Tenian tambien un pronostico de que alguños de los que quisiessen ser

señores no prevalescerian. Dezian ternian tambien langosta, y que se

despoblarian muchos de sus pueblos de hambre. Lo que el demonio les

mandava hazer para remedio destas miserias las quales todas o algunas

dellas entendian les vernian, era hazer un idolo que llamavan _Cinch-Ahau

Yzamna_, y ponerle en el templo, donde le hazian muchos saumerios y

muchas ofrendas y oraciones, y derramamientos de su sangre, con la qual

untavan la piedra de _Zac-Acantun_ demonio. Hazian muchos vailes, y

vailavan las viejas como solian, y en esta fiesta hazian de nuevo un

oratorio pequeño al demonio, o le renovavan, y en el se juntavan a hazer

sacrificios y offrendas al demonio, y a hazer una solemne borachera

todos; ca era fiesta general y obligatoria. Avia algunos santones que

de su voluntad, y por su devocion hazian otro idolo como el de arriba

y le ponian en otros templos, donde se hazian ofrendas y borachera.

Estas boracheras y sacrificios tenian por muy gratos a sus idolos, y por

remedios para librarse de las miserias del pronostico.

§ XXXVII.—_Sacrifices de l’année nouvelle au signe d’Yx. Pronostics

sinistres; comment on en conjurait les effets._

L’année dont la lettre dominicale était _Yx_ et le présage _Zac-Ciui_,

l’élection du chef qui célébrait la fête étant terminée, ils fabriquaient

l’image du dieu appelé _Zac-u-Uayeyab_ et la portaient aux massifs de

pierre où ils avaient laissé l’autre, l’année d’avant. Ils modelaient une

statue du dieu _Yzamna_ et la plaçaient dans la maison du chef, après

quoi, par une rue ornée, suivant la coutume, ils se rendaient dévotement

à l’image de _Zac-u-Uayeyab_. A leur arrivée, ils l’encensaient comme

l’autre fois et y coupaient le cou à une poule; l’image ayant été mise

ensuite sur un brancard, appelé _Zachia_, ils l’emportaient dévotement,

l’accompagnant de danses nommées _Alcabtan-Kam-Ahau_. On leur portait

la boisson accoutumée dans le chemin, et, en arrivant à la maison, ils

colloquaient l’image devant celle d’_Yzamna_ et lui faisaient leurs

oblations, pour les partager ensuite: à la statue de _Zac-u-Uayeyab_,

ils présentaient une tête de dindon, des pâtés de cailles, des boissons

diverses, etc.

Comme toujours, il y en avait parmi les spectateurs qui se tiraient

du sang, dont ils oignaient la pierre du dieu _Zac-Acantun_. De cette

manière, ils gardaient les idoles durant les jours précédant l’année

nouvelle, et les encensaient suivant leurs coutumes jusqu’au dernier:

alors ils portaient _Yzamna_ au temple et _Zac-u-Uayeyab_ à l’orient de

la ville, l’y laissant jusqu’à l’année suivante.

Les misères auxquelles ils étaient exposés cette année, s’ils venaient à

négliger ces diverses cérémonies, étaient des défaillances, des pamoisons

et des maux d’yeux. Ils la tenaient pour une année mauvaise quant au

pain, mais abondante en coton. C’était celle qu’ils signalaient avec le

caractère _Yx_ et où dominait le _Bacab Zac-Ciui_[163], qui n’annonçait

rien de bien bon: suivant leur manière de voir, l’année devait entraîner

des calamités de toute espèce, un grand manque d’eau, des jours où le

soleil serait d’une ardeur excessive, qui dessécherait les champs de

maïs; la conséquence en serait la famine; de la famine naîtraient les

vols et des vols l’esclavage pour ceux qui s’en rendraient coupables.

Tout cela, naturellement, devait être la source de discordes et de

guerres intestines entre les citoyens et entre les villes. Ils ajoutaient

qu’en l’année, marquée par ce signe, il arrivait d’ordinaire aussi des

changements dans les princes ou les prêtres, par suite des guerres et des

discordes.

