[214] C’est le stuc antique du pays dont j’ai vu moi-même des restes

considérables dans un grand nombre de ruines, et que les Indiens

employaient soit à modeler des ornements, soit à couvrir des murs et

quelquefois le sol.

[215] Il est question en plusieurs endroits de l’ouvrage de Cogolludo,

d’une de ces pyramides désignée par lui comme la plus grande, _el

grande de los Kues, adoratorio que era de los idolos_, dont les débris

embarrassèrent pendant de longues années une des rues de Mérida. Je

ne saurais dire si c’est la même dont parle ici Landa. Cogolludo

cite également un autre _omul_ qui était à l’est du monastère des

franciscains, dédié au dieu _Ahchun-Caan_, et sur la cime duquel ceux-ci

édifièrent, à la place de l’édicule de ce dieu, une chapelle à saint

Antoine de Padoue, mais qui ne tarda pas tomber en ruines. (_Hist. de

Yucatan_, liv. XVIII, cap. 8).

[216] «La ville de Mérida a reçu son nom des édifices somptueux bâtis en

pierre qu’on y voit. On ignore qui les a construits; mais ce sont les

_plus_ beaux qu’on ait vus dans toutes les Indes. Ils doivent avoir été

bâtis avant Jésus-Christ; car, sur leurs ruines, les broussailles sont

aussi épaisses et les arbres aussi élevés que dans le reste de la forêt.

Les bâtiments ont cinq toises de haut, etc.» (Bienvenida, _Carta fecha de

Yucatan, á 10 de Hebrero_ de 1548, Archivo de Simancas.)

[217] C’était encore, suivant Cogolludo, la plus belle des pyramides

de Tihóo, et Montejo, avant de la donner aux franciscains, avait eu

l’intention d’y bâtir une citadelle. (_Hist. de Yucatan_, liv. V, cap.

