de la contrée, où ils convinrent de se rendre et de faire venir toutes
les affaires: à cet effet, ils choisirent une très-bonne localité à
huit lieues plus à l’intérieur du pays que celle où est actuellement
Mérida, à quinze ou seize lieues de la mer. Ils l’environnèrent d’une
fort large muraille de pierre sèche, d’environ un demi-quart de lieue de
circonférence, n’y laissant que deux portes très-étroites: la muraille
n’était pas bien haute, et au centre de cette enceinte ils édifièrent
leurs temples, donnant au plus grand, ainsi qu’à Chichen-Itza, le nom
de Cuculcan. Ils en firent encore un autre de forme ronde, avec quatre
portes, entièrement différent de tous ceux qu’il y a dans le Yucatan,
et un grand nombre d’autres à l’entour: dans la même enceinte, ils
construisirent des maisons pour les seigneurs seulement, partageant
entre eux la terre, attribuant des villes et villages à chacun, suivant
l’ancienneté de sa famille et ses qualités personnelles. Quant à la cité,
Cuculcan ne lui donna pas son nom, comme avaient fait les _Ahizaes_ à
Chichen-Itza, mais il l’appela _Mayapan_, ce qui veut dire l’Étendard de
la Maya, parce qu’ils nomment la langue du pays _maya_, et les Indiens
disent[40] encore aujourd’hui _Ychpa_, ce qui signifie en dedans des
fortifications.
Cuculcan vécut avec ces seigneurs durant quelques années dans cette
ville: ensuite les ayant laissés dans une profonde paix et amitié, il
s’en retourna par le même chemin au Mexique[41]. En passant, il s’arrêta
à Champoton, et en mémoire de son séjour et de son départ, on érigea en
dedans de la mer un bon édifice à la manière de ceux de Chichen-Itza,
à un bon jet de pierre du rivage; c’est ainsi que Cuculcan laissa un
souvenir perpétuel en Yucatan[42].
§ VII.—_Gobierno politico. Sacerdotes, ciencias y libros de Yucatan._
Que partido Cuculcan acordaron los señores para que la republica durasse
que tuviesse el principal mando la casa de los _Cocomes_, por ser mas
antigua o mas rica, o por ser el que la regia entonces hombre de mas
valor, y que hecho esto ordenaron que pues en el cercado no avia sino
templos y casas para los señores y gran sacerdote, que se hiziessen
fuera de la cerca casas donde cada uno de ellos tuviesse alguna gente
de servicio y donde los de sus pueblos acudiessen quando viniessen a la
cibdad con negocios, y que en estas casas puso cada uno su mayordomo, el
qual traya por señal una vara gorda y corta y que le llamavan _Caluac_;
y que este tenia cuenta con los pueblos, y con los que los regian, y que
a ellos se embiava aviso de lo que era menester en casa del señor como
aves, maiz, miel, sal, pesca, caça, ropa y otras cosas, y que el _Caluac_
acudia siempre a la casa del señor y veia lo que era menester en ella, y
lo proveya luego porque su casa era como oficina de su señor.
Que acostumbravan buscar en los pueblos los mancos y ciegos y que les
davan lo necessario.
Que los señores proveian de governadores y si les eran acceptos
confirmavan en sus hijos los oficios y que les encomendavan el buen
tratamiento de la gente menuda, y la paz del pueblo, y el ocuparse en
trabajar paraque se sustentassen ellos y los señores.
Que todos los señores tenian cuenta con visitar, respetar, alegrar a
Cocom, acompañandole y festejandole y acudiendo a el con los negocios
arduos y que entre si bivian muy en paz y en mucho passatiempo como ellos
lo usan tomar en vailes y combites y caças.
Que los de Yucatan fueron tan curiosos en las cosas de la religion
como en las del govierno, y que tenian un gran sacerdote que llamavan
_Ahkin-Mai_, y por otro nombre _Ahau-Can-Mai_, que quiere dezir _el
Sacerdote Mai_ o _el Gran Sacerdote Mai_, y que este era muy reverenciado
de los señores el qual no tenia repartimiento de indios, pero que sin
las offendas, le hazian presentes los señores y que todos los sacerdotes
de los pueblos le contribuian: y que a este le succedian en la dignidad
sus hijos y parientes mas cercanos, y que en este estava la llave de sus
sciencias, y que en estas tratavan lo mas, y que davan consejo a los
señores y respuestas a sus preguntas; y que cosas de los sacrificios
pocas vezes las tratava sino en fiestas muy principales, o en negocios
muy importantes; y que este proveia de sacerdotes a los pueblos quando
faltavan, examinandoles en sus sciencias y cerimonias, y que les
encargava las cosas de sus officios y el buen exemplo del pueblo y
proveya de sus libros y los embiava, y que estos attendian al servicio de
los templos, y a enseñar sus sciencias y escrivir libros de ellas.