Un autre pronostic qu’ils avaient également, c’est que quelques-uns

de ceux qui recherchaient le commandement, n’arriveraient pas à leurs

fins. Cette année était signalée parfois aussi par une irruption de

sauterelles, dont la conséquence serait la famine et la dépopulation

d’un grand nombre de localités. Pour remédier à ces calamités, qu’ils

craignaient du tout ou en partie, ils fabriquaient, à l’instigation

du démon, la statue d’une idole nommée _Kinch-Ahau-Yzamna_; ils la

plaçaient dans le temple où ils lui offraient toutes sortes d’encens et

d’oblations, se tirant du sang dont ils frottaient la pierre du dieu

_Zac-Acantun_. Ils exécutaient diverses danses, les vieilles dansant

comme de coutume: dans cette fête ils faisaient à neuf un petit oratoire

au démon; ils s’y réunissaient pour lui offrir des sacrifices et lui

faire des présents, et terminaient par une orgie solennelle où tout le

monde s’enivrait; car cette fête était générale et obligatoire. Il y

avait également quelques fanatiques qui, de leur propre volonté et par

dévotion, fabriquaient une autre idole, comme celle dont il est parlé

plus haut, qu’ils portaient dans d’autres temples, lui faisant des

offrandes et s’enivrant en son honneur. Ils regardaient ces orgies et ces

sacrifices comme très-agréables à leurs idoles et comme des préservatifs

capables de conjurer les calamités dont ils se croyaient menacés.

§ XXXVIII.—_Sacrificios del año nuevo en la letra Cauac. Pronosticos

malos y su remedio en el baile del fuego._

El año que la letra dominical era _Cauac_ y el aguero _Hozanek_, hecha

la elecion del principal, para celebrar la fiesta hazian la imagen del

demonio llamado _Ekuvayeyab_, y llevavanla a los montones de piedra de la

parte del poniente, donde el año passado la avian echado. Hazian tambien

una estatua a un demonio llamado _Uacmitun-Ahau_, y ponianla en casa del

principal en lugar conveniente, y desde alli ivan todos juntos al lugar

donde la imagen de _Ekuvayeyab_ estava, y tenian el camino para ello muy

adereçado; llegados a ella saumavanla el sacerdote y los señores, como

solian y degollavanle la gallina. Esto hecho, tomavan la imagen en un

palo que llamavan _Yaxek_, y ponianle acuestas a la imagen una calabera y

un hombre muerto y en cima un paxaro cenicero llamado _kuch_, en señal de

mortandad grande, ca por muy mal año tenian este.

Llevavanla despues desta manera, con su sentimiento y devocion, y

bailando algunos vailes, entre los quales vailavan uno como cazcarientas

y assi le llamavan ellos _Xibalba-Okot_, que quiere dezir baile del

demonio. Llegavan al camino los escancianos con la bevida de los

señores, la qual bevida llevavan al lugar de la estatua _Uacmitun-Ahau_,

y ponianle alli en frente la imagen que traian. Luego començavan sus

ofrendas, saumerios y oraciones, y muchos derramavan la sangre de muchas

partes de su cuerpo, y con ella untavan la piedra del demonio llamado

_Ekel-Acantun_, y assi passavan estos dias aciagos, los quales passados,

llevavan a _Uacmitun-Ahau_ al templo, y a _Ekuvayeyab_ a la parte de

medio dia, para recibirla otro año.

Este año en que la letra era _Cauac_ y reynava el _Bacab-Hozanek_ tenian,

allende de la pronosticada mortandad, por ruyn, por que dezian les avian

los muchos soles de matar los maizales, y comer las muchas hormigas lo

que sembrassen y los paxaros, y porque esto no seria en todas partes

avria en algunos comida, la qual avrian con gran trabajo. Haziales el

demonio para remedio destas miserias hazer quatro demonios llamados

_Chichac-Chob_, _Ek-Balam-Chac_, _Ahcan-Uolcab_, _Ahbuluc-Balam_, y

ponerlos en el templo donde los saumavan con sus saumerios, y les

ofrecian dos pellas de una leche o resina de un arbol que llaman _kik_,

para quemar y ciertas iguanas y pan y una mitra y un manojo de flores, y

una piedra preciosa de las suyas. Demas desto, para la celebracion desta

fiesta, hazian en el patio una grande boveda de madera, y henchianla

de lena por lo alto y por los lados, dexandole en ellos puertas para

poder entrar y salir. Tomavan despues los mas hombres de hecho sendos

manojos de unas varillas muy secas y largas atadas, y puesto en lo alto

de la leña un cantor, cantava y hazia son con un atambor de los suyos,

vailavan los de abaxo todos con mucho concierto y devocion, entrando y

saliendo por las puertas de aquella boveda de madera, y assi vailavan

hasta la tarde, que dexando alli cada uno su manojo, se ivan a sus casas

a descansar y comer.

