Ayant cherché à savoir quelle était la ville la plus considérable, on

lui désigna celle de _Tecoh_, soumise à la seigneurie des Chèles[76],

située sur la côte en bas, par le chemin que les Espagnols avaient

pris. Les Indiens, s’imaginant qu’ils étaient en route pour sortir de

la contrée, n’en prirent aucune alarme, et ne mirent point d’obstacle à

leur marche; de cette manière, ils arrivèrent à Tecoh, qu’ils trouvèrent

être une ville plus grande et plus belle qu’ils ne l’eussent pensé. Il

était fort heureux que les chefs du pays ne fussent pas les _Covohes_

de Champoton[77], qui s’étaient montrés constamment plus courageux que

les Chèles; car ceux-ci, avec le sacerdoce qu’ils ont continué à garder

jusqu’aujourd’hui[78], ne sont pas aussi orgueilleux que les autres.

C’est ce qui fait qu’ils concédèrent à l’adelantado l’autorisation

d’édifier une ville pour les gens de sa suite; ils lui donnèrent à cet

effet le site de Chichen-Itza, à sept lieues de là, et qui est des

meilleurs[79]. Il en partit ensuite pour soumettre le pays, ce qu’il

fit avec facilité; les Ahkin-Chel ne lui offrant aucune résistance et

les Tutuxius lui prêtant leur aide, les autres ne purent mettre que peu

d’entraves à sa marche.

L’adelantado demanda alors du monde pour bâtir à Chichen-Itza, et en

fort peu de temps il construisît une bourgade, faisant les maisons

de bois et le toit d’une sorte de palmes fort grandes et de paille,

dont se servaient les Indiens. Voyant donc que les Indiens obéissaient

sans murmure, il se mit à dénombrer la population du pays, qui était

considérable, et partagea les communes entre les Espagnols; on dit que

le moins qu’ils eussent chacun en partage était deux ou trois mille

Indiens; c’est ainsi qu’il commença à mettre ordre parmi les indigènes

sur la manière dont ils avaient à faire leur service dans la nouvelle

ville, ce qui ne plut que médiocrement aux Indiens, bien qu’ils ne le

manifestassent pas pour le moment.

§ XIII.—_Montejo deja á Yucatan con toda su gente y vuelve a Mexico. Su

hijo Francisco de Montejo pacifica despues a Yucatan._

Que el Adelantado Montejo no poblo a proposito.... de quien tiene

enemigos, porque estava muy lexos de la mar, para tener entrada y salida

a Mexico y para las cosas de España; y que los indios pareciendoles una

cosa dura servir a estrangeros donde ellos eran señores, començaron a

offenderle por todas partes, aunque el se defendia con sus cavallos y

gente, y les matava muchos; pero los indios se reforçavan cada dia y de

manera que los vino a faltar la comida, y que al fin dexaron la cibdad

una noche, poniendo un perro atado al badajo de la campana y un poco de

pan apartado que no lo pudiesse alcançar, y que cançaron el dia antes a

los indios con escaramuças para que no los siguiessen, y que el perro

repicava la campana por alcançar el pan, lo qual hizo mucha maravilla en

los indios, pensando que querian salir a ellos, y que despues de sabido,

estavan muy corridos de la burla y acordaron seguir a los españoles por

muchas partes por no saber el camino que llevavan; y que la gente que

fue por aquel camino alcançaron a los españoles, dandoles mucha grita

como a gente que huye y que seis de cavallo les esperaron en un raso y

alcançaron muchos dellos y que uno de los indios asio de la pierna de

un cavallo y le detuvo como si fuera un carnero, y que los españoles

llegaron a Zilan que era muy hermoso pueblo cuyo señor era un mancebo de

los Cheles ya christiano y amigo de españoles, el qual les trato bien y

que estava cerca _Ticokh_, lo qual y todos los otros pueblos de aquella

costa estavan en obediencia de los Cheles, y que assi los dexavan estar

seguros algunos meses.

Que el Adelantado viendo que desde alli no se podia socorrer de las cosas

de España, y que si los indios tomavan sobre ellos que serian perdidos,

acordo de irse a Campeche y a Mexico, dexando a Yucatan sin gente y

que avia desde Zilan a Campeche quarenta y ocho leguas muy pobladas de

gente, y que dieron parte a _Vamuxchel_, señor de Zilan, y el se ofreció

de asegurarles el camino y acompanarlos, y que el Adelantado trato con

el tio deste señor que era señor de _Yobain_ que le diesse dos hijos

que tenia bien dispuestos para que le acompañasen, de manera que con

estos mancebos primos hermanos los dos en colleras, y el de Zilan a

cavallo llegaron seguros a Campeche donde fueron recebidos en paz y se

despidieron los Cheles, y volviendose a sus pueblos, se cayo muerto el de

Zilan, y que desde alli partieron para Mexico donde Cortes avia señalado

repartimientos de indios al Adelantado aunque estava ausente.

