de terre, quadrangulaire et s’élevant par degrés tout autour[19];
au sommet, il y avait une idole avec deux animaux féroces qui lui
dévoraient les flancs, et un grand serpent en pierre avalant un lion, et
ces animaux étaient couverts du sang des sacrifices. De Campêche, ils
apprirent qu’il y avait près de là une localité considérable qui était
Champoton[20]: en y arrivant, ils y trouvèrent un seigneur qui s’appelait
_Mochcovoh_; c’était un homme belliqueux qui s’empressa de convoquer ses
gens contre les Espagnols. Francisco Hernandez vit donc avec chagrin ce
qui viendrait à en résulter; mais pour ne pas avoir l’air d’être moins
animé que lui, il mit également son monde en ordre de bataille, et fit
décharger contre eux l’artillerie des navires. Malgré la nouveauté du
bruit, de la fumée et du feu de la décharge, les Indiens ne laissèrent
pas d’engager l’action avec de grands cris: les Espagnols, dans leur
résistance, leur causèrent de terribles blessures, leur tuant beaucoup
d’hommes; mais le seigneur du lieu inspira aux siens une si grande valeur
qu’ils obligèrent les Espagnols à la retraite: ils en tuèrent vingt, en
blessèrent cinquante, et leur firent deux prisonniers qu’ils sacrifièrent
ensuite. Francisco Hernandez se rembarqua avec trente-trois blessures, et
retourna tristement à Cuba, où il publia la découverte de cette terre, la
représentant comme heureuse et riche, à cause de l’or qu’il avait trouvé
dans l’île de Mugeres. Ces nouvelles excitèrent vivement l’envie de Diego
Velasquez, gouverneur de Cuba, ainsi que de beaucoup d’autres: celui-ci
envoya alors son neveu, Juan de Grijalva, avec quatre navires et deux
cents hommes; avec eux partit Francisco de Montejo, à qui appartenait un
de ces navires, et l’expédition s’embarqua le 1ᵉʳ mai de l’an 1518.
Ils engagèrent avec eux le même pilote, Alaminos: arrivés à l’île de
Cuzmil, le pilote vit de là le Yucatan. Mais, comme la première fois,
avec Francisco Hernandez, il l’avait côtoyé à main droite; désirant faire
le tour alors pour s’assurer si c’était une île, il gouverna à gauche, et
ils suivirent par la baie qu’ils nommèrent de l’Ascension, parce qu’en ce
jour ils y entrèrent; puis ils retournèrent le long de la côte jusqu’à ce
qu’ils fussent arrivés de nouveau à Champoton. Comme ils avaient débarqué
pour faire de l’eau, on leur tua un homme, en blessant cinquante autres,
l’un étant Grijalva lui-même qui reçut deux flèches, et à qui on brisa
une dent et demie. De cette façon, ils s’en allèrent, laissant à ce port
le nom de port de Mala-Pelea: c’est dans ce trajet qu’ils découvrirent la
Nouvelle-Espagne, ainsi que _Panuco_ et _Tavasco_. Dans ce voyage, ils
employèrent cinq mois: ayant voulu descendre à Champoton, les Indiens y
mirent obstacle avec tant de courage, qu’avec leurs canots ils arrivaient
jusqu’aux caravelles à leur lancer des flèches, et ainsi les Espagnols
mirent à la voile et les laissèrent.
Lorsque Grijalva fut de retour de son voyage de découverte et d’échange à
Tavasco et à Ulua[21], le grand capitaine Hernando Cortès se trouvait à
Cuba: sur la nouvelle de tant de terres et de richesses, Cortès éprouva
le désir de les voir et de les acquérir pour Dieu et pour son roi, comme
pour lui-même et ses amis.