En anocheciendo volvian y con ellos mucha gente, porque entre ellos esta

cerimonia era muy estimada y tomando cada uno su hacho lo encendian y con

ellos cada uno por su parte pegavan fuego a la leña, la qual ardia mucho

y se quemava presto. Despues de hecho toda braza, la allanavan y tendian

muy tendida y juntos los que avian bailado, avia algunos que se ponian

a passar descalços y desnudos como ellos andavan por encima de aquella

braza de una parte a otra y passavan algunos sin lesion, otros abraçados,

y otros medio quemados, y en esto creian estava el remedio de sus

miserias y malos agueros, y pensavan era este su servicio muy agradable a

sus dioses. Esto hecho se ivan a bever y hazerse cestos, ca assi lo pedia

la costumbre de la fiesta, y el calor del fuego.

§ XXXVIII.—_Sacrifices de l’année nouvelle au signe de Cauac. Pronostics

sinistres, conjurés par la danse du feu._

L’année dont la lettre dominicale était _Cauac_ et le présage _Hozanek_,

après qu’on avait élu le chef de la fête, on fabriquait pour la célébrer

l’image du dieu nommé _Ek-u-Uayeyab_: on la portait aux massifs de pierre

du côté du couchant, où on l’avait laissée l’année d’avant. On moulait en

même temps la statue d’un dieu appelé _Uac-Mitun-Ahau_, que l’on plaçait,

comme d’ordinaire, dans le lieu le plus convenable de la maison du

chef. De là ils se dirigeaient tous ensemble à l’endroit où se trouvait

l’image d’_Ek-u-Uayeyab_, ayant soin préalablement d’orner le chemin: en

arrivant, les seigneurs et le prêtre l’encensaient, suivant l’usage, et

coupaient le cou à une poule. Cela fini, ils prenaient la statue sur un

brancard nommé _Yaxek_[164], en lui mettant sur les épaules une calebasse

avec un homme mort, et par-dessus un oiseau cendré, qu’ils appelaient

_Kuch_[165], en signe de grande mortalité; car cette année était tenue

pour fort mauvaise.

Ils l’emportaient ensuite de cette manière, avec une dévotion mêlée

de tristesse, en exécutant quelques danses, entre lesquelles il y

en avait une qui était comme les _crottées_[166], qu’ils appelaient

_Xibalba-Okot_, ce qui signifie danse des démons[167]. Dans l’intervalle,

les échansons arrivaient avec la boisson des seigneurs, que ceux-ci

buvaient au lieu où était la statue de _Uac-Mitun-Ahau_ et mettaient

vis-à-vis d’elle l’image dont ils étaient chargés. Aussitôt commençaient

les oblations, les encensements et les prières; un grand nombre se

tiraient du sang de diverses parties du corps et en oignaient la pierre

de l’idole, appelée _Ekel-Acantun_. Ainsi passaient les jours néfastes, à

la suite desquels on portait _Uac-Mitun-Ahau_ au temple et _Ek-u-Uayeyab_

du côté du midi, où on devait le retrouver l’année suivante.

Cette année, signalée par le caractère _Cauac_ et où dominait le

_Bacab-Hozanek_, outre la mortalité dont elle était menacée, était

particulièrement regardée comme fatale: on disait que les ardeurs

extrêmes du soleil détruiraient les plantations de maïs, sans compter la

multiplication des fourmis et des oiseaux qui allaient dévorer le reste

des semailles; cependant, ajoutait-on, ces calamités ne devant pas être

tout à fait générales, il y aurait quelques endroits où l’on trouverait

des subsistances, quoique avec un grand travail. Pour conjurer ces

fléaux, ils faisaient, à l’instigation du démon, quatre idoles nommées

_Chichac-Chob_, _Ekbalam-Chac_, _Ahcan-Uolcab_ et _Ahbuluc-Balam_[168]:

après les avoir colloquées dans le temple, où ils les encensaient, comme

de coutume, ils leur présentaient deux pelotes de la résine nommée _kik_,

afin de les brûler, quelques iguanes, du pain et une mitre, avec un

bouquet de fleurs et une pierre dont ils faisaient grand cas. En outre,

ils élevaient, pour la célébration de cette fête, une grande voûte de

bois dans la cour, la remplissant de bois à brûler en haut et sur les

côtes, en y laissant toutefois des issues pour pouvoir entrer et sortir.