Que enseñavan los hijos de los otros sacerdotes, y a los hijos segundos
de los señores que los llevavan para esto desde niños, si veian que se
inclinavan a este officio.
Que las sciencias que enseñavan eran la cuenta de los años, meses y
dias, las fiestas y cerimionias, la administracion de sus sacramentos,
los dias y tiempos fatales, sus maneras de adivinar y sus prophecias,
los acaecimientos, y remedios para los males, y las antiguedades, y leer
y escrivir con sus libres y carateres con los quales escrivian y con
figuras que significavan las escrituras.
Que escrivian sus libros en una hoja larga doblada con pliegues, que
se venia a cerrar toda entre dos tablas que hazian muy galanas y que
escrivian de una parte y de otra a colunas, segun eran los pliegues, y
que este papel hazian de raizes de un arbol, y que le davan un lustre
blanco en que se podia bien escrivir, y que sabian de estas sciencias
algunos principales señores, por curiosidad, y que por esto eran mas
estimados, aunque no lo usavan en publico.
§ VII.—_Gouvernement politique. Sacerdoce, sciences et livres du Yucatan._
Cuculcan étant parti, les seigneurs s’accordèrent pour le bon ordre et
la durée de la république à donner le commandement principal à la maison
des _Cocomes_[43], soit parce qu’elle était la plus ancienne ou la plus
riche, soit que celui qui était à sa tête, en ce temps-là, fût l’homme le
plus considérable. Cela fait, voyant qu’il n’y avait dans l’intérieur de
l’enceinte que des temples et des maisons pour les seigneurs et le grand
prêtre, ils ordonnèrent que l’on construisît au dehors d’autres maisons
où chacun d’eux pût avoir, au besoin, des gens de service, et où ceux de
leur province pussent trouver place, quand ils viendraient à la capitale
pour leurs affaires: chacun alors établit dans sa maison un intendant,
lequel portait pour insigne un bâton court et gros, qu’ils appelaient
_Caluac_; celui-ci avait à sa charge les diverses localités de la
province et ceux qui les gouvernaient; ceux-ci, à leur tour, recevaient
l’avis de ce qui était nécessaire dans la maison du seigneur, comme les
oiseaux, le maïs, le miel, le sel, le poisson, le gibier, les étoffes et
autres choses. Quant au _Caluac_, il assistait toujours dans la maison de
son seigneur, afin de voir ce qui y manquait et de la pourvoir de tout
aussitôt, sa maison étant comme l’office du palais.
On avait coutume de rechercher dans les villes et villages les estropiés
et les aveugles, afin de leur donner le nécessaire.
Les seigneurs pourvoyaient au gouvernement de ces localités et
confirmaient les fils dans les emplois de leurs pères, s’ils le tenaient
pour agréable; ils leur recommandaient de traiter avec bienveillance le
pauvre peuple, de maintenir la paix et de faire en sorte que les gens
s’occupassent de leurs travaux, pour se sustenter eux-mêmes ainsi que
leurs seigneurs.
Tous les seigneurs avaient l’obligation de visiter, de respecter et de
réjouir Cocom, l’accompagnant, lui faisant fête et se réunissant autour
de lui pour toutes les négociations importantes. Ils vivaient en paix les
uns avec les autres, ayant beaucoup de divertissements, durant lesquels
ils s’entretenaient en danses, en festins et en chasses, suivant leur
usage.
Les indigènes du Yucatan n’étaient pas moins attentifs aux choses de
la religion qu’à celles du gouvernement. Ils avaient un grand prêtre
qu’ils nommaient _Ahkin-Mai_ et autrement _Ahau-Can-Mai_, ce qui veut
dire le Prêtre-Mai ou le Grand Prêtre-Mai[44]: c’était un personnage
très-respecté des seigneurs, qui n’avait eu aucune part à la distribution
des domaines; mais, en outre des offrandes, les seigneurs lui faisaient
des présents, et les prêtres de toutes les communes lui apportaient une
contribution. Les fils ou les parents les plus proches succédaient au
grand prêtre dans sa dignité: en lui était la clef de leurs sciences, et
c’était à quoi ils s’appliquaient le plus; car c’étaient les prêtres qui
donnaient des conseils aux seigneurs et des réponses à leurs questions.
