il se trouvait dans la terre d’_Ulua_, qui est située au delà de la
ville de Salamanca[59], occupé d’affaires commerciales: apprenant la
mort de son père et la destruction de la capitale, il revint au plus
tôt, et réunissant ses parents et ses vassaux, il alla s’établir dans
une localité qu’il appela _Tibulon_, ce qui veut dire: Nous avons été
joués[60]. Ils bâtirent dans ces lieux boisés un grand nombre de villes
et de bourgades: de la famille de ces Cocom procédèrent des familles
nombreuses, et la province où ce prince régna s’appelle _Zututa_[61].
Considérant que les Mexicains qui avaient prêté leur aide à Cocom, ne
l’avaient fait que sur l’invitation du souverain du pays, et qu’ils
étaient étrangers, les seigneurs qui avaient désemparé Mayapan, ne
songèrent point à tirer d’eux aucune vengeance: ils les laissèrent
tranquilles, leur donnant la faculté, soit de s’établir dans une partie
de la contrée, séparés de la nation, soit de s’en aller, ne permettant
pas toutefois à ceux qui resteraient, de se marier avec des femmes du
pays, mais avec leurs propres filles. Ils préférèrent néanmoins demeurer
dans le Yucatan, plutôt que de retourner aux lagunes et moustiques de
Tabasco; ils prirent alors possession de la province de _Canul_, qu’on
leur signala[62] et où ils restèrent jusqu’à la seconde guerre des
Espagnols[63].
Entre les douze prêtres de Mayapan[64], il y en eut un, à ce qu’on dit,
qui était renommé pour sa sagesse; n’ayant qu’une fille unique, il la
maria à un jeune homme noble, appelé _Achchel_[65], lequel eut plusieurs
fils qui portèrent le nom de leur père, suivant l’usage du pays. On
raconte que ce prêtre avait prédit à son gendre la destruction de cette
capitale: celui-ci, de son côté, s’instruisit considérablement dans les
sciences de son beau-père qui, à ce qu’on ajoute, écrivit sur la partie
charnue de son bras gauche certaines lettres d’une grande importance
dans l’opinion publique[66]. Ayant reçu cette faveur, il alla s’établir
vers la côte, fondant le siége de son autorité à _Tikoch_, où le suivit
une population nombreuse: telle fut l’origine de l’illustre famille
des _Chèles_, dont les adhérents occupèrent la plus considérable des
provinces du Yucatan, qu’ils appelèrent de leur nom _Ahkin-Chel_, qui est
la même qu’_Yzamal_ où ces Chèles résidèrent[67], se multipliant dans
toute la péninsule jusqu’à l’arrivée de l’adelantado Montejo.
Entre ces trois grandes maisons princières des Cocomes, des Xiuis et
des Chèles, il y eut constamment des luttes et des haines cruelles, et
elles durent même encore aujourd’hui, qu’ils sont devenus chrétiens. Les
Cocomes disaient aux Xiuis qu’ils étaient des étrangers et des traîtres
qui avaient assassiné leur souverain et volé ses domaines. Les Xiuis
répondaient, disant qu’ils n’étaient ni moins bons ni moins anciens ni
moins princes qu’eux, et que loin d’être des traîtres, ils avaient été
les libérateurs de la patrie, en mettant à mort le tyran. Le Chel, à
son tour, prétendait être d’aussi noble famille que les deux autres,
puisqu’il était le descendant du prêtre le plus estimé de Mayapan; que
quant à lui personnellement, il valait mieux que ses émules, puisqu’il
avait su se créer une royauté comme eux. D’un autre côté, ils se
reprochaient mutuellement l’insipidité de ce qu’ils mangeaient, puisque
le Chel, habitant la côte, ne voulait donner ni poisson ni sel au Cocom,
l’obligeant ainsi à envoyer fort loin pour ces deux choses, et que le
Cocom ne permettait au Chel de tirer ni gibier ni fruits de ses États.
§ X.—_Varias calamidades esperimentadas en Yucatan en el siglo anterior á
la conquista, huracan, pestilencias, guerras, etc._
Que estas gentes tuvieron mas de XX años de abundancia y de salud y se
multiplicaron tanto que toda la tierra parescia un pueblo, y que entonces
se labraron los templos en tanta muchedumbre, como se vee oy en dia por
todas partes y que atravesando por montes se veen entre las arboledas
assientos de casas y edificios labrados a maravilla.