La plupart des hommes prenaient ensuite, chacun en particulier, des

faisceaux de longues baguettes fort sèches, et, tandis qu’un musicien,

monté au sommet du bûcher, chantait en battant du tambour, tous dansaient

avec beaucoup d’ordre et de dévotion, entrant et sortant l’un après

l’autre de dessous le bûcher; ils continuaient ainsi à danser jusqu’au

soir que, laissant leurs faisceaux, ils rentraient chez eux pour se

reposer et manger.

A la nuit tombante, ils retournaient accompagnés de beaucoup de monde;

car cette cérémonie était tenue en grande estime parmi eux. Chacun,

prenant alors son faisceau, l’allumait et mettait le feu au bûcher, qui

prenait aussitôt et brûlait rapidement[169]. Du moment qu’il n’y avait

plus qu’un brasier, ils l’étendaient au large, et ceux qui avaient dansé

se réunissaient à l’entour: les uns se mettaient à passer pieds nus sur

la braise ardente, les autres à courir d’un bord à l’autre, plusieurs

réussissant à faire la traverse sans aucun mal, plusieurs se brûlant

en partie ou en totalité, s’imaginant ainsi conjurer les fléaux qu’ils

redoutaient et détourner l’effet des pronostics sinistres de l’année,

dans la persuasion que rien ne pouvait être plus agréable à leurs dieux

que cette sorte de sacrifice. Cela fini, ils s’en allaient chez eux pour

boire et s’enivrer; car ainsi l’exigeaient à la fois et la coutume de la

fête et l’ardeur du feu.

§ XXXIX.—_Esplica el autor varias cosas del calendario. Su intento al dar

estas noticias._

Con las letras de los indios puestas atras en el capitulo CX, ponian a

los dias de sus meses nombres, y de todos juntos los meses hazian un modo

de calendario, con el qual se reglan assi para sus fiestas como para sus

cuentas y tratos y negocios, como nosotros nos regimos con el nuestro,

salvo que no començavan el primero dia de su calendario en el primero dia

de su año, sino muy adelante; lo qual hazian por la dificultad con que

contavan los dias de los meses todos juntos, como se vera en el proprio

kalendario que aqui porne; porque aunque las letras y dias para sus meses

son XX, tienen en costumbre de contarlas desde una hasta XIII. Tornan a

començar de una despues de las XIII, y assi reparten los dias del año en

XXVII trezes y IX dias sin los aciagos.

Con estos retruecanos y embaraçosa cuenta es cosa de ver la liberalidad

con que los que saben cuentan y se entienden, y mucho de notar que salga

siempre la letra que es dominical en el primero dia de su año, sin errar

ni faltar, ni venir a salir otra de las XX alli. Usavan tambien deste

modo de contar para sacar destas letras cierto modo de contar que tenian

para las edades y otras cosas que aunque son para ellos curiosas, no nos

hazen aqui mucho al proposito; y por esso se quedaran con dezir que el

caracter o letra de que començava su cuenta de los dias o kalendario, se

llama _Hun-Ymix_ y es este [Illustration: Hun-Ymix] el qual no tiene dia

cierto ni señalado en que caiga. Porque cada uno le muda la propia cuenta

y contado esso no falta el salir la letra que viene por dominical el

primero del año que se sigue.

El primer dia del año desta gente era siempre a XVI dias de nuestro mes

de julio, y primero de su mes de _Popp_, y no es de maravillar que esta

gente, aunque simple que en otras cosas les emos hallado curiosidad en

esta la tuviessen tambien, y opinion como la an otras naciones tenido; ca

segun la glossa sobre Ezechiel henero es segun los Romanos el principio

del año, segun los Hebreos abril, segun los Griegos março y segun los

Orientales octubre. Pero aunque ellos comiençan su año en julio, yo

no porne aqui su Kalendario sino por la orden del nuestro y junto con

el nuestro, de manera que iran señaladas nuestras letras y las suyas,

nuestros meses y los suyos, y su cuenta de los trezes sobre dichos,

puesta en cuenta de guarismo.