5.) Ce monastère fut fondé en 1547. «Il est situé, dit-il ailleurs, sur

une petite colline, de celles qu’il y avait en grand nombre et faite

de main d’homme dans ce pays, et il s’y trouvait plusieurs édifices

antiques, dont les vestiges existent encore aujourd’hui sous le dortoir

principal. (Lib IV, cap. 12.)» En 1669, le besoin d’avoir une forteresse

à Mérida, pour soutenir, en cas de révolte des Indiens, une attaque

imprévue de leurpart, s’étant fait sentir de nouveau, le gouverneur don

Rodrigo Florez Aldana exhaussa les murs qui entouraient le couvent des

franciscains, et en prit une partie pour y loger des soldats, malgré les

réclamations des religieux. Voici comme en parle un écrivain yucatèque

moderne: «Le site marqué d’abord pour y ériger un château, fut donné

aux franciscains qui y bâtirent un labyrinthe de fabriques unies les

unes aux autres au moyen de galeries, de passages étroits et même de

souterrains, œuvre d’années diverses et de différents provinciaux. Dans

cet entassement confus de demeures, il ne règne aucun goût, et dans ces

constructions faites partiellement, on ne consulta jamais aucune des

règles architectoniques. Aujourd’hui, cependant, que tout cela n’est plus

qu’un triste amas de ruines abandonnées au cœur même de Mérida, l’aspect

qu’il présente n’en est pas moins imposant et majestueux. (Apendice al

libro IV de la _Hist. de Yucatan_, Campeche, 1842.) Norman et Stephens

parlent longuement dans leurs ouvrages des ruines de ce monastère, d’où

les religieux, au nombre de trois cents, furent chassés en 1820. C’est

en contemplant leur étendue et leur immensité qu’on peut se faire une

idée des édifices qui les couvraient avant la venue des Espagnols, dont

l’œuvre n’a pas duré trois cents ans. Sans le savoir, Stephens rappelle

dans un paragraphe les vestiges des édifices antiques qui y existaient

encore au temps de Cogolludo: «Dans un des cloîtres inférieurs,

dit-il, sortant du côté du nord, et sous le dortoir principal, il y a

trois corridors parallèles. Le corridor extérieur fait face à la cour

principale, et on y trouve précisément de ces voûtes particulières dont

j’ai si souvent parlé dans mes volumes précédents, deux côtés s’élevant

de manière à se rencontrer, et couvertes, à peu de distance l’une de

l’autre, d’une rangée de pierres plates qui en sont la clef. Il ne peut

y avoir aucune erreur sur le caractère de cette voûte; car on ne peut

supposer un seul instant que les Espagnols aient rien construit de si

différent des règles ordinaires de l’architecture, et il n’y a pas le

moindre doute que c’était là un de ces mystérieux édifices qui ont fait

naître tant de spéculations.» (_Incidents of travel in Yucatan_, vol. I,

chap. 5.) N’est-ce pas le cas de répéter ici avec Norman: «Les caciques

et le peuple furent chassés de leurs demeures; ils périrent sous les

coups impitoyables de l’envahisseur, avec qui l’Église vint prendre sa

part des dépouilles. Où sont-ils maintenant? vainqueurs et vaincus sont

ensevelis dans la même poussière! Et nous contemplons aujourd’hui les

pierres éparses qui rappellent indistinctement la grandeur de l’un et la

ruine de l’autre.» (Norman, _Rambles in Yucatan_, etc., chap. II.)

[218] La confusion qui règne dans le manuscrit que nous avons copié

semblerait, ainsi que ces paroles, foire croire que certaines parties

y ont été omises; mais il se pourrait que ce chapitre qui traite des

principaux édifices du Yucatan eût du entrer dans le § V, dont il est une

amplification.

[219] Où se retira ce saint personnage? C’est ce qu’il est impossible

de déterminer; mais sa religion se rattachait probablement à celle dont

l’Ara était le symbole, antérieure à celle des Nahuas ou Toltèques,

dont les Tutul-Xius étaient une fraction. Aussi serait-il intéressant

de rechercher les traces de ces prophètes qui, sous le nom commun à

plusieurs autres, de _Viracocha_, parcoururent le Pérou et la Bolivie,

et dont l’un ou l’autre laissa des indices analogues dans les légendes

traditionnelles du royaume de Quito et dans les sculptures de Tiahuanaco.

[220] Ces deux princes auraient plutôt été les victimes d’une réaction

religieuse ou d’une religion nouvelle. On sait, en effet, par le

manuscrit maya que nous publions plus loin, que Chichen-Itza fut conquis

par les Tutul-Xius vers l’an 394 de notre ère, et que les Itzaes, qui lui

donnèrent leur nom, se réfugièrent à Champoton, d’où ils furent chassés

plus tard par leurs ennemis. Kukulcan était-il un des leurs, c’est ce

qu’on ne saurait déterminer encore? Ce que je crois entrevoir, c’est que

leur religion était celle des Cocom, ennemis acharnés des Tutul-Xius; car

le document qui nous donne les renseignements ci-dessus les appelle des

hommes saints «_cuyen uincob_.»

[221] Cet édifice est le même dont Stephens donne une description si

complète, avec la gravure représentant un de ces escaliers aux têtes

de serpents. (_Incidents of travel in Yucatan_, vol. II, chap. 27.)

C’est celui dont parle M. Viollet Leduc et M. Charnay, _Cités et Ruines

américaines_, pag. 48 et 340.

[222] La phrase de l’auteur est intraduisible; je crois cependant en

avoir saisi le sens.

[223] Voir encore Stephens, _ibid._, et Charnay, _loc. cit._; l’un et

l’autre parlent de ces deux théâtres, sans toutefois les identifier

absolument, ainsi que la salle du jeu de paume, _Tlachco_ en langue

nahuatl, où se trouvent enclavés dans le mur les anneaux dont le titre de

ce livre présente une image.

[224] Stephens donne au puits de Chichen-Itza une profondeur de soixante

à soixante-dix pieds et un diamètre d’environ trois cent cinquante.

(_Ibid._, _ut sup._, chap. 26.)

[225] Probablement des principaux _dieux_ du pays.

DEL PRINCIPIO Y FUNDACION DESTOS CUYOS OMULES DESTE SITIO Y PUEBLO DE

YTZMAL SACADA DE LA PARTE PRIMERA DE LA OBRA DEL PADRE LIZANA TITULADA

HISTORIA DE NUESTRA SEÑORA DE YTZAMAL.

DU COMMENCEMENT ET DE LA FONDATION DE CES OMULES SACRÉS DE CE SITE ET

VILLE D’IZAMAL EXTRAIT DU LIVRE PREMIER DE L’OUVRAGE DU PÈRE LIZANA,

INTITULÉ HISTORIA DE NUESTRA SEÑORA DE YTZAMAL[1].