§ IV.—_Navegacion de Cortes a Cuzmil. Escribe a Aguilar._
Que Hernando Cortes salio de Cuba con onze navios que el mejor era de
cien toneles y que puso en ellos onze capitanes, siendo el uno dellos,
y que llevava quinientos hombres y algunos cavallos y mercerias para
rescatar, y a Francisco de Montejo por capitan, y al dicho piloto
Alaminos mayor piloto del armada, y que puso en su nao capitana una
vandera de fuegos blancos y azules en reverencia de nuestra señora cuya
ymagen con la cruz ponia siempre donde quitava idolos, y que en la
vandera iva una cruz colorada con un letrero entorno que dezia _Amici
sequamur crucem, si nos habuerimus fidem in hoc signo vincemus_. Que con
esta flota y no mas aparato partio y que llego a Cotoch con los diez
navios porque el uno se le aparto con una refriega, y que despues lo
cobro en la costa. Que la llegada a Cuzmil fue por la parte del norte y
hallo buenos edificios de piedra para los idolos y un buen pueblo, y que
la gente viendo tanto navio, y salir los soldados a tierra huyo toda a
los montes.
Que llegados los españoles al pueblo lo saquearon y se aposentaron en
el y que buscando gente por el monte toparon con la muger del señor y
con sus hijos de los quales, con Melchior interprete indio que avia ido
con Francisco Hernandez y con Grijalva, entendieron que era la muger del
señor. A la qual y a sus hijos regalo mucho Cortes e hizo que embiassen
a llamar al señor al qual venido le trato muy bien y le dio algunos
donezillos, y le entrego á su muger y hijos, y todas las cosas que por
el pueblo se avian tomado, y que le rogo que hiziesse venir los indios
a sus casas y que venidos hizo restituir a cada uno lo que era suyo y
que despues de assegurados les predico la vanidad de los idolos, y les
persuadio que adorassen la cruz y que la puso en sus templos con una
ymagen de nuestra señora y que con esto cessava la idolatria publica.
Que Cortes supo alli como unos hombres barbados estavan camino de seis
soles en poder de un señor y que persuadio a los indios que los fuessen
a llamar, y que hallo quien fuesse aunque con dificultad porque tenian
miedo al señor de los barbares y escrivioles esta carta.
Nobles señores, yo parti de Cuba con onze navios de armada y quinientos
españoles y llegue aqui a Cuzmil de donde os escrivo esta carta. Los
desta isla me han certificado que ay en essa tierra cinco o seis hombres
barbados y en todo a nosotros muy semejantes, no me saben dar ni dezir
otras señas, mas por estas conjeturo y tengo por cierto sois españoles,
yo y estos hidalgos que comigo vienen a poblar y descubrir estas tierras
os rogamos mucho que dentro de seis dias que recibieredes esta, os
vengais para nosotros sin poner otra dilacion ni escusa. Si vinieredes
todos conoceremos, y gratificaremos la buena obra que de vosotros
recibira esta armada. Un bergantin embio para en que vengais, y dos naos
para seguridad.
Que los indios llevaron esta carta embuelta en el cabello, y la dieron
a Aguilar, y que los navios porque tardavan los indios mas del tiempo
del plazo, creieron que los avian muerto y que se volvieron al puerto de
Cuzmil y que Cortes viendo que los indios no tornavan ni los barbados,
se hizo otro dia a la vela. Mas aquel dia se les abrio un navio, y les
fue necessario tornar al puerto y que estandole aderezando, Aguilar
recibido la carta atraveço en una canoa la canal entre Yucatan y Cuzmil,
y que viendole los del armada fueron a ver quien era, y que Aguilar les
pregunto si eran Christianos y que respondiendole que si y españoles,
lloro de plazer y puestas las rodillas en tierra dio gracias a Dios y
pregunto a los españoles si era miercoles. Que los españoles le llevaron
a Cortes assi desnudo como venia, el qual le vistio y mostro mucho amor,
y que Aguilar conto alli su perdida y trabajos, y la muerte de sus
compañeros, y como fue impossible avisar a Guerrero en tan poco tiempo
por estar mas de LXXX leguas de alli.
