Nous sommes enfants de la boue
Qui corrompt les dormantes eaux:
Mais en vrais paons faisons la roue,
Puisqu'ici l'on nous trouve beaux.
ÉTOILE TOMBANTE.
Du haut des cieux que ma lumière
Tant de milliers d'ans éclaira;
Je tombe, et gis dans la poussière.
Sur mes pieds qui me remettra?
LES MASSIFS.
Place! place! les herbes ploient,
Le sol cède, l'arbre se rompt.
Les Esprits, tout Esprits qu'ils soient,
Ont parfois des membres de plomb.
PUCK.
Hé! seigneurs éléphants, de grâce,
Daignez marcher d'un pas moins lourd.
Que le moins leste dans ce jour
Soit Puck à la mobile face
ARIEL.
Si la nature, si l'esprit
Vous a pourvus d'ailes divines,
Suivez-moi tous sur ces collines,
Où la rose à l'ombre fleurit.
ORCHESTRE.
(Pianissimo.)
Un brouillard s'élève et voltige,
On entend gémir les roseaux...
C'est le vent qui rase les eaux,
Tout a fui comme un vain prestige.
* * * * *
JOUR NÉBULEUX.--UNE PLAINE.
MÉPHISTOPHÉLÈS, FAUST[43].
FAUST.
Dans la misère, dans le désespoir; entraînée long-temps sur une pente
funeste, sur la pente de l'abîme et maintenant captive, jetée comme
une criminelle au fond d'un cachot, où l'attendent d'effroyables
supplices!... La céleste, l'infortunée créature!... Jusque-là...
jusques à ce point!... Traître, méprisable Esprit, tu me l'as caché!...
Reste donc, reste ici, roule avec colère, dans leur orbite, tes yeux de
Démon! Reste et brave-moi par ton insupportable présence!... Captive,
dans une irréparable misère; livrée aux mauvais Esprits et à la justice
barbare des hommes!... Et pendant ce temps, tu me fais courir à de
hideux divertissements, tu me caches sa détresse toujours croissante,
et tu la laisses périr sans secours!
MÉPHISTOPHÉLÈS.
Elle n'est pas la première.
FAUST.
Chien, abominable monstre!... Rends-lui, Esprit infini, rends à ce
vermisseau cette forme de chien, sous laquelle il s'est amusé tant
de fois à rôder pendant la nuit, pour mordre les jambes du voyageur
paisible, et se jeter sur ses épaules quand il l'avait renversé:
rends-lui cette forme favorite que devant moi dans le sable il rampe
sur son ventre, et que je le foule aux pieds, l'infame!--«Ce n'est
pas la première!»--Horrible idée, idée incompréhensible à toute âme
humaine! Que plus d'une créature ait été plongée dans l'abîme d'une
telle misère; que la première, dans les agonies de sa mort, n'ait pas
payé pour toutes les autres aux regards de l'éternelle pitié! La misère
d'une seule a suffi pour glacer jusqu'à la moelle de mes os; et toi, tu
souris tranquillement, en parlant du sort affreux de quelques milliers
d'entre elles!
MÉPHISTOPHÉLÈS.
Nous sommes à peine à l'a. b. c. de notre esprit, que déjà, vous autres
hommes, vous l'avez perdu. Pourquoi fais-tu société avec nous, si tu
n'en peux supporter les conséquences? Tu veux voler, et tu crains le
vertige!... D'ailleurs est-ce moi qui me suis jeté à ta tête, ou toi à
la mienne?
FAUST.
Ne grince pas tes dents de tigre si près de moi, tu me fais horreur!...
Esprit sublime, toi qui m'as jugé digne de te contempler, toi qui
connais mon cœur et mon âme, pourquoi m'as-tu attelé au même joug que
ce misérable, qui se nourrit de désastres, qui se complaît dans la
destruction?
MÉPHISTOPHÉLÈS.
As-tu fini?
FAUST.
Sauve-la ou malheur à toi, la plus effroyable malédiction sur toi, aux
siècles des siècles!
MÉPHISTOPHÉLÈS.