Que llegado el Adelantado a Mexico con su hijo y sobrino llego luego

a buscar suya doña Beatrix de Herrera su muger y una hija que en

ella tenia, llamada doña Beatrix de Montejo con quien avia casado

clandestinamente en Sevilla... y dizen algunos que la negava; pero don

Antonio de Mendoça virey de la Nueva España se paso de por medio, y que

assi la recibio y le embio el virey por governador de Honduras donde caso

su hija con el licenciado Alonso Maldonado, presidente de la audiencia

de los confines y que despues de algunos años le passaron a Chiapa desde

donde embio a su hijo con poderes a Yucatan y la conquisto y pacifico.

Que este don Francisco hijo del adelantado se crio en la corte del

rey catholico y que le truxo su padre quando bolvio a las Indias a la

conquista de Yucatan y de alli fue con el a Mexico y que el virey don

Antonio y el marques don Hernando Cortes le quisieron bien, y fue con el

marques a la jornada de Caliphornia y que tornado le proveyo el virey

para regir a Tabasco y se desposo con una señora llamada doña Andrea del

Castillo que avia passado donzella a Mexico con parientes suyos.

§ XIII.—_Montejo abandonne le Yucatan et retourne à Mexico avec son

monde. Francisco de Montejo, son fils, pacifie plus tard le Yucatan._

C’est à dessein que l’adelantado n’occupa pas..........[80]; car il

était trop loin de la mer pour entretenir des relations avec Mexico

et recevoir des choses d’Espagne. Les Indiens, de leur côté, trouvant

qu’il était dur de servir des étrangers là où ils étaient les maîtres,

commençaient à l’offenser en toutes les occasions, quoiqu’il se défendît

avec ses gens et ses chevaux et tuât un assez grand nombre d’ennemis.

Mais les Indiens reprenaient courage chaque jour: les vivres venant à

manquer aux Espagnols, ils se décidèrent à abandonner la ville pendant

la nuit: ils attachèrent un chien au battant de la cloche, avec un peu de

pain à distance, de manière à ce que l’animal n’y pût atteindre, ayant

le jour d’avant fatigué les Indiens par des escarmouches, afin qu’ils

ne se missent pas à les suivre. Le chien sonnait la cloche pour tâcher

de happer le pain, ce qui étonnait grandement les Indiens s’imaginant

que les Espagnols s’apprêtaient à faire une sortie contre eux. Mais en

apprenant ensuite ce qui avait eu lieu, furieux du tour qu’on leur avait

joué, ils se résolurent à courir de tous les côtés à la fois après les

Espagnols, ne sachant par quel chemin ils s’étaient dirigés. Ceux qui

parvinrent à les rejoindre, leur tombèrent dessus avec de grands cris

comme sur des fuyards; mais six cavaliers les attendirent dans une plaine

et en tuèrent un grand nombre à coups de lance. Un Indien, entre autres,

saisit un cheval par une jambe et le retint quelque temps, comme si c’eût

été un mouton. Les Espagnols arrivèrent enfin à Zilan, qui est une fort

belle ville, dont le seigneur était un jeune homme de la famille des

Chèles, déjà chrétien et ami des Espagnols. Celui-ci les traita avec

beaucoup de bienveillance; comme _Ticokh_ était près de là, et que cette

ville, ainsi que toutes les autres localités de cette côte, relevait de

la seigneurie des Chèles, ils les laissèrent tranquilles durant plusieurs

mois.

Considérant qu’il lui était impossible, en ce lieu, de recevoir aucun

secours d’Espagne, qu’en cas d’un soulèvement des Indiens, ils seraient

inévitablement perdus, l’adelantado prit la résolution de partir pour

Campêche et Mexico, abandonnant entièrement le Yucatan avec son monde.