Que con esto Aguilar que era muy bien interprete torno Cortes a predicar
la adoracion de la Cruz y quito los idolos de los templos, y dizen que
hizo esta predicacion de Cortes tanta impression en los de Cuzmil que
salian a la playa diziendo a los españoles que por alli passavan _Maria
Maria Cortes Cortes_.
Que partio Cortes de alli, y que toco de passo en Campeche y no paro
hasta Tavasco donde entre otras cosas y indios que le presentaron los de
Tavasco le dieron una india que despues se llamo Marina, la qual era de
Xalisco hija de padres nobles y hurtada pequeña y vendida en Tavasco y
que de ay la vendieron tambien en Xicalango, y Champoton, donde aprendio
la lengua de Yucatan con la qual se vino a entender con Aguilar y que
assi proveio Dios à Cortes de buenos y fieles interpretes, por donde vino
a tener noticia y entrada en las cosas de Mexico de las quales la Marina
sabia mucho por aver tratado con mercaderes indios y gente principal que
hablavan de esto cada dia.
§ IV.—_Voyage de Cortès à Cuzmil. Sa lettre à Aguilar._
Hernando Cortès partit de Cuba avec onze navires, dont le plus fort
était de cent tonneaux, leur donna onze commandants, lui-même étant
l’un d’eux, et emmena cinq cents hommes et quelques chevaux avec des
objets propres à être échangés. Il avait également avec lui Francisco de
Montejo, qui était un des commandants, et le pilote Alaminos, premier
pilote de la flotte. Au navire amiral, il arbora une bannière aux
couleurs blanche et bleue en l’honneur de Notre-Dame, dont il plaçait
toujours l’image avec une croix aux endroits d’où il ôtait des idoles, et
sur la bannière se montrait une croix rouge ayant ces paroles à l’entour:
_Amici, sequamur crucem, si nos habuerimus fidem in hoc signo vincemus._
Avec cette flotte et sans autres apprêts, il mit à la voile et arriva à
Cotoch[22] avec dix navires, le onzième s’étant séparé des autres dans
une tempête; mais il le recouvra plus tard à la côte. Arrivé à Cuzmil, il
cingla au nord et trouva de bons édifices de pierre pour les idoles et
une belle bourgade; mais les indigènes, voyant tant de vaisseaux et tant
de soldats qui prenaient terre, s’enfuirent tous dans les bois.
Les Espagnols étant entrés dans la bourgade, la saccagèrent et s’y
logèrent; se mettant ensuite dans les bois à la recherche des habitants,
ils trouvèrent la femme du seigneur du lieu avec ses enfants. Au moyen
de l’interprète Melchior, Indien qui avait suivi Francisco Hernandez et
Grijalva, ils apprirent qui elle était. Les caresses que leur fit Cortès,
accompagnées de dons faits à propos, les déterminèrent à faire appeler le
seigneur, qu’il traita également avec beaucoup de bienveillance; il lui
fit quelques petits présents, lui rendit sa femme et ses enfants, ainsi
que toutes les choses que les soldats avaient pillées dans la bourgade.
Il l’engagea à faire retourner les Indiens à leurs demeures et fit
restituer à chacun ce qui lui appartenait. Les ayant ainsi rassurés, il
leur prêcha la vanité des idoles et leur persuada d’adorer la croix, la
plaçant dans leurs temples avec une image de Notre-Dame, et c’est ainsi
que cessa l’idolâtrie publique.
