considérables dans un grand nombre de ruines, et que les Indiens
employaient soit à modeler des ornements, soit à couvrir des murs et
quelquefois le sol.
[215] Il est question en plusieurs endroits de l’ouvrage de Cogolludo,
d’une de ces pyramides désignée par lui comme la plus grande, _el
grande de los Kues, adoratorio que era de los idolos_, dont les débris
embarrassèrent pendant de longues années une des rues de Mérida. Je
ne saurais dire si c’est la même dont parle ici Landa. Cogolludo
cite également un autre _omul_ qui était à l’est du monastère des
franciscains, dédié au dieu _Ahchun-Caan_, et sur la cime duquel ceux-ci
édifièrent, à la place de l’édicule de ce dieu, une chapelle à saint
Antoine de Padoue, mais qui ne tarda pas tomber en ruines. (_Hist. de
Yucatan_, liv. XVIII, cap. 8).
[216] «La ville de Mérida a reçu son nom des édifices somptueux bâtis en
pierre qu’on y voit. On ignore qui les a construits; mais ce sont les
_plus_ beaux qu’on ait vus dans toutes les Indes. Ils doivent avoir été
bâtis avant Jésus-Christ; car, sur leurs ruines, les broussailles sont
aussi épaisses et les arbres aussi élevés que dans le reste de la forêt.
Les bâtiments ont cinq toises de haut, etc.» (Bienvenida, _Carta fecha de
Yucatan, á 10 de Hebrero_ de 1548, Archivo de Simancas.)
[217] C’était encore, suivant Cogolludo, la plus belle des pyramides
de Tihóo, et Montejo, avant de la donner aux franciscains, avait eu
l’intention d’y bâtir une citadelle. (_Hist. de Yucatan_, liv. V, cap.
5.) Ce monastère fut fondé en 1547. «Il est situé, dit-il ailleurs, sur
une petite colline, de celles qu’il y avait en grand nombre et faite
de main d’homme dans ce pays, et il s’y trouvait plusieurs édifices
antiques, dont les vestiges existent encore aujourd’hui sous le dortoir
principal. (Lib IV, cap. 12.)» En 1669, le besoin d’avoir une forteresse
à Mérida, pour soutenir, en cas de révolte des Indiens, une attaque
imprévue de leurpart, s’étant fait sentir de nouveau, le gouverneur don
Rodrigo Florez Aldana exhaussa les murs qui entouraient le couvent des
franciscains, et en prit une partie pour y loger des soldats, malgré les
réclamations des religieux. Voici comme en parle un écrivain yucatèque
moderne: «Le site marqué d’abord pour y ériger un château, fut donné
aux franciscains qui y bâtirent un labyrinthe de fabriques unies les
unes aux autres au moyen de galeries, de passages étroits et même de
souterrains, œuvre d’années diverses et de différents provinciaux. Dans
cet entassement confus de demeures, il ne règne aucun goût, et dans ces
constructions faites partiellement, on ne consulta jamais aucune des
règles architectoniques. Aujourd’hui, cependant, que tout cela n’est plus
qu’un triste amas de ruines abandonnées au cœur même de Mérida, l’aspect
qu’il présente n’en est pas moins imposant et majestueux. (Apendice al
libro IV de la _Hist. de Yucatan_, Campeche, 1842.) Norman et Stephens
parlent longuement dans leurs ouvrages des ruines de ce monastère, d’où
les religieux, au nombre de trois cents, furent chassés en 1820. C’est
en contemplant leur étendue et leur immensité qu’on peut se faire une
idée des édifices qui les couvraient avant la venue des Espagnols, dont
l’œuvre n’a pas duré trois cents ans. Sans le savoir, Stephens rappelle
dans un paragraphe les vestiges des édifices antiques qui y existaient
encore au temps de Cogolludo: «Dans un des cloîtres inférieurs,
dit-il, sortant du côté du nord, et sous le dortoir principal, il y a
trois corridors parallèles. Le corridor extérieur fait face à la cour
principale, et on y trouve précisément de ces voûtes particulières dont
j’ai si souvent parlé dans mes volumes précédents, deux côtés s’élevant
de manière à se rencontrer, et couvertes, à peu de distance l’une de
l’autre, d’une rangée de pierres plates qui en sont la clef. Il ne peut
y avoir aucune erreur sur le caractère de cette voûte; car on ne peut
supposer un seul instant que les Espagnols aient rien construit de si
différent des règles ordinaires de l’architecture, et il n’y a pas le
moindre doute que c’était là un de ces mystérieux édifices qui ont fait
naître tant de spéculations.» (_Incidents of travel in Yucatan_, vol. I,
chap. 5.) N’est-ce pas le cas de répéter ici avec Norman: «Les caciques
et le peuple furent chassés de leurs demeures; ils périrent sous les
coups impitoyables de l’envahisseur, avec qui l’Église vint prendre sa
part des dépouilles. Où sont-ils maintenant? vainqueurs et vaincus sont
ensevelis dans la même poussière! Et nous contemplons aujourd’hui les
pierres éparses qui rappellent indistinctement la grandeur de l’un et la
ruine de l’autre.» (Norman, _Rambles in Yucatan_, etc., chap. II.)
