Les louveteaux à la naissance ressemblent tout à fait aux renardeaux du

même âge; on les reconnaîtra seulement à la queue noire chez les

louveteaux, avec une touffe de poils blancs au bout chez les renardeaux.

La variété noire (Canis lycaon Schreber) est relativement assez commune;

on la trouve dans un même liteau mêlée à la variété rousse ou fauve.

Le Loup n’existe plus depuis longtemps en Angleterre, il n’existe pour

ainsi dire plus en Suisse et en Belgique; avant peu, il n’existera plus

en France.

[Illustration:

Loup commun

Canis lupus

Famille des CANIDÉS]

[Illustration:

Renard commun

Canis vulpes

Famille des CANIDÉS]

RENARD COMMUN

Le Renard, long de 0^{m}70 avec sa queue de 0^{m}42 et une hauteur au

garrot de 0^{m}32, a le pelage roux ou fauve en dessus, le bas des

jambes plus ou moins noir, la queue très longue et très touffue, de

couleur plus foncée, terminée par des poils blancs. La variété à pelage

plus sombre dite «Renard charbonnier» est aussi commune que le type.

Le Renard est considéré comme le type de la bête astucieuse et rusée,

mais il a infiniment moins de prudence que le loup et on le tue assez

facilement, soit à l’affût, soit aux chiens courants, soit à l’aide de

pièges. Une fois lancé, il se fait battre plus ou moins longtemps dans

les bois épais et gagne ensuite son terrier. Là, il est à l’abri, à

moins qu’avec de petits chiens spéciaux on essaie de le prendre en

creusant la terre. Il se défend bien, mais avec moins de vigueur que le

blaireau. Sa peau, bien que très jolie en hiver et fréquemment employée,

n’a pas une grande valeur.

Très commun partout, le Renard se creuse un trou profond à plusieurs

ouvertures ou s’empare de ceux des lapins ou des blaireaux. Si dans les

endroits qu’il fréquente il trouve des rochers et des cavernes, c’est

sous le roc qu’il creuse son domicile.

Il attrape les mammifères, les oiseaux, les œufs, grenouilles, insectes,

fruits, ne dédaigne pas le poisson et, pour en prendre, visite les

étangs en pêche. Dès qu’il s’est emparé d’une belle pièce, il l’emporte

et va au loin la dévorer ou, s’il n’a pas faim, la cacher dans un

endroit retiré, au contraire de la loutre qui mange sa proie sur le bord

de l’eau. Parfois on découvre sous un buisson, plusieurs poissons ou un

oiseau; c’est le Renard qui a fait un riche butin et qui a enfoui sous

les herbes une partie de sa chasse. En Corse, où les Renards sont

beaucoup plus grands et plus forts que sur le continent, ils attaquent

assez souvent les jeunes agneaux.

Les dindes et les poulets sont souvent ses victimes et il en tue autant

qu’il en peut saisir, sauf à les laisser sur place. La nuit, il chasse

le lièvre et le lapin et il n’est pas rare d’entendre sa voix

glapissante lorsque, à la manière d’un chien, il mène un gibier devant

lui. On prétend, à ce sujet, qu’un deuxième renard se place alors à

l’affût là où il suppose que passera le lièvre pour le happer au

passage, mais l’histoire n’est pas bien prouvée et il est douteux que le

deuxième renard attende, longtemps à l’avance, le problématique passage

du gibier.

Après deux mois de gestation, la femelle met bas, en avril, dans son

terrier ordinaire ou dans un trou spécial ordinairement moins profond,

mais bien caché, cinq à sept renardeaux qui, au bout de sept à huit

semaines, suivent déjà la mère à la maraude ou viennent, même le jour,

se chauffer au soleil à l’entrée du terrier.

Le Renard n’est pas franchement polygame, car le mâle et la femelle

vivent ensemble et élèvent les petits en commun.

Pris jeune, il devient assez familier, mais il faut le surveiller, car

il tue les poulets, dérobe les œufs et cache tout, même les choses qui

ne se mangent pas. Il y a pourtant des exceptions: M. Rollinat possède

actuellement plusieurs Renards apprivoisés. Tandis que ces Renards

restent pillards, l’un d’eux entre très souvent dans le poulailler et,

loin de pourchasser les volailles, semble vouloir les protéger, à tel

point que, si quelqu’un prend un poulet qui, suivant l’habitude, pousse

les hauts cris, ce renard gronde et mord le pantalon de l’intrus.