Je ne peux pas dénouer les chaînes de la vengeance, je ne peux
pas ouvrir les verrous.--«Sauve-la»--Lequel donc de nous deux l'a
précipitée dans l'abîme? Est-ce moi ou toi? (Faust lance autour de lui
des regards furieux.) Vas-tu prendre en main le tonnerre? Heureusement
qu'il ne vous fût point confié, chétifs mortels! Foudroyer l'innocent
qui vous résisterait, ce serait un petit plaisir que vous vous
donneriez quelquefois.
FAUST.
Conduis-moi dans sa prison, il faut qu'elle en sorte!
MÉPHISTOPHÉLÈS.
C'est t'exposer à un grand péril; as-tu déjà oublié le meurtre, dont ta
main ensanglanta cette ville? Sur la demeure de la victime planent des
Esprits vengeurs, qui épient le retour de l'assassin.
FAUST.
Et c'est de toi qu'il faut l'entendre? Ruine et mort de tout un
monde sur toi, monstre!... Conduis-moi dans sa prison, te dis-je, et
délivre-la!
MÉPHISTOPHÉLÈS.
Eh bien, je t'y conduirai; et, quant à ce que je peux faire pour sa
délivrance, le voici... Ai-je, moi, tout pouvoir dans le ciel et sur la
terre?... J'endormirai le geôlier, et je te mettrai en possession de
la clef; il faudra ensuite la main d'un homme, pour ouvrir les portes:
charge-t'en. Je serai là avec des chevaux enchantés, prêt à vous
emmener tous les deux. C'est tout ce que je puis faire.
FAUST.
Partons donc!
[Illustration:
Faust--que vois-je remuer autour de ce gibet?
... ils vont et viennent, ils se baissent et se relèvent.
Meph--C'est une assemblée de Sorciers.
Faust--Ils sèment et consacrent.
Meph--En avant! En avant!
]
LA NUIT.--UNE RASE CAMPAGNE.
FAUST, MÉPHISTOPHÉLÈS, sur des chevaux noirs hennissant.
FAUST.
Que vois-je remuer autour de ce gibet?
MÉPHISTOPHÉLÈS.
J'ignore ce qu'ils veulent faire.
FAUST.
Ils vont et viennent, ils se baissent et se relèvent.
MÉPHISTOPHÉLÈS.
C'est une assemblée de Sorciers.
FAUST.
Ils sèment et consacrent.
MÉPHISTOPHÉLÈS.
En avant! En avant!
* * * * *
UN CACHOT.
FAUST, un trousseau de clefs dans une main, une lampe dans l'autre,
debout devant une petite porte en fer.
FAUST.
Il y a long-temps que je n'ai éprouvé une horreur si profonde; toutes
les misères de l'humanité sont concentrées en moi seul. C'est ici
qu'elle habite, derrière ce mur humide; et duel fût son crime? une
douce illusion. Tu trembles de l'approcher, tu crains de la revoir!...
Entrons, mon abattement ne fait que hâter sa mort.
(Il détache une des clefs. On entend chanter au-dedans du
cachot.)
Ma mère, la catin,
Qui m'a tuée!...
Mon père, le coquin,
Qui m'a mangée!...
Ma jeune sœur,
À la faveur
De la nuit sombre,
En un lieu frais
Que je connais,
À l'ombre,
Jeta mes os,
Dans des roseaux,
Sous un saule,
À l'eau.
Là, je devins petit oiseau,
Et vole, vole!
FAUST, ouvrant la porte.
Elle ne se doute pas que son amant l'écoute... J'entends le bruit des
fers qui traînent à terre, et de la paille qui se froisse.
(Il entre.)
(MARGUERITE paraît, s'enveloppant dans sa couverture.)
MARGUERITE.
Dieu, Dieu, ils viennent!... Affreuse mort!
FAUST bas.
Silence, je viens te délivrer.
MARGUERITE se traînant jusqu'à lui.
Si tu es un homme, sois touché de mon infortune.
FAUST.
Tes cris vont réveiller les gardes.
(Il saisit les chaînes pour les détacher.)
MARGUERITE à genoux.
Bourreau, qui t'a donné cette puissance sur moi?... Tu viens déjà me
chercher, dès minuit? Aie pitié de moi, et laisse-moi vivre encore.