C’est là que Cortès apprit comment des hommes barbus se trouvaient à
trois soleils de chemin au pouvoir d’un seigneur; il voulut persuader les
Indiens d’aller les chercher et en trouva un qui s’en chargea, quoique
avec difficulté, parce qu’ils avaient peur du seigneur des barbares[23],
et il écrivit la lettre suivante:
«Nobles seigneurs, étant parti de Cuba avec une flotte de onze navires et
cinq cents Espagnols, je suis arrivé à Cuzmil d’où je vous écris cette
lettre. Ceux de cette île m’ont assuré qu’il y a dans le pays cinq ou six
hommes barbus et en tout à nous fort semblables; ils ne peuvent me donner
ni dire d’autres signalements; mais pour ceux-ci je conjecture et tiens
pour certain que vous êtes Espagnols. Moi et ces seigneurs qui viennent
avec moi occuper et découvrir ces terres, nous vous prions beaucoup que
d’ici à cinq ou six jours, ayant reçu la présente, vous veniez vers
nous sans mettre d’autre retard ni excuse. Que si vous venez, nous le
reconnaîtrons et vous remercierons des bons offices que de vous recevra
cette flotte. J’envoie un brigantin pour que vous y veniez et deux
bâtiments pour la sécurité.»
Les Indiens emportèrent cette lettre enveloppée dans leur chevelure et la
remirent à Aguilar; mais comme ceux-ci tardèrent plus de temps qu’ils
n’avaient annoncé, on les crut morts et les navires s’en retournèrent
au port de Cuzmil. Cortès voyant alors que les Indiens n’étaient point
revenus non plus que les hommes barbus, mit à la voile le lendemain. Mais
ce jour-là un des navires s’ouvrit et ils se virent dans la nécessité
de retourner au port. Comme ils travaillaient à le radouber, Aguilar
ayant reçu la lettre, traversa dans un canot le canal entre Yucatan et
Cuzmil; ce que voyant ceux de la flotte, ils furent voir qui c’était.
Aguilar leur ayant demandé s’ils étaient chrétiens, ils répondirent
qu’ils étaient et chrétiens et Espagnols, sur quoi il versa des larmes de
joie, et s’agenouillant, il rendit grâces à Dieu, demandant ensuite si
ce jour était un mercredi. Les Espagnols l’amenèrent nu comme il était à
Cortès, qui le fit habiller et lui témoigna beaucoup d’amitié. Aguilar
raconta alors son naufrage et ses souffrances, ainsi que la mort de ses
compagnons, tout en faisant comprendre l’impossibilité où il avait été
d’aviser Guerrero dans ce court espace de temps, celui-ci se trouvant à
plus de quatre-vingts lieues de là.
Avec cet Aguilar, qui était un fort bon interprète, Cortès recommença à
prêcher l’adoration de la croix et retira les idoles des temples. On dit
que cette prédication de Cortès fit une si grande impression sur ceux
de Cuzmil[24], qu’ils sortaient sur la plage, disant aux Espagnols qui
passaient par là: Maria, Maria, Cortès, Cortès.
Cortès partit de là, toucha en passant à Campêche et ne s’arrêta point
jusqu’à Tabasco: c’est là qu’entre autres choses et personnes que lui
présentèrent ceux de Tabasco, ils lui donnèrent une Indienne qui se nomma
ensuite Marina; elle était de Xalisco, fille de parents nobles, et elle
avait été enlevée et vendue toute petite à Tabasco, d’où on la revendit
ensuite à Xicalanco et à Champoton, où elle avait appris la langue de
Yucatan, avec laquelle elle vint à s’entendre avec Aguilar. C’est ainsi
que Dieu pourvut Cortès de bons et fidèles interprètes, au moyen desquels
il vint à savoir la connaissance des choses du Mexique, dont Marina était
parfaitement au courant pour avoir traité avec des marchands indiens et
des gens distingués qui parlaient de tout cela chaque jour.
§ V.—_Provincias de Yucatan. Sus edificios antiguos mas principales._
Que algunos viejos de Yucatan dizen aver oido a sus passados que aquella
tierra poblo cierta gente que entro por Levante a la qual avia Dios
librado abriendoles doze caminos por la mar; lo qual si fuesse verdad
era necessario que veniessen de Judios todos los de las Indias, porque
passado el estrecho de Magellanes, se avian de ir estendiendo mas de dos
mil leguas de tierra que oy govierna España.