Que despues desta felicidad, una noche por ivierno vino un ayr como
a las seis de la tarde y fue cresciendo haziendose huracan de quatro
vientos y que este ayr derribo todos los arboles crecidos lo qual
hizo gran matança en todo genero de caça y que derribo todas las casas
altas las quales como son pajizas y tenian dentro lumbre por el frio,
se encendieron y abrasaron gran parte de la gente, y que si algunos
escapavan quedavan hechos pedaços de los golpes de la madera.
Y que duro este huracan hasta otro dia a las doze y que hallaron que
avian escapado los que moravan en casas pequeñas, y los moços recien
casados que alla usan hazer unas casillas en frente de sus padres o
suegros donde moran los primeros años, y que assi perdio entonces el
nombre la tierra que solia llamarse de los venados y pavos, y tan sin
arboles que los que agora ay parecen que se plantaron juntos, segun estan
nacidos a la ygual; y que mirando esta tierra de algunas partes altas,
parece que toda esta cortada con una tijera.
Que los que escaparon se animaron a edificar y cultivar la tierra, y se
multiplicaron mucho viniendoles XV años de salud y buenos temporales
y que el ultimo fue el mas fertil de todos y que quiriendo començar
a coger los frutos, sobrevinieron por toda la tierra unas calenturas
pestilenciales que duraron XXIIII horas, y despues que cessavan, se
hinchavan y rebentavan llenos de guzanos, y que con esta pestilencia
murio mucha gente y se quedo gran parte de los frutos por coger.
Que despues de cessado la pestilencia uvieron otros dies y seis años
buenos, en los quales se renovaron las passiones y vandos de manera
que murieron en batallas C y L mil hombres, y que con esta matança se
sosegaron y hizieron paz y descansaron por XX años, despues de los quales
les dio pestilencia de unos granos grandes que les podria el cuerpo con
gran hedor, de manera que se les caian los miembros a pedaços dentro de
quatro o cinco dias. Que avra que passo esta ultima plaga mas de L años,
y que la mortandad de las guerras fue XX años antes, y que la pestilencia
de la hinchazon y guzanos seria XVI años antes de las guerras, y el
huracan otros dies y seis antes que esta y XXII o XXIII despues de la
destruicion de la cibdad de Mayapan, que, segun esta cuenta, ha CXXV años
que se desbarrato dentro de los quales los de esta tierra an passado las
dichas miserias, sin otras muchas despues que començaron a entrar en ella
los españoles, assi por guerras como por otros castigos que Dios embio de
manera que es maravilla aver la gente que ay aunque no es mucha.
§ X.—_Calamités diverses qu’éprouve le Yucatan au siècle précédant la
conquête, ouragan, pestes, guerres, etc._
Ces diverses populations vécurent durant plus de vingt ans dans
l’abondance et la santé[68]. Elles se multiplièrent tellement, que
la terre entière ne paraissait faire qu’une seule ville: c’est alors
qu’ils construisirent des temples en si grand nombre, tels qu’on les
voit aujourd’hui de tous les côtés, et qu’en traversant les forêts, on
retrouve au milieu des bois des fondations de maisons et des édifices si
merveilleusement travaillés.
Mais à la suite de cette prospérité, pendant une nuit d’hiver, il
survint, vers les six heures du soir, un vent qui alla croissant, pour se
changer bientôt en un ouragan des quatre points cardinaux[69]: ce vent
renversa tous les arbres déjà grands, ce qui occasionna une destruction
considérable de bêtes fauves; il enleva pareillement toutes les maisons
élevées, lesquelles étant couvertes de paille et contenant du feu à
cause du froid, s’enflammèrent et firent périr beaucoup de monde dans
l’incendie; si quelques-uns s’échappèrent, ils restèrent estropiés des
coups qu’ils avaient reçus sous les madriers de leurs maisons.