Y porque no aya necessidad de poner en una parte el calendario y en

otra las fiestas, porne en cada uno de sus meses sus fiestas, y las

observancias y cerimonias, con que las celebravan, y con esto cumplire lo

que en algunas partes atras e dicho que hare su calendario, y en el dire

de sus ayunos y de las cerimonias con que hazian los idolos de madera y

otras cosas, las quales todas y las demas que desta gente e aqui tratado

no es mi entento sirvan de mas de materia de alabar a la bondad divina

que tal ha sufrido y tal ha tenido por bien de remediar en nuestros

tiempos; para que advirtiendolo con entrañas christianas le suplique

mas por su conservacion y aprovechamiento en buena christiandad, y los

que a cargo lo tienen, lo favorescan y ayuden, porque, por sus peccados

desta gente o los nuestros no les falte el ayuda, o ellos no falten en

lo començado, y assi buelvan a sus miserias y gomitos de hierros; y les

acaescan las cosas peores que las primeras, tornando los demonios a

las casas de sus almas, de donde con trabajoso cuidado hemos procurado

echarlos, limpiandoselas y barriendolas de sus vicios y malas costumbres

passadas. Y esto no es mucho temerlo, viendo la perdicion que tantos años

ay en toda la grande y muy christiana Asia, y en la buena y catholica y

augustissima Africa, y las miserias y calamidades que el dia de oy passan

en nuestra Europa, y en una nacion y casas por lo qual podriamos dezir

se nos an cumplido las evangelicas prophecias sobre Iherusalem, de que

la cercarian sus enemigos y ensangostarian y apretarian tanto que la

derrocassen por tierra. Y esto ya lo avria Dios permittido segun somos,

sino que no puede faltar su yglesia ni lo que della dixo: _Nisi Dominus

reliquisset semen, sicut Sodoma fuissemus_.

§ XXXIX.—_Explications de l’auteur sur le calendrier yucatèque. Son

dessein, en écrivant ces diverses notices._

Avec les caractères de ces Indiens, placés plus bas au chapitre CX[170],

ils imposaient aux jours de leurs mois des noms, et de tous les mois

réunis ils formaient une sorte de calendrier, à l’aide duquel ils se

réglaient tant pour leurs fêtes que pour leurs comptes, contrats et

affaires, ainsi que nous le faisons avec le nôtre. Il y avait toutefois

cette différence que le premier jour de leur année ne s’accordait pas

avec le premier du calendrier, qu’ils laissaient bien en arrière[171].

Elle provenait de la difficulté avec laquelle ils comptaient les jours

de leurs mois tous ensemble, comme on le verra dans le calendrier que

je joindrai ici: car, encore que les caractères et jours de leurs mois

soient au nombre de vingt, ils ont la coutume de ne les compter que de un

à treize; ils recommencent ensuite à compter après ces treize, partageant

ainsi les jours de l’année en vingt-sept trezaines et neuf jours, sans

compter les supplémentaires.

Malgré ces retours périodiques et cette computation embarrassante,

c’est une chose merveilleuse de voir avec quelle rapidité ceux qui sont

au courant savent compter et s’entendre; ce n’est pas une chose moins

notable, que la lettre qui est la dominicale est toujours celle qui sort

avec le premier jour de leur année, sans manque ni erreur, et sans qu’il

en vienne aucune autre des vingt dont se compose le mois[172]. Ils se

servaient aussi de cette manière de compter, pour établir une sorte de

computation des cycles et d’autres choses qui, bien qu’intéressantes pour

eux, ne le sont pas pour notre sujet: nous nous bornerons donc à dire

que la lettre ou le caractère avec laquelle commençait leur computation

des jours ou calendrier, s’appelle _Hun-Ymix_, qui est celui-ci:

[Illustration: Hun-Ymix] il n’y a du reste aucun jour particulièrement

signalé où il doive tomber[173]; car chacun modifie son propre compte,

et, avec tout cela, la lettre qui doit être la dominicale ne manque

jamais de venir pour la première de l’année à suivre.

Le premier de l’année, chez les Yucatèques, était invariablement le

seizième jour de notre mois de juillet, premier de leur mois _Popp_: il

n’y a pas de quoi s’étonner que cette nation, chez qui nous avons trouvé,

malgré sa simplicité, des connaissances de diverse nature, ait possédé

également celle-là, puisque nous voyons que d’autres peuples l’ont eue;

car, selon la glose sur Ezéchiel[174], janvier est, suivant les Romains,

le commencement de l’année; suivant les Hébreux, c’est avril; suivant

les Grecs, mars, et selon les Orientaux, octobre. Mais, quoique ceux de

ce pays commencent leur année en juillet, je ne mettrai toutefois ici

leur calendrier que suivant l’ordre du nôtre, auquel je le joindrai, de

manière à ce que nos lettres et les leurs soient signalées ensemble, nos

mois et les leurs, ainsi que leur compte de treizaines, dans l’ordre de

leur progression[175].