Quant aux choses qui avaient rapport aux sacrifices, ils en traitaient
rarement en dehors des fêtes principales ou des assemblées réunies
pour des affaires importantes. C’était le grand prêtre qui nommait les
prêtres, quand ils venaient à manquer dans les communes, les examinant
auparavant dans les sciences et les cérémonies: il leur recommandait
les choses de leur office et le bon exemple envers le peuple, les
pourvoyaient des livres à leur usage, après quoi il les envoyait; ceux-ci
à leur tour s’employaient au service des temples, à enseigner leurs
diverses sciences comme à écrire les livres qui les contenaient.
Ils instruisaient les fils des autres prêtres et les fils cadets des
princes qu’on leur amenait à cet effet dans leur enfance, si l’on
remarquait qu’ils fussent enclins à cet office.
Les sciences qu’ils enseignaient étaient la computation des années,
mois et jours, les fêtes et les cérémonies, l’administration de leurs
sacrements, les jours et époques fatales, l’art de la divination et les
prophéties, les événements à venir, les remèdes pour les maladies, ainsi
que leurs antiquités, avec l’art de lire et d’écrire selon les lettres et
caractères à l’aide desquels ils écrivaient, comme aussi avec les figures
qui signifiaient des écritures.
Leurs livres étaient écrits sur une grande feuille, doublée en plis,
qu’on renfermait ensuite entre deux planches qui étaient ornées avec
soin; ils écrivaient de l’un et de l’autre côté en colonnes, suivant
l’arrangement des plis; quant au papier, ils le faisaient des racines
d’un arbre et lui donnaient un vernis blanc sur lequel on écrivait
très-bien[45]. Il y avait de ces sciences que cultivaient par goût des
seigneurs de haut rang, ce qui ajoutait à leur considération, quoiqu’ils
ne s’en servissent pas publiquement.
§ VIII.—_Llegada de los Tutuxivis y alianza que hicieron con les señores
de Mayapan. Tirania de Cocom, ruina de su poder y de la ciudad de
Mayapan._
Que cuentan los indios que de parte de medio dia vinieron a Yucatan
muchas gentes con sus señores y parece aver venido de Chiapa aunque
los indios no lo saben; mas que este autor lo conjetura porque muchos
vocablos y composiciones de verbos es lo mismo en Chiapa y en Yucatan
y que ay grandes señales en la parte de Chiapa de lugares que an sido
despoblados. Y dizen que estas gentes anduvieron XL años por los
despoblados de Yucatan, sin aver en ellos agua sino la que llueve, y que
en fin de este tiempo aportaron a las sierras que caen algo en frente de
la cibdad, de Mayapan X leguas de alla, y que alli començaron a poblar
y hazer muy buenos edificios en muchas partes y que los de Mayapan
tomaron mucha amistad con ellos, y holgaron que labrassen la tierra como
naturales, y que assi estos de _Tutuxiu_ se sujetaron a las leyes de
Mayapan, y assi emparentaron unos con otros y que como el señor _Xiui_ de
los _Tutuxios_ era tal vino a ser muy estimado de todos.
Que estas gentes vivieron tan quietamente que no avia pleito ninguno,
ni usavan armas, ni arcos, aun para la caça, siendo agora excellentes
flecheros, y que solamente usavan lazos y trampas con que tomavan mucha
caça y que tenian cierto arte de tirar varas con un palo gruesso como
tres dedos, agujerado hazia la tercia parte, y largo seis palmos, y que
con el y unos cordeles tiravan fuerte y certezamente.
Que tenian leyes contra los delinquentes y las esecutavan mucho, como
contra el adultero que le entregavan al ofendido para que el le matasse,
soltando una piedra grande desde lo alto sobre la cabeza, o le perdonasse
si quisiesse, y que a las adulteras no davan otra pena mas de la infamia,
que entre ellos era cosa muy grave. Y que al que forçasse donzella le
matavan a pedradas, y cuentan un caso que el señor de los Tutuxios tenia
un hermano que fue acusado deste crimen, y le hizo apedrear, y despues le
hizo cubrir de un gran monton de piedras, y que dizen que tenian otra ley
antes de la poblacion desta cibdad, que mandava sacar las tripas por el
umbligo a los adulteros.
Que el governador Cocom entro en cudicia de riquezas, y que para esto
trato con la gente de guarnicion que los reyes de Mexico tenian en
Tabasco y Gicalango, que les entregaria la cibdad, y que assi truxo
gente mexicana a Mayapan, y oprimio los pobres y hizo muchos esclavos, y
que le mataran los señores, si no tuvieran miedo a los mexicanos; y que
el señor de los Tutuxios nunca consintió en esto, y que viendose assi
los de Yucatan, aprendieron de los mexicanos el arte de las armas, y
que assi salieron maestros del arco y flecha y de la lança y hachuela y
sus rodelas y iacos fuertes de sal y algodon, y de otros pertrechos de
guerra, y que ya no se admiravan de los mexicanos ni los temian, antes
hazian poca cuenta de ellos y que en esto passaron algunos años.
Que aquel Cocom fue primero el que hizo esclavos pero que deste mal se
siguio usar las armas con que se defendieron para que no fuessen todos
esclavos.
Que entre los successores de la casa Cocomina uvo uno muy orgulloso, y
imitador de Cocom, y que este hizo otra liga con los de Tavasco, y que
metio mas Mexicanos dentro de la cibdad, y que començo a tyranizar y
hazer esclavos a la gente menuda; y que por esto se juntaron los señores
a la parte de Tutuxiu, el qual era gran republicano como sus passados,
y que concertaron de matar a Cocom, y que assi le hizieron, matando
tambien a todos sus hijos, sin dexar mas de uno que estava ausente, y que
le sequearon la casa y le tomaron las heredades que tenia de cacau y de
otras frutas, diziendo que se pagavan de lo que les avia robado, y que
duraron tanto los vandos entre los Cocomes que dezian ser injustamente
echados, y los Xiuis, que despues de aver estado en aquella cibdad mas de
D años, la desampararon y despoblaron, yendose cada uno a su tierra.
§ VIII.—_Arrivée des Tutul-Xius et leur alliance avec les rois de
Mayapan. Tyrannie des Cocomes, ruine de leur puissance et abandon de
Mayapan._
Les Indiens racontent que, du côté du midi, entrèrent au Yucatan des
tribus nombreuses avec leurs chefs, et il paraît qu’elles seraient
venues de Chiapa, quoique les Indiens ne sachent pas le dire[46]; mais
l’auteur de ce livre le conjecture à cause d’un grand nombre de mots
et de constructions de verbes identiques au Chiapa et au Yucatan[47],
et qu’il y a au Chiapa des vestiges considérables de localités qui ont
été abandonnées[48]. Ils ajoutent que ces tribus furent errantes durant
quarante ans dans les solitudes du Yucatan, sans y avoir de l’eau,
sinon ce que la pluie leur donnait, et qu’au bout de ce temps-là, elles
arrivèrent aux montagnes qui tombent presque en face de Mayapan, à dix
lieues de cette ville: là, ajoutent-ils, elles commencèrent à occuper la
terre et à construire de bons édifices en beaucoup d’endroits, et que
ceux de Mayapan se lièrent d’une grande amitié avec elles, se réjouissant
de voir qu’elles cultivaient la terre comme les naturels du pays. De
cette manière, les gens de la race _Tutuxiu_, s’étant soumis aux lois de
Mayapan, ils s’allièrent les uns avec les autres, et ainsi le seigneur
_Xiui_ des Tutuxius en vint au point d’être fort estimé de tout le
monde[49].
Ces tribus vécurent d’une manière si paisible qu’il n’y avait aucune
sorte de querelles. Ces gens-là ne se servaient point d’armes, pas même
d’arcs pour la chasse, quoiqu’il y ait aujourd’hui d’excellents archers
parmi eux[50]. Ils se contentaient alors de se servir de lacs et de
piéges, à l’aide desquels ils prenaient beaucoup de gibier; ils avaient
aussi un art particulier pour tirer des baguettes à l’aide d’un morceau
de bois de trois doigts, troué au tiers de sa longueur, et avec cela ils
tiraient fort et juste.