Demain, au point du jour, ne sera-ce pas assez tôt? (Elle se relève.)
Je suis si jeune, si jeune... et déjà il faut mourir... J'étais belle
aussi, et ce fût ma perte... Mon ami était alors près de moi; il est
bien loin maintenant; ma guirlande est arrachée, ses fleurs sont
dispersées... Ne me saisis pas avec tant de violence, épargne-moi; que
t'ai-je fait?... Ne me laisse pas pleurer en vain... Je ne t'ai jamais
vu de ma vie!
FAUST.
Comment résister à tant de douleurs?
MARGUERITE.
Je suis tout-à-fait en ta puissance; permets-moi une fois seulement
d'allaiter encore mon enfant. Je l'ai serré contre mon cœur toute
la nuit; ils me l'ont pris pour me faire du chagrin, et ils disent
à présent que je l'ai tué... Jamais je ne reprendrai ma gaité: ils
chantent des chansons sur moi... C'est bien méchant de leur part!... Un
vieux conte finit comme cela: _Que veulent-ils donc dire?_
FAUST se jette à ses pieds.
Ton amant est à tes genoux, il vient briser tes horribles chaînes.
MARGUERITE faisant de même.
Oui, mettons-nous à genoux, pour implorer les saints... Vois-tu, sous
ces degrés et sur le seuil de cette porte, les chaudières bouillantes
de l'enfer? Vois-tu le Malin qui grince les dents de colère, et qui
fait un épouvantable bruit?
FAUST à haute voix.
Marguerite! Marguerite!
MARGUERITE d'un air attentif.
C'était la voix de mon ami. (Elle s'élance brusquement, ses fers
tombent.) Où est-il? Je l'ai entendu appeler, je suis libre, personne
ne m'arrêtera; je veux me jeter à son cou, me reposer sur son cœur;
il a appelé Marguerite, il était près de la porte; au milieu des
hurlements et du fracas de l'enfer, à travers l'amère ironie du Démon,
j'ai reconnu sa douce voix, sa voix si tendre!
FAUST.
C'est moi-même.
MARGUERITE.
C'est toi? Oh! dis-le encore une fois! (Elle le saisit.) C'est lui,
c'est lui! Où est la douleur? Où est l'angoisse des fers et du cachot?
C'est toi... tu viens me sauver... je suis sauvée!... Je revois la rue
où je t'aperçus pour la première fois, elle est là; et voici le beau
jardin où, Marthe et moi nous t'attendions.
FAUST s'efforçant de l'entraîner.
Viens avec moi, viens.
MARGUERITE.
Oh! reste, reste; j'aime tant à être où tu es!
(Elle l'embrasse.)
FAUST.
Hâte-toi; si tu tardes encore, nous le paierons bien cher!
MARGUERITE.
Comment, tu ne peux plus m'embrasser? Absent depuis si peu de temps,
mon ami ne sait déjà plus m'embrasser?... Pourquoi ai-je donc le cœur
si serré près de toi? Quand je me souviens qu'une seule de tes paroles,
qu'un seul de tes regards m'ouvrait le ciel, et que tu m'embrassais
jusqu'à m'étouffer... Embrasse-moi donc, ou je vais t'embrasser la
première. (Elle se pend à son cou.) Oh! ciel! tes lèvres sont froides,
elles sont muettes... Qu'as-tu fait de ton amour? Qui me l'a ravi?
(Elle se détourne de lui.)
FAUST.
Viens, suis-moi, douce amie; prends courage. Je t'aime avec transport,
je t'aime avec fureur! Suis-moi, je ne te demande que cela.
MARGUERITE le regardant fixement.
Est-ce donc toi? Est-ce toi, bien sûr?
FAUST.
Oui, c'est moi. Viens, viens.
MARGUERITE.
Tu brises mes chaînes, et tu me reprends dans tes bras!... D'où vient
que tu n'as pas horreur de moi?... Mais sais-tu bien, mon ami, qui tu
délivres?
FAUST.
Viens, viens, te dis-je. Déjà la nuit est moins sombre.
MARGUERITE.
J'ai tué ma mère; mon enfant, je l'ai noyé. Ne te fût-il pas donné,
à toi, comme à moi? Oui, à toi... C'est toi! j'ai peine à le croire.