PHOQUE MARBRÉ

Le Phoque marbré a la tête ronde, le corps lourd et épais, à membres

courts, le pelage gris brun ou noirâtre parsemé de grandes maculatures

fauves ou blanchâtres, souvent noirâtres au centre, le dessous du corps

jaunâtre, avec une tache noirâtre autour des yeux, la queue très courte

et pas d’oreilles. Un mâle adulte mesure environ 1^{m}50 de longueur.

Cette espèce habite le nord de l’Europe sur les côtes de Norvège et

s’étend jusqu’au Groënland où on lui fait une chasse active à cause de

la valeur de sa peau. On la voit très accidentellement sur les côtes

anglaises, belges et françaises et on cite quelques captures en

Normandie et en Picardie. Elle ne s’est probablement jamais reproduite

sur nos côtes.

Une espèce très voisine, le Phoque veau-marin (Phoca vitulina Linné) a à

peu près la même taille et les mêmes mœurs. Son nez est moins allongé,

son corps plus épais et ses membres moins longs. Son pelage varie du

brun clair au jaune grisâtre, avec ou sans taches brunes sur le dos, le

dessous est blanc jaunâtre.

Cette espèce vit sur les côtes françaises de l’Océan, bien qu’elle y

soit beaucoup plus rare qu’autrefois et très exceptionnellement dans la

Méditerranée. On l’a observée en Normandie, en Bretagne, aux embouchures

de la Seine et de la Somme et dans le golfe de Gascogne. M. Gadeau de

Kerville cite sept captures assez récentes sur les côtes normandes, et

on raconte l’histoire de deux individus tués près d’Orléans sur la Loire

qu’ils remontaient.

Très sauvages, parce qu’ils sont très pourchassés, ces Phoques se

tiennent sur les rochers et les plages de sable qui se découvrent à

marée basse, ordinairement par petites compagnies. S’ils flairent un

ennemi, ils se précipitent à la mer et disparaissent. A haute mer, ils

passent leur temps à poursuivre les poissons dont ils feraient, s’ils

étaient nombreux, une grande destruction; ils mangent aussi les homards

et les crabes. Leur cri rappelle le jappement de la loutre et de

certains chiens.

En septembre, au moment du rut, les mâles se livrent de violentes

batailles; puis, après une gestation de neuf mois, la femelle fait, en

juin ou juillet, un ou deux petits qu’elle allaite toujours à terre,

tandis que, plus tard, les Phoques ne mangent jamais que dans l’eau.

Ce sont des bêtes très intelligentes qui s’apprivoisent bien et se

nourrissent aisément, mais exclusivement de poissons. Les femelles sont

toujours beaucoup plus petites que les mâles.

[Illustration:

Phoque marbré

Phoca foetida

Famille des PHOCIDÉS]

[Illustration:

Cerf d’Europe

Cervus elaphus

Famille des CERVIDÉS]

CERF D’EUROPE

Le Cerf a le museau allongé, les oreilles grandes, les yeux grands, avec

au-dessous un larmier profond, le cou très long, revêtu de grands poils

chez le mâle, le corps vigoureux, la queue fauve très courte, les

membres assez longs et assez minces. Sa robe est fauve ou brune dessus,

avec une raie noirâtre sur le cou et une partie du dos, ses fesses

blanchâtres bordées de noirâtre, les parties inférieures grisâtres ou

blanchâtres. La tête du mâle porte des bois qui tombent chaque année et

repoussent aussitôt, enveloppés d’une mince peau veloutée qui, lorsque

le bois a atteint son développement complet, se sèche et se lève par

plaques, l’animal s’en débarrassant en la frottant contre les arbres. La

longueur du corps est de 2 mètres et plus; la queue est de 0^{m}15; la

hauteur au garrot de 1^{m}30 à 1^{m}40.

Les jeunes, appelés faons jusqu’à l’âge de six mois, ont le corps

parsemé de taches blanches ou fauve clair qui disparaissent ensuite; de

six mois à un an, ils sont devenus fauves et nommés alors «hères».