De Zilan à Campêche, il y a quarante-huit lieues. Ayant fait part de

son dessein à _Vamux-Chel_, seigneur de Zilan[81], celui-ci s’offrit

à assurer le chemin et à accompagner les Espagnols: l’adelantado

traita l’affaire avec un oncle de ce seigneur qui était seigneur de

_Yobaïn_[82], et obtint qu’il lui donnât pour l’accompagner deux fils

qu’il avait, jeunes gens de fort bonne mine. De cette façon, ayant placé

ces deux jeunes princes en croupe et celui de Zilan à cheval, il arriva

en sécurité avec eux à Campêche, où il fut reçu pacifiquement ainsi que

son monde. Là, les Espagnols prirent congé des Chèles; mais le prince de

Zilan tomba mort en s’en retournant dans ses États. L’adelantado partit

pour Mexico où Cortès lui avait signalé des Indiens en partage, quoiqu’il

fût absent.

L’adelantado étant arrivé à Mexico, avec son fils et son neveu, se mit

aussitôt à la recherche de doña Beatrix de Herrera, sa femme, avec qui il

s’était marié clandestinement à Séville, ainsi qu’une fille qu’il avait

d’elle, nommée doña Beatrix de Montejo. D’autres disent qu’il refusait de

la reconnaître pour son épouse, mais que don Antonio de Mendoza, vice-roi

de la Nouvelle Espagne, s’entremit pour les mettre d’accord et la fit

recevoir. Le vice-roi l’envoya ensuite comme gouverneur en Honduras,

et là sa fille épousa le licencié Alonso de Maldonado, président de

l’Audience des Confins[83]. Quelques années après, il fut transféré au

gouvernement de Chiapa, d’où Montejo envoya son fils avec ses pouvoirs au

Yucatan, et celui-ci en fit la conquête et pacifia le pays.

Ce même don Francisco, fils de l’adelantado, avait été élevé à la cour

du roi catholique: son père l’emmena avec lui, lorsqu’il retourna aux

Indes, pour la conquête du Yucatan, d’où ils allèrent ensuite ensemble

à Mexico. Le vice-roi don Antonio et le marquis Hernando Cortès avaient

pour lui beaucoup d’affection, c’est ce qui fit que le marquis l’emmena

à son tour dans son expédition de la Californie. A son retour à Mexico,

il fut pourvu par le vice-roi du poste de gouverneur de Tabasco, et il

y épousa une dame nommée doña Andrea del Castillo, laquelle était venue

fille à Mexico, avec ses parents.

§ XIV.—_Estado de Yucatan despues de la salida de los españoles. Don

Francisco hijo del Adelantado Montejo restablece el govierno español en

Yucatan._

Que salidos los españoles de Yucatan, falto el agua en la tierra, y que

por aver gastado sin orden su maiz en las guerras de españoles, les

sobrevino gran hambre, tanto que vinieron a comer cortezas de arboles, en

especial de uno que llaman _cumché_, que es fofo por de dentro y blando,

y que por esta hambre los Xiuis, que son los señores de Mani acordaron

hazer un sacrificio solemne a los idolos, llevando ciertos esclavos y

esclavas a echar en el pozo de Chicheniza y que avian de pasar por el

pueblo de los señores Cocomes sus capitales enemigos, y que pensando que

en tal tiempo no renovarian las passiones viejas, les embiaron a rogar

que les dexassen passar por su tierra y que los Cocomes les engañaron con

buena respuesta: y que dandoles posada a todo juntos en una gran casa les

pegaron fuego y mataron a los que escapavan y que por esto uvo grandes

guerras; y que se les recrecio langosta por espacio de cinco años que

no les dexava cosa verde, y que vinieron a tanta hambre que se cayan

muertos por los caminos, de manera que quando los españoles volvieron,

no conocian la tierra, aunque en otros quatro años buenos despues de la

langosta se avian algo mejorado.

Que este don Francisco se partio para Yucatan por los rios de Tabasco

y entro por las lagunas de dos bocas y que el pueblo primero que topo

fué Champoton con cuyo señor llamado _Mochkovoh_ le fue mal a Francisco

Hernandez y a Grijalva; y por ser ya muerto, no uvo alli resistencia,

antes los deste pueblo sustentaron a don Francisco y a su gente dos años

en el qual tiempo no pudo passar adelante por la mucha resistencia que

hallava, y que despues passo a Campeche y vino a tener mucha amistad con

los de aquel pueblo. De manera que con su ayuda y de los de Champoton

acabo la conquista prometiendoles que serian remunerados del rey por su

mucha fidelidad, aunque hasta agora el rey no lo ha cumplido.