Que la lengua de esta tierra es todo una y que esto aprovecho mucho para
su conversion aunque en las costas ay alguna diferencia en vocablos y en
el tono de hablar y que assi los de la costa son mas pulidos en su trato,
y lengua, y que las mugeres se cubren los pechos, y las demas adentro no.
Que esta tierra esta partida en provincias sujectas a los pueblos de
españoles mas cercanos. Que la provincia de _Chectemal_ y _Bac-halal_
esta sujeta a Salamanca. La provincia de _Ekab_, de _Cochuah_ y la de
_Kupul_ estan sujetas a Valladolid. La de _Ahkin-Chel_ y _Yzamal_, la de
_Zututa_, la de _Hocabaihumun_, la de _Tutuxiu_, la de _Cehpech_, la de
_Chakan_, estan sujetas a la ciudad de Merida, la de _Camol_ y _Campech_,
y _Champutun_ y _Tixchel_ acuden a St Francisco de Campeche.
Que en Yucatan ay muchos edificios de gran hermosura que es la cosa mas
señalada que se ha descubierto en las Indias, todos de canteria muy bien
labrada sin aver ningun genero de metal en ella con que se pudiesse
labrar. Que estan estos edificios muy cerca unos de otros y que son
templos, y que la razon de aver tantos es por mudarse las poblaciones
muchas vezes y que en cada pueblo labravan un templo por el gran aparejo
que ay de piedra y cal, y cierta tierra blanca excellente para edificios.
Que estos edificios no son hechos por otras naciones sino por indios lo
qual se ve por nombres de piedra desnudos, y honestados de unos largos
listones que llaman en su lengua _ex_, y de otras divisa, que los indios
traen.
Que estando este religioso autor desta obra en aquella tierra se hallo en
un edificio que desbarataron, un cantaro grande con tres asas, pintado de
unos fuegos plateados por de fuera, y dentro ceniza de cuerpo quemado, y
algunos guessos de los brazos y piernas muy gruessos a maravilla, y tres
cuentas de piedra buenas de las que usavan los indios por moneda. Que
estos edificios de Yzamal eran XI o XII por todos sin aver memoria de los
fundadores, y que en uno dellos, a instancia de los indios, se poblo un
monesterio, el año de MDXLIX que se llamo St Antonio.
Que los segundos edificios mas principales son los de _Tikoch_ y
_Chicheniza_ los quales se pintaran despues. Que Chicheniza es un
assiento muy bueno, X leguas de Yzamal y XI de Valladolid, donde dizen
que reynaron tres SSʳᵉˢ hermanos que vinieron a aquella tierra de la
parte de Poniente, los quales eran muy religiosos, y que assi edificaron
muy lindos templos y que vivieron sin mugeres muy honestamente, y que
el uno de estos se murio o se fue, por lo qual los otros se hizieron
parçiales y deshonestos, y que por esto los mataron. La pintura del
edificio mayor pintaremos despues, y escriviremos la manera del pozo
donde hechavan hombres vivos en sacrificio, y otras cosas preciosas:
tiene mas de VII estados de hondo hasta el agua y de ancho mas de cient
pies hecho redondo en una peña tajada, que es maravilla, y el agua parece
verde, dizen que lo causan la arboleda de que esta cercado.
§ V.—_Provinces du Yucatan. Ses principaux édifices antiques._
Quelques anciens du Yucatan disent avoir entendu de leurs ancêtres que
cette terre fut occupée par une race de gens qui entrèrent du côté du
levant et que Dieu avait délivrés en leur ouvrant douze chemins par la
mer. Or si cela était vrai, il s’ensuivrait nécessairement que des Juifs
seraient descendus tous les habitants des Indes Occidentales, parce
que, passé le détroit de Magellan, ils avaient dû s’étendre en plus de
deux mille lieues de terre, dans ce qui est aujourd’hui gouverné par
l’Espagne[25].