Pendant la deuxième année, les bois du mâle poussent pour la première

fois; ils sont plus ou moins droits sans aucune branche et l’animal est

appelé «daguet». En mars-avril de l’année suivante ils tombent, mais

repoussent si vite qu’en juillet ou en août, ils sont développés et

portent chacun une ou parfois deux branches ou andouillers. Le Cerf est

alors «une deuxième tête», comme à chacune des années suivantes, il

deviendra «une troisième tête», puis «quatrième tête»; enfin «un

dix-cors jeunement» et un «dix-cors». Tous les ans, ainsi, vers le mois

d’avril, les bois tomberont, seront reformés en juillet-août et

porteront ordinairement, car la règle n’est pas absolue, une branche de

plus chaque année, jusqu’à l’âge de sept ou huit ans. Il est rare d’en

trouver en France portant plus de neuf branches. Parfois les bois, ou

l’un d’eux, poussent d’une façon anormale; le Cerf a alors, en termes de

vénerie, «une tête bizarde».

Vivant solitaires, ou par hardes de cinq à huit, les Cerfs et Biches

sortent des bois à la nuit noire dans les champs de céréales, les

pâturages et les taillis, et rentrent au fourré aux premières heures du

jour, ou bien, à certaines saisons, font leur nuit dans les jeunes

taillis. Ils mangent les bourgeons, les feuilles, les herbes, les

céréales, les légumes et même les fruits, notamment les pommes; il leur

faut une grande quantité de nourriture et ils commettent souvent de

grands dégâts dans les champs ensemencés. Aussi les a-t-on classés parmi

les animaux nuisibles.

Le Cerf est polygame et au moment du rut, du 15 septembre à la fin

d’octobre, les mâles se livrent de furieux combats dans lesquels ils

s’estropieraient si le vaincu ne prenait assez rapidement la fuite. A ce

moment ils poussent des bramements qui s’entendent de loin et effraient

les gens qui ne se rendent pas compte de ces clameurs profondes. En mai,

la Biche met bas un petit, très souvent deux, qu’elle réussit à élever,

car en dehors du loup et de l’homme, elle n’a pas d’ennemis; mais

l’homme est, pour cette espèce, un ennemi redoutable et là où elle n’est

pas protégée, elle disparaît promptement.

A l’heure actuelle, le Cerf existe encore dans une trentaine de

départements français et il est assez commun seulement dans un petit

nombre de forêts, surtout en Normandie, autour de Paris, dans l’Ouest et

dans le Centre. Si on trace une ligne qui partage la France en deux

parties de l’Ouest à l’Est, on remarquera que le Cerf est inconnu

aujourd’hui dans la plus grande moitié, toute la partie méridionale, et

presque partout dans l’Est, de même qu’il ne se trouve plus en Bretagne,

sauf sur un point. En Belgique, il n’existe plus, sauf dans l’Ardenne,

où il est rare; en Suisse, il a disparu.

Pris jeune, il s’apprivoise facilement, mais les mâles, en vieillissant,

deviennent toujours méchants. En liberté, le Cerf est défiant, a l’ouïe

et l’odorat excellents; il évite autant qu’il peut la présence de

l’homme, mais au moment du rut, il est moins craintif et on a observé

des cas où il a attaqué des passants. Les blessures qu’il fait sont

absolument dangereuses, comme l’indique ce vieux proverbe, montrant que

si le Sanglier ne fait ordinairement que des blessures à ceux qu’il

atteint, le Cerf les tue le plus souvent:

Au Sanglier la mierre (le médecin),

Au Cerf la bière.

Le Cerf vit vingt ans et plus.

CERF DAIM

Plus petit que le cerf, puisqu’il mesure seulement 1^{m}40 de longueur,

avec 0^{m}20 de queue et une hauteur au garrot de 0^{m}85, le Daim a le

pelage fauve avec des taches blanchâtres sur le dos et les flancs, une

raie longitudinale de même couleur sur les flancs et une autre verticale

sur les cuisses; ses parties inférieures sont blanchâtres, sa queue

noirâtre en dessus et blanchâtre en dessous. Il devient beaucoup plus

sombre en hiver. La variété à pelage entièrement blanchâtre n’est pas

rare.

Vers l’âge d’un an, les dagues du mâle poussent, puis tombent en mai de

l’année suivante; à la fin de juillet ou en août, les bois sont

entièrement repoussés avec un andouiller à chaque perche. Pendant les

années suivantes, la corne deviendra plate au sommet et formera une

empaumure dentelée qui s’élargira et s’échancrera sur les bois de chaque

année suivante, en même temps qu’il se formera, tous les printemps, un

nouvel andouiller pendant trois ou quatre ans.