Cet ouragan dura jusqu’au lendemain midi. On trouva que ceux qui en
étaient sortis sains et saufs, étaient ceux qui demeuraient dans les
maisons les plus petites, ainsi que les époux nouvellement mariés; car il
était d’usage pour ceux-ci d’habiter dans des cabanes érigées en face de
la maison de leur père ou de leur beau-père, pendant les premières années
qui suivent le mariage. Alors se perdit le nom que la péninsule avait
accoutumé de porter anciennement, de terre du gibier et des oiseaux; elle
resta tellement privée d’arbres, qu’il semble actuellement que ceux qu’il
y a furent replantés tous ensemble, tant ils sont nés d’égale hauteur, et
qu’en jetant les yeux sur le pays de quelque point élevé, on dirait que
les bois ont été partout taillés avec des ciseaux.
Quant à ceux qui se sauvèrent, ils s’animèrent à réédifier et à cultiver
la terre, et ils se multiplièrent considérablement avec quinze années
de santé et d’abondance qui se succédèrent, la dernière étant la plus
fertile de toutes. Mais, au moment où ils pensaient à commencer la
cueillée des fruits, il survint partout le pays certaines fièvres
pestilentielles qui duraient vingt-quatre heures: après qu’elles avaient
cessé, le corps des malades enflait, puis crevait rempli de vers, avec
quoi il mourut beaucoup de monde, les fruits de la terre restant en
majeure partie abandonnés sans être recueillis.
Après que cette épidémie eut disparu, il y eut de nouveau seize années
abondantes, durant lesquelles se renouvelèrent les passions et les
luttes, au point qu’en diverses batailles il périt cent cinquante mille
hommes. Ce ne fut qu’à la suite de ces massacres qu’on se calma; on fit
la paix et l’on eut vingt ans de repos: après cela survint une maladie,
consistant en quelques grosses pustules, de quoi le corps se putréfiait,
au point que les membres se détachaient l’un de l’autre au bout de
quatre ou cinq jours avec une grande puanteur[70]. Depuis l’époque de
cette mortalité, il s’est passé actuellement plus de cinquante ans: les
massacres causés par la guerre eurent lieu vingt ans avant; la peste
de l’enflure et des vers survint seize années avant les guerres; entre
celles-ci et l’ouragan, il s’en était passé seize autres, et jusqu’à cet
événement vingt-deux ou vingt-trois depuis la destruction de la cité
de Mayapan. Ainsi, suivant cette computation, il y a de l’abandon de
cette ville cent vingt-cinq ans, durant lesquels survinrent les diverses
calamités, rapportées plus haut, sans compter beaucoup d’autres, à la
suite desquelles les Espagnols commencèrent à entrer, et causées par la
guerre, ou par d’autres châtiments que Dieu a envoyés à ce pays, que
c’est un miracle d’y voir encore du monde, quoiqu’il n’y en ait pas
beaucoup.
§ XI.—_Profecias de la llegada de las españoles. Historia de Francisco de
Montejo, primer Adelantado de Yucatan._
Que como la gente mexicana tuvieron señales y prophecias de la venida
de los españoles y de la cessacion de su mando y religion, tambien los
tuvieron los de Yucatan algunos años antes que el Adelantado Montejo los
conquistasse y que en las tierras de _Mani_ que es en la provincia de
Tutuxiu, un indio llamado _Ahcambal_ y por officio _Chilan_, que es el
que tiene cargo de dar las respuestas del demonio, les dixo publicamente
que presto serian señoreados de gente estrangera, y les predicarian un
Dios, y la virtud de un palo que en su lengua llamo _vahom che_, que
quiere dezir palo enhiesto de gran virtud contra los demonios.
Que el successor de los Cocomes, llamado don Juan Cocom despues de
christiano, fue hombre de gran reputacion y muy sabio en sus cosas y en
las naturales bien sagaz y entendido, y que fue muy familiar del autor
deste libro fray Diego de Landa, y que le conto muchas antiguedades y
que le mostro un libro que fue de su aguelo, hijo del Cocom que mataron
en Mayapan y que en el estava pintado un venado y que aquel su aguelo le
avia dicho que quando en aquella tierra entrassen venados grandes, que
assi llaman a las vacas, cessaria el culto de los Dioses, y que se avia
cumplido, porque los españoles truxeron vacas grandes.