[218] La confusion qui règne dans le manuscrit que nous avons copié
semblerait, ainsi que ces paroles, foire croire que certaines parties
y ont été omises; mais il se pourrait que ce chapitre qui traite des
principaux édifices du Yucatan eût du entrer dans le § V, dont il est une
amplification.
[219] Où se retira ce saint personnage? C’est ce qu’il est impossible
de déterminer; mais sa religion se rattachait probablement à celle dont
l’Ara était le symbole, antérieure à celle des Nahuas ou Toltèques,
dont les Tutul-Xius étaient une fraction. Aussi serait-il intéressant
de rechercher les traces de ces prophètes qui, sous le nom commun à
plusieurs autres, de _Viracocha_, parcoururent le Pérou et la Bolivie,
et dont l’un ou l’autre laissa des indices analogues dans les légendes
traditionnelles du royaume de Quito et dans les sculptures de Tiahuanaco.
[220] Ces deux princes auraient plutôt été les victimes d’une réaction
religieuse ou d’une religion nouvelle. On sait, en effet, par le
manuscrit maya que nous publions plus loin, que Chichen-Itza fut conquis
par les Tutul-Xius vers l’an 394 de notre ère, et que les Itzaes, qui lui
donnèrent leur nom, se réfugièrent à Champoton, d’où ils furent chassés
plus tard par leurs ennemis. Kukulcan était-il un des leurs, c’est ce
qu’on ne saurait déterminer encore? Ce que je crois entrevoir, c’est que
leur religion était celle des Cocom, ennemis acharnés des Tutul-Xius; car
le document qui nous donne les renseignements ci-dessus les appelle des
hommes saints «_cuyen uincob_.»
[221] Cet édifice est le même dont Stephens donne une description si
complète, avec la gravure représentant un de ces escaliers aux têtes
de serpents. (_Incidents of travel in Yucatan_, vol. II, chap. 27.)
C’est celui dont parle M. Viollet Leduc et M. Charnay, _Cités et Ruines
américaines_, pag. 48 et 340.
[222] La phrase de l’auteur est intraduisible; je crois cependant en
avoir saisi le sens.
[223] Voir encore Stephens, _ibid._, et Charnay, _loc. cit._; l’un et
l’autre parlent de ces deux théâtres, sans toutefois les identifier
absolument, ainsi que la salle du jeu de paume, _Tlachco_ en langue
nahuatl, où se trouvent enclavés dans le mur les anneaux dont le titre de
ce livre présente une image.
[224] Stephens donne au puits de Chichen-Itza une profondeur de soixante
à soixante-dix pieds et un diamètre d’environ trois cent cinquante.
(_Ibid._, _ut sup._, chap. 26.)
[225] Probablement des principaux _dieux_ du pays.
DEL PRINCIPIO Y FUNDACION DESTOS CUYOS OMULES DESTE SITIO Y PUEBLO DE
YTZMAL SACADA DE LA PARTE PRIMERA DE LA OBRA DEL PADRE LIZANA TITULADA
HISTORIA DE NUESTRA SEÑORA DE YTZAMAL.
DU COMMENCEMENT ET DE LA FONDATION DE CES OMULES SACRÉS DE CE SITE ET
VILLE D’IZAMAL EXTRAIT DU LIVRE PREMIER DE L’OUVRAGE DU PÈRE LIZANA,
INTITULÉ HISTORIA DE NUESTRA SEÑORA DE YTZAMAL[1].