Le Daim, inconnu en Belgique et en Suisse, très rare en France, est

localisé dans quelques forêts et parcs, soit sous sa forme typique, soit

comme variété albine ou de couleur isabelle ordinairement de taille un

peu plus forte. Il est polygame comme le cerf et vit en général par

hardes composées d’un mâle, de jeunes et de femelles. Il se nourrit

d’herbes, de feuilles et de fruits.

A l’époque du rut, du 15 septembre au 15 octobre, les mâles solitaires

ou les jeunes mâles devenus assez forts, attaquent le chef du troupeau

et l’expulsent ou sont expulsés par lui. Puis, après une gestation de

huit mois, la Daine met bas dans un fourré un, rarement deux petits.

Le Daim se chasse à courre, mais il est facile à prendre, peu rusé et

peu sauvage, bien qu’il ait l’odorat excellent et qu’il sache

admirablement éventer un ennemi; à vrai dire, c’est un animal plutôt à

demi-sauvage acclimaté en France dans quelques localités, d’où il

disparaît très vite quand il n’est pas protégé. Il est originaire de

l’Espagne, où il vit encore, ainsi qu’en Sardaigne et en Grèce; mais

même en Grèce, il devient rare et sa disparition est à craindre.

[Illustration:

Cerf daim

Cervus dama

Famille des CERVIDÉS]

[Illustration:

Cerf chevreuil

Cervus capreolus

Famille des CERVIDÉS]

CERF CHEVREUIL

Le Chevreuil a le pelage fauve-brun foncé en hiver, plus clair et même

roux vif en été; le dessous de la poitrine, le ventre et les membres

gris, le bout du museau noir, une tache blanchâtre sous la gorge, les

fesses blanches et pas de queue visible. La livrée des jeunes est

fauve-clair avec des taches blanchâtres. Sa longueur est de 1^{m}10, la

hauteur au garrot de 0^{m}70.

A l’âge de un an, la tête du jeune mâle porte de petites dagues qui

seront remplacées, l’année suivante, par des bois munis d’un andouiller;

à trois ans, chaque perche aura deux andouillers et à quatre ans trois

andouillers, mais jamais d’andouiller basilaire frontal comme chez le

cerf. A cinq ans, l’andouiller moyen se bifurque et souvent il en pousse

un autre en arrière de la perche. Plus l’animal vieillit, plus le bois

devient rugueux et plus grosses deviennent les perlures. Les bois des

mâles ou «brocards» tombent d’octobre à novembre et sont entièrement

reformés en mars-avril, couverts d’abord d’un velours qui bientôt

disparaît.

Très commun autrefois en France, en Belgique et en Suisse, il a à peu

près disparu de ces deux derniers pays et on ne le trouve plus en nombre

en France que dans les chasses gardées et dans les bois du voisinage.

Adulte, il n’a d’ennemis que l’homme et le loup. Mais quand il est très

jeune et malgré le dévouement de sa mère, il devient quelquefois la

proie des chiens, des vieux renards et même des chats sauvages.

Il se nourrit surtout de feuilles. Au printemps, il absorbe une telle

quantité de bourgeons que, par suite de la fermentation de cette

nourriture dans l’estomac, il semble ivre, devient imprudent et se

montre jusque dans les villages.

Il est monogame et vit par couples avec sa jeune famille, composée d’un

ou deux petits nés en avril. Le rut a lieu en juillet et en août, plus

tardivement selon quelques observateurs; la femelle porte sept mois et

demi.

Le Chevreuil s’apprivoise bien, mais il ne vit jamais très longtemps en

captivité et les vieux mâles deviennent agressifs et méchants.

On a vu des Chevreuils albinos.

CHAMOIS ORDINAIRE

Le Chamois est long de 1^{m}10 et sa hauteur est de 0^{m}75. Sa robe est

d’un gris cendré au printemps, d’un roux fauve en été et d’un beau roux

en hiver sur le dessus, fauve jaunâtre (couleur chamois) sous le ventre.

Une bande foncée s’étend de l’oreille jusqu’au museau; la queue est très

courte. Les cornes de la femelle sont toujours plus minces que celles du

mâle.