Donne-moi ta main... ce n'est pas un songe... ta main chérie!... Oh!
mais elle est humide; essuie-la, je crois qu'il y a du sang... Ah!
Dieu! qu'as-tu fait?... Rengaine ton épée, je t'en supplie!
FAUST.
Ce qui est fait est fait, laisse là le passé, tu me feras mourir.
MARGUERITE.
Non, il faut que tu vives, toi. Je vais te décrire les tombeaux que tu
dois élever demain. Donne à ma mère la meilleure place, mets mon frère
tout près d'elle, moi un peu de côté... pas trop loin pourtant, et mon
enfant à ma droite. Du reste, personne ne doit reposer près de moi...
Reposer à tes côtés, c'eût été pour moi un grand bonheur; mais il ne
m'appartient plus; j'ai beau m'efforcer de me rapprocher de toi, il me
semble toujours que tu me repousses violemment... Et cependant c'est
bien toi; et tu me regardes avec tant de bonté, de tendresse!
FAUST.
Si tu sens que c'est moi, viens donc!
MARGUERITE.
Dehors?
FAUST.
À la liberté.
MARGUERITE.
Dehors, il y a mon tombeau; la mort me guette.--«Viens donc!»--J'irai
d'ici dans la couche éternelle, et je ne ferai pas un pas de plus... Tu
pars déjà? O Henri, si je pouvais t'accompagner!
FAUST.
Tu le peux, tu n'as qu'à le vouloir, la porte est ouverte.
MARGUERITE.
Pourquoi sortir, n'ayant rien à espérer? À quoi bon fuir, quand ils me
guettent au passage?... Il est si triste d'être réduite à mendier, et
encore avec une mauvaise conscience! Il est si triste d'errer en pays
étranger... et d'ailleurs ils sauraient bien m'y retrouver.
FAUST.
Je reste auprès de toi.
MARGUERITE.
Vite, vite, sauve ton pauvre enfant. Pars; suis d'abord le grand chemin
le long du ruisseau, remonte ensuite le sentier au fond du bois, sur la
gauche, à l'endroit de la bonde, dans l'étang; prends-le vite par la
main, il la tendra vers toi, il se débat encore... Sauve-le! Sauve-le!
FAUST.
Reviens à toi. Un seul pas, et tu es libre.
MARGUERITE.
Si nous avions seulement passé la montagne! Là, ma mère est assise sur
une pierre... Le froid me saisit à la nuque. Là, ma mère est assise
sur une pierre, et elle branle la tête: elle ne fait point signe du
doigt, elle ne cligne point de l'œil; sa tête est lourde... elle dort
depuis si longtemps! Plus de réveil!... Elle dormait autrefois pour nos
plaisirs... C'étaient d'heureux temps!
FAUST.
Puisque les pleurs, puisque les prières ne peuvent rien sur toi, je
saurai t'emporter hors d'ici.
MARGUERITE.
Laisse-moi! Non, je ne souffrirai point la violence; ne porte pas sur
moi tes mains meurtrières, ne me saisis pas ainsi!... Souviens-toi que
j'ai tout fait pour te plaire.
FAUST.
Le jour paraît. Mon amie, ma douce amie!
MARGUERITE.
Le jour?... Oui, il fait jour; mon dernier jour pénètre ici... Ce
devait être mon jour de noces!... Ne dis à personne, au moins, que tu
étais déjà près de Marguerite... Oh! ma guirlande, où est-elle?...
Nous nous reverrons, mais non pas au bal... La foule se presse, et
on ne l'entend pas; la place, les rues ne peuvent la contenir; la
cloche sonne, le signal est donné[44]... Comme ils me prennent et
m'enchaînent! Me voici déjà montée sur l'échafaud, déjà tombe sur le
cou de chacun des spectateurs le tranchant qui s'abat sur le mien... Le
monde est muet comme un tombeau.
FAUST.
Ah! pourquoi suis-je né?
(MÉPHISTOPHÉLÈS se montre à la porte.)
MÉPHISTOPHÉLÈS.