Les Mayas avaient des lois contre les délinquants et les exécutaient
rigoureusement: ainsi en était-il de l’adultère qu’ils remettaient aux
mains du mari outragé, afin qu’il le tuât, en lui jetant de haut une
grosse pierre sur la tête, ou lui pardonnât s’il le jugeait à propos;
quant aux femmes coupables, elles ne subissaient d’autre peine que celle
de l’infamie, qui parmi elles était une chose fort grave. Mais à celui
qui forçait une jeune fille on donnait la mort par lapidation. On raconte
à ce sujet qu’un prince des Tutuxius, ayant un frère qu’on accusa de
ce crime, il le fit lapider et ensuite couvrir son cadavre d’un grand
monceau de pierres. On ajoute qu’il y avait une autre loi, antérieure à
la fondation de cette ville[51], par laquelle il était ordonné d’arracher
par l’ombilic les entrailles aux adultères.
Le roi Cocom ayant commencé à convoiter des richesses, traita à cet effet
avec les troupes de garnison que les rois du Mexique entretenaient à
Tabasco et à Xicalango[52], afin de leur confier la garde de la capitale.
C’est ainsi qu’il amena des gens de race mexicaine à Mayapan, opprimant
les pauvres et faisant beaucoup d’esclaves, au point que les princes
l’auraient fait mourir, sans la crainte qu’ils avaient des Mexicains.
Mais le chef des Tutuxius ne consentit jamais à cette tyrannie: les
Yucatèques se trouvant dans cette situation, apprirent des Mexicains
l’usage des armes; ils devinrent si habiles à manier l’arc et la flèche,
la lance et la hache, les rondaches et les sayes, faites de sel et de
coton[53], ainsi que les autres engins de guerre, qu’ils cessèrent
d’admirer les Mexicains et de les craindre, faisant, au contraire, peu
d’estime d’eux, et dans cette situation ils passèrent quelques années.
Ce Cocom fut le premier qui eût fait des esclaves; de cette manière
d’agir si pernicieuse data l’usage des armes avec lesquelles les
habitants se défendirent pour ne pas être tous réduits en esclavage.
Entre les successeurs de la maison de Cocom, il y en eut un fort
orgueilleux, imitateur de l’autre Cocom, qui s’étant ligué avec ceux de
Tabasco, augmenta le nombre des Mexicains qui étaient dans la capitale.
Il commença à son tour à tyranniser et à faire des esclaves parmi le
bas peuple: alors les seigneurs se réunirent au chef des Tutuxius,
grand ami du bien public, comme ses ancêtres, et conjurèrent la mort de
Cocom. C’est ce qu’ils exécutèrent, tuant en même temps tous ses fils,
à l’exception d’un seul qui était absent: ils saccagèrent son palais,
lui enlevèrent ses domaines, tant en cacao qu’en autres produits, disant
qu’ils se payaient de ce qui leur avait été pris. Les querelles entre
les Cocomes qui disaient avoir été injustement dépouillés et les Xiuis,
durèrent ensuite si longtemps, que plus de cinq cents ans après avoir été
dans cette capitale, ils l’abandonnèrent et la laissèrent en solitude,
chacun s’en retournant à son pays[54].
§ IX.—_Monumento cronologico de Mayapan. Establecimiento del reino de
Zututa. Orígen de los Cheles. Los tres reinos principales de Yucatan._
Que conforme a la cuenta de los indios avra C y XX años que se despoblo
Mayapan, y que se hallan en la plaça de aquella cibdad VII o VIII piedras
de a X pies en largo cada una, redondas por la una parte, bien labradas,
y que tienen algunos renglones de los caracteres que ellos usan, y que
por estar gastadas de la agua no se pueden leer, mas piensan que es
memoria de la fundacion y destruicion de aquella cibdad, y que otras
semejantes estan en _Zilan_, pueblo de la costa aunque mas altas, y que
los naturales preguntados que cosa era respondieron que acostumbravan
erigir de XX en XX años que es el numero que tienen de contar sus edades,
una piedra de aquellas. Mas parece que no lleva camino, porque segun
esto, avia de aver muchas mas, principalmente que no les ay en otros
pueblos sino en Mayapan y Zilan.
Que lo principal que llevaron a sus tierras estos señores que
desampararon a Mayapan fueron los libros de sus sciencias, por que
siempre fueron muy sujetos a los consejos de sus sacerdotes y que por
eso ay tantos templos en aquellas provincias.
