les armoires les mieux fermées, soit par un tout petit interstice, soit
en rongeant elle-même le bois. Elle sort de son trou assez souvent le
jour et toujours vers le soir, vivant de tous les reliefs qu’elle peut
trouver dans les maisons. Tout lui est bon, soit pour manger, soit pour
préparer une couchette à ses petits. C’est ainsi qu’elle rongera et
réduira en miettes les papiers, le linge, les vêtements et touchera à
toutes les provisions, grains et fruits. Malgré l’énorme destruction
qu’en font les chats, tous les petits carnassiers, les oiseaux de proie
et l’homme, au moyen de pièges variés, elle pullule partout.
Elle fait par an quatre à cinq portées, de chacune six à neuf petits qui
grandissent en peu de jours et peuvent se reproduire un ou deux mois
après leur naissance.
En Suisse, où elle est aussi commune qu’en France et en Belgique, on la
rencontre encore à une grande hauteur sur les Alpes. Comme le remarque
Fatio, elle n’est pas rare dans les chalets et les auberges à 2.700
mètres d’élévation, et elle y demeure toute l’année.
On trouve des Souris à pelage presque noir, ou isabelle, ou fauve, ou
pie ou entièrement blanches. On a voulu voir une variété chez certains
individus souvent de coloration gris fauve qui quitteraient les
habitations plus volontiers que les autres pour fréquenter les champs du
voisinage et les tas de paille des fermes, mais ces Souris sont bien
analogues au type, et si, en tous cas, elles ressemblent un peu au
Mulot, on les distinguera toujours à leur taille plus petite et parce
qu’elles n’ont jamais au talon une tache foncée qui existe toujours chez
le Mulot.
RAT MULOT
Le Mulot, dont la longueur atteint 0^{m}22 à 0^{m}25 a le pelage d’un
brun plus ou moins foncé, ou d’un beau fauve roux sur le dos, plus clair
sur les flancs, blanc ou grisâtre en dessous; une tache noirâtre au
talon. Les jambes de derrière sont allongées, les oreilles grandes, les
yeux très gros, la queue à peu près de la longueur du corps, d’un brun
noirâtre en dessus, blanchâtre en dessous.
C’est certainement un joli petit animal dont la coloration varie
beaucoup, suivant les individus, l’âge et les saisons; très commun,
surtout dans les années sèches, dans les bois, les haies, les champs, où
il se creuse des terriers peu profonds dans lesquels il amasse, à
l’automne, une petite provision de grains. C’est aussi un pillard
nuisible qui coupe sur pied les blés et les avoines, dévore les grains,
déterre les glands et les châtaignes semés par les forestiers, attaque
tous les fruits, recherche les insectes et les grenouilles, même les
œufs et les petits des passereaux. Il détruit les nids des bourdons et
comme ces insectes servent beaucoup à la fécondation de certaines
plantes en transportant le pollen d’une fleur à l’autre, il cause ainsi
un réel préjudice à l’agriculteur. Les Mulots se mangent même entre
eux.
On constate qu’il circule beaucoup, aussi bien en hiver qu’en été, car
il laisse sur la neige une empreinte très reconnaissable indiquant que,
au contraire des autres espèces, il court par bonds en laissant traîner
sa queue. Quand la gelée est persistante, il quitte son terrier et se
retire sous les meules de paille, et même dans les écuries et les
granges des fermes.
Du printemps à l’automne, la femelle fait trois à cinq portées, chacune
de quatre à six petits, soit au fond de son terrier, soit sous un tas de
fagots ou de fumier, dans un nid arrondi, assorti de paille et de foin.
Souvent, elle s’accouple aussitòt la naissance des petits et pendant
qu’elle allaite encore.
Ses ennemis sont nombreux, chiens, renards, chats, oiseaux de proie,
serpents. Bien souvent, nous l’avons vu attaqué par une belette. Le
petit carnassier le saisit brusquement au cou, quelques gouttes de sang
paraissent et le Mulot agonise à l’instant.
[Illustration:
Rat mulot
Mus sylvaticus
_Mulot_
Famille des MURIDÉS]
[Illustration:
Rat des moissons
Mus minutus
Famille des MURIDÉS]
RAT DES MOISSONS ou RAT NAIN
Sa longueur est à peine de 0^{m}12 à 0^{m}14, il est fauve sur le dos et
blanc en dessous, avec les pieds fauve brunâtre, les oreilles assez
courtes, la queue brune presque aussi longue que le surplus du corps,
blanchâtre en dessous, les yeux moyens, les pieds allongés et
blanchâtres.