1. Llamavan esta tierra en la gentilidad, tierra de pavos y venados,
_u luumil cutz, u luumil ceb_, y la causa era porque la abundancia que
destas cosas tenia de su naturaleza la tierra, en que mas se señalava que
en otras..... Lo primero que se debe advertir es que esta tierra es la
parte oriental de la Nueva-España, tierra firme con ella, por la parte
del Puniente y conjunta con la de Guatemala por la parte de medio dia.
Fué sujeta esta tierra al emperador de Mexico, Monteçuma: y si bien es
verdad que avia aqui muchos reyecuelos y señores propios, reconocian y
pagavan tributos al Monteçuma. Algunos dicen que le embiavan por tributo
hijas destos reyeçuelos y otras principales donzellas, por ser hermosas.
Otros que le embiavan mantas de lana y unas monedas que ellos usavan, y
que oy se llaman _cuzcas_.
2. Y aunque es verdad que al tiempo de la conquista desta tierra de
Yucatan, havia muchos reyeçuelos, segun la antigua noticia, en sus
principios fué sujeta a solo un rey y señor y la tyrania vino á criar
muchos señores y a ser muchos esclavos y perseguidores de otros, y assi
se destruyeron, de suerte que dexando las ciudades y edificios de piedra,
se huyian a los montes y se escondian las familias juntas. Y al mayor
destos reconocian y estimaban por mayor cabeça, y assi creo que esto era
lo que sucedio en la ley natural, y se siguió por muchos tiempos despues
del diluvio, hasta que la tyrania dió traça de que huviessen reyes y
cabeças, que sujetaron familias y assimismo se fundaron y nombraron
reynos. Y volviendo de donde salimos, he dicho que huvo un rey solo y
cabeças por que los edificios que oy se ven despoblados son de una misma
manera y un mismo modelo, y todos fundados sobre cerros, ó cuyos, hechos
á mano; y es de creer que entonces, por indulto y orden de uno se hazia y
fabricava, pues todo iva de una forma misma.
Ay grande suma de vestigios destos edificios, y muchos dellos casi
enteros y tan suntuosos y bien labrados de figuras y hombres armados,
y animales de piedra blanca, con portadas de mucho primor, que sin
duda son muy antiquissimos; si bien es verdad, que oy se ven algunos
tan nuevos y blancos, y los marcos de puertas de madera, y estavan tan
sanos, que no parecia haver veynte años que se edificaron, y a estos
tales no los habitavan estos indios, quando llegaron los españoles, mas
estavan en casas de paja en los montes, por familias, como dicho es: les
servian empero de templos y sanctuarios, que ellos dezian, y sobre cada
uno, en lo mas alto tenian su Dios, si bien falso, y alli le ofrecian
sacrificios, á las vueltas muchos hombres y mugeres y niños, y assimismo
hazian otras oraciones y ceremonias, ayunos penitencias que despues
diré, por haber al intento que llevo, de los mas nombrados y suntuosos
sanctuarios, ó el mas celebrado y reverenciado de los que en esta tierra
avia, y adonde todos acudian de muchas partes, era este pueblo y cuyos
de Ytzamal que oy llaman; y por que su fundacion es, como ya he dicho
antiquissima, y que se sepa quien los fundó, se declarará en el capitulo
siguiente.
3. La historia y autores que podemos alegar, son unos antiguos
caracteres, mal entendidos de muchos y glossados de unos indios
antiguos, que son hijos de los sacerdotes de sus Dioses, que son los que
solo sabian leer y adivinar, y a quien creian y reverenciavan los demas
como á Dioses destos: pues supieron los padres antiguos, que primero
plantaron la Fé de Christo en Yucatan, que la gente de aqui, parte vino
del puniente, y parte del oriente; y assi en su lengua antigua, nombran
al oriente de otra manera que oy. Oy llaman al oriente _Likin_, que es lo
mismo que donde se levanta el sol sobre nosotros, y al puniente llaman
_Chi-kin_, que es lo mismo que caida ó final del sol, ó donde se esconde
de nos otros. Y antiguamente dezian al oriente _Cen-ial_, Pequeña-Baxada,
y al puniente _Nohen-ial_, la Grande-Baxada.
Y es el caso que dizen que por la parte del oriente baxó á esta tierra
poca gente, y por la parte del puniente mucha; y con aquella silaba
entendian poco ó mucho al oriente y puniente; y la poca gente de una
parte, y la mucha de otra; y qual fuesse la una y la otra gente, remito
al lector, que quisiere saber mas al P. Torquemada, en su Historia
indiana, que alli verá como los Mexicanos vinieron del Nuevo-Mexico, y de
alli aqui. Y como la isla Hispañola se poblo de Cartagineses, y de estos
se pobló Cuba, y esta tierra, por saber edificar tan suntuosos edificios
y sujetar á otras gentes, sino que como les faltó la comunicacion de
Carthago, en los tiempos los convirtio con los climas en gente barbara y
tosca.....
4. Ay en este pueblo de Ytzamal cinco cuyos ó cerros muy altos, todos
levantados de piedra seca, con sus fuerças y reparos, que ayudan á
levantar la piedra en alto, y no se ven edificios enteros oy, mas
los señales y vestigios están patentes en uno dellos de la parte de
mediodia. Tenian los antiguos un idolo el mas celebrado, que se llamava
_Ytzmal-ul_, que quiere dezir el que recibe y possee la gracia, ó rozio,
ó sustancia del cielo: y este idolo no tenia otro nombre, ó no se le
nombravan, porque dizen que fue un rey, gran señor desta tierra, que era
obedecido por hijo de dioses: y quando le preguntavan como se llamava, ó
quien era, no dezia mas destas palabras: _Ytzen caan, ytzen muyal_, que
era dezir yo soy el rozio ó sustancia del cielo y nubes.
Murió este rey y levantaron altares, y era oraculo, y despues se verá
como le edificaron otro templo y para que. Quando vivia este rey idolo,
le consultavan los pueblos las cosas que sucedia en las partes remotas, y
les dezia esto, y otras cosas futuras. Assimismo le llevavan los muertos,
y dizen que los resucitava, y á los enfermes sanava, y assi le tenian
grande veneracion, y con razon si fuera verdad que era Dios verdadero,
que solo puede dar vida á los muertos, y salud á los enfermos; pues es
impossible que un hombre gentil, ni el demonio sino es el mismo Dios que
es señor de la vida y de la muerte. Ellos pues creian esso, y no conocian
otro Dios, y por esso dizen que los resucitava y sanava.
Otro altar y templo sobre otro cuyo levantaron estos indios en su
gentilidad á aquel su rey ó falso Dios _Ytzmat-ul_, donde pusieron
la figura de la mano, que les servia de memoria, y dizen que alli le
llevavan los muertos y enfermos, y que alli resucitavan y sanavan,
tocandolos la mano; y este era el que está en la parte del puniente; y
assi se llama y nombra _Kab-ul_ que quiere dezir mano obradora. Alli
ofrecian grandes limosnas, y llevavan presentes, y hazian romerias de
todas partes, para lo qual havian hecho quatro caminos ó calçadas á
todos los quatre vientos, que llegavan á todos los fines de la tierra
y passavan á la de Tabasco, y Guatemala y Chiapa, que aun oy se vé en
muchas partes pedaços y vestigios dellos. Tanto era el concurso de gente
que acudia á estos oraculos de _Ytzmat-ul_ y _Kab-ul_, que havia hechos
caminos. Assimismo havia otro cuyo, ó cerro de la parte del norte,
que oy es el mas alto; que se llamava _Kinich-Kakmó_, y era la causa,
que sobre él havia un templo, y en él un idolo, que se llamava assi,
y significa en nuestra lengua. «Sol con rostro que sus rayos eran de
fuego;» y baxava á quemar el sacrificio á mediodia, como baxava bolando
la vacamaya, con sus plumas de varios colores.
Y este Dios ó idolo era venerado, y dezian que quando tenian mortandad,
ó pestes, ó otros comunes males, ivan á él todos, assi hombres como
mugeres, y llevando muchos presentes, les ofrecian, y que alli á la
vista de todos baxava un fuego (como es dicho) á mediodia, y quemava el
sacrificio; y les dezia el sacerdote lo que avia de suceder de lo que
querian saber de la enfermedad, hambre ó mortandad, y conforme á esso
quedavan ya sabidores de su mal ó su bien, si bien veian á las vezes lo
contrario y no lo quo les dezia.
Avia assimismo otro cuyo llamado (aun oy en dia por los naturales)
_Ppapp-Hol-Chac_, que es él en que oy está fundado el convento de mi
padre San Francisco y significa en Castilla el nombre «Casa de las
Cabeças y Rayos,» y es que alli moravan los sacerdotes de los dioses,
y eran tan venerados, que ellos eran los señores y los que castigavan
y premiavan, y á quien obedecian con grande estremo; y lo que ellos
declaravan, creian con tanto estremo, que no avia cosa que fuesse
creyble. En contrario llamavanse y se llaman oy los sacerdotes en esta
lengua de Maya _Ahkin_, que se deriva de un verbo _kinyah_, que significa
«sortear ó echar suertes.» Y por que los sacerdotes antiguos las echavan
en sus sacrificios, quando querian saber ó declarar cosas que se les
preguntava, los llamavan _Alakin_ y oy llaman en su lengua al sacerdote
de Christo _Ahkin_, como antiguamente llamavan a los de sus dioses falsos.
Otro cerro ay, que era casa y morada de un gran capitan que se llamava
_Hunpictok_, y este está entre el mediodia y puniente; significa el
nombre deste capitan en castellano, el «Capitan que tiene exercito de
ocho mil pedernales,» que eran los hierros de sus lanças, y flechas con
que peleavan en las guerras. Su officio deste era el mayor y esta gente
servia de sujetar los vassallos y obligalles a que sustentassen al rey,
ó idolo y á los sacerdotes y para defensa de todos los sujetos á este
reyno y guarda de sus templos. Estos eran los oraculos mas nombrados de
_Ytzmat-ul_ ó _Ytzamal_, que oy llaman.
1. Au temps de la gentilité, ce pays s’appelait la Terre des Oisons
et des Daims, _u luumil cutz, u luumil ceb_; la raison en était dans
l’abondance qu’il y en avait naturellement dans le Yucatan. La première
chose à observer, c’est que cette région est la partie orientale de la
Nouvelle-Espagne, terre ferme avec elle du côté du couchant, et unie avec
celle de Guatémala, du côté du midi. Ce pays fut sujet à Montézuma[2],
empereur du Mexique, et s’il est vrai qu’il y avait ici un grand nombre
de petits rois et de princes particuliers, ils le reconnaissaient
néanmoins et payaient tribut à ce souverain. Quelques-uns disent qu’on
lui envoyait pour tribut les filles de ces princes, ainsi que d’autres
demoiselles de qualité, à cause de leur beauté. D’autres assurent qu’on
lui envoyait des étoffes de laine[3] et de certaines monnaies à leur
usage qu’on appelle aujourd’hui _cuzcas_.
N. 2. Quoiqu’il soit vrai de dire qu’au temps de la conquête de cette
terre de Yucatan, il y avait beaucoup de petits rois, d’après les
relations antiques, elle fut soumise au commencement à un seul monarque
et seigneur; mais la tyrannie étant venue à donner naissance à un grand
nombre de princes comme à la servitude et à la persécution contre
d’autres, ils se ruinèrent de telle sorte, qu’abandonnant les villes
et les édifices de pierre, ils se réfugièrent dans les forêts, où les
familles vécurent réunies en petits groupes. Dans cette situation,
c’était le plus grand qui exerçait l’autorité, et qu’on tenait pour chef
principal; d’où je crois que c’est ce qui arriva dans la loi naturelle,
et qui continua longtemps, à la suite du déluge, jusqu’à ce que la
tyrannie eût donné lieu à ce qu’il existât des rois et des chefs qui
assujettirent les familles, fondant des royaumes auxquels ils donnèrent
ce nom. Mais pour retourner à l’objet qui nous occupe, j’ai dit qu’il
y avait un roi unique et un seul chef; car les édifices que l’on voit
aujourd’hui abandonnés, sont tous d’une même architecture et d’un même
style, tous fondés sur des élévations ou _Ku_, faits à la main, ce qui
donne à penser qu’alors, par l’ordre et le commandement d’un seul, tous
ces édifices se seraient élevés, puisqu’ils se ressemblaient tous[4].