Que la resistencia no fue bastante para que don Francisco dexasse de

llegar con su exercito a _Tiho_, donde se poblo la cibdad de Merida,

y que dexando el bagage en Merida començaron a proseguir su conquista

embiando capitanes a diversas partes, y que don Francisco embio a su

primo Francisco de Montejo a la villa de Valladolid, para pacificar los

pueblos que estavan algo rebeldes, y para poblar aquella villa como aora

esta poblada. Y que poblo en Chectemal la villa de Salamanca, y que tenia

ya poblado a Campeche, y dio orden en el servicio de los indios y en

el govierno de los españoles, hasta que el Adelantado su padre vino a

governar desde Chiapa con su muger y casa y fue bien recebido en Campeche

y llamo a la villa Sant Francisco por su nombre, y despues passo a la

cibdad de Merida.

§ XIV.—_Etat du Yucatan après le départ des Espagnols. Don Francisco fils

de l’Adelantado Montejo rétablit le gouvernement espagnol dans ce pays._

Après le départ des Espagnols du Yucatan, l’eau manqua à la terre: comme

les habitants avaient gaspillé le maïs dans les guerres avec l’étranger,

il y eut une si grande famine, qu’ils en vinrent à manger des écorces

d’arbre, en particulier de celui qu’ils appellent _cum-ché_, dont

l’intérieur est mou et tendre. Par suite de cette famine, les Xiuis, qui

sont les princes de Mani, résolurent d’offrir un sacrifice solennel aux

idoles, emmenant avec eux des esclaves des deux sexes, pour les jeter

dans le puits de Chichen-Itza. Comme ils devaient, à cet effet, traverser

une localité appartenant aux princes Cocom, leurs ennemis déclarés,

s’imaginant qu’en de telles circonstances ceux-ci ne renouvelleraient pas

les haines antiques, ils leur envoyèrent demander de les laisser passer

par leurs terres, à quoi les Cocomes répondirent, avec une apparente

cordialité, afin de les attirer dans le piége. Ils les reçurent tous

ensemble dans une grande maison, à laquelle ils mirent ensuite le feu,

massacrant ceux qui parvenaient à se sauver des flammes[84]. Cette

trahison donna lieu à une recrudescence d’hostilités; il y eut en même

temps une invasion de sauterelles cinq années successivement, durant

lesquelles il ne resta rien de vert; ce qui causa une telle famine, que

les gens tombaient morts dans les chemins, en sorte que lorsque les

Espagnols retournèrent, ils ne reconnaissaient plus le pays, bien que

quatre années d’abondance eussent remédié, tant soit peu, à la ruine

occasionnée par les sauterelles.

Don Francisco, fils de l’adelantado, se mit en chemin pour le Yucatan,

par les rivières de Tabasco; étant entré dans les lagunes de Dos

Bocas[85], la première localité qu’il toucha fut Champoton, dont le

seigneur Mochcovoh avait si mal reçu auparavant Francisco Hernandez et

Grijalva. Mais celui-ci était mort. Don Francisco n’éprouva de leur part

aucune résistance; ils le nourrirent, au contraire, lui et ses gens,

pendant deux années qu’il y demeura, sans pouvoir marcher en avant, à

cause de la grande opposition qu’on lui faisait plus loin. Il passa

ensuite à Campêche, dont les habitants s’allièrent à lui solidement:

à l’aide de ceux de cette ville et de Champoton, il acheva ainsi la

conquête du pays, leur promettant, aux uns et aux autres, qu’ils seraient

récompensés par le roi, pour leur fidélité, bien que jusqu’aujourd’hui le

roi n’ait pas encore pensé à remplir cet engagement.

Cette résistance fut, par conséquent, insuffisante pour empêcher don

Francisco d’arriver avec son armée jusqu’à _Tiho_, où il établit la

cité de Mérida[86]. Laissant les bagages dans cette ville, il commença

à poursuivre sa conquête, dirigeant des capitaines en différentes

parties du pays, envoya son cousin Francisco de Montejo à la ville de

Valladolid, afin de pacifier les populations qui se montraient quelque

peu rebelles et pour coloniser cette ville de la manière qu’elle est

occupée actuellement: il établit pareillement à Chectemal la ville de

Salamanca, et comme il occupait déjà Campêche, il régularisa le service

des Indiens et le gouvernement des Espagnols, jusqu’à l’arrivée de son

père l’adelantado: celui-ci vint alors de Chiapa, avec sa femme et sa

maison, afin de prendre les rênes de l’autorité; il fut parfaitement reçu

à Campêche, qu’il appela de son nom la ville de San-Francisco, et se

transporta ensuite à la cité de Mérida.