Ce petit Rat nain, répandu partout en France et en Belgique, mais très
rare en Suisse, habite les champs et les taillis où il est très peu ou
assez commun, suivant les localités. Il se creuse un trou, mais souvent
aussi passe sa vie dans les épais buissons, sous les tas de paille et au
milieu des champs de blé, mangeant des graines et des insectes. Il
grimpe avec une adresse extrême sur les arbustes et les tiges des
céréales, et comme sa queue est un peu prenante, il s’en aide pour
monter le long des brins de seigle et de froment.
Au commencement de l’été, il se construit un petit nid arrondi avec des
brins d’herbes sèches entrelacés, à 40 ou 50 centimètres de hauteur,
suspendu à un brin de taillis, à une branche d’aubépine ou à plusieurs
tiges de seigle et de blé. Ce nid excite souvent l’étonnement de ceux
qui ne connaissent pas le constructeur. La femelle y dépose quatre à
huit petits et fait par an trois ou quatre portées.
L’hiver venu, il ne s’engourdit pas, mais se retire dans les meules de
paille, ou même dans les granges et les écuries.
Ses ennemis sont les mêmes que ceux des autres Rats; nous l’avons même
vu, surpris à terre par des poules et tué par elles à coups de bec.
CAMPAGNOL RAT D’EAU
Les Campagnols peuvent être appelés les Rats à queue courte; six espèces
habitent la France, quatre ou cinq seulement se trouvent en Belgique et
en Suisse.
Le Rat d’eau, le plus grand des Campagnols, est de taille relativement
très forte, atteignant à l’état adulte une longueur d’au moins 0^{m}225.
Il est brun noirâtre en dessus, gris roux assez foncé en dessous, ses
yeux sont moyens, ses oreilles courtes et assez larges, sa queue dépasse
à peine la moitié de la longueur du corps.
Il habite toute l’Europe et est généralement commun en France, en
Belgique et en Suisse, où on l’observe à 1.400 mètres d’altitude. Il se
tient presque toujours le long des rivières, des ruisseaux, des étangs
et des mares. Il s’y creuse, au niveau de l’eau, des garennes assez
profondes reliées entre elles par des sentiers battus et des tunnels et
vit de grenouilles, d’insectes, d’écrevisses, de poissons et surtout de
racines et de tiges de plantes aquatiques, même de racines de légumes.
Peu farouche, il est prudent et se retire vite dans son trou, s’il est
inquiété, ou bien plonge et nage avec une certaine rapidité.
La femelle, de deux à quatre fois l’an, met bas dans son terrier de deux
à sept petits, le plus souvent de six à sept.
Cette espèce est variable de taille, de coloration et d’habitude. La
race dite «Musignani ou destructor» est de couleur plus jaunâtre et
remplace le type en Provence et en Italie. On lui a donné le nom de
Campagnol destructeur parce que, à certaines époques, en Italie, cette
race, chassée du bord des eaux par les inondations, a envahi les champs
et saccagé les récoltes, les vignes et les jardins. Une autre forme
appelée «Campagnol terrestre» est plus petite, plus claire, plus grise
et a la queue plus courte que le type, mais elle appartient certainement
à l’espèce ordinaire.
[Illustration:
Campagnol Rat-d’eau
Arvicola amphibius
Famille des MURIDÉS]
[Illustration:
Campagnol agreste
Arvicola agrestis
Famille des MURIDÉS]
CAMPAGNOL AGRESTE
Le Campagnol agreste mesure de 0^{m}14 à 0^{m}16 de longueur. Sa robe
est d’un brun fauve ou brun clair en dessus, d’un gris clair en dessous,
avec la queue d’environ le tiers du corps, franchement bicolore,
noirâtre en dessus, blanchâtre en dessous. On le trouve partout en
France, en Belgique et en Suisse, plus ou moins répandu suivant les
années, parfois excessivement abondant, et alors il peut commettre
d’énormes dégâts dans les récoltes. Une autre espèce très voisine,
également très nuisible, le Campagnol des champs, «Arvicola arvalis
Pallas» est plus petite (longueur du corps 0^{m}12 à 0^{m}15), plus
fauve en dessus avec une ligne jaune aux flancs, avec la queue à peu
près unicolore, jaunâtre, d’environ un quart de la longueur du corps.
Plusieurs zoologistes ne font des deux types qu’une seule espèce.
Habitant les champs, il devient par moments excessivement commun et on
voit à chaque pas ses terriers à plusieurs ouvertures, où il passe en
partie la journée. Le soir venu, mais souvent aussi pendant le jour, il
sort en quête de nourriture et ronge avec avidité les céréales dans les
champs, les plantes potagères dans les jardins, les racines dans les
prairies, ramassant sur le tard des provisions pour l’hiver. En certains
cas, il est une véritