démontrer que l’_Ahau-Katun_ était formé de périodes de 24 ans; mais
en citant _les manuscrits qui tous le déclarent_, il n’en nomme aucun,
et un peu plus loin il dit que ces manuscrits sont en petit nombre et
incomplets, et qu’ils ne disent rien de l’origine de ce cycle. Notre
auteur a-t-il bien compris ces manuscrits? Ajoutons que Landa et
Cogolludo, sans compter même les faits consignés dans l’abrégé d’histoire
chronologique, en langue maya, que Pio Perez invoque, paraissent prouver
tout à fait le contraire. Voir ce que dit Landa § XLI, p. 315. Voici ce
que dit Cogolludo: «Ils comptaient leurs ères et âges qu’ils mettaient
dans leurs livres de 20 en 20 ans et par lustres de 4 en 4. Ils fixaient
la première année à l’orient, lui donnant le nom de _Cuch-haab_, le
second au couchant et l’appelaient _Hiix_, le troisième au sud, nommé
_Cauac_, et le quatrième _Muluc_ au nord. Ces lustres arrivant à cinq,
faisaient _vingt_ ans, ce qu’ils appelaient un _Katun_, et ils plaçaient
une pierre sculptée sur une autre pierre également sculptée, fixée avec
de la chaux et du sable dans les murs des temples, etc.» (_Hist. de
Yucatan_, lib. IV, cap. 5.)
[28] Il est certain qu’à prendre ces chiffres pour guides, les périodes
en question devraient être de 24 ans; mais ces chiffres, tout en
s’accordant avec les séries de 24 en 24 ans, peuvent avoir une origine
différente de celle que s’imagine l’auteur et faire partie d’une
combinaison distincte, tout en servant à indiquer les _Ahau-Katun_. Ces
calculs de l’auteur, comme on le voit, laissent beaucoup à désirer.
[29] L’auteur oublie complétement ment de nous dire quels sont ces
manuscrits, et quant à ceux de don Cosme de Burgos qui vieudraient
à l’appui de son système, s’ils sont perdus, comment les a-t-il pu
connaître?
[30] Il est fort à regretter que tout cela ne soit pas mieux prouvé; car
des faits rapportés par le manuscrit chronologique cité à l’appui de ces
assertions, on est forcé de conclure, au contraire, que l’auteur anonyme
de ce document donne à chaque période ou katun un nombre de vingt ans et
non de vingt-quatre, ce que fait également Landa.
[31] Rien ne nous assure que ces périodes soient les périodes
historiques; s’il y a eu des périodes de 24 en 24 ans, la citation
actuelle donnerait plutôt à croire que ces chiffres s’appliquent à des
périodes sacrées, non historiques ni civiles.
[32] C’est ici surtout que l’auteur se montre en contradiction avec
lui-même. Le manuscrit chronologique auquel il réfère, donné par lui à M.
Stephens et inséré dans le tome second de l’ouvrage _Incidents of travel
in Yucatan_, porte, dans la traduction comme dans le texte maya, la date
de 1536, et non de 1488. Or, nous avons dans Landa que le 13 Ahau, auquel
cette année correspond, terminait précisément au 15 juillet 1541, le 11
Ahau, qui est le suivant, commençant avec le 16 juillet de la même année,
pour finir, d’après cet écrivain, au 15 juillet 1561, juste vingt ans
après. Ceci, non moins que les contradictions où tombe Pio Perez, dans
la note explicative donnée par lui à la suite du manuscrit maya, dans
laquelle il fait arriver les Espagnols au Yucatan avant l’année 1488,
achève de discréditer son opinion au sujet de l’Ahau-Katun. Nous n’avons,
néanmoins, pas voulu omettre l’article qu’il consacre à la période de
24 ans, son erreur même pouvant être utile plus tard pour découvrir
l’origine des chiffres de 24 en 24 qui y ont donné lieu.
[33] Il semble que l’auteur dans ces dernières lignes prenne lui-même
à tâche de détruire tout son système des katuns de 24 ans, bâti, sans
aucun doute, sur les chiffres cités plus haut de 24 en 24, mais qui
probablement s’expliqueront plus tard d’une autre manière.
[34] Ces pages de don Juan Pio Perez sont traduites, mais avec quelques
variantes, dans l’ouvrage de Stephens, _Incidents of travel in Yucatan_,
vol. Iᵉʳ, appendix.
[35] Tel qu’il est ici, l’opuscule fut rédigé pour une revue, publiée au
Yucatan, sous le titre de _Registro Yucateco_.
LELO LAI U TZOLAN KATUNIL TI MAYAB.
SÉRIE DES ÉPOQUES DE L’HISTOIRE MAYA.
Ahau. An de l’ère chrétienne.
VIII 401
VI 421
IV 441
II 461
Lai u tzolan katun lukci ti cab ti yotoch Nonoual cánte anilo Tutul Xiu
ti chikin Zuiná, u luumil u talelob Tulapan chiconahthan.
C’est ici la série des époques écoulées depuis que s’enfuirent
les quatre Tutul Xiu de la maison de Nonoual[1], étant à l’ouest
de Zuinà, et vinrent de la terre de Tulapan[2].
XIII 481
XI 501
IX 521
VII 541
V 561
III 581
I 601
XII 621
X 641
VIII 661
Cánte bin ti katun lic u ximbalob ca uliob uaye yetel Holon-Chan-Tepeuh
yetel u cuchulob: ca hokiob ti petene Uaxac Ahau bin yen cuchi, Uac Ahau,
Can Ahau, Cabil Ahau, can-kal haab ca-tac hunppel haab. Tumen hun piztun
Oxlahun Ahau cuchie ca uliob uay ti petene, can-kal haab ca-tac hunppel
haab tu pakteil yete cu xinbalob lukci tu luumilob ca talob uay ti petene
Chacnouitan lae.
Quatre époques s’écoulèrent depuis qu’ils se mirent en marche
avant d’arriver par ici avec Holon-Chan-Tepeuh[3] et ses
compagnons: avant d’atteindre cette péninsule[4], le Huit Ahau
s’était passé, le Six Ahau, le Quatre Ahau, le Deux Ahau,
quatre-vingt et un ans[5]. Car le premier point de la pierre
du Treize Ahau[6] s’écoula avant qu’ils arrivassent à cette
péninsule, quatre-vingt et un ans qu’ils tardèrent dans leur
marche, depuis le départ de leur terre jusqu’à cette péninsule de
Chacnouitan (an 482).
VI 681
Uaxac Ahau, Uac Ahau, Cabil Ahau.
Huit Ahau, Six Ahau[7], Deux Ahau.
IV 701
II 721
XIII 741
XI 761
IX 781
Kuchci Chacnouitan Ahmekat Tutul Xiu; hunppel haab minan ti ho-kal
haab cuchi yanob Chacnouitan lae. Laitun uchci u chicpahal tzucuble
Ziyan-Caan, lae Bakhalal.
Ahmekat Tutul Xin arrive en Chacnouitan[8]; un an manquait aux
cent ans[9] qu’ils avaient été en Chacnouitan (c’est-à-dire à
l’an 581). En ce temps-là eut lieu la conquête de la province de
Ziyan-Caan, qui est celle de Bakhalal[10].
VII 801
V 821
III 841
I 861
XII 881
Can Ahau, Cabil Ahau, Oxlahun Ahau, ox-kal haab cu tepalob Ziyan-Caan, ca
emob uay lae. Lai u haabil cu tepalob Bakhalal, chuulte laitun chicpahi
Chichen-Ytza lae.
Quatre Ahau[11], Deux Ahau, Treize Ahau, soixante ans qu’ils
gouvernèrent en Ziyan-Caan, depuis qu’ils y étaient descendus (de
l’an 701 à l’an 761). C’est en ces années, durant lesquelles ils
gouvernèrent à Bakhalal, que l’on marque le temps de la conquête
de Chichen-Ytza[12].
X 901
VIII 921
Buluc Ahau, Bolon Ahau, Uuc Ahau, Ho Ahau, Ox Ahau, Hun Ahau.
Onze Ahau, Neuf Ahau, Sept Ahau, Cinq Ahau, Trois Ahau, Un
Ahau[13].
VI 941
IV 961
II 981
XIII 1001
XI 1021
IX 1041
Uac-kal haab cu tepalob Chichen-Ytza, ca paxi Chichen-Ytza, ca binob
cahtal Chanputun ti yanhi u yoto-chob Ah-Ytzaob, kuyen uincob lae. Uac
Ahau chucuc u luumil Chanputun.
Depuis six vingt ans ils dominaient à Chichen-Ytza, lorsque
Chichen-Ytza fut ruiné (de l’an 761 à l’an 881). Alors
ils allèrent à Chanputun[14], où les Ytzas, hommes saints
(sacrificateurs?), avaient eu des demeures[15]. Au Six Ahau, ils
prennent possession du territoire de Champoton (de l’an 941 à
l’an 961)[16].
VII 1061
V 1081
III 1101
I 1121
XII 1141
X 1161
VIII 1181
VI 1201
IV 1221
II 1241
XIII 1261
XI 1281
Can Ahau, Cabil Ahau, Oxlahun Ahau, Buluc Ahau, Bolon Ahau, Uuc Ahau,
Ho Ahau, Ox Ahau, Hun Ahau, Lahca Ahau, Lahun Ahau. Uaxac Ahau, paxci
Chanputun; ox’ahun-kal haab cu tepalob tumenel Ytza uincob, ca talob u
tzacle u yotochob tu caten, laixtun u katunil binciob Ah-Ytzaob yalan
che, yalan aban, yalan ak ti numyaob lae. Uac Ahau, Can Ahau, ca-kal haab
ca talob u heɔob yotoch tu caten ca tu zatahob Chakanputun.
Quatre Ahau, Deux Ahau, Treize Ahau, Onze Ahau, Neuf Ahau, Sept
Ahau, Cinq Ahau, Trois Ahau, Un Ahau, Douze Ahau, Dix Ahau.
Au Huit Ahau, Chanputun fut ruiné[17], deux cent soixante ans
depuis que les hommes d’Ytza régnaient à Chanputun (de l’an 681
à l’an 941), après quoi ils sortirent de nouveau à chercher
des demeures, et alors, durant plusieurs époques, les Ytzas
errèrent, couchant dans les bois, entre les rochers et les herbes
sauvages, souffrant de grandes privations[18]. Six Ahau, Quatre
Ahau, soit quarante ans (de l’an 941 à l’an 981), après quoi ils
eurent de nouveau des demeures fixes, depuis qu’ils avaient perdu
Chanputun[19].
IX 1301
VII 1321
V 1341
III 1361
I 1381
XII 1401
X 1421
Lai u katunil Cabil Ahau u heɔci cab Ahcuitok Tutul Xiu Uxmal. Cabil
Ahau, Oxlahun Ahau, Buluc Ahau, Bolon Ahau, Uuc Ahau, Ho Ahau, Ox Ahau,
Hun Ahau, Lahca Ahau, Lahun Ahau, lahun-kal haab cu tepalob yetel u
halach uinicil Chichen-Ytza yetel Mayalpan.
C’est à l’époque Deux Ahau, qu’Ahcuitok Tutul-Xiu s’affermit à
Uxmal (de l’an 981 à l’an 1001). Deux Ahau, Treize Ahau, Onze
Ahau, Neuf Ahau, Sept Ahau, Cinq Ahau, Trois Ahau, Un Ahau,
Douze Ahau, Dix Ahau; deux cents ans qu’ils régnèrent avec les
puissants seigneurs de Chichen-Ytza et de Mayapan (de l’an 981 à
l’an 1181)[20].
VIII 1441
VI 1461
IV 1481
II 1501
XIII 1521
XI 1541
IX 1561
Lai u katunil Buluc Ahau, Bolon Ahau, Uuc Ahau. Uaxac Ahau, paxci u
halach uinicil Chichen-Ytza, tumenel u kebanthan Hunac-Eel u halach
uinicil Mayalpan ichpac. Can-kal haab ca-tac lahun piz haab tu lahun
tun Uaxac Ahau cuchie, lai u haabil paxci tumenel Ahtzin-Teyut-Chan,
yetel Tzuntecum, yetel Taxcal, yetel Pantemit Xuchu-Cuet, yetel Ytzcuat,
yetel Kakaltecat, lay u kaba uinicilob lae nuctulob ah Mayapanob lae.
Laili u katunil Uaxac Ahau, lai ca binob u pá ah-Ulmil Ahau, tumenel u
uahal-uahob yetel ah-Ytzmal Ulil Ahau; lae oxlahun uuɔ u katunilob ca
paxob tumen Hunac-Eel tumenel u ɔabal u naátob. Uac Ahau ca ɔoci, hun-kal
haab ca-tac can lahun pizi.
Voici les époques de Onze Ahau, Neuf Ahau, Sept Ahau[21]. Au
Huit Ahau, les puissants seigneurs de Chichen-Ytza furent ruinés
pour avoir péché en paroles contre Hunac Eel, ce qui arriva à
Chac-Xib-Chac de Chichen-Ytza, qui avait péché en paroles contre
Hunac Eel, le puissant seigneur de la forteresse de Mayapan[22].
Quatre-vingts années et dix points à la dixième pierre du Huit
Ahau s’étaient écoulés, et c’est là l’année (an 1191) où il fut
vaincu par Ah-Tzinteyut-Chan, avec Tzuntecum, avec Taxcal, avec
Pantemit Xuchu-Cuet, avec Itzcuat, avec Kakaltecat, et ce sont
là les noms des seigneurs marquants de Mayapan[23]. C’est dans
la même période du Huit Ahau (de l’an 1181 à l’an 1201) qu’ils
allèrent attaquer le roi Ulmil, à cause de ses grands festins
avec Ulil, roi d’Ytzmal[24]; ils avaient treize divisions de
troupes, lorsqu’ils furent défaits par Hunac-Eel, par celui qui
donne l’intelligence[25]. Au Six Ahau, c’en était fait, après
trente-quatre ans (entre l’an 1201 et l’an 1221)[26].
Uac Ahau, Can Ahau, Cabil Ahau, Oxlahun Ahau, Buluc Ahau. Chucuc u luumil
ichpáa Mayalpan, tumenel u pach tulum, tumenel multepal ich cah Mayalpan,
tumenel Ytza uinicob yetel ah-Ulmil Ahau lae.
Six Ahau, Quatre Ahau, Deux Ahau, Treize Ahau, Onze Ahau.
Envahissement par les gens d’Ytza avec leur roi Ulmil[27] du
territoire de la forteresse de Mayapan (de l’an 1201 à l’an
1221), à cause des fortifications du pays et parce qu’un
gouvernement républicain dirigeait Mayapan.
Can-kal ca-tac oxppel haab, yocol Buluc Ahau cuchie paxci Mayalpan
tumenel ah-Uitzil ɔul, Tancah Mayalpan.
Quatre-vingt-trois ans (se passent), et au commencement du
Onze Ahau (de l’an 1281 à l’an 1301) Mayapan fut ruiné par
les montagnards[28], qui se rendirent maîtres de Tancah de
Mayapan[29].
Uaxac Ahau lay paxci Mayalpan lai u katunil Uac Ahau, Can Ahau, Cabil
Ahau, lai haab ca yax mani _Españoles_ u yaxilci caa luumi _Yucatan_
tzucubte lae, oxkal haab pâxac ichpa cuchie.
C’est au Huitième Ahau que Mayapan fut ruiné[30]. Ce sont les
époques du Six Ahau, du Quatre Ahau, du Deux Ahau, qui sont les
années où arrivèrent pour la première fois les Espagnols[31], qui
donnèrent depuis le nom de Yucatan à cette province. Soixante
ans s’étaient écoulés depuis la ruine de la forteresse (an
1511-1517).
Oxlahun Ahau, Buluc Ahau, uchci maya-cimil ichpa yetel nohkakil: Oxlahun
Ahau cimci Ahpulá uacppel haab u binel ma ɔococ u xocol Oxlahun Ahau
cuchie, ti yanil u xocol haab ti likin cuchie, canil Kan cumlahi Pop, tu
holhun Zip ca-tac oxppeli, Bolon Ymix u kinil lai cimi Ahpulá; laitun
_año_ cu ximbal cuchi lae ca oheltabac lay u xoc _numeroil años_ lae 1536
años cuchie, ox-kal haab paaxac ichpá cuchi lae.
Au Treize Ahau, au Onze Ahau, il y eut de la peste avec de la
petite vérole dans les châteaux[32]: au Treize Ahau, Ahpulá
mourut[33], six ans manquant pour que le compte du Treize Ahau
s’écoulât; le compte de l’année suivant à l’est et le Quatre Can
commençant (le mois) Pop, ce fut au troisième mois Zip et au
neuvième jour Ymix que mourut Ahpulá. Or, voici l’année où cela
s’était passé, afin que son nombre correspondant soit connu:
l’année 1536[34], soixante ans après que la destruction de la
forteresse avait eu lieu[35].
Laili ma ɔococ u xocol Buluc Ahau lae lai ulci españoles kul uincob ti
likin u talob ca uliob uay tac luumil lae Bolon Ahau hoppel _Cristianoil_
uchci caputzihil: laili ichil u katunil lae ulci yax obispo Toroba u kaba.
Mais, avant que se fût terminé le compte du Onze Ahau, arrivèrent
les Espagnols, et des hommes saints[36] vinrent avec eux
quand ils touchèrent cette terre. Au Neuf Ahau, commença le
christianisme et l’avénement du baptême: c’est durant cette
période qu’arriva le nouvel évêque, dont le nom est Toral.[37]
NOTES
[1] Les Tutul Xiu, dont il est parlé dans toutes les histoires du
Yucatan, sont évidemment les chefs d’une maison de la race nahuatl,
établie dans le royaume de _Tulan_ ou _Tulhá_, dont le siége parait avoir
existé dans la vallée d’Ococingo, au nord-est de Ciudad-Real de Chiapas
(San Cristobal). Cette maison portait apparemment le nom de _Nonoual_
qu’on lui donne ici, d’où viendrait peut-être celui de _Nonohualco_ ou
_Onohualco_, comme le dit mal-à-propos Clavigero, et que les Mexicains
donnaient à la côte yucatèque, située entre Xicalanco et Champoton.
_Nonoual_ ne serait-il pas une altération de _Nanaual_ ou _Nanahuatl_ qui
joue un si grand rôle dans les traditions antiques?
[2] Stephens, d’après Pio Perez dit _Zuiná_ que je laisse ici; cependant,
il se pourrait que ce fût une erreur du copiste ou d’impression, au lieu
de _Zuiva_ qu’on trouve fréquemment dans le _Livre sacré_ des Quichés
et dans le _Manuscrit Cakchiquel_, uni à celui de _Tulan_, identique
avec _Tulapan_ dont il est question ici et qui indiquait la capitale du
royaume de _Tula_, comme _Mayapan_ indique la capitale du _Maya_.