Dans ce pays, il n’y a qu’une seule langue, ce qui a été fort utile pour
sa conversion, quoique sur les côtes il y ait quelque différence dans
les mots et dans la manière de parler. Ceux de la côte sont aussi plus
aimables dans leur commerce habituel et plus gracieux dans leur langage;
les femmes s’y couvrent la gorge, ce qu’elles ne font pas à l’intérieur.
Cette contrée est partagée en provinces sujettes aux localités espagnoles
les plus voisines. La province de _Chectemal_ et de _Bac-halal_ est
sujette à Salamanca[26]. La province d’_Ekab_, celle de _Cochuah_ et
celle de _Kupul_ sont sujettes à Valladolid[27]. Celle d’_Ahkinchel_
et d’_Yzamal_, celle de _Zututa_, celle de _Hocabai-Humun_, celle de
_Tutu-Xiu_, celles de _Cehpech_ et de _Chakan_ sont sujettes à la cité
de Merida[28]; celle de _Camol_, de _Campech_, de _Champutun_ et de
_Tixchel_ relèvent de San Francisco de Campêche.
Il y a dans le Yucatan beaucoup d’édifices de grande beauté, qui sont
la chose la plus remarquable qu’on ait découverte dans les Indes; ils
sont tous de pierre de taille fort bien travaillée, quoiqu’il n’y ait en
ce pays aucun métal avec lequel on ait pu les mettre en œuvre[29]. Ces
édifices, qui sont fort rapprochés les uns des autres, sont des temples,
et la raison pour laquelle il y en a tant, c’est que les populations
changeaient fréquemment de localité; or, en chaque bourgade ils
édifiaient un temple, en vue de l’abondance extraordinaire de la pierre
et de la chaux et d’une terre blanche qui s’y trouve, particulièrement
propre à bâtir.
Tous ces édifices sont construits par les mêmes nations d’Indiens qui les
habitent aujourd’hui, ce qui se voit clairement par les hommes de pierre
nus et ayant les parties naturelles couvertes de certaines ceintures
qu’ils appellent dans leur langue _ex_, comme aussi par d’autres objets
que portent les Indiens.
Or, le religieux qui a écrit ce livre se trouvant dans ce pays, on
découvrit dans un édifice en démolition une grande urne à trois anses,
peinte de couleurs argentées au dehors et renfermant les cendres
d’un corps brûlé, avec quelques-uns des os des bras et des jambes
d’une merveilleuse grosseur, ainsi que trois objets de pierre bleue
travaillés[30], de la classe de ceux qui servaient aux Indiens de
monnaie. Quant aux édifices d’Yzamal, il y en avait onze ou douze, mais
sans qu’on connaisse les fondateurs d’aucun d’eux[31]. Or, sur les
instances des Indiens, on en occupa un, en y construisant, en 1549, un
monastère qu’on appela de San Antonio[32].
Après ceux-ci, les édifices les plus remarquables sont ceux de
_Tikoch_[33] et de _Chichen-Itza_ qu’on décrira plus tard. Chichen-Itza
est une localité fort bonne, située à dix lieues d’Yzamal et à onze
lieues de Valladolid. On dit que trois seigneurs qui étaient frères, et
qui vinrent en cette contrée du côté du couchant, y régnèrent autrefois:
ils étaient fort religieux; c’est pourquoi ils édifièrent de fort beaux
temples et vécurent sans femmes d’une manière fort honnête. Mais l’un
d’eux étant venu à mourir ou s’en étant allé, les deux autres se
conduisirent injustement et sans décence, d’où il advint qu’on les
mit à mort[34]. Nous esquisserons plus loin le dessin de l’édifice
principal[35] et nous décrirons le puits où ils jetaient vivants les
hommes en sacrifice, ainsi que d’autres choses précieuses: il a plus
de sept stades de profondeur jusqu’à l’eau et plus de cent pieds de
diamètre, taillé en rond dans la roche vive d’une manière admirable;
l’eau en paraît verte, ce qui provient, dit-on, du bocage dont ce lieu
est environné[36].