Le Chamois, inconnu en Belgique, n’est pas trop rare en Suisse et

n’existe en France que sur les sommets les plus sauvages des Alpes et

des Pyrénées. Dans les Alpes, il porte son nom de Chamois; dans les

Pyrénées, on l’appelle «Isard», mais les différences entre les deux

formes sont à peu près nulles. Les mâles vieux vivent ordinairement

solitaires, tandis que les jeunes et les femelles se réunissent en

petites bandes. Pendant la journée, ils pâturent les bourgeons et les

plantes et, à la moindre alerte, l’un d’eux pousse un sifflement

particulier et tous s’enfuient, bondissant avec vigueur et légèreté au

milieu des rochers. On prétend qu’une vieille femelle demeure toujours

en sentinelle lorsque le troupeau est au repos pour avertir ses

compagnons du danger. En tous cas, le Chamois a la vue, l’ouïe et

l’odorat excellents et il est très difficile de le surprendre; du reste,

s’il ne se défendait pas aussi bien, il disparaîtrait rapidement, car il

est pourchassé continuellement par les chasseurs montagnards; les jeunes

sont souvent saisis par les aigles et les gypaëtes, et ils sont aussi,

de temps en temps, victimes des avalanches de neige.

C’est à la fin de l’automne que l’accouplement se fait, et en avril la

femelle met bas ordinairement un seul petit, rarement deux.

Contrairement au bouquetin qui ne va guère que la nuit au pâturage, le

Chamois n’est pas un animal nocturne et il se repose pendant la nuit.

On a obtenu des hybrides de l’accouplement du Chamois et de la Chèvre,

en captivité; on dit même qu’on a observé, à l’état sauvage, des

produits provenant de l’accouplement d’un Chamois femelle avec un Bouc.

Ce sont pourtant des espèces classées par les zoologistes dans deux

familles différentes!

[Illustration:

Chamois ordinaire

Capella rupicapra

Famille des _Antilopidés_]

[Illustration:

Chèvre Bouquetin

Capra ibex

Famille des CAPRIDÉS]

CHÈVRE BOUQUETIN

Le Bouquetin a les cornes très longues, curvilignes, arquées en arrière,

noueuses, comprimées, le pelage brun roussâtre avec poil long et

grossier en hiver, plus ferme et plus fin en été sur le dessus, le

ventre blanc, une raie brune sur le dos, le menton, le devant des yeux

et le tour des narines fauves. La femelle plutôt d’un gris roussâtre en

été est d’un gris jaunâtre en hiver. Les oreilles sont blanches en

dedans, assez grandes, pointues; la queue courte, brune. Il est à

remarquer que les cornes de la femelle sont assez analogues à celles

d’une chèvre domestique, tandis que celles du mâle sont parfois

gigantesques, penchées en dehors et décrivant une courbe régulière,

atteignant jusqu’à un mètre de longueur, ou un peu contournées en forme

de lyre avec les deux pointes revenant en dedans. La longueur du corps

est de 1^{m}50; la hauteur au garrot de 0^{m}75.

Le Bouquetin n’a jamais habité que les montagnes, mais il a été

autrefois assez commun, tandis qu’il est aujourd’hui extrêmement rare et

tout fait croire que bientôt il aura disparu. Déjà, il n’existe plus en

Suisse.

Dans les Alpes françaises, c’est à peine si on pourrait en trouver deux

ou trois petits troupeaux dans les endroits les plus inaccessibles. Dans

les Pyrénées, où la race est un peu différente, l’animal ayant les

cornes plutôt tournées en forme de lyre, le pelage marron, les lèvres,

joues, oreilles, cou, fesses et cuisses jaune d’ocre foncé, la robe

comme marbrée par des mèches de poils bruns, on connaît l’existence de

quelques bandes peu nombreuses. Comme le chamois mâle, les vieux

Bouquetins vivent solitaires, les autres se tiennent cachés ensemble

durant le jour dans les lieux escarpés et ne viennent que la nuit

brouter les plantes, les écorces et les bruyères des forêts et

pâturages. Ils peuvent sauter et grimper merveilleusement au milieu des

rochers et des précipices et se gardent aussi bien que les chamois.

L’accouplement a lieu en janvier et la femelle fait, vers le mois de

juin, un seul petit qu’elle défend au besoin contre les attaques des

aigles qui sont, avec l’homme, les seuls ennemis de l’espèce.

On a pu faire croiser le Bouquetin avec la Chèvre; les métis,

intermédiaires entre les deux espèces, avaient une barbe se rapprochant

de celle du bouc.