[3] _Holon_ est un mot qui appartient également à la langue maya, au
tzendal et à ses dialectes; il signifie ce qui domine, ce qui est
au-dessus et peut se prendre ici comme un titre et comme un nom. _Chan_
appartient au nahuatl et au tzendal, mais dans deux sens fort distincts;
dans la première langue il signifie maison, demeure; dans la seconde
serpent, qui en maya se dit can. _Tepeuh_ est nahuatl, il signifie mot à
mot le maître, le chef de la montagne; c’est un titre souverain dans le
quiché.
[4] Le mot maya est _peten_ qu’on traduit par île, mais que les Mayas
appliquaient en général à toutes les terres environnées d’eau, en partie,
car ils savaient fort bien que leur pays était une péninsule.
[5] Il y a plusieurs manières de calculer ces époques. Landa, Cogolludo
et les auteurs anciens, corroborés par les preuves historiques et
chronologiques qu’ils apportent, ne leur donnent que vingt ans. Je crois
qu’ils sont dans le vrai, et c’est d’après leur sentiment que j’ai réglé
ce document chronologique, en plaçant les chiffres des _Katun_ à côté
du texte maya, et celui des années correspondantes de l’ère chrétienne
vulgaire au français. En note, ainsi que Pio Perez l’avait fait lui-même
en le donnant à Stephens, je mets les années correspondantes, d’après
lui, aux _Katun_ et dans le calcul desquels il me semble qu’il s’est
glissé quelques erreurs, en outre de sa manière de voir, en leur
assignant 24 ans au lieu de 20: le lecteur pourra aisément les vérifier
lui-même. Suivant Pio Perez, les années écoulées durant le voyage des
Tutul Xiu sont de l’an 144 à l’an 217.—Celle que nous trouvons en
calculant les _Katun_ à 20 ans chaque, s’accorde davantage avec l’époque
assignée par Ixtlilxochitl à la défaite des Toltèques, et leur émigration
de leur capitale à la fin du IVᵉ siècle.
[6] _Piz-tun_, pierre mesurée, dit le texte, c’est-à-dire la marque qui
signalait chaque année du _Katun_.
[7] L’auteur anonyme de ce document ou le copiste passe ici le IV Ahau,
comme il a passé les huit Ahaus précédents et comme il en passe d’autres
plus loin; ce qui cause parfois une certaine confusion: aussi est-ce pour
cela que j’ai placé les chiffres des Ahaus en colonne à côté du texte
maya, suivant l’ordre de la série.
[8] _Chacnouitan_ parait avoir été le nom antique de la partie du Yucatan
qui s’étendait entre le royaume d’Acallan, au sud-est de la lagune de
Terminos, et le pays voisin de Bacalar, au sud-est de la péninsule.
[9] Les faits historiques sont souvent placés dans ce document à la suite
d’une série d’Ahaus, dont les années sont postérieures à celles de ces
faits même. C’est ce que le contexte fait comprendre encore ici.—Pio
Perez marque ici l’époque d’Amekat Tutul-Xiu, de l’an 218 à l’an 360.
[10] _Ziyan-Caan_, littéralement limite ou commencement du ciel; cette
province s’appelait de _Chectemal_ au temps de la conquête. _Bak-halal_,
c’est-à-dire enceinte de bambous, nom qui devait convenir à cette ville,
située probablement au bord de la lagune près de laquelle fut bâtie
depuis Salamanca de Bacalar.
[11] Le IV Ahau passé sous silence un peu plus haut, paraît ici avec ceux
qui le suivent.
