Ce n’est pas sans dessein que nous répétons ici ces paroles. Elles sont

pour nous comme un reflet des relations qui existèrent dans des temps

anté-historiques, entre le continent de l’Amérique et le nôtre, relations

qu’auraient violemment rompues les grandes irruptions volcaniques, dont

nous avons parlé plus haut, et qui paraissent avoir eu lieu simultanément

en Amérique, en Afrique et dans toute la chaîne des montagnes de

l’Asie centrale. Nous n’examinerons pas ici ce qu’il peut y avoir de

réel ou d’imaginaire dans les descriptions de l’Atlantide, rapportées

dans le _Critias_[111]; il nous suffit de savoir que la navigation,

probablement plus parfaite alors qu’elle ne le fut après le cataclysme,

était facilitée par l’existence de cette grande île «d’où l’on pouvait

passer aisément aux autres îles, et de celles-là à tout le continent

qui borde tout autour la mer intérieure.» Les communications existaient

donc d’un continent à l’autre, et les traditions, non moins que les

preuves géologiques, ne manquent pas à ceux qui affirment, que des terres

considérables furent englouties également dans l’Océan Pacifique, soit du

côté américain, soit aux extrémités de l’Asie orientale, comme du côté

atlantique, arrêtant ainsi à l’ouest les peuples qui menaçaient l’Europe,

et interrompant les progrès d’une civilisation occidentale, dont les

uniques témoignages sont, peut-être, les monuments des premiers Égyptiens

successeurs de Menès.

Ce qui paraît également hors de doute, c’est qu’une grande puissance

maritime, établie dans ces îles atlantiques, comme aujourd’hui celle de

la Grande-Bretagne, exerçait une influence considérable sur les deux

continents opposés. «Dans cette île Atlantide régnaient des rois d’une

grande et merveilleuse puissance; ils avaient sous leur domination

l’île entière, ainsi que plusieurs autres îles et quelques parties du

continent. En outre, en deçà du détroit, ils régnaient sur la Libye

jusqu’à l’Égypte, et sur l’Europe jusqu’à la Tyrrhénie.» Si, après

avoir lu ces lignes, on jette les yeux sur une carte de l’ancien monde

et que l’on examine les lieux que désigne ici Platon, on y retrouvera,

précisément en Afrique comme en Europe, tout un ensemble de populations,

dont il a été jusqu’à présent, non-seulement difficile, mais à peu près

impossible de tracer la filiation, soit avec les souches âryanes, soit

avec les races sémitiques. Ce sont tout d’abord les Égyptiens eux-mêmes,

dont les ethnographes les plus distingués sont réduits à faire une race

autochtone, faute de savoir à quel groupe les rattacher[112]; ce sont

ensuite les Berbères, ainsi que la plupart des nations libyennes, à

qui l’on trouve des liens de parenté avec les Égyptiens, liens que les

découvertes modernes semblent resserrer davantage chaque jour[113]; ce

sont les Ibères et les Basques, que, de toutes parts, on commence à

rattacher, à leur tour, aux Berbères, d’un côté; de l’autre, aux Finnois

et aux Lapons[114] qui, au moyen des Groenlandais, s’enchaînent, non

moins par les langues que par la conformation physique, à plusieurs des

populations les plus importantes de l’Amérique[115]. Mais entre les

Basques et les Finnois, il existait anciennement et il existe encore

aujourd’hui, en Europe, d’autres nations qui paraissent avoir eu une

origine commune avec eux: ce sont, d’un côté, en France, celles dont on

a signalé les traces dans des noms de localités antiques entre la Loire

et les Pyrénées; de l’autre, en Suisse, les Grisons, que leurs caractères

physiologiques rapprochent du type primitif[116]; enfin, en Italie, les

Étrusques et les diverses autres tribus italiotes, que leur caractère,

leurs mœurs et leurs institutions, autant que leur langage, rattachent

aux Égyptiens, bien plus qu’aux populations sémitiques, auxquelles

on a cherché à les assimiler[117]. Souvenons-nous, d’ailleurs, que

les Égyptiens assuraient eux-mêmes avoir disséminé un grand nombre de

colonies sur le continent, jusque parmi les Grecs et les Romains, dont

les noms se trouvent dans leur classification géographique, sur leurs

monuments. Ils ajoutaient que Bélus, qui avait conduit des colons à

Babylone et institué dans cette ville un sacerdoce sur le modèle de celui

de l’Égypte, était fils de Libya et de Neptune[118], c’est-à-dire issu de

la race libyenne et des peuples atlantiques de l’ouest.