Hors d'ici, ou vous êtes perdus. Que de paroles inutiles, que de délais
et d'incertitudes! Mes chevaux frissonnent, l'aube blanchit l'horizon.
MARGUERITE.
Qui s'élève de terre?... C'est lui! C'est lui! Chassez-le. Que veut-il
dans le saint lieu?... Il veut mon âme!
FAUST.
Il faut absolument que tu vives.
MARGUERITE.
Justice de Dieu, je me suis abandonnée à toi.
MÉPHISTOPHÉLÈS à Faust.
Viens toi-même, ou je te laisse avec elle sous le couteau.
MARGUERITE.
Je suis à toi, Père céleste! Anges, déployez vos saintes armées,
protégez-moi... Henri, tu me fais horreur!
MÉPHISTOPHÉLÈS.
Elle est jugée.
[Illustration:
Faust--Reviens à toi. Un seul pas, et tu es libre...
Meph--... que de paroles inutiles! que de délais et d'incertitudes!
mes chevaux frissonnent, l'aube blanchit l'horizon.
]
VOIX d'en haut.
Elle est sauvée.
MÉPHISTOPHÉLÈS à Faust.
Ici! À moi!
(Il disparaît avec Faust.)
VOIX du fond, s'affaiblissant par degrés.
Henri! Henri!
FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE DE LA TRAGÉDIE DE FAUST[45].
* * * * *
NOTES.
NOTES DE LA PRÉFACE.
[1]Cette traduction avait paru, pour la première fois, en 1825, dans la
collection des _Œuvres dramatiques de J. W. Goethe_, que publièrent
alors les libraires Sautelet et C<sup>ie</sup>. Encouragé par l'accueil
bienveillant, mais trop peu mérité, qu'elle reçut à cette époque du
public allemand et de M. de Goethe lui-même, l'auteur ne la réimprime
aujourd'hui, qu'après l'avoir revue d'un bout à l'autre avec tout
le soin dont il est capable, et lui avoir fait subir de nombreuses
corrections. Ce nouveau travail, il est vrai, n'a servi, malgré le
scrupule qui y a présidé, ou plutôt à cause de ce scrupule, qu'à lui
mieux démontrer son impuissance. Mais au moins, s'il vient encore
d'échouer dans son entreprise, sa vanité seule en pourra souffrir il
n'aura manqué que de talent.
[2]Afin de donner une idée du système de versification adopté par le
poète dans la _partie dramatique_ de Faust, nous avons fait exception
à notre règle, et traduit en vers toute une scène, celle intitulée
_Prologue dans le ciel._ Nous avons choisi de préférence cette
scène-là, parce qu'elle se trouve en dehors de l'ouvrage, et que les
interlocuteurs sont eux-mêmes en dehors de la sphère d'action des
personnages qui figurent dans la tragédie.
NOTES DU TEXTE.
[Footnote 1: «Il y a des anges qui ont le soin et la direction des
choses humaines. Un de ceux-là est appelé _Raphaël_, le «second
_Gabriel_ et le troisième _Michel._» (_Histoire du Docteur Fauste,
Part. I, Chap. 17._)]
[Footnote 2: Ce qui a été publié de Faust, n'est effectivement qu'une
_première partie_ du vaste drame, dont la vie de ce personnage, à
partir de l'instant où il engage son âme, devait faire le sujet;
car, à la fin de la dernière scène, loin de l'emporter aux enfers en
l'emmenant avec lui, le Diable l'arrache ainsi, au contraire, à la
mort inévitable qu'il eût trouvée, s'il fût demeuré plus long-temps
dans le cachot de Marguerite. Néanmoins comme, d'une part, en se
décidant à continuer de vivre dans la compagnie de Méphistophélès,
le docteur Faust consomme sa perdition; et que, de l'autre, après
avoir inutilement attendu pendant quarante années la _seconde partie_
de l'ouvrage, le public commençait à en désespérer absolument, nous
allions effacer ce titre; quand, tout d'un coup, la publication de
cette seconde partie nous fût annoncée par l'auteur lui-même: l'effacer
malgré cela, c'eût été reculer devant l'espèce d'engagement qu'un
tel titre nous faisait prendre, et que nous aimions à contracter, de
donner, un jour, un pendant au présent volume; nous l'avons donc laissé
subsister. Voici un extrait de la lettre que M. de Goethe nous fit
l'honneur de nous adresser à ce sujet, le 4 avril 1827. Ayant, à cette
époque, ouï dire qu'il se proposait de publier incessamment une scène,
jusque-là inédite, de Faust, nous l'avions prié d'avoir la bonté de
nous la communiquer, afin que nous pussions en joindre la traduction à
celle du reste de l'ouvrage: «Dans ce moment,» nous répondit-il, «il
ne sera rien ajouté à la _première partie_ de Faust, que vous avez eu'
l'obligeance de traduire; «elle restera absolument telle qu'elle est.
