texte italien dit: _Come chi soffia una pala_; peut-être est-ce
pour _soffiare de una paglia_, souffler d’un fétu de paille.
[50] Il y a dans le texte _Cimiche_, prononcé _tzimique_; autre variante
de _zemi_.
[51] Ici paraît sous tout son jour l’antagonisme qui existait dans les
îles entre la noblesse et le Sacerdoce.
[52] _Bugia_, _Aiba_ et _Baidrama_ paraissent être trois noms du même
cemi, et le peu qu’en rapporte l’auteur donnerait à penser qu’il s’agit
ici d’une sorte de divinité de la guerre et du mal.
[53] _Corocote_ était, suivant l’abrégé de Ramusio, un cemi fait de
coton, et tous les enfants qui naissaient avec quelque signe particulier
sur la tête ou le col, passaient pour avoir été engendrés par lui.
[54] Dans Pierre Martyr il est appelé _Epileguanita_.
[55] _Gua-Bancex_, _Gua-Tauva_ et _Coatrischie_ (_Gua-Trixquié_?) sont
évidemment les trois personnes de la trinité que le _Livre sacré_ des
Quichés nous présente dans Hurakan (l’ouragan) et qui président aux
nuages, à la foudre et à la tempête.
[56] Ce qui suit dans l’opuscule du frère Romain n’a plus aucun rapport
avec les choses précédentes, c’est l’histoire de la conversion de
quelques caciques, mêlée de miracles légendaires et sans le moindre
intérêt dans la matière que nous traitons ici.
ESQUISSE D’UNE GRAMMAIRE DE LA LANGUE MAYA
D’APRÈS CELLES DE BELTRAN ET DE RUZ.
A l’époque de la découverte du continent américain, le maya était la
langue unique de toute la péninsule yucatèque et d’une partie des régions
voisines, comprises actuellement sous le nom de Peten et de Lacandon,
ainsi que des cantons fertiles arrosés par les nombreuses embouchures de
l’Uzumacinta et du Tabasco. A cette langue se rattachaient différents
dialectes: d’un côté, c’étaient le _mopan_, le _peten_ et le _chol_,
qui paraissent s’en être éloignés beaucoup, depuis lors; de l’autre,
le _tzendal_, le _zotzil_ et le _mam_, alliés également de fort près
autrefois, mais qui s’annoncent plutôt comme un trait d’union entre les
trois autres et le groupe _quiché-guatémalien_. Au rapport de Landa,
l’Adelantado Montejo fut un des premiers qui eût travaillé à acquérir
quelque connaissance de la langue des Mayas, afin, dit-il, de pouvoir
converser avec eux. Les Franciscains, à qui était échue l’œuvre de la
conversion du Yucatan, ne tardèrent pas à suivre son exemple, et celui
qui s’appliqua tout d’abord à enseigner leurs enfants fut le Français
Jacques de Testera, frère d’un chambellan de François Iᵉʳ, que les
Espagnols chassèrent du Yucatan, à cause du zèle avec lequel il défendait
les indigènes de leurs excès.
A la suite de la seconde expédition de Montejo, d’autres franciscains
furent envoyés à Campêche et à Merida, où ils travaillèrent avec ardeur
à se rendre maîtres des premiers éléments de la langue. Celui qui obtint
le plus de succès fut le Père Luis de Villalpando, qui commença à
l’apprendre d’abord, ajoute ici Landa, par signes et à l’aide de petites
pierres, à la manière de ceux dont parle Torquemada[1]. La grammaire
qu’il composa sur le plan des grammaires latines de son temps, augmentée
et perfectionnée par Landa, aurait été publiée au rapport de Pinelo;
mais, si elle existe, les exemplaires en sont aujourd’hui perdus. Quoi
qu’il en soit, cet ouvrage servit de base à plusieurs autres du même
genre: telles furent les grammaires du Père Julian de Quartes, de Juan
Coronel, de Juan de Azevedo, de Francisco Gabriel de San-Bonaventura et
de Pedro Beltran de Santa-Rosa-Maria[2]; mais, à l’exception des ouvrages
de ces deux derniers, on ne connaît rien aujourd’hui d’imprimé à ce sujet
jusqu’à la grammaire publiée par le Père Joaquin Ruz, en 1844[3].
Le Père Pedro Beltran, parlant de la langue maya, dit, dans la préface,
qu’elle est «gracieuse dans la diction, élégante dans les périodes et
concise dans le style; capable d’exprimer souvent, dans un petit nombre
de mots et de syllabes, le sens de plusieurs phrases. Si le disciple,
ajoute-t-il, surmonte une fois la difficulté que présente au premier
abord la prononciation de quelques consonnes extrêmement gutturales, il
n’éprouvera guère d’embarras ensuite, pour se mettre au courant de la
langue.»
DE L’ALPHABET.
L’alphabet de la langue maya manque des lettres _d_, _f_, _g_, _j_, _q_,
_r_, _s_, _v_; mais elle en a d’autres, en revanche, que nous n’avons pas
dans le français, deux, entre autres, où l’on trouve jusqu’à un certain
point le son du _d_, du _j_ et du _z_; tels sont le _ɔ_ (_c_ renversé),
qui doit se prononcer _dz_, et le _çh_, que les livres modernes du
Yucatan représentent avec un _h_ barré ou croisé par le haut, mais que
nous rendons ici par un _ç_ pour plus de commodité. Autant qu’il nous est
possible de nous en rendre compte, le son de ces deux lettres doit se
rendre à peu près comme _dj_; mais elles se présentent rarement et dans
un petit nombre de mots, où elles ne paraissent être qu’une variété du
_ch_ ordinaire de l’espagnol, qui se prononce _tch_.
La lettre _c_ est dure indifféremment devant toutes les voyelles, autant
que le _k_ ou le _q_ français; ainsi _cimil_, la mort, se prononce
_kimil_. La lettre _h_ est toujours aspirée avant ou après les voyelles,
comme le _j_ ou _jota_ en espagnol[4]. _I_, devant une autre voyelle,
prend le son de notre _y_, commun dans les ouvrages modernes, mais
qui, d’ordinaire, est remplacé par deux _ii_ dans les plus anciens, ou
_ij_. _K_, différent du nôtre, a un son guttural que l’usage seul peut
enseigner. Le _pp_ est beaucoup plus fort que le _p_ simple; il est,
ainsi que le _th_, représenté dans les anciens ouvrages par _tt_ ou
double _t_; car il est de la classe des lettres américaines qu’on appelle
détonnantes, le _th_ maya n’ayant aucune analogie avec le _th_ anglais.
_U_ est toujours prononcé _ou_, se modifiant légèrement en _w_ devant
une autre voyelle. La lettre _x_ représente le son du _ch_ français (en
anglais _sh_), et le _z_ a pour ainsi dire le son de notre _s_ dur.
On peut remarquer, en règle générale, que les voyelles ont deux sons:
l’un ordinaire, comme celui que nous connaissons, et l’autre nasal, que
l’usage seul peut apprendre à distinguer du premier.
DE L’ARTICLE.
Les noms, dans la langue maya, sont indéclinables comme en français;
les cas sont formés par des prépositions, suivies ordinairement d’un
article qui détermine le sujet. Ces articles sont _u_, qui détermine
la possession. Ex.: _U hol pop_, le chef de la natte, ou le maître
d’orchestre; _u luum Mayabob_, la terre des Mayas. Les véritables
articles sont _le_, _leti_, _letile_.
Singulier masculin et féminin.
N. _Leti uinic_, l’homme; le _xçhup_, la femme.
G. _Ti uinic_, de l’homme; _ti le xçhup_, de la femme.
D. _Ti uaix_, _ulial lelile uinic_, à _ou_ pour l’homme.
Ac. _Ti le uinic_, l’homme.
V. _Uinicé_, _o uinicé_, ô homme[5].
Ab. _Ti_, _y_ ou _yetel_, etc. _uinic_, de, dans, avec, etc., l’homme.
Les mêmes articles et les mêmes prépositions s’emploient pour le pluriel
comme pour le singulier et pour les trois genres. Au singulier, le neutre
prend quelquefois l’article _lo_ au lieu de _le_ ou _leti_, et quant au
pluriel, il se distingue par l’adjonction de la particule _ob_, ainsi
qu’on le verra dans les noms.