[12] Pio Perez marque ici les années écoulées entre la conquête de
Bacalar et celle de Chichen-Itza, de l’an 360 à l’an 432. Les Tutul-Xius
auraient-ils succédé à Chichen, aux Itzas qui lui donnèrent leur nom
et dont les deux princes furent assassinés après le départ ou la mort
de celui qui était le chef des trois? c’est ce que ce document laisse
entrevoir. On voit ici que les adhérents de ces princes s’étaient retirés
à Champoton à la suite de cet événement, ce que Landa omet de faire
connaître; mais il nous parle de Kukulcan qui serait arrivé dans cette
ville après les Itzas et qui aurait calmé les troubles. La présence
de Kukulcan, symbole, dieu ou chef d’une secte nahuatl, rattacherait
l’introduction de sa religion à l’arrivée des Tutul Xius. Conf. la
_Relation_ de Landa, plus haut, pages 32 et 34.
[13] Suivant Pio Perez de l’an 432 à l’an 576.
[14] On ne voit pas par quelle suite d’événements les Tutul-Xius, après
avoir été maîtres de Chichen-Itza durant cent vingt ans, auraient été
forcés de quitter cette ville, à moins que la religion, dont les Itzas
étaient les représentants, n’ait alors repris le dessus.
[15] La comparaison de ce document avec les faits rapportés par Landa,
donnerait à penser que cet écrivain reçut d’un membre de la famille des
Tutul Xius la plus grande partie de ses renseignements, tandis que le
document conservé par Pio Perez paraîtrait avoir une origine itza.
[16] On ne voit pas ce que deviennent les Tutul Xius entre le XII et
le VI Ahau: il est probable, toutefois, que c’est l’époque où ils
cherchèrent à se concilier les princes et le peuple de Mayapan, ainsi
que le raconte Landa, p. 41 et suiv.; c’est alors qu’ils commencèrent
à se fortifier dans la montagne entre Mani, Uxmal et Maxcanú, d’où ils
parvinrent sans doute à s’étendre ensuite jusqu’à Champoton, lors de la
révolution qui renversa le trône des Cocomes à Mayapan.
[17] Pio Perez place ces époques entre les années 576 et 888. Mais ne
commettrait-il pas une erreur dans son commentaire en mettant en scène
les Tutul Xius? Il semble bien, d’après le texte maya, qu’il s’agit ici
des Itzas, chassés par eux de Champoton, où ils avaient eu leurs demeures
depuis qu’ils avaient dù abandonner Chichen, en 681, devant les progrès
des Tutul Xius.
[18] Pio Perez omet de traduire ici le détail des souffrances des Itzas
durant leur vie nomade dans les déserts. Les années correspondantes à ces
époques sont, d’après lui, de l’an 888 à l’an 936.
[19] Où les Itzas trouvèrent-ils alors des demeures fixes? c’est ce que
le texte ne dit pas; mais il laisse entrevoir qu’ils retournèrent alors à
Chichen et qu’ils y raffermirent leur puissance. Quant au mot _Chanputun_
ou Champoton, on le trouve ici orthographié d’une manière tout à fait
différente dans le texte maya; il y a _Chakanputun_. Serait-ce le nom
original?
[20] On reconnaît ici le système fédéral des Toltèques et l’influence
manifeste des institutions de cette race, représentée par des Tutul Xius;
il y a trois États, associés par un pacte politique, celui d’Uxmal qui a
pour chefs les Tutul Xius, celui de Chichen-Itza gouverné par les Ulmil,
et celui de Mayapan où ne régnaient probablement déjà plus les Cocomes,
mais, autant qu’on peut le deviner, un prince de race étrangère; car,
ainsi qu’à celui d’Uxmal, le texte donne le titre de _halach-uinicil_,
et, à ceux de Chichen et d’Izamal, le titre supérieur d’_Ahau_ ou
roi.—D’après le calcul de Pio Perez, cette fédération commence à l’an
936 et dure jusqu’en 1176, c’est-à-dire deux cent quarante ans, tandis
qu’il dit lui-même clairement dans le texte maya et dans la traduction
anglaise de Stephens que ce fut une période de deux cents ans. Durant
cette période, les trois rois fédérés furent souvent en guerre, comme on
le voit ici et dans le texte de Landa. Conf. pag. 48 et suiv.