§ VI.—_De Cuculcan y de la edificacion de Mayapan._
Que es opinion entre los indios que con los _Izaes_ que poblaron a
Chicheniza reyno un gran señor llamado _Cuculcan_, y que muestra ser
verdad el edificio principal que se llama _Cuculcan_. Y dizen que entro
por la parte de Poniente, y que difieren en si entro antes o despues de
los izaes, o con ellos, y dizen que fue bien dispuesto, y que no tuvo
muger ne hijos, y que despues de su buelta fue tenido en Mexico por
uno de sus dioses, y llamado _Cezalcouati_, y que en Yucatan tambien
le tuvieron por dios por ser gran republicano, y que esto se vio en el
assiento que puso en Yucatan despues de la muerte de los señores para
mitigar la discussion que sus muertes causaron en la tierra.
Que este Cuculcan torno a poblar otra cibdad, tratandolo con los señores
naturales de la tierra en que el y ellos viniessen, y que alli viniessen
todas las cosas y negocios y que para esto eligieron un assiento muy
bueno VIII leguas mas dentro en la tierra que donde esta agora Merida XV
o XVI de la mar, y que alli cercaron de una muy ancha pared de piedra
seca como medio quarto de legua, dexando solas dos puertas angostas y
la pared no muy alta, y que en medio desta cerca hizieron sus templos y
que al mayor, que es como el de Chicheniza llamaron _Cuculcan_, y que
hizieron otro redondo con quatro puertas, diferente de quantos ay en
aquella tierra, y otros muchos a la redonda, juntos unos a otros, y que
dentro deste cercado hizieron casas para los señores solos entre los
quales repartieron toda la tierra, dando pueblos a cada uno, conforme
a la antiguedad de su linaje y ser de su persona, y que Cuculcan
puso nombre a la cibdad, no del suyo, como hizieron los _Ahizaes_
en Chicheniza que quiere dezir el _Pozo de los Aizaes_, mas llamola
_Mayapan_ que quiere dezir el _Pendon de la Maya_, porque a la lengua
de la tierra llaman _Maya_ y que los Indios llaman _Ychpa_, que quiere
dezir _Dentro de las Cercas_.
Que este Cuculcan vivio con los señores algunos años en aquella cibdad,
y que dexandolos en mucha paz y amistad se torno por el mismo camino a
Mexico, y que de passada se detuvo en Champoton, y que para memoria suya
y de su partida hizo dentro en la mar un buen edificio al modo del de
Chicheniza, un gran tiro de piedra de la ribera, y que assi dexo Cuculcan
en Yucatan perpetua memoria.
§ VI.—_De Cuculcan et de la fondation de Mayapan._
C’est une opinion commune entre les Indiens qu’avec les _Itzaes_ qui
occupèrent Chichen-Itza, régna un grand prince, nommé _Cuculcan_[37],
ce que confirme le nom de l’édifice principal, appelé _Cuculcan_. Ils
racontent qu’il arriva du côté du couchant; mais ils ne s’accordent pas
sur le point, s’il vint avant ou après ou avec les Itzaes[38]. Ils disent
que c’était un homme bien dispos, qu’il n’eut ni femme ni enfants, et
qu’après son départ il fut regardé au Mexique comme un dieu et appelé
_Cezalcouati_[39]. On le vénéra également comme un dieu dans le Yucatan,
à cause de son zèle pour le bien public, et cela se vit dans l’ordre
qu’il établit dans le Yucatan, après la mort des seigneurs, afin de
calmer les dissentiments que leur assassinat avait causés dans le pays.