DES NOMS SUBSTANTIFS ET ADJECTIF.
Le nom, en général, a deux formes, sous lesquelles il se présente,
abstraite, comme _che_, bois ou arbre, _kaz_, mauvais, _uinic_, homme.
Pour les déterminer, on leur ajoute l’affixe _el_ ou _il_; ainsi, _che_
fait _cheil_, le bois de quelqu’un ou de quelque chose; _kaz_ fait
_kazil_, la méchanceté ou le mal; _uinic_ devient _uinicil_, l’humanité
et aussi le corps de l’homme. _Yum_, père, et _ná_, mère, paraissent
faire exception à cette règle: ainsi, un fils dira: _In yum_, mon père;
_a ná_, ta mère, _yumbil_ et _náil_ devant être pris, au contraire, dans
un sens moins déterminé. C’est pourquoi on dit dans le Symbole: _In
u-oczic-uol ti Dios yumbil_, je crois en Dieu le Père.
Quoiqu’il y ait quelquefois de la différence entre les noms de personnes
et ceux des animaux ou des êtres inanimés, cette différence est fort peu
sensible. La particule pronominale _ah_ ou simplement _’h_ s’affixe pour
exprimer le masculin, et _ix_ ou _x_ pour le féminin[6]. Ex.: _Ɔon_, qui
est la racine du verbe _ɔonah_, chasser, fait _’hɔon_ ou _ahɔon_, le
chasseur, et _’xɔon_, la chasseresse. Ces préfixes se placent également
devant les adjectifs lorsque ceux-ci, avec le substantif auquel ils sont
joints, servent à exprimer la qualité ou l’attribut de quelque personne.
Ainsi, _nohoch_ étant l’adjectif grand et _ná_ la maison, on dirait:
_Ah_ ou _’hnohoch ná_, celui ou le maître de la grande maison.
_Ix_ ou _’xnohoch ná_, celle ou la maîtresse de la grande maison.
Dans les anciennes grammaires, le préfixe _xibil_ désigne ordinairement
le mâle parmi les animaux, et _çhupul_ la femelle[7].
Le pluriel, dans les noms, se forme par l’addition de la particule _ob_
au singulier. Ex.: _Zayab_, fontaine, _zayabob_, des fontaines[8]. On
verra plus loin de quelle manière se forme le pluriel dans les pronoms.
L’adjectif est, comme le substantif, indéclinable. Lorsqu’il qualifie
le substantif, il doit toujours le précéder et c’est une corruption
espagnole que de le mettre à la suite des mots qu’il qualifie, comme on
le voit dans quelques ouvrages modernes[9]. Dans les ouvrages anciens,
quelquefois il se présente dans sa simplicité, comme par exemple:
_Utz uinic_, homme bon; mais le plus souvent, il se complète pour se
déterminer avec les affixes _al_, _el_, _il_, _ol_, _ul_, qui varient
quelquefois avec la voyelle radicale. Ex.: _Utzul xçhupal_, bonne fille.
Un autre affixe déterminatif qu’on trouve dans les ouvrages anciens est
la particule _en_. Ex.: _Kuyen uincob_, hommes saints.
Entre les adjectifs, il y en a qui dérivent des verbes et sont terminés
en _nac_; pour former le pluriel, ils changent leurs deux dernières
syllabes en _lac_: ainsi, _banacnac_ fait _banlac_; _kinicnac_ fait
_kinlac_, etc.
Lorsque l’adjectif précède immédiatement le nom qu’il qualifie, ce
dernier seul prend le signe du pluriel. Ex.: _Kazil batabob_, de méchants
seigneurs. Le contraire est une corruption tout à fait moderne[10].
DES DEGRÉS DE COMPARAISON.
Le comparatif s’exprime de différentes manières: au moyen de l’adjectif
déterminé en _il_, précédé de l’article possessif _u_, souvent changé
aujourd’hui en _i_ ou _y_ devant les voyelles. Ex.: _U lobol Pedro cexma
Luiz_, Pierre est plus méchant que Louis (mot à mot: sa méchanceté de
Pierre et non de Louis).