Mais, comme il n’y a aucune nécessité de placer en un endroit le

calendrier et dans un autre les fêtes, je joindrai celles-ci à chacun

de leurs mois, avec les observances et cérémonies qui en accompagnaient

la célébration, gardant ainsi la promesse que j’ai faite ailleurs de

donner leur calendrier: je dirai avec quels jeûnes et quels rites ils

fabriquaient leurs idoles de bois, ainsi que d’autres choses; bien

entendu que toutes ces notions, ainsi que celles que j’ai déjà données

sur ce pays, n’ont d’autre fin, dans mon esprit, que de rendre grâces à

la bonté divine qui les a tolérées et a tenu à bien d’y remédier en notre

temps. C’est pour cela qu’y portant notre attention avec des entrailles

chrétiennes, nous la supplions pour ces peuples, pour leur conservation

et leur avancement dans la bonne doctrine du christianisme, et pour que

ceux qui ont la charge de leurs âmes, les favorisent et les aident,

afin que, pour leurs propres péchés ou les nôtres, le secours ne vienne

pas à leur manquer, ou qu’ils ne tombent pas dans la voie, après avoir

commencé à y marcher, et qu’ainsi ils ne retournent point aux misères et

aux vomissements de leurs erreurs; que leur condition ne soit pas pire

qu’auparavant, par le retour des démons aux maisons de leurs âmes, d’où

nous avons travaillé si péniblement à les chasser, les purifiant de leurs

vices et de leurs mauvaises coutumes passées. Et ce n’est certes pas

trop nous avancer que d’exprimer une telle crainte, quand nous voyons la

perdition qu’il y a depuis tant d’années dans la grande et chrétienne

Asie, ainsi que dans la bonne, catholique et très-auguste Afrique, les

misères et calamités qui aujourd’hui affligent notre Europe, dans une

nation et des maisons, dont nous pourrions dire en effet que se sont

accomplies à notre égard les prophéties évangéliques sur Jérusalem[176];

que ses ennemis l’environneraient de toutes parts et la presseraient

jusqu’à ce qu’elle tombât par terre. Or, tout cela Dieu l’aurait déjà

permis, sinon que son Église ne peut manquer, non plus que ce qui est dit

d’elle: _Nisi Dominus reliquisset semen, sicut Sodoma fuissemus._

§ XL.—_Comiença el kalenderio romano y yucatanense._

TREZES DIAS MESES de los Indios.

IANUARIUS

_A_ 12 Ben [Illustration: Ben]

_b_ 13 Ix [Illustration: Ix]

_c_ 1 Men [Illustration: Men]

_d_ 2 Cib [Illustration: Cib]

_e_ 3 Caban [Illustration: Caban]

_f_ 4 Ezanab [Illustration: Ezanab]

_g_ 5 Cauac [Illustration: Cauac]

_A_ 6 Ahau [Illustration: Ahau]

_b_ 7 Ymix [Illustration: Ymix]

_c_ 8 Ik [Illustration: Ik]

_d_ 9 Akbal [Illustration: Akbal]

_e_ 10 Kan [Illustration: Kan] [Illustration: YAX]

_f_ 11 Chicchan [Illustration: Chicchan]

_g_ 12 Cimij [Illustration: Cimij]

_A_ 13 Manik [Illustration: Manik]

_b_ 1 Lamat [Illustration: Lamat]

_c_ 2 Muluc [Illustration: Muluc]

_d_ 3 Oc [Illustration: Oc]

_e_ 4 Chuen [Illustration: Chuen]

_f_ 5 Eb [Illustration: Eb]

_g_ 6 Ben [Illustration: Ben]

_A_ 7 Ix [Illustration: Ix]

_b_ 8 Men [Illustration: Men]

_c_ 9 Cib [Illustration: Cib]

_d_ 10 Caban [Illustration: Caban]

_e_ 11 Ezanab [Illustration: Ezanab]

_f_ 12 Cauac [Illustration: Cauac]

_g_ 13 Ahau [Illustration: Ahau]

Relation des choses de Yucatan de Diego de Landa Texte espagnol et traduction française en regard, comprenant les signes du calendrier et de l'alphabet hiéroglyphique de la langue maya; accompagné de documents divers historiques et chronologiques, avec une grammaire et un vocabulaire abrégés français-maya, précédés d'un essai sur les sources de l'histoire primitive du Mexique et de l'Amérique Centrale, etc., d'après les monuments égyptiens, et de l'histoire primitive de l'égypte d'après les monuments américains par l'abbé Brasseur de Bourbourg · 第 25 / 47 段