1. Llamavan esta tierra en la gentilidad, tierra de pavos y venados,

_u luumil cutz, u luumil ceb_, y la causa era porque la abundancia que

destas cosas tenia de su naturaleza la tierra, en que mas se señalava que

en otras..... Lo primero que se debe advertir es que esta tierra es la

parte oriental de la Nueva-España, tierra firme con ella, por la parte

del Puniente y conjunta con la de Guatemala por la parte de medio dia.

Fué sujeta esta tierra al emperador de Mexico, Monteçuma: y si bien es

verdad que avia aqui muchos reyecuelos y señores propios, reconocian y

pagavan tributos al Monteçuma. Algunos dicen que le embiavan por tributo

hijas destos reyeçuelos y otras principales donzellas, por ser hermosas.

Otros que le embiavan mantas de lana y unas monedas que ellos usavan, y

que oy se llaman _cuzcas_.

2. Y aunque es verdad que al tiempo de la conquista desta tierra de

Yucatan, havia muchos reyeçuelos, segun la antigua noticia, en sus

principios fué sujeta a solo un rey y señor y la tyrania vino á criar

muchos señores y a ser muchos esclavos y perseguidores de otros, y assi

se destruyeron, de suerte que dexando las ciudades y edificios de piedra,

se huyian a los montes y se escondian las familias juntas. Y al mayor

destos reconocian y estimaban por mayor cabeça, y assi creo que esto era

lo que sucedio en la ley natural, y se siguió por muchos tiempos despues

del diluvio, hasta que la tyrania dió traça de que huviessen reyes y

cabeças, que sujetaron familias y assimismo se fundaron y nombraron

reynos. Y volviendo de donde salimos, he dicho que huvo un rey solo y

cabeças por que los edificios que oy se ven despoblados son de una misma

manera y un mismo modelo, y todos fundados sobre cerros, ó cuyos, hechos

á mano; y es de creer que entonces, por indulto y orden de uno se hazia y

fabricava, pues todo iva de una forma misma.

Ay grande suma de vestigios destos edificios, y muchos dellos casi

enteros y tan suntuosos y bien labrados de figuras y hombres armados,

y animales de piedra blanca, con portadas de mucho primor, que sin

duda son muy antiquissimos; si bien es verdad, que oy se ven algunos

tan nuevos y blancos, y los marcos de puertas de madera, y estavan tan

sanos, que no parecia haver veynte años que se edificaron, y a estos

tales no los habitavan estos indios, quando llegaron los españoles, mas

estavan en casas de paja en los montes, por familias, como dicho es: les

servian empero de templos y sanctuarios, que ellos dezian, y sobre cada

uno, en lo mas alto tenian su Dios, si bien falso, y alli le ofrecian

sacrificios, á las vueltas muchos hombres y mugeres y niños, y assimismo

hazian otras oraciones y ceremonias, ayunos penitencias que despues

diré, por haber al intento que llevo, de los mas nombrados y suntuosos

sanctuarios, ó el mas celebrado y reverenciado de los que en esta tierra

avia, y adonde todos acudian de muchas partes, era este pueblo y cuyos

de Ytzamal que oy llaman; y por que su fundacion es, como ya he dicho

antiquissima, y que se sepa quien los fundó, se declarará en el capitulo

siguiente.

3. La historia y autores que podemos alegar, son unos antiguos

caracteres, mal entendidos de muchos y glossados de unos indios

antiguos, que son hijos de los sacerdotes de sus Dioses, que son los que

solo sabian leer y adivinar, y a quien creian y reverenciavan los demas

como á Dioses destos: pues supieron los padres antiguos, que primero

plantaron la Fé de Christo en Yucatan, que la gente de aqui, parte vino

del puniente, y parte del oriente; y assi en su lengua antigua, nombran

al oriente de otra manera que oy. Oy llaman al oriente _Likin_, que es lo

mismo que donde se levanta el sol sobre nosotros, y al puniente llaman

_Chi-kin_, que es lo mismo que caida ó final del sol, ó donde se esconde

de nos otros. Y antiguamente dezian al oriente _Cen-ial_, Pequeña-Baxada,

y al puniente _Nohen-ial_, la Grande-Baxada.

Y es el caso que dizen que por la parte del oriente baxó á esta tierra

poca gente, y por la parte del puniente mucha; y con aquella silaba

entendian poco ó mucho al oriente y puniente; y la poca gente de una

parte, y la mucha de otra; y qual fuesse la una y la otra gente, remito

al lector, que quisiere saber mas al P. Torquemada, en su Historia

indiana, que alli verá como los Mexicanos vinieron del Nuevo-Mexico, y de

alli aqui. Y como la isla Hispañola se poblo de Cartagineses, y de estos

se pobló Cuba, y esta tierra, por saber edificar tan suntuosos edificios

y sujetar á otras gentes, sino que como les faltó la comunicacion de

Carthago, en los tiempos los convirtio con los climas en gente barbara y

tosca.....