§ X.

Les Cares ou Cariens. Leur nom identique avec celui des Barbar,

Berber ou Varvar. Leurs institutions gynécocratiques. Etendue

de leurs relations en Asie, en Afrique et en Europe.

Si nous suivons maintenant Bélus en Orient, et que nous cherchions entre

les vieilles populations de l’Asie Mineure, des îles et des côtes de la

Grèce et de l’Italie, aux époques antérieures aux conquêtes des peuples

indo-européens, qu’y trouvons-nous? des nations dont le souvenir est

presque effacé, dont les langues nous font défaut, mais dont les mœurs,

les institutions et les cultes nous rappellent sans cesse des cultes

et des institutions analogues dans l’ancienne Amérique, dont les noms

et les dieux, avec des noms semblables, se rencontrent dans la plupart

des traditions américaines. Les plus remarquables, sans contredit, sont

les Cares, qui passaient, à l’époque de la découverte du continent

occidental, pour les plus belliqueux et les plus civilisés de l’Amérique

centrale[119], et dont le nom se répète dans des centaines de noms de

peuples et de lieux, d’un bout à l’autre de l’Amérique tropicale, avec

le même sens que lui donnent, dans l’Asie, les philologues anciens et

modernes[120]. Ce sont encore les _Caucones_, les _Cauniens_, les

_Aoniens_ ou _Ioniens_, les _Mopses_ ou _Moxas_, qui, tous, ont leurs

homophones en Amérique et s’y rattachent aux Cares, de la même manière

que leurs homonymes se rattachaient, dans l’antiquité, aux Cares de

l’Asie. Est-ce là l’effet d’une simple coïncidence? C’est ce que les

lecteurs seront à même d’apprécier plus loin.

«Quand Homère, dit le baron d’Eckstein[121], désigne les Cares comme

_Barbarophonoi_ (qui parlent la langue des _Barbaras_), ce mot est des

plus significatifs dans sa bouche. Proféré avec le sentiment de la grande

spécialité de l’idiome des Cares, il nous apprend qu’ils parlaient la

langue d’une des plus vieilles branches de l’espèce humaine, la langue

d’un peuple que ses voisins appelaient du nom de _Barbaroi_, soit en

Asie, soit en Afrique. Ce nom ethnique n’est devenu un lien commun que

dans la bouche des Grecs et des Romains, qui l’ont reçu des Grecs.

Le passage d’Homère y a contribué. Ce mot est entré dans l’usage des

poëtes et des prosateurs; il a donné lieu à une abstraite généralité

que le mot de _Barbaras_ a revêtu dans l’usage des âges postérieurs.

Rien de pareil chez Homère. Thucydide relève avec force, c’est-à-dire

contrairement à l’opinion de son temps, que l’antithèse des Barbares et

des Hellènes était entièrement étrangère au vocabulaire d’Homère. Homère

ignore jusqu’au nom des Hellènes; nom qui ne date que du temps où les

Grecs, consolidés dans leurs colonies de l’Asie Mineure, y tranchaient du

maître, s’y signalaient par le mépris de leurs voisins. Les Cares étaient

les plus considérables de ces voisins, les plus illustres par leur

ancienne domination des mers. Ils dataient d’avant les Grecs; ils avaient

été les maîtres d’une partie des îles de la Grèce, d’une partie des côtes

du Péloponnèse, de l’Acarnanie, de l’Illyrie, avant qu’il y eût des

Pélasges dans ces contrées. Ils régnaient dans l’Asie Mineure, à côté des

Phrygiens et des Méoniens. Ils avaient contracté une alliance des plus

intimes avec les Méoniens comme avec les Thraces, voisins des Mysiens,

qui ont fait originairement partie de la nation des Cares. Voilà comment

il a pu arriver que l’antithèse des Hellènes et des Barbares se soit fait

vivement sentir dans une localité restreinte avant de devenir générale....