[21] Le texte signale ici les Katun XI, IX et VII; il passe le V,
III, I, XII et X, pour arriver au VIII, où il y donne la défaite de
Chac-Xib-Chac, prince de Chichen.
[22] Hunac-Eel (peut-être _Huna-Ceel_) est appelé dans le texte _u
halach uinicil Mayalpan ichpac_, le puissant seigneur de la forteresse
de Mayapan (_halach uinicil_, vraie humanité, est intraduisible), en
opposition avec le titre d’_Ahau_ donne aux rois de Chichen et d’Izamal;
ce qui semble annoncer une origine étrangère. Mayapan, qui continue
comme forteresse, était peut-être restée au pouvoir des légions de race
nahuatl, introduites par les Cocomes, suivant Landa: ce qui confirmerait
cette supposition, c’est la liste des six ou sept grands officiers,
commandant les troupes mayapanèques, dont les noms sont à peu près tous
d’origine nahuatl.
[23] Cette période de Katuns est comptée par Pio Perez entre les années
1176 et 1258.
[24] De 1258 à 1272, suivant Pio Perez.—Le texte maya dit ici _Ah Ulmil
Ahau_, qui me paraît signifier le roi de la maison ou des Ulmil; Ulmil
serait donc plutôt un nom patronymique qu’un nom de personne. Stephens,
d’après Pio Perez, dit que la guerre le fit contre Ulmil, à cause de ses
querelles avec Ulil, roi d’Izamal: le texte me semble dire le contraire,
et, au lieu de querelles, je crois qu’il faut lire, à cause de ses
festins ou des fêtes qu’il célébrait en commun avec Ulil.
[25] Stephens, d’après Pio Perez, passe sous silence les mots _tumenel u
ɔabal u naatob_, qui suivent le nom de Hunac-Eel, lesquels me semblent
signifier _par celui qui accorde les dons de l’intelligence_.
[26] Cette guerre qui avait commencé au VIII Ahau (entre 1181 et 1201)
termine dans l’Ahau suivant (entre 1201 et 1221).
[27] Durant ce même VIII Ahau, le même roi du Chichen ou un autre de
la même famille, profitant des troubles qui régnaient sans doute à
Mayapan, envahit le territoire de cette ville. Ce qui paraît bien étrange
ici, c’est le motif de cette invasion, c’est que Mayapan, sous les
chefs de race nahuatl qui y dominaient, avait inauguré le gouvernement
républicain. On voit, du reste, des traces de révolutions analogues
au Quiché, presque vers la même époque. Voir mon _Hist. des nations
civilisées du Mexique_, etc., tom. II, liv. ii, chap. 8, et le _Livre
sacré_, pag. 325.
[28] Ces montagnards _Ah-Uitzil_, d’où venaient-ils? Nul ne le dit. Mais
l’analogie du nom avec celui des Quichés, car _quiche_ et _uitzil_ sont
identiques étymologiquement, semblerait annoncer une invasion venue de
Guatémala qui n’en est, d’ailleurs, pas excessivement éloigné. Quelques
mots dans le _Livre sacré_ donneraient à penser que l’envahisseur aurait
été le roi Gucumatz. Conf. _Livre sacré_, pag. 314.
[29] _Tancah_ paraît avoir été la ville qui aurait succédé à Mayapan
et bâtie, peut-être, sur une partie de ses ruines, après la révolution
qui en avait chassé les Cocomes.—Pio Perez, dans Stephens, assigne ces
époques entre l’an 1272 et l’an 1368, date, dit-il, de la destruction de
Mayapan. La date suivante est de 1368 à 1392.
[30] Le VIII Ahau-Katun commence à l’an 1441 et termine à l’an 1461;
c’est celui durant lequel tombe la destruction définitive, c’est-à-dire
l’abandon de Mayapan, d’après ce document, que Landa fixe à cent
vingt-cinq ans avant l’époque où il écrivait, environ l’an 1487 de notre
ère.