Le nouveau drame que j'ai annoncé, sous le titre d'_Hélène_, est un
intermède appartenant à la _seconde partie_; et cette seconde partie
est complètement différente de la première, soit pour le plan, soit
pour l'exécution, soit enfin pour le lieu de la scène, qui est placé
dans _des régions plus élevées._ Elle n'est point encore terminée;
et c'est comme échantillon seulement, que je publie l'_intermède
d'Hélène_, lequel doit y entrer plus tard. La presque totalité de cet
intermède est écrite en vers ïambiques, et autres vers employés par
les anciens, dont il n'y a pas trace dans la première partie de Faust.
Vous vous convaincrez vous-même, quand vous le lirez, qu'il ne peut en
aucune façon se rattacher à la première partie, et que M. Motte nuirait
au succès de sa publication, s'il voulait essayer de l'y joindre. Mais
si, après l'avoir lu, vous le trouvez assez de votre goût, pour avoir
envie de le traduire; s'il inspire, en outre, quelque artiste, qui se
sente le talent comme le désir d'en crayonner les diverses situations;
et si, enfin, de son côté, M. Motte ne répugne pas à publier ce nouvel
ouvrage: je vous garantis qu'il pourra se suffire à lui-même. Car,
ainsi que je l'ai déjà dit, et que vous le verrez bientôt par vos yeux,
il forme un tout complet et a une étendue convenable, etc.»]
[Footnote 3: _Macrocosme_ paraît signifier _univers_, littéralement
_grand monde._]
[Footnote 4: Il s'agit sans doute ici de l'une de ces épidémies,
connues sous le nom de _pestes noires_, qui ravagèrent l'Europe à
diverses reprises dans le moyen âge.]
[Footnote 5: Jargon d'alchimie.]
[Footnote 6: La _Clef de Salomon_ est un livre de magie attribué à ce
prince, qui était grand sorcier au dire des Orientaux. Ce livre est
en effet la _Clef_ de l'art magique; on y trouve, dans le plus grand
détail, les formules et cérémonies les plus efficaces pour évoquer ou
pour conjurer le Démon.]
[Footnote 7: «Le docteur Fauste demanda au Diable comme il s'appelait,
quel était son nom. Le Diable lui répondit qu'il «s'appelait
Méphostophilis.» (_Histoire du Docteur Fauste, Part. I, Chap. 7._)]
[Footnote 8: Figure cabalistique.]
[Footnote 9: La création des insectes et de tous les animaux réputés
impurs est attribuée au Diable, et ils lui sont entièrement assujettis,
comme on peut le voir par le morceau suivant, extrait de l'_Histoire du
Docteur Fauste_: «Les Diables dirent: _Après la faute des hommes ont
été créés les insectes, afin que ce fût pour la punition et honte des
hommes; et nous autres, nous pouvons faire venir force insectes._ Lors
apparurent au Docteur Fauste toutes «sortes de tels insectes, comme des
fourmis, lézards, mouches bovines, grillons, sauterelles et autres.