Ecoutons ce qu’Hérodote[122] affirme au sujet d’un peuple de Barbares,

connu des Égyptiens: «Ils appellent _Barbaroi_, dit-il, tous les peuples

voisins qui ne parlent pas la langue d’Égypte.» Or, il n’y a pas la

moindre difficulté à reconnaître ces peuples; car le nom de _Barbaras_

s’y est encore partiellement conservé comme un nom originel, ajoute M.

d’Eckstein[123]. Ce sont, d’une part, les peuples de la Nubie; d’autre

part, ceux des régions de la Libye. D’après les recherches de ce savant,

on retrouvait dans une grande partie de l’Afrique septentrionale, et même

jusqu’en Espagne et en Lusitanie, des traces de cette grande famille

libyenne, connue sous le nom de _Barbare_ ou de _Berbère_. Le témoignage

de Barth, si instruit, ajoute-t-il, des mœurs, des institutions, des

idiomes de cette grande race libyenne, de la chaîne de l’Atlas et des

oasis dans le voisinage de l’Égypte... nous renseigne sur la tribu

_varvar_, une des grandes divisions de la race libyenne moderne[124].

Il dérive le mot _varvar_ d’un _var_ radical, nom de l’homme dans la

langue des Touaregs. Le redoublement doit avoir le sens d’hommes par

excellence, de ceux qui sont deux fois des hommes. Pour nous, répétant ce

que nous disions un peu plus haut, au sujet des _Cares_ de l’Amérique,

et de l’immense extension de ce nom sur la surface de ce continent,

soit comme _Caracara_ ou _Caraib_ dans les Antilles[125], soit comme

_Caras_ et _Cariari_ au Honduras, comme _Cares_, _Carabacas_, _Caracas_,

_Carachines_, _Caramantas_, _Carangues_, _Carcares_, _Carares_,

_Caravaros_, _Cariacos_, _Carios_, _Caripunos_, _Cariones_, _Cartamas_,

ou comme _Guarani_, _Galibi_, etc. dans l’Amérique méridionale, nous

ajouterons qu’il a partout le même sens d’homme, de guerrier par

excellence, de vaillant, ainsi qu’en Afrique et en Asie[126]. Ce sont là

des noms sous lesquels sont encore connues des populations nombreuses, et

qui, dès les temps les plus anciens de l’histoire américaine, jouèrent,

dans les régions les plus diverses, des rôles considérables, ainsi qu’on

le verra plus loin.

Dans son travail, sur les rapports des différents peuples de l’Afrique

et de l’Asie, qui se rattachent aux noms de _Cares_, de _Barbar_ ou

_Varvar_, M. d’Eckstein cherche surtout à faire ressortir le trait

caractéristique qui les distinguait entre les autres nations: il

cherche les origines de la _Gynécocratie_, c’est-à-dire du règne de la

femme dans la famille, de son influence dans la société civile, de son

autorité dans l’État, trois choses qui paraissent découler clairement

des preuves historiques qu’il apporte, pour en constater l’existence,

d’un côté, chez les vieilles races berbères et libyennes; de l’autre,

chez un grand nombre de populations de l’ancienne Asie. C’est par les

institutions de la Gynécocratie qu’il les rattache les unes aux autres,

pour les faire descendre, plus ou moins, d’une souche commune qui, dans

son opinion, serait la race brune ou chamitique du centre de l’Asie[127].

Ce qui nous a particulièrement frappé à cet égard, c’est qu’en comparant

les Cares ou les races qui leur sont alliées dans l’ancien monde, à

celles du continent américain, nous trouvons précisément, ainsi que

nous l’avons exposé ailleurs, avant de connaître le travail de M.

d’Eckstein, les traces de la Gynécocratie et des désordres qu’elle avait

enfantés, non-seulement chez la plupart des nations cares de l’Amérique

méridionale, mais encore chez un grand nombre de tribus surtout de

la race nahuatl, avec qui les Cares paraissent avoir été intimement

alliés[128].