Que el Adelantado Francisco de Montejo fue natural de Salamanca y que
passo a las Indias despues de poblada la cibdad de Santo-Domingo en la
isla Española, aviendo estado primero algun tiempo en Sevilla, donde dexo
un hijo niño que alli uvo, y que vino a la cibdad de Cuba donde gano
de comer y tuvo muchos amigos por su buena condicion y que entre ellos
fueron Diego Velasquez, governador de aquella isla y Hernando Cortes
y que como el governador se determino embiar a Francisco de Grijalva,
su sobrino, a rescatar a tierra de Yucatan y a descubrir mas tierra,
despues de la nueva que Francisco Hernandez de Cordova truxo, quando la
descubrio, que era rica tierra, determino que Montejo fuesse con Grijalva
y puso uno de los navios y mucho bastimento, como era rico y que assi
fue de los segundos españoles que descubrieron a Yucatan y que vista la
costa de Yucatan, truxo desseo de enriquecer alli antes que en Cuba. Y
vista la determinacion de Hernando Cortes le siguio con su hazienda y
persona y que Cortes le dio un navio a cargo, haziendole capitan del
y que en Yucatan uvieron a Geronimo de Aguilar de quien Montejo tomo
lengua de aquella tierra y de sus cosas, y que llegado Cortes a la Nueva
España començo luego a poblar y que el primer pueblo llamo la Vera
Cruz, conforme al blason de su vandera y que en este pueblo fue Montejo
nombrado por unos de los alcaldes del rey, en que se uvo discretamente
y que assi le publico por tal Cortes quando tomo por alli, despues del
camino que hizo navegando la tierra a la redonda, y que por esto le embio
a España por uno de los procuradores de aquella republica de la Nueva
España y para que llevasse el quinto al rey con relacion de la tierra
descubierta y de las cosas que se començavan a hazer en ella.
Que quando llego Francisco de Montejo a la corte de Castilla, era
presidente del consejo de las Indias Juan Rodriguez de Fonseca, obispo
de Burgos, el qual estava malamente informado contra Cortes por parte
de Diego Velasquez, governador de Cuba, que pretendia tambien lo de la
Nueva España y que estavan los mas del consejo con los negocios de Cortes
que parecia que no embiara dineros al rey, sino que se los pedia y que
entendiendo que por estar el emperador en Flandes se negociava mal,
persevero siete años, desde que salio de las Indias que fue año de MDXIX
hasta que se embarco que fue el de XXVI y con esta perseverancia recuso
al presidente y al papa Adriano que era governador; hablo y al emperador,
lo qual aprovecho mucho y que se despacho lo de Cortes como era razon.
§ XI.—_Prédictions de l’arrivée des Espagnols. Histoire de Francisco de
Montejo, premier adelantado du Yucatan._
De même que la nation mexicaine eut des signes et des prophéties de la
venue des Espagnols, de la cessation de sa puissance et de sa religion,
les populations du Yucatan en eurent également, quelques années avant que
l’adelantado Montejo ne les conquît: dans les montagnes de _Mani_, qui
sont de la province de Tutuxiu, un Indien, nommé _Aheambal_, et par sa
charge _Chilan_, qui est celui qui a pour office de donner les réponses
du démon[71], leur annonça publiquement qu’ils ne tarderaient pas
d’être assujettis à une race étrangère, que cette race leur prêcherait
un Dieu unique et la vertu d’un arbre qui, dans leur langue, s’appelle
_vahom-che_, ce qui veut dire arbre érigé avec une grande vertu contre
les démons.
Le successeur des Cocomes, nommé don Juan Cocom, depuis devenu chrétien,
fut un homme d’une grande réputation, savant dans les sciences de son
pays, d’une sagacité et d’une intelligence remarquables dans les choses
naturelles; il pratiqua beaucoup l’auteur de ce livre, frère Diego
de Landa, et lui raconta bien des faits concernant les antiquités de
son histoire. Il lui montra, entre autres choses, un livre qui avait
appartenu à son aïeul, descendant du Cocom[72] qu’ils avaient tué à
Mayapan: on y voyait la peinture d’une bête fauve, et son aïeul lui avait
dit que lorsqu’il viendrait dans cette contrée des bêtes fauves de cette
espèce grande, car c’est ainsi qu’ils appelaient les vaches, le culte des
dieux cesserait, ce qui s’était vérifié avec l’arrivée des grandes vaches
que les Espagnols apportèrent dans la péninsule.