Les adverbes _azab_, _paynum_, _hach_, etc., s’emploient dans un sens
analogue. Ex.: _Azab_ ou _paynum utz_ (et non _yutzul_) _Pedro cexma
Juan_, Pierre (est) meilleur que Jean. On dit aussi: _Utz Juan paynum
yokol Pedro_, Jean (est) fort bon au-dessus de Pierre. Aujourd’hui que
la langue a subi quelque légère altération, on dit très-bien: _Pedro lay
hach kaz ema Juan_, littéralement: Pierre est fort bon que non Jean. On
dira de la même manière: _Antonio lay com zakol ema Luiz_, Antoine est
moins industrieux que non Louis.
Pour former le superlatif, on emploie les mots _hach_, _tipáan_,
beaucoup, très, fort. Ex.: _Lob_, mauvais; _hach lob_, très-mauvais, etc.
Les prépositions _tial_, _oklal_, _men_, _menel_, par, pour, à; _ti_,
_etel_, _yetel_, _etum_, avec; _ti_, _t’_, dans, sont souvent unies
aux noms ou pronoms; mais, dans ce dernier cas, ils viennent après les
pronoms.
DU PRONOM.
Les auteurs anciens partageaient en quatre classes distinctes les
pronoms, qui tous servaient à conjuguer les verbes. Il faut observer
seulement, que ceux des deux dernières classes du tableau suivant sont
employés également unis aux noms, comme pronoms possessifs, mais qu’ils
ne vont jamais seuls ou comme pronoms absolument.
1ʳᵉ CLASSE. 2ᵉ CLASSE. 3ᵉ CLASSE. 4ᵉ CLASSE.
Sing. Plur. Sing. Plur. Sing. Plur. Sing. Plur.
1ʳᵉ pers. _ten_. _tu on_, _en_. _on_. _in_. _ca_. _u_. _ca_.
_toon_.
2ᵉ — _tech_. _teex_. _ech_. _ex_. _a_. _a ex_. _au_. _a uex_.
3ᵉ — _lay_. _loob_. _laylo_. _ob_. _u_. _u ob_. _y_. _y ob_.
Les pronoms de la troisième et de la quatrième catégories, qu’on s’en
serve, soit dans les conjugaisons, soit comme pronoms possessifs, ont
toujours le même emploi; la seule différence à observer, c’est que ceux
de la troisième catégorie ne servent que lorsque le mot auquel ils
se joignent, nom ou verbe, commence par une consonne, et ceux de la
quatrième, lorsque le mot commence par une voyelle.
On remarquera également que la seconde et la troisième personnes du
troisième et du quatrième pronoms forment leur pluriel, en ajoutant _ex_
ou _ob_ au singulier; unis à un verbe ou à un nom, ces signes suivent
toujours le nom ou le verbe. Quand ils servent de pronoms possessifs,
les pronoms radicaux _a_, _u_, devant une consonne, _au_, _y_, devant
une voyelle, se séparent des signes du pluriel _ex_ et _ob_, qui se
mettent toujours après le nom. Si ce nom lui-même est au pluriel, ayant
par conséquent la terminaison _ob_, le pronom possessif change _ob_ en
_loob_, comme celui de la première catégorie.
EXEMPLE.
_in çhac_, mon lit. _in çhacob_, mes lits. _u al_, ma fille.
_a çhac_, ton lit. _a çhacob_, tes lits. _au al_, ta fille.
_u çhac_, son lit. _u çhacob_, ses lits. _y’al_, sa fille.
_ca çhac_, notre lit. _ca çhacob_, nos lits. _ca al_ (_c’al_),
notre fille.
_a çhac-ex_, votre lit. _a çhacob-ex_, vos lits. _au al-ex_, votre
fille.
_u çhac-ob_, leur lit. _u çhacob-loob_, leurs lits. _y’al-ob_, leur
fille.
Dans les grammaires modernes de la langue maya, on trouve pour pronoms
de la première personne, au pluriel, _c’toon_, _c’toneex_, nous; de la
seconde, _téex_, _teexé_, vous, pour le masculin; _xtoon_, _xtoneex_,
nous; _xteex_, vous, au féminin. Au lieu de la troisième personne du
singulier _lay_, on trouve plus fréquemment _leti_, _letile_, il,
_xleti_, elle; _letioob_, ils, _xletioob_, elles.