Toute la maison se trouva pleine de cette vermine. Il était fort en
colère contre tout cela, transporté et hors de son sens; car, entre
autres tels reptiles et insectes, il y en avait qui le piquaient, comme
fourmis, et le mordaient. Les bergails le piquaient, les mouches lui
couraient sur le visage, les puces le mordaient, les taons ou bourdons
lui volaient autour, tant qu'il en était tout étonné, les poux le
tourmentaient en la tête et au col, les araignées lui filaient de haut
en bas, les chenilles le rongeaient, les guêpes l'attaquaient. Enfin il
fût partout blessé de cette vermine; tellement qu'on pouvait dire qu'il
n'était encore qu'un jeune Diable, de ne se pouvoir défendre de ces
bestions.» (_Histoire du Docteur Fauste, Part. II, Chap. 7._)]
[Footnote 10: «Fauste prit un couteau pointu, se piqua une veine en
la main gauche, reçut son sang sur une tuile, y mit des charbons tout
chauds, et écrivit son pacte avec le Diable.» (_Ibid., Part. I, Chap. 8
et 9._)]
[Footnote 11: _Petit monde_, ou mieux, _abrégé du monde, monde en
miniature._]
[Footnote 12: _Vous serez comme Dieu, sachant le bien et le mal._
(_Genèse, Chap. III, Vers. 5._)]
[Footnote 13: Montagne aux environs de Goettingue, la plus haute de la
chaîne du Harz.]
[Footnote 14: Il faut croire que _Rippach et monsieur Jean_ sont deux
noms en l'air, dont Frosch se sert pour dérouter Méphistophélès et se
moquer de lui.]
[Footnote 15: Il y a dans l'_Histoire du Docteur Fauste_ un chapitre
intitulé: _Comment les hôtes du Docteur se veulent couper le nez._ Dans
ce chapitre se retrouve l'idée première et plusieurs détails de la
scène de M. de Goethe.]
[Footnote 16: Le nom allemand est _Meerkatze_, sorte de singe à longue
queue. La traduction littérale serait _Chat-de-mer_, mais n'offrirait
aucun sens en français.]
[Footnote 17: N'y aurait-il pas dans cette phrase une intention
satyrique contre l'Allemagne, où, comme de ce côté-ci du Rhin, mais
plus fréquemment encore, il arrive qu'_on passe pour sublime à force
d'être obscur?_]
[Footnote 18: _Le jour de la colère, ce jour réduira le siècle en
cendre._ (_Office des morts._)]
[Footnote 19: _Lors donc que le juge s'assiéra, tout ce qui est caché
apparaîtra, rien ne demeurera sans vengeance._ (_Office des morts._)]
[Footnote 20: _Que dirai-je alors, misérable Quel protecteur
invoquerai-je, quand à peine le juste est en sécurité?_ (_Ibid._)]
[Footnote 21: _Que dirai-je alors, misérable?_ (_Ibid._)]
[Footnote 22: Petit village, au pied du Brocken, faisant partie du
comté de Wernigerode, dans la Saxe inférieure.]
[Footnote 23: Le Brocken est la crête qui sépare le Harz supérieur du
Harz inférieur; son élévation, au-dessus du niveau de la mer, est de
trois mille deux cents pieds environ.]
[Footnote 24: J'ai substitué ce nom à celui d'_Urian_, comme plus
connu. D'ailleurs j'y étais, en quelque façon, autorisé par l'_Histoire
du Docteur Fauste_, où _Bélial_ est donné pour chef aux bandes
infernales.]
[Footnote 25: Le Blocksberg est la plus haute cime du Brocken; aussi
l'appelle-t-on souvent le _grand Brocken._]
[Footnote 26: Ceci s'adresse sans doute aux philosophes, poètes et
beaux-esprits, qui vont être tournés en ridicule dans l'intermède
suivant.]
[Footnote 27: Mieding était un chef de troupe au théâtre de Weimar.]
[Footnote 28: Allusion aux querelles d'Oberon et de Titania, dans _le
Songe d'une nuit d'été_ de Shakespeare. M. de Goethe semble avoir eu
en vue cette comédie, dans le titre et dans plusieurs détails de son
intermède.]
[Footnote 29: Puck est un des personnages fantastiques, qui figurent
dans _le Songe d'une nuit d'été_; c'est un Esprit à la suite d'Oberon,
exécutant ses volontés et le divertissant par ses bouffonneries.]
[Footnote 30: Ariel est un petit Génie aérien aux ordres du magicien
Prospero, dans _la Tempête_ de Shakespeare. ]
[Footnote 31: Critique des poèmes dans le genre vaporeux, à la mode en
Allemagne.]