Il existe une grande quantité de vestiges de ces édifices; la plupart,
encore presque entiers, sont si somptueux et si bien travaillés de
figures et d’hommes armés et d’animaux en pierre blanche, avec des
façades d’une grande beauté, qu’ils ne peuvent qu’être excessivement
anciens; sans omettre, toutefois, qu’on en voit quelques-uns qui
paraissent si neufs et si blancs, avec des linteaux de bois aux
portes[5] qui étaient si sains, qu’on dirait qu’il n’y a pas vingt ans
qu’ils ont été bâtis; cependant ces édifices n’étaient pas habités par
les Indiens, lorsqu’arrivèrent les Espagnols[6], car ils demeuraient par
familles dans des chaumières éparpillées au milieu des bois, comme je
l’ai remarqué plus haut. Mais ils s’en servaient comme de temples et de
sanctuaires, disaient-ils, et en chacun d’eux, à l’endroit le plus élevé,
ils tenaient leur dieu, tout faux qu’il fût, et là, ils lui offraient
des sacrifices, quelquefois d’hommes, de femmes ou d’enfants: c’est là
également qu’ils faisaient leurs prières et leurs cérémonies, leurs
jeûnes et pénitences, comme je le dirai ensuite, ne voulant, pour le
moment, parler que des sanctuaires les plus renommés ou du plus célèbre
qu’il y avait dans ce pays, et auquel on accourait de toutes parts.
C’était cette ville et les temples d’Ytzamal, ainsi qu’on l’appelle
aujourd’hui[7]; or, comme leur fondation est, ainsi que je l’ai dit,
d’une très-haute antiquité, et qu’on sait qui les fonda, on le fera
connaître dans le chapitre suivant.
3. L’histoire et les auteurs que nous pouvons citer, sont certains
caractères antiques, mal entendus du plus grand nombre, et expliqués
par quelques vieillards indiens[8] qui étaient fils des prêtres de
leurs dieux; car ceux-ci étaient les seuls qui sussent lire et tirer
des horoscopes, et les autres les croyaient et les vénéraient comme
leurs dieux eux-mêmes; or nos pères les plus anciens, qui jetèrent les
premiers fondements de la foi du Christ en Yucatan, apprirent d’eux que
le peuple de ce pays était venu, partie du couchant et partie du levant;
c’est pourquoi, dans l’ancienne langue, ils nommaient le levant autrement
qu’aujourd’hui. Actuellement, ils appellent l’orient _Likin_, qui est la
même chose que dire que de là le soleil se lève sur nous, et au couchant,
ils disent _Chi-kin_, c’est-à-dire la chute ou la fin du soleil, ou là
où il se cache de nous. Mais dans l’antiquité ils appelaient l’orient
_Cen-ial_, petite descente, et l’occident _Nohen-ial_, grande descente.
En effet, on dit que du côté de l’orient il débarqua peu de monde dans
ce pays, mais que du côté de l’occident il en vint beaucoup. A l’aide
de cette syllabe, ils entendaient ou peu ou beaucoup, au levant ou au
couchant; mais quoi qu’il en soit du peu d’un côté, et du beaucoup de
l’autre, quelles que soient encore les nations arrivées alors, je remets
le lecteur qui en voudra savoir davantage, au père Torquemada dans son
_Histoire indienne_[9], où il verra que les Mexicains sortirent du
Nouveau-Mexique, d’où ils vinrent par ici. Or, comme l’île espagnole
se peupla de Carthaginois, et que de ceux-ci se peupla aussi Cuba, et
ensuite cette contrée (car eux seuls furent en état de construire de si
somptueux édifices et de s’assujettir les nations), les communications
venant à manquer avec Carthage, ces populations, avec le temps et le
climat, se changèrent en des gens rudes et barbares[10].
4. Il existe, dans cette ville d’Ytzamal, cinq pyramides sacrées ou
collines très-élevées, entièrement édifiées de pierre sèche, avec leurs
soutiens et contreforts, au moyen desquels la pierre se dresse jusqu’en
haut; mais on ne voit aucun édifice en son entier aujourd’hui, quoiqu’il
y ait des traces et des vestiges de ce qu’ils étaient, dans l’un d’entre
eux qui se trouve du côté du midi. Les anciens avaient une idole qui
était parmi eux la plus renommée, appelée _Ytzmat-ul_, ce qui signifie
«celui qui reçoit et possède la grâce ou la rosée, ou la substance du
ciel.» Cette idole n’avait pas d’autre nom, ou du moins on ne lui en
donnait aucun; mais on ajoute que c’était un roi puissant dans cette
région, à qui on obéissait comme au fils des dieux[11]. Quand on lui
demandait comment il se nommait, qui il était, il ne répondait que par
ces paroles: _Ytzen caan, ytzen muyal_, ce qui voulait dire: «Je suis la
rosée ou la substance du ciel et des nuages.»