4. Ay en este pueblo de Ytzamal cinco cuyos ó cerros muy altos, todos

levantados de piedra seca, con sus fuerças y reparos, que ayudan á

levantar la piedra en alto, y no se ven edificios enteros oy, mas

los señales y vestigios están patentes en uno dellos de la parte de

mediodia. Tenian los antiguos un idolo el mas celebrado, que se llamava

_Ytzmal-ul_, que quiere dezir el que recibe y possee la gracia, ó rozio,

ó sustancia del cielo: y este idolo no tenia otro nombre, ó no se le

nombravan, porque dizen que fue un rey, gran señor desta tierra, que era

obedecido por hijo de dioses: y quando le preguntavan como se llamava, ó

quien era, no dezia mas destas palabras: _Ytzen caan, ytzen muyal_, que

era dezir yo soy el rozio ó sustancia del cielo y nubes.

Murió este rey y levantaron altares, y era oraculo, y despues se verá

como le edificaron otro templo y para que. Quando vivia este rey idolo,

le consultavan los pueblos las cosas que sucedia en las partes remotas, y

les dezia esto, y otras cosas futuras. Assimismo le llevavan los muertos,

y dizen que los resucitava, y á los enfermes sanava, y assi le tenian

grande veneracion, y con razon si fuera verdad que era Dios verdadero,

que solo puede dar vida á los muertos, y salud á los enfermos; pues es

impossible que un hombre gentil, ni el demonio sino es el mismo Dios que

es señor de la vida y de la muerte. Ellos pues creian esso, y no conocian

otro Dios, y por esso dizen que los resucitava y sanava.

Otro altar y templo sobre otro cuyo levantaron estos indios en su

gentilidad á aquel su rey ó falso Dios _Ytzmat-ul_, donde pusieron

la figura de la mano, que les servia de memoria, y dizen que alli le

llevavan los muertos y enfermos, y que alli resucitavan y sanavan,

tocandolos la mano; y este era el que está en la parte del puniente; y

assi se llama y nombra _Kab-ul_ que quiere dezir mano obradora. Alli

ofrecian grandes limosnas, y llevavan presentes, y hazian romerias de

todas partes, para lo qual havian hecho quatro caminos ó calçadas á

todos los quatre vientos, que llegavan á todos los fines de la tierra

y passavan á la de Tabasco, y Guatemala y Chiapa, que aun oy se vé en

muchas partes pedaços y vestigios dellos. Tanto era el concurso de gente

que acudia á estos oraculos de _Ytzmat-ul_ y _Kab-ul_, que havia hechos

caminos. Assimismo havia otro cuyo, ó cerro de la parte del norte,

que oy es el mas alto; que se llamava _Kinich-Kakmó_, y era la causa,

que sobre él havia un templo, y en él un idolo, que se llamava assi,

y significa en nuestra lengua. «Sol con rostro que sus rayos eran de

fuego;» y baxava á quemar el sacrificio á mediodia, como baxava bolando

la vacamaya, con sus plumas de varios colores.

Y este Dios ó idolo era venerado, y dezian que quando tenian mortandad,

ó pestes, ó otros comunes males, ivan á él todos, assi hombres como

mugeres, y llevando muchos presentes, les ofrecian, y que alli á la

vista de todos baxava un fuego (como es dicho) á mediodia, y quemava el

sacrificio; y les dezia el sacerdote lo que avia de suceder de lo que

querian saber de la enfermedad, hambre ó mortandad, y conforme á esso

quedavan ya sabidores de su mal ó su bien, si bien veian á las vezes lo

contrario y no lo quo les dezia.

Avia assimismo otro cuyo llamado (aun oy en dia por los naturales)

_Ppapp-Hol-Chac_, que es él en que oy está fundado el convento de mi

padre San Francisco y significa en Castilla el nombre «Casa de las

Cabeças y Rayos,» y es que alli moravan los sacerdotes de los dioses,

y eran tan venerados, que ellos eran los señores y los que castigavan

y premiavan, y á quien obedecian con grande estremo; y lo que ellos

declaravan, creian con tanto estremo, que no avia cosa que fuesse

creyble. En contrario llamavanse y se llaman oy los sacerdotes en esta

lengua de Maya _Ahkin_, que se deriva de un verbo _kinyah_, que significa

«sortear ó echar suertes.» Y por que los sacerdotes antiguos las echavan

en sus sacrificios, quando querian saber ó declarar cosas que se les

preguntava, los llamavan _Alakin_ y oy llaman en su lengua al sacerdote

de Christo _Ahkin_, como antiguamente llamavan a los de sus dioses falsos.

Otro cerro ay, que era casa y morada de un gran capitan que se llamava

_Hunpictok_, y este está entre el mediodia y puniente; significa el

nombre deste capitan en castellano, el «Capitan que tiene exercito de

ocho mil pedernales,» que eran los hierros de sus lanças, y flechas con

que peleavan en las guerras. Su officio deste era el mayor y esta gente

servia de sujetar los vassallos y obligalles a que sustentassen al rey,

ó idolo y á los sacerdotes y para defensa de todos los sujetos á este

reyno y guarda de sus templos. Estos eran los oraculos mas nombrados de

_Ytzmat-ul_ ó _Ytzamal_, que oy llaman.

1. Au temps de la gentilité, ce pays s’appelait la Terre des Oisons

et des Daims, _u luumil cutz, u luumil ceb_; la raison en était dans

l’abondance qu’il y en avait naturellement dans le Yucatan. La première

chose à observer, c’est que cette région est la partie orientale de la

Nouvelle-Espagne, terre ferme avec elle du côté du couchant, et unie avec

celle de Guatémala, du côté du midi. Ce pays fut sujet à Montézuma[2],

empereur du Mexique, et s’il est vrai qu’il y avait ici un grand nombre

de petits rois et de princes particuliers, ils le reconnaissaient

néanmoins et payaient tribut à ce souverain. Quelques-uns disent qu’on

lui envoyait pour tribut les filles de ces princes, ainsi que d’autres

demoiselles de qualité, à cause de leur beauté. D’autres assurent qu’on

lui envoyait des étoffes de laine[3] et de certaines monnaies à leur

usage qu’on appelle aujourd’hui _cuzcas_.

N. 2. Quoiqu’il soit vrai de dire qu’au temps de la conquête de cette

terre de Yucatan, il y avait beaucoup de petits rois, d’après les

relations antiques, elle fut soumise au commencement à un seul monarque

et seigneur; mais la tyrannie étant venue à donner naissance à un grand

nombre de princes comme à la servitude et à la persécution contre

d’autres, ils se ruinèrent de telle sorte, qu’abandonnant les villes

et les édifices de pierre, ils se réfugièrent dans les forêts, où les

familles vécurent réunies en petits groupes. Dans cette situation,

c’était le plus grand qui exerçait l’autorité, et qu’on tenait pour chef

principal; d’où je crois que c’est ce qui arriva dans la loi naturelle,

et qui continua longtemps, à la suite du déluge, jusqu’à ce que la

tyrannie eût donné lieu à ce qu’il existât des rois et des chefs qui

assujettirent les familles, fondant des royaumes auxquels ils donnèrent

ce nom. Mais pour retourner à l’objet qui nous occupe, j’ai dit qu’il

y avait un roi unique et un seul chef; car les édifices que l’on voit

aujourd’hui abandonnés, sont tous d’une même architecture et d’un même

style, tous fondés sur des élévations ou _Ku_, faits à la main, ce qui

donne à penser qu’alors, par l’ordre et le commandement d’un seul, tous

ces édifices se seraient élevés, puisqu’ils se ressemblaient tous[4].

Il existe une grande quantité de vestiges de ces édifices; la plupart,

encore presque entiers, sont si somptueux et si bien travaillés de

figures et d’hommes armés et d’animaux en pierre blanche, avec des

façades d’une grande beauté, qu’ils ne peuvent qu’être excessivement

anciens; sans omettre, toutefois, qu’on en voit quelques-uns qui

paraissent si neufs et si blancs, avec des linteaux de bois aux

portes[5] qui étaient si sains, qu’on dirait qu’il n’y a pas vingt ans

qu’ils ont été bâtis; cependant ces édifices n’étaient pas habités par

les Indiens, lorsqu’arrivèrent les Espagnols[6], car ils demeuraient par

familles dans des chaumières éparpillées au milieu des bois, comme je

l’ai remarqué plus haut. Mais ils s’en servaient comme de temples et de

sanctuaires, disaient-ils, et en chacun d’eux, à l’endroit le plus élevé,

ils tenaient leur dieu, tout faux qu’il fût, et là, ils lui offraient

des sacrifices, quelquefois d’hommes, de femmes ou d’enfants: c’est là

également qu’ils faisaient leurs prières et leurs cérémonies, leurs

jeûnes et pénitences, comme je le dirai ensuite, ne voulant, pour le

moment, parler que des sanctuaires les plus renommés ou du plus célèbre

qu’il y avait dans ce pays, et auquel on accourait de toutes parts.