§ XV.—_Crueldades de los españoles en los naturales. Como se disculparon._

Que los indios recibian pesadamente el iugo de la servidumbre; mas los

españoles tenian bien repartidos sus pueblos que abraçavan la tierra,

aunque no faltava entre los indios quien los alterasse, sobre lo qual se

hizieron castigos muy crueles, que fue causa que se apocasse la gente.

Quemaron vivos algunos principales de la provincia de Cupul, y ahorcaron

otros. Hizose informacion contra los de Yobain, pueblo de los Cheles,

y prendieron la gente principal y metieronlos en una casa en cepos y

pegaron fuego a la casa y se abrasaron vivos con la mayor inhumanidad

del mundo, y dize este Diego de Landa que el vio un gran arbol cerca del

pueblo en el qual un capitan ahorco muchas mugeres indias de las ramas,

y de los pies dellas los niños sus hijos y que en este mismo pueblo,

y en otro que dizen _Verey_, dos leguas del, ahorcaron dos indias la

una donzella, y la otra rezien casada, no por otra culpa, sino porque

eran muy hermosas, y temian que se rebolveria el real de los españoles

sobre ellas, y porque pensassen los indios que no se les dava nada a los

españoles de las mugeres, y que destas dos ay mucha memoria entre los

indios y españoles por su gran hermosura y por la crueldad con que las

mataron.

Que se alteraron los indios de la provincia de Cochua y Chectemal y que

los españoles los apaziguaron de tal manera que siendo dos provincias

las mas pobladas y llenas de gente, quedaron las mas desventuradas de

toda aquella tierra, haziendo en ellas crueldades inauditas, cortando

manos, braços, y piernas, y a las mugeres los pechos y echandolas en

lagunas hondas con calabaças atadas a los pies, y dando de estocadas a

niños porque no andavan tanto como las madres; y si los que llevavan

en colleras enfermavan, o no andavan tanto como los otros, cortavanles

entre los otros las cabeças por no pararse a soltarlos, y que trayan gran

numero de mugeres y nombres captivos para su servicio con semejantes

tratamientos. Y que sa afirma que don Francisco de Montejo no hizo

ninguna destas crueldades, ni se hallo a ellas, antes le parecieron muy

mal, pero que no pudo mas.

Que los españoles se desculpan con dezir que siendo ellos pocos, no

podian sujetar tanta gente sin ponerles miedo con castigos terribles y

traen exemplo de historias y de la passada de los Hebreos a la tierra de

promission con grandes crueldades, por mandado de Dios, y que por otra

parte tenian razon los indios de defender su libertad, y confiar en los

capitanes que tenian muy valientes para entre ellos y pensavan que assi

serian contra los españoles.

Que cuentan de un ballestero español y de un flechero indio que por ser

muy diestros el uno y el otro se procuravan matar y no podian tomarse

descuidados, y que el español fingio descuidarse puesta la una rodilla

en tierra, y que el indio le dio un flechazo por la mano que le subio

el braço arriba y le aparto las canillas una de otra, y que al mismo

tiempo solto el español la ballesta y dio al indio por los pechos; y que

sintiendose herido de muerte, porque no dixessen que español le avia

muerto, corto un bexuco que es como minbre y muy mas largo, y se ahorco a

vista de todos con el; y que destas valentias ay muchos exemplos.

§ XV.—_Barbaries des Espagnols envers les indigènes; comment ils se

disculpent._

Ce n’était pas sans douleur que les Indiens voyaient s’appesantir

sur eux le joug de la servitude: mais les Espagnols tenaient leurs

communes habilement réparties sur toute l’étendue du pays. Il n’en

manqua cependant pas d’entre les Indiens qui excitassent leurs frères

à la révolte, à quoi ceux-là répondirent par des châtiments cruels qui

causèrent une diminution sensible dans la population. Quelques-uns des

principaux seigneurs de la province de Cupul furent brûlés vifs et

d’autres pendus. On fit une information juridique contre ceux de Yobaïn,

ville des Chèles; on se saisit des plus distingués d’entre les chefs et

on les mit aux fers, dans une maison, qu’ensuite on livra aux flammes.