L’adelantado Francisco de Montejo était naturel de Salamanca et il passa
aux Indes, après la fondation de la ville de Santo-Domingo, dans l’Ile
Espagnole, ayant été auparavant quelque temps à Séville, où il laissa un
fils encore enfant qui lui était né là. Etant venu à la ville de Cuba, où
il gagnait sa vie, il s’y fit beaucoup d’amis parce qu’il était de bonne
condition, et de ce nombre furent Diego Velasquez, gouverneur de cette
île, et Hernando Cortès. A la suite de la nouvelle apportée par Francisco
Hernandez de Cordoba, des riches contrées qu’il avait explorées, le
gouverneur avait envoyé Francisco de Grijalva, son neveu, faire des
échanges au Yucatan et découvrir de nouvelles terres, déterminant en même
temps que Montejo accompagnerait Grijalva dans son expédition. Montejo
mit à la mer un des navires avec des vivres en abondance; et comme il
était riche, ainsi que les autres Espagnols qui, les seconds, explorèrent
le Yucatan, il éprouva, en reconnaissant la côte de la péninsule,
le désir de s’y enrichir de préférence à Cuba. Plus tard, voyant la
détermination de Hernando Cortès, il le suivit de sa personne et de sa
fortune, et Cortès lui confia le soin d’un navire, dont il le nomma
capitaine. Arrivés dans le Yucatan, ils y prirent Geronimo de Aguilar, de
la bouche duquel Montejo s’instruisit des choses de cette terre. Après
son débarquement dans la Nouvelle Espagne, Cortès commença immédiatement
à édifier la première localité espagnole, à laquelle il donna le nom
de la Vera-Cruz, d’après l’insigne de sa bannière: Montejo, ayant été
choisi pour un des alcaldes du roi dans cette ville, se conduisit avec
beaucoup de prudence dans sa charge, ce que Cortès publia au retour de
son voyage le long de la côte. C’est pourquoi il le dépêcha ensuite en
Espagne, comme un des procureurs de cette colonie de la Nouvelle Espagne,
afin de porter avec le quint royal au souverain, la relation de la terre
nouvellement découverte et des choses qui commençaient à s’y faire.
A son arrivée à la cour de Castille, Montejo trouva pour président du
conseil des Indes Juan Rodriguez de Fonseca, évêque de Burgos: celui-ci
avait été indisposé méchamment contre Cortès par Diego Velasquez,
gouverneur de Cuba, qui prétendait également au gouvernement de la
Nouvelle Espagne, et la plupart des membres du conseil étaient également
prévenus contre Cortès qui, à leur avis, loin d’envoyer de l’argent au
roi, paraissait au contraire en demander. Comprenant qu’en l’absence de
l’empereur, qui était en Flandre, les affaires de son chef prenaient une
mauvaise tournure, il resta sept ans à travailler pour lui, de l’an 1519
jusqu’à l’an 1526, qu’il se rembarqua, et par sa persévérance il réussit
à récuser le président et le pape Adrien qui était régent[73]; il parla à
l’empereur avec tant de succès que l’on finit par dépêcher les affaires
de Cortès, suivant la justice et la raison.
§ XII.—_Montejo navega á Yucatan y toma posesion de la tierra. Los Cheles
le conceden el asiento de Chicheniza. Los indios le obligan á que lo
deje._
Que en este tiempo que Montejo estuvo en la corte negocio para si la
conquista de Yucatan, aunque pudiera negociar otras cosas; y dieronle
titulo de Adelantado y que assi se vino a Sevilla y llevo un sobrino suyo
de treze años de su mismo nombre y que hallo en Sevilla a su hijo de edad
de XXVIII años a quien llevo consigo y que trato palabras de casamiento
con una señora de Sevilla viuda que era rica y assi pudo juntar D
hombres, y los embarco en tres navios, y siguio su viage y aporto a
Cuzmil, isla de Yucatan donde los indios no se alteraron, porque estavan
domesticados con los españoles de Cortes; y que alli procuro saber muchos
vocablos de los indios para entenderse con ellos, y que de alli navego a
Yucatan, y tomo la possession, diziendo un Alferez suyo con la vandera en
la mano: en nombre de Dios tomo la possession desta tierra por Dios y por
el rey de Castilla.
Que desta manera se fue la costa abaxo, que estava bien poblada entonces,
hasta llegar a _Conil_, pueblo de aquella costa y que los indios se
espantaron de ver tantos cavallos y gente y que dieron aviso a toda la
tierra de lo que passava y esperavan el fin que tenian los españoles.
Que los indios señores de la provincia de _Chicaca_ vinieron al
Adelantado a visitarle de paz y que fueron bien recibidos, entre los
quales venia un hombre de grandes fuerças y que este quito un alfange
a un negrillo que le llevava detras de su amo y quiso matar con el al
Adelantado, el qual se defendio y se llegaron españoles y se apaziguo el
ruydo y entendieron que era menester andar sobre aviso.
Que el Adelantado procuro entender qual era la mayor poblacion, y
entendio que era la de _Tecoh_ donde eran señores los Cheles, la qual
estava en la costa la tierra abaxo por el camino que los españoles
llevavan, y que los indios pensando que caminavan para salirse de la
tierra, no se alteravan, ni les estorvavan el camino y que desta manera
llegaron a _Tecoch_ y que hallaron ser pueblo mayor y mejor que avian
pensado, y que fue dichoso no ser señores de aquella tierra los _Covohes_
de Champoton que siempre fueron de mas corage que los Cheles, los quales
con el sacerdotio que les dura hasta oy, no son tan orgullosos como
otros, y que por esto concedieron al Adelantado que pudiesse hazer un
pueblo para su gente y les dieron para ello el assiento de Chicheniza,
VII leguas de alli, que es muy excellente, y que desde alli fue
conquistando la tierra, lo qual hizo facilmente porque los de Ahkinchel
no le resistieron, y los de Tutuxiu le ayudaron y con esto los demas
hizieron poca resistencia.
Que desta manera pidio el Adelantado gente para edificar en Chicheniza,
y que en breve edifico un pueblo, haziendo las casas de madera y la
cobertura de ciertas palmas y paja larga al uso de los indios. Y assi
viendo que los indios servian sin pesadumbre, conto la gente de la tierra
que era mucha y repartio los pueblos entre los españoles, y segun dizen a
quien menos cabia alcanzava dos o tres mil indios de repartimiento y que
assi començo a dar orden a los naturales, como avian de servir a aquella
su cibdad y que no pluxo mucho a los indios, aunque dissimularon por
entonces.
§ XII.—_Montejo s’embarque pour le Yucatan et en prend possession. Les
Chèles lui cèdent pour s’établir le cité de Chichen Itza. Les Indiens
l’obligent à le quitter._
Dans le temps que Montejo resta à la cour, il négocia pour lui-même
la conquête du Yucatan, quoiqu’il eût pu négocier des choses plus
avantageuses. On lui donna le titre d’adelantado, après quoi il vint
à Séville, où il prit avec lui un de ses neveux, âgé de treize ans et
portant son nom: il trouva aussi à Séville son fils, qui avait alors
vingt-huit ans et qu’il emmena également avec lui. En même temps, il
travailla à arranger son mariage avec une dame de cette ville, veuve
et riche, ce qui lui donna le moyen de réunir cinq cents hommes, qu’il
embarqua dans trois navires. Il continua ensuite son voyage avec eux et
aborda à Cuzmil, qui est une île du Yucatan: les Indiens ne s’émurent pas
à son arrivée, accoutumés qu’ils étaient aux Espagnols de Cortès. Durant
son séjour en cet endroit, il s’occupa d’apprendre un grand nombre de
mots de leur langue, afin de s’entendre avec eux; ensuite, il mit à la
voile pour le Yucatan, et son porte-drapeau prit possession du pays, le
drapeau à la main, disant: «Au nom de Dieu, je prends possession de la
terre pour Dieu et pour le roi de Castille!»
De cette manière, il descendit la côte, qui était alors fort peuplée,
jusqu’à _Conil_, ville située dans cette direction[74]; mais les Indiens,
alarmés à la vue de tant de gens et de chevaux, donnèrent avis à toute
la terre de ce qui se passait, attendant la fin de l’entreprise des
Espagnols.
Les seigneurs indigènes de la province de _Chicaca_[75] se présentèrent
à l’adelantado avec des intentions pacifiques, et ils reçurent de lui un
accueil bienveillant. A leur suite venait un homme qui se distinguait
par sa force: il arracha un sabre à un nègre qui le portait en arrière
de son maître, et voulut tuer l’adelantado qui se défendit; entre temps,
les Espagnols arrivèrent, le bruit s’apaisa; mais ils comprirent qu’il
fallait marcher en se tenant sur leurs gardes.