C’était cette ville et les temples d’Ytzamal, ainsi qu’on l’appelle

aujourd’hui[7]; or, comme leur fondation est, ainsi que je l’ai dit,

d’une très-haute antiquité, et qu’on sait qui les fonda, on le fera

connaître dans le chapitre suivant.

3. L’histoire et les auteurs que nous pouvons citer, sont certains

caractères antiques, mal entendus du plus grand nombre, et expliqués

par quelques vieillards indiens[8] qui étaient fils des prêtres de

leurs dieux; car ceux-ci étaient les seuls qui sussent lire et tirer

des horoscopes, et les autres les croyaient et les vénéraient comme

leurs dieux eux-mêmes; or nos pères les plus anciens, qui jetèrent les

premiers fondements de la foi du Christ en Yucatan, apprirent d’eux que

le peuple de ce pays était venu, partie du couchant et partie du levant;

c’est pourquoi, dans l’ancienne langue, ils nommaient le levant autrement

qu’aujourd’hui. Actuellement, ils appellent l’orient _Likin_, qui est la

même chose que dire que de là le soleil se lève sur nous, et au couchant,

ils disent _Chi-kin_, c’est-à-dire la chute ou la fin du soleil, ou là

où il se cache de nous. Mais dans l’antiquité ils appelaient l’orient

_Cen-ial_, petite descente, et l’occident _Nohen-ial_, grande descente.

En effet, on dit que du côté de l’orient il débarqua peu de monde dans

ce pays, mais que du côté de l’occident il en vint beaucoup. A l’aide

de cette syllabe, ils entendaient ou peu ou beaucoup, au levant ou au

couchant; mais quoi qu’il en soit du peu d’un côté, et du beaucoup de

l’autre, quelles que soient encore les nations arrivées alors, je remets

le lecteur qui en voudra savoir davantage, au père Torquemada dans son

_Histoire indienne_[9], où il verra que les Mexicains sortirent du

Nouveau-Mexique, d’où ils vinrent par ici. Or, comme l’île espagnole

se peupla de Carthaginois, et que de ceux-ci se peupla aussi Cuba, et

ensuite cette contrée (car eux seuls furent en état de construire de si

somptueux édifices et de s’assujettir les nations), les communications

venant à manquer avec Carthage, ces populations, avec le temps et le

climat, se changèrent en des gens rudes et barbares[10].

4. Il existe, dans cette ville d’Ytzamal, cinq pyramides sacrées ou

collines très-élevées, entièrement édifiées de pierre sèche, avec leurs

soutiens et contreforts, au moyen desquels la pierre se dresse jusqu’en

haut; mais on ne voit aucun édifice en son entier aujourd’hui, quoiqu’il

y ait des traces et des vestiges de ce qu’ils étaient, dans l’un d’entre

eux qui se trouve du côté du midi. Les anciens avaient une idole qui

était parmi eux la plus renommée, appelée _Ytzmat-ul_, ce qui signifie

«celui qui reçoit et possède la grâce ou la rosée, ou la substance du

ciel.» Cette idole n’avait pas d’autre nom, ou du moins on ne lui en

donnait aucun; mais on ajoute que c’était un roi puissant dans cette

région, à qui on obéissait comme au fils des dieux[11]. Quand on lui

demandait comment il se nommait, qui il était, il ne répondait que par

ces paroles: _Ytzen caan, ytzen muyal_, ce qui voulait dire: «Je suis la

rosée ou la substance du ciel et des nuages.»

Relation des choses de Yucatan de Diego de Landa Texte espagnol et traduction française en regard, comprenant les signes du calendrier et de l'alphabet hiéroglyphique de la langue maya; accompagné de documents divers historiques et chronologiques, avec une grammaire et un vocabulaire abrégés français-maya, précédés d'un essai sur les sources de l'histoire primitive du Mexique et de l'Amérique Centrale, etc., d'après les monuments égyptiens, et de l'histoire primitive de l'égypte d'après les monuments américains par l'abbé Brasseur de Bourbourg · 第 33 / 47 段