L’Écriture sainte, qu’on ne consulte jamais en vain, dans les questions

de races, malgré son extrême concision, comprend sous le nom de Cham,

quatre des principales branches de l’espèce humaine: ce sont celles des

Chus, de Phut, de Mizraïm et de Chanaan. Les Lahabim ou Libyens n’y

paraissent qu’en sous-ordre, rattachés au tronc de Mizraïm[129]; mais

Chus, Phut et les Libyens sont presque inséparables dans le souvenir des

prophètes[130]. Peuple pasteur, agriculteur, métallurge, marin, pirate,

Lahabim est tout cela, selon son séjour dans l’intérieur, ou sur les

côtes de l’Océan. Répandu dans les oasis du voisinage de l’Égypte, sur

toutes les côtes de la Méditerranée et de l’Océan Atlantique, depuis

la Cyrénaïque jusqu’aux extrémités du Maroc, maître des vallées et des

crêtes du mont Atlas, nous les voyons mêlés à des tribus de Barbaroi,

d’Afrigh, à la race de Phut, dont le nom existe encore aujourd’hui dans

celui de _Phetz_, _Fez_, ou _Fezzan_[131]. Faisaient-ils partie de

ces nations qui, «venues au travers de la mer Atlantique,» menacèrent

autrefois la Grèce et l’Égypte? C’est ce que la tradition ne nous

apprend pas. Mais, navigateurs de vieille date, comme le prouve leur

établissement au Canaries, nous pouvons en conclure qu’ils n’étaient pas

étrangers à la race des Guanches, que les débris de leurs traditions,

de leur caractère et de leur langage, paraissent identifier, d’un côté,

avec les insulaires des Antilles[132], et, de l’autre, avec les Égyptiens

et les Berbères[133]. Le nom de _Brbr_, donné d’ailleurs aux pyramides

d’Égypte, à cause des princes qui les édifièrent[134], les ressemblances

frappantes que l’histoire et les découvertes récentes nous signalent

entre ces princes et les races libyennes, dont on croit retrouver le

type dans les peuples primitifs de l’époque la plus civilisée des

Memphis[135], tout aujourd’hui semble se réunir, pour montrer dans les

fondateurs de l’antique civilisation égyptienne, une race atlantique,

issue, probablement, de ces envahisseurs de l’ouest, dont le cataclysme

dut arrêter le développement et dont les _Hycsos_ auraient été le dernier

flot[136].

Ces notions, rapprochées les unes des autres, finiront, peut-être,

par jeter quelques lueurs sur l’histoire primitive de l’Afrique et

conséquemment de l’Europe occidentale. Nous avons parlé de la parenté

qui paraît exister entre les idiomes des nations libyennes et la langue

des Basques; entre celle-ci et la langue des anciens Ibères. Ajoutons,

pour compléter ces notions, en vue des relations que le nom et les

institutions des _Cares_ établissent entre les nations du monde entier,

ce que Strabon nous fait connaître au sujet des femmes ibériennes qui

paraissent avec les hommes sur les champs de bataille[137]: il nous les

montre, surtout chez les Cantabres, ainsi que chez un grand nombre de

peuples de l’Afrique[138], investies de priviléges spéciaux, exerçant

la puissance, ainsi qu’on le voit même en Égypte. En Cantabrie, elles

accouchaient en plein champ: c’étaient les maris qui se mettaient au

lit, comme s’ils avaient été en mal d’enfant et les femmes qui les

soignaient[139]. C’est exactement ce qui se pratiquait dans plusieurs

des régions de l’Amérique et du Yucatan, entre autres chez les Cares des

montagnes de Copan et de Chiquimula[140]. Remarquons, en passant encore,

avant de quitter l’Espagne, un autre souvenir des Cares américains, qui

n’est pas moins important, celui des dépressions que les mères faisaient

subir aux crânes de leurs enfants, et dont l’usage se retrouve chez

la plupart des nations qui se rattachent aux Cares ou aux Nahuas en

Amérique[141]. On sait d’ailleurs que la population de la province ou

capitainerie générale de Guipuzcoa est, très-probablement, en grande

partie, formée par les descendants des anciens _Carites_ et _Varduli_ (ou

Bardules, dont les noms ne sont pas moins significatifs), se trouvant

entre les Cantabri et les Autrigones à l’ouest et les Vascones à

l’est[142].»

«En ces vieux jours du monde, dit encore M. d’Eckstein, où Ibères

et Libyens, Lahabim et Phoutim s’enlaçaient plus ou moins à travers

l’Europe occidentale et poussaient jusqu’au sein de l’Irlande et de la

Grande-Bretagne, les monuments de Mizraïm semblent révéler des rapports

maritimes de ces Libyens et probablement de ces Ibères avec les Cares

et avec les autres races anté-pélasgiques des côtes de la Grèce et de

l’Italie, ainsi que des îles de l’Archipel[143].»