_Cú_ est un pronom de la troisième personne pour tous les genres et tous
les nombres dans les verbes réfléchis. Le pronom réfléchi se forme en
ajoutant _ba_ aux pronoms de la troisième catégorie: _inba_, moi-même;
_aba_, toi-même; _uba_, lui-même; _caba_, nous-mêmes, etc. Ce pronom
s’ajoute dans la conjugaison de tous les verbes réfléchis. Ex.: _Cimzah_,
tuer; _cimzahba_, se tuer.[11]
Ajoutons ici, en passant, que les pronoms possessifs de la troisième et
de la quatrième catégories s’unissent aux prépositions, citées plus haut,
de la manière suivante: _In-tial_, par ou pour moi; _a-tial_, par ou pour
toi; _u-tial_, par ou pour lui; _u-oklal_, sur moi; _au-oklal_, sur toi,
etc.
Dans les grammaires modernes, on trouve aussi: _In-tilil_, pour mon
ou le mien; _a-tial_, pour ton ou le tien; _u-tilil_, son ou le sien;
_in-tiil_, le mien. Tous ces pronoms possessifs suivent la variation des
genres et des nombres comme les précédents, à très-peu de différence près.
En fait de pronoms relatifs, nous trouvons _ca_, _mac_, _maax_, qui,
quoi, lequel, ce qui, etc., _maxaob_ au pluriel; _maxtiil_, dont, de
qui; _xmaac_, _maaclo_, de qui; _xmaxtiil_, desquelles, au féminin, etc.
Entre les pronoms interrogatifs et d’admiration: _Baax_? _maax_? _maac_?
qui? quoi? Ex.: _Maax bin ú tucule?_ Qui le penserait?—_Bic numia!_ Quel
ennui!—Pronoms disjonctifs: _Bic ú chaic hunppel ɔon_, chacun prend une
arme.—_Ca hancech ema hancech_, que vous mangiez ou non.
Pronoms indéfinis: _Uamac_, quelqu’un; _mixmac_, personne; _uamax_, qui
que ce soit; _cexmac_, quoi que ce soit; _cexma-calmac_, quelque sorte;
_mixbaal_, rien; _yaab_, beaucoup; _ɔeɔec_, peu; _heɔani_, un tel,
certain, etc.
DU VERBE.
Les grammairiens primitifs de la langue maya admettent quatre
conjugaisons; mais il est aisé de reconnaître qu’il n’y a de différence
réelle qu’entre les verbes intransitifs ou neutres et les verbes
transitifs ou actifs. Les variations qu’on y observe, d’ailleurs,
se rapportent soit aux différents pronoms qui les suivent ou les
précèdent, soit aux particules qui distinguent les différents temps.
L’insuffisance des documents que nous avons entre les mains ne nous
permet malheureusement pas de juger exactement des conditions de cette
langue; nous n’y découvrons pas, jusqu’à présent, cette richesse et
cette élégance de formes que nous avons trouvées dans les verbes de la
langue quichée, bien qu’il s’y trouve des analogies très-frappantes avec
celle-ci et que nous signalerons à l’occasion.
Gallatin, interprétant la grammaire de Beltran, comprend dans la
première conjugaison maya tous les verbes neutres ou intransitifs; les
trois autres, selon lui, ne sont que des subdivisions du verbe actif ou
transitif. Ces trois dernières conjugaisons ont précisément, dans tous
leurs temps et modes, les mêmes pronoms; il n’y a d’autre différence
entre eux que les particules, qui distinguent les temps simples: ces
temps sont le présent, le prétérit et le futur simple de l’indicatif,
l’impératif et le présent de l’infinitif.
Dans la première, le prétérit défini termine en _i_ et le futur simple en
_nac_; le présent et l’infinitif, à peu d’exceptions près, finissent en
_al_, _el_, _il_, _ol_, _ul_, ajouté à la racine du verbe, particularité
qui s’applique également aux verbes actifs, quand ils deviennent absolus
ou intransitifs, c’est-à-dire quand l’action ne passe pas du sujet à un
objet quelconque. C’est pourquoi Beltran dit que tous les verbes des
trois dernières conjugaisons peuvent, au besoin, être conjugués comme
s’ils appartenaient à la première.