Ces infortunés furent brûlés vivants dans l’embrasement avec la plus

grande inhumanité du monde, et ce Diego de Landa dit qu’il vit, près de

cette ville, un grand arbre aux branches duquel un officier pendit un

grand nombre de femmes indiennes, en pendant, en outre, leurs petits

enfants à leurs pieds. Dans cette même ville et dans une autre du nom de

Verey, à deux lieues de celle-là, ils pendirent deux Indiennes, l’une

encore vierge, et l’autre mariée récemment, qui n’avaient d’autre crime

que leur beauté. Ce fut au point que l’on craignit que les Espagnols ne

se révoltassent eux-mêmes contre leurs chefs, à cause de ces femmes: les

capitaines qui commandèrent cette barbarie n’en agirent de cette sorte

que pour laisser croire aux Indiens que les Espagnols étaient insensibles

à leurs femmes: aussi le souvenir de la beauté de ces deux victimes et la

cruauté de ceux qui les condamnèrent, n’est-elle pas restée moins vivante

parmi les Espagnols, que parmi les Indiens eux-mêmes[87].

Les Indiens des provinces de Cochua et de Chectemal s’étant soulevés, les

Espagnols les pacifièrent si bien, que ces deux provinces, qui étaient

auparavant les plus peuplées et les plus remplies de monde, demeurèrent

les plus désolées de toute la contrée; ils commirent des cruautés

inouïes, tranchant les mains, bras et jambes, coupant les mamelles

aux femmes, les jetant dans des lagunes profondes avec des calebasses

attachées aux pieds, frappant à coups de crosse les petits enfants,

parce qu’ils ne marchaient pas aussi vite que leurs mères. Quant à ceux

qu’ils emmenaient à la chaîne, s’ils devenaient malades et n’allaient pas

comme les autres, ils leur coupaient la tête au milieu des autres pour

ne pas se donner la peine de s’arrêter et de les délier; c’est avec ces

traitements inhumains qu’ils traînaient à leur suite pour leur service un

grand nombre d’hommes et de femmes qu’ils avaient réduits en esclavage.

On affirme, cependant, que don Francisco de Montejo n’eut à se reprocher

aucune de ces barbaries, et qu’il ne s’en commit jamais en sa présence;

loin de là, il les condamna toujours, mais ne fut pas assez puissant pour

y mettre un frein.

Les Espagnols s’efforcent de se disculper à ce sujet, en disant qu’étant

en petit nombre, ils n’auraient pu soumettre tant de monde, s’ils ne leur

avaient imposé par la terreur de ces terribles châtiments: ils apportent

pour exemple l’histoire, comme aussi le passage des Hébreux à la terre

de promission, où il y eut de si grandes cruautés commises par ordre

de Dieu; mais, de leur côté, les Indiens avaient raison de chercher à

défendre leur liberté et de mettre leur confiance dans les vaillants

chefs qu’ils avaient parmi eux, dans l’espoir de se délivrer ainsi des

Espagnols.

On raconte d’un arbalétrier espagnol et d’un archer indien, l’un et

l’autre également adroits, que depuis quelque temps ils cherchaient à se

surprendre mutuellement, mais qu’ils n’avaient pu réussir jusque-là à se

trouver en défaut de vigilance. L’Espagnol feignant un jour de s’oublier

un moment, mit un genou en terre: l’Indien lui lança alors une flèche à

la main qui lui fit monter le bras et entr’ouvrir les jambes; mais au

même instant l’Espagnol lâcha son coup d’arbalète à travers la poitrine

de l’Indien; se sentant blessé à mort, celui-ci ne voulant pas qu’on

pût dire qu’un Espagnol l’avait tué, coupa une liane, semblable à de

l’osier, mais fort longue, et s’y pendit en vue de tous; et de ces actes

de courage il y a un grand nombre d’exemples.

§ XVI.—_Modo de los pueblos de Yucatan. Cedula real en favor de los

indios. Muere el Adelantado; sus descendientes por su hijo don Francisco

de Montejo._

Relation des choses de Yucatan de Diego de Landa Texte espagnol et traduction française en regard, comprenant les signes du calendrier et de l'alphabet hiéroglyphique de la langue maya; accompagné de documents divers historiques et chronologiques, avec une grammaire et un vocabulaire abrégés français-maya, précédés d'un essai sur les sources de l'histoire primitive du Mexique et de l'Amérique Centrale, etc., d'après les monuments égyptiens, et de l'histoire primitive de l'égypte d'après les monuments américains par l'abbé Brasseur de Bourbourg · 第 16 / 47 段