C’est, du reste, dans les rapports des Cares et ceux des peuples

atlantiques qu’il faut chercher à découvrir les vestiges de l’ancienne

histoire des deux mondes. Le mystère de la langue étrusque s’éclaircira,

peut-être aussi, par ses rapports avec quelqu’un des idiomes libyens

ou de ceux de l’Amérique. Les faibles traces par lesquelles on s’est

efforcé de la rattacher aux langues indo-européennes, n’inspirent aucune

confiance. «Les Étrusques, a dit depuis longtemps Denys d’Halicarnasse,

ne sont semblables à aucune autre nation pour le langage et les mœurs. Le

peuple de Raz, comme ils s’appelaient eux-mêmes[144], ne se distinguait

pas moins des Italiens latins ou sabelliens et des Grecs, par leur

apparence que par leur langue; au lieu des proportions élégantes et

symétriques des Italiens, les sculpteurs toscans ne nous présentent

que des figures courtes et trapues, avec de grosses têtes et de longs

bras. Leur religion, d’un autre côté, présente un assemblage étrange de

combinaisons mystiques des nombres, de pratiques sauvages et terribles,»

où l’on croit retrouver tous les mystères des religions du Mexique.

Mais, ainsi que chez les Chichimèques, chez les Natchez, chez les

nations nahuas de Panuco, de Teo-Colhuacan et au royaume de Quito[145],

la femme est reine, comme elle l’était également en Égypte[146]: elle a

son rôle en face de l’homme, du roi; elle est prêtresse, inspiratrice,

législatrice et oracle. Les jeunes filles étaient des hétaires sacrées,

esclaves du temple d’une déesse de la pyramide, d’un foyer de la tombe.

C’est le pendant exact de ce qui est rapporté des filles des rois et des

grands, dans cette race de princes berbères qui envahirent l’Égypte et

bâtirent les pyramides. C’est exactement ce qui est raconté des jeunes

filles de souche lydo-carienne, qui contribuaient à l’érection des

monuments funèbres des rois, en se prostituant aux marchands et aux

étrangers, dans le foyer du temple de la déesse.

En voulant rattacher les Étrusques aux Lydiens, les écrivains qui se

sont occupé de cette matière, cherchaient tout simplement à les faire

sortir d’une souche sémitique. Mais s’il y a le moindre fondement à faire

sur le récit de cette irruption de peuples, sortant, à l’ouest, de la

mer Atlantique, c’est évidemment à ces races mystérieuses qu’il faut

les ramener sous beaucoup de rapports. S’ils sont sortis de l’Asie, ce

ne peut être que par suite de leur origine première, après de longues

migrations, ou bien, par les Cares, avec lesquels ils avaient des liens

de parenté; c’est aussi par ces liens antiques que se trouvent alliés

tous les hommes de race brune, tels que les Mongols, les Américains et

les Égyptiens, dont la souche commune se retrouvera, peut-être, un jour,

dans les régions de l’Asie centrale. Tous ces peuples, ainsi que ceux que

nous avons énumérés plus haut, sont issus de race chamite, et sont ainsi

parents à des degrés plus ou moins éloignés: ils appartiennent à la même

formation primitive chez laquelle, selon M. d’Eckstein, la gynécocratie

ou l’empire des femmes fut établie comme le principe fondamental de la

société[147].

Quant aux Cares que les savantes recherches de cet écrivain nous

montrent, presque comme les maîtres du vieux monde, avant les Aryas

et les prédécesseurs des Phéniciens sur toutes les mers, faut-il

s’étonner que nous les rencontrions également sur toute l’étendue de

l’Amérique? faut-il s’étonner que nous trouvions leur nom mêlé aux

cosmogonies antiques, aux plus anciennes légendes, aux invasions les

plus considérables, comme à la fondation des empires, aux jours les plus

fabuleux de l’histoire de ces contrées? Nous les y trouvons à des époques

diverses, avec leurs institutions et leur culte. D’où venaient-ils

originairement? étaient-ils de la même race que ces populations qui,

sous le nom d’Atlantes, envahirent l’Europe et l’Afrique, dans les

temps antérieurs à la grande catastrophe diluvienne, qui sépara les

deux mondes, à l’Occident et à l’Orient; ou bien, furent-ils conduits,

par suite de cette catastrophe, à se disperser et à émigrer à la

fois, d’Asie en Afrique et en Europe, et d’Asie en Amérique? Dans

l’opinion de M. d’Eckstein, cette catastrophe aurait certainement

réagi sur les destinées de l’Afrique[148]: elle aurait, ainsi que nous

le pressentions tout à l’heure, amené dans l’Égypte les rois libyens,

fondateurs des pyramides, et causé l’apparition des Cares sur les côtes

de la Méditerranée, en Libye et en Palestine. Ces mêmes causes auraient

déterminé ultérieurement l’occupation des îles de la Méditerranée, après

quoi se seraient formés les premiers établissements qui surgirent sur

divers points de la Grèce anté-pélasgique et de l’Italie anté-latine;