MOUFLON DE CORSE

Le Mouflon de Corse a le pelage brun foncé roussâtre avec le milieu du

dos et des flancs ensellés d’une grande tache blanc roussâtre, la tête

plutôt grise, le nez, les lèvres, le menton, la gorge, la croupe, les

pieds et le ventre blancs, la queue courte, brune dessus et blanche aux

côtés; sous le cou et jusqu’entre les pattes de devant, des poils très

longs en sorte de petite crinière. Les cornes de la femelle sont courtes

et presque droites ou même manquent tout à fait; celles du mâle sont

grandes, s’éloignant l’une de l’autre à la base, puis recourbées pour

revenir sur le devant, mais en divergeant, et présenter leurs pointes

juste à la hauteur des yeux, à une certaine distance de chaque œil. La

taille du mâle est de 1^{m}20 de longueur, la hauteur au garrot de

0^{m}80.

Cette espèce, inconnue dans la France continentale, vit confinée dans

les montagnes de la Corse, comme aussi en Sardaigne, par petites troupes

qui se tiennent pendant le jour dans les lieux les plus escarpés et dans

les maquis impénétrables, vivant d’herbes, de bourgeons et de feuilles.

Ce sont des bêtes gracieuses, vigoureuses, sautant et grimpant sur les

rochers avec agilité, bien que leurs membres soient moins forts que

ceux des chamois et des bouquetins. Très pourchassée par les chasseurs

corses, l’espèce diminue de jour en jour; on la voit rarement dans les

jardins zoologiques où on trouve, au contraire, en abondance, l’espèce

voisine d’Algérie.

Le rut a lieu au milieu de l’hiver, puis au printemps, après avoir porté

vingt et une semaines, la femelle met bas un ou deux petits. On a pu

faire accoupler le Mouflon avec certaines races de Brebis et les

produits ont été féconds.

Comme tous les animaux sauvages, le Mouflon n’a pas de laine et ses

poils, sauf devant le cou, sont raides et cassants.

En captivité, la femelle est tranquille, mais le mâle, en vieillissant,

devient excessivement méchant et dangereux. Ils se reproduisent du reste

facilement et les petits ne cessent de gambader et de sauter autour de

leurs parents.

[Illustration:

Mouflon de Corse

Musimon musmon

Famille des _Ovidés_]

[Illustration:

Sanglier commun.

Sus scrofa

Famille des SUINIDÉS]

SANGLIER COMMUN

Le pelage du Sanglier est brun noirâtre ou grisâtre; les oreilles, le

museau, les pattes et la queue plutôt noires. Des soies longues et

raides percent au-dessus d’une fourrure basale épaisse. Jusqu’à l’âge de

six mois, la robe des jeunes marcassins est fauve, rayée

longitudinalement de brun; de six mois à un an, il devient généralement

plus roux et l’animal est alors pour les chasseurs «bête rousse»; à un

an, il est «bête de compagnie»; à deux ans, il est «ragot»; il devient

en vieillissant «quartenier», puis «solitaire».

Le Sanglier, inconnu dans plusieurs départements et rare dans d’autres,

ainsi qu’en Belgique, extrêmement rare en Suisse, est commun dans

certaines grandes forêts françaises. Du reste, il se déplace volontiers,

et après avoir été très abondant dans un bois, il se fait tout à coup

rare pour redevenir abondant plus tard. Il suffit pour cela de

l’émigration de quelques familles, car, sauf les vieux solitaires qu’on

trouve séparés, il aime à vivre en bandes.

Il demeure couché pendant le jour au plus épais des fourrés et souvent

dans les grands joncs des étangs; le soir venu, il cherche sa nourriture

consistant en glands, faînes et châtaignes, racines, pommes de terre et

topinambours, céréales, vers et colimaçons, œufs d’oiseaux, jeunes

mammifères. Il est en réalité omnivore.

Très défiant, ayant l’ouïe excellente et l’odorat très fin, extrêmement

vigoureux, il sait très bien éviter l’affûteur, et lancé par les chiens

courants, il tient longtemps et est difficile à forcer. Il n’a comme

ennemi que l’homme, surtout depuis que le loup, qui attaquait volontiers

les marcassins, est devenu excessivement rare.

Le rut a lieu d’octobre à décembre et les mâles se livrent alors de

furieux combats, si bien qu’on en voit souvent avec les épaules, les

flancs et l’arrière-train couverts de blessures. Après quatre mois de

gestation, la femelle met bas dans un fourré épais, de cinq à huit

petits, qui accompagnent leur mère jusqu’à l’année suivante et parfois

plus longtemps.

Atlas de poche des mammifères de la France, de la Suisse romane et de la Belgique avec leur description, moeurs et organisation · 第 4 / 10 段