Que el hijo de Cocom el que escapo de la muerte por estar absente en
sus contrataciones en tierra de _Ulua_, que es adelante de la villa de
Salamanca, como supo la muerte de su padre y el desbarato de la cibdad,
vino muy presto, y que se junto con sus parientes y vassallos y poblo
un lugar que llamo _Tibulon_, que quiere dezir _Jugados fuimos_, y que
edificaron otros muchos pueblos en aquellos montes y procedieron muchas
familias de estos Cocomes y que la provincia donde manda este señor se
llama Zututa.
Que estos señores de Mayapan no tomaron vengança de los Mexicanos que
ayudaron a Cocom, viendo que fueron persuadidos por el governador de
la tierra y por que eran estrangeros, y que assi los dexaron, dandoles
facultad para que poblassen en pueblo apartado para si solos, o se
fuessen de la tierra, y que no pudiessen casar con los naturales de
ella, sino entre ellos, y que estos escogieron quedarse en Yucatan y no
bolver a las lagunas y mosquitos de Tavasco, y poblaron en la provincia
de _Canul_, que les fue señalada y que alli duraron hasta las guerras
segundas de los españoles.
Dizen que entre los XII sacerdotes de Mayapan uvo uno muy sabio que tuvo
una sola hija a la qual caso con un mancebo noble, llamado _Achchel_, el
qual uvo hijos que se llamaron como el padre, conforme a la usança de la
tierra, y dizen que este sacerdote aviso a su yerno de la destruicion de
aquella cibdad, y que este supo mucho en las sciencias de su suegro, el
qual dizen que le escrivio ciertas letras en la tabla del braço izquierdo
de gran importancia para ser estimado, y que con esta gracia poblo en
la costa hasta que vino a hazer assiento en _Tikoch_, siguiendole gran
numero de gentes. Y que assi fue muy insigne poblacion aquella de los
_Cheles_ y poblaron la mas insigne provincia de Yucatan que llamaron
de su nombre la provincia de _Ahkinchel_, y es la de Yzamal donde
residieron estos Cheles y se multiplicaron en Yucatan hasta la entrada
del Adelantado Montejo.
Que entre estas tres casas de señores principales que eran _Cocomes_,
_Xiuies_ y _Cheles_, uvo grandes vandos y enemistades, y oy en dia
con ser christianos los ay. Los Cocomes dezian a los Xiuies que eran
estrangeros y traidores, matando a su señor natural y robandole su
hazienda. Los Xiuies dezian ser tan buenos como ellos y tan antiguos y
tan señores, y que no fueron traidores, sino libertadores de la patria,
matando al tyrano. El Chel dezia que era tan bueno como ellos en linaje,
por ser nieto de un sacerdote el mas estimado de Mayapan y que por su
persona era mayor que ellos, pues avia sabido hazerse tan señor como
ellos y que en esto se hazian desabrimiento en los mantenimientos, porque
el Chel que estava a la costa no queria dar pescado ni sal al Cocom,
haziendole ir muy lexos por ello y el Cocom no dexava sacar caça ni
frutas al Chel.
§ IX.—_Monument chronologique de Mayapan. Fondation du royaume de Zotuta.
Origine des Chèles. Les trois Etats principaux du Yucatan._
Suivant la computation des Indiens, il y aura cent vingt ans de l’abandon
de Mayapan[55]. On trouve dans la place de cette ville sept ou huit
pierres, de dix pieds de longueur chacune et rondes par le bout, bien
travaillées, et offrant plusieurs inscriptions en caractères de ceux dont
ils usent, mais qui, pour avoir été trop effacés par les eaux, ne peuvent
plus se lire[56]: on pense, toutefois, qu’elles portent la mémoire de la
fondation et de la destruction de cette capitale; car il y en a d’autres
semblables à _Zilan_, qui est une localité de la côte[57], quoiqu’elles
soient plus hautes. Or, les naturels du pays, interrogés à ce sujet,
répondent qu’ils avaient accoutumé ériger de vingt en vingt ans, ce qui
est le chiffre de la computation de leurs cycles, une de ces pierres;
mais il paraît qu’on ne s’y reconnaît pas, car d’après cela il devrait y
en avoir bien d’autres, d’autant plus qu’on n’en retrouve qu’à Mayapan et
à Zilan[58].
Ce que les seigneurs qui abandonnèrent Mayapan, emportèrent de plus
important, en se retirant dans leurs domaines, ce furent les livres de
leurs sciences; car ils furent toujours soumis aux conseils de leurs
prêtres, et c’est pour cela qu’il y a tant de temples dans ces provinces.