les Cares auraient fini, de cette manière, par constituer une puissance

maritime carienne sur les côtes de la Cilicie et de la Lycie, aussi bien

que du côté de la Lydie et de la Phrygie primitives[149].

§ XI.

Les Cares en Amérique. Leur extension considérable sur ce

continent. Culte des dieux. Macares en Asie, dans l’Inde, en

Amérique. Macar, Cipactli, Ymox, Macar-Ona. Le Melcarth des

Tyriens et les dieux poissons du Guatémala. Quetzalcohuatl.

En Amérique, nous voyons se produire le même fait qu’en Asie. _Dimivan

Caracol_ et ses trois frères sont présentés comme une des causes de

l’inondation qui déchire le continent et produit la mer. C’est de son

épaule que sort la tortue qui sera la première terre où ils aborderont

et qu’ils cultiveront de leurs mains, et c’est avec leur aide que les

hommes auront des femmes à qui ils pourront s’unir[150]. Une tradition

antique conservée parmi les _Guarani_, rapportait également l’origine de

cette grande famille à deux frères _Tupi_ et _Guarani_[151], qui, à la

suite de la grande inondation, abordèrent aux côtes du Brésil, avec leurs

femmes et leurs enfants et bâtirent les premières villes qu’on eût vues

dans ce pays[152]. En conséquence de graves dissentiments, survenus entre

les deux frères ou les deux familles, ils résolurent de se séparer, et

ils se dispersèrent insensiblement dans toute l’étendue de ces vastes

régions, où on les reconnaît au nom de _Tupi_ et de _Guar_, _gar_, ou

_car_, que l’on retrouve dans les noms d’un si grand nombre de nations.

Les traditions antiques du royaume de Quito nous montrent les _Caras_,

débarquant de l’Océan Pacifique au Rio Esmeraldas, d’où ils s’étendent

dans l’intérieur où leurs chefs établissent plus tard la dynastie des

_Scyris_[153]: on en voit d’autres apparaître en plusieurs endroits

des côtes du Pérou et du Chili, où ils fondent des villes qui portent

leur nom, et c’est à un chef _cara_ sorti de la vallée de Coquimbo que

les souvenirs antiques du lac de Titicaca attribuent le massacre des

hommes blancs de Chucuyto[154]. Les innombrables États d’origine care

ou caraïbe, qui existaient encore à l’époque de la conquête, soit à

l’intérieur de l’Amérique, soit sur les côtes que baignent les deux mers,

attestent l’antique puissance de cette race prodigieuse[155].

«Le culte des dieux _Macares_ est celui des Cares, premiers dominateurs

de la mer, ajoute M. d’Eckstein[156], comme il fut très-anciennement

aussi celui des Lydiens, des Phout, des Ibères, en tant que navigateurs

des côtes de la Méditerranée et des rivages de l’Atlantique, tout cela

bien longtemps avant qu’il passât aux Pélasges, après avoir été le bien

commun des Cares et des Phéniciens. Ce culte naquit sur les rives de

l’Océan Indien et domine dans les régions du Guzzurate, du Katch, des

bouches de l’Indus, des côtes de la Gédrosie, de la Perside, du golfe

Persique et de l’Arabie, jusqu’aux extrémités des régions éthiopiennes.

Le nom de _Makara_ fleurit partout et cela avec un sens précis, dans les

légendes du Guzzurate.

Relation des choses de Yucatan de Diego de Landa Texte espagnol et traduction française en regard, comprenant les signes du calendrier et de l'alphabet hiéroglyphique de la langue maya; accompagné de documents divers historiques et chronologiques, avec une grammaire et un vocabulaire abrégés français-maya, précédés d'un essai sur les sources de l'histoire primitive du Mexique et de l'Amérique Centrale, etc., d'après les monuments égyptiens, et de l'histoire primitive de l'égypte d'après les monuments américains par l'abbé Brasseur de Bourbourg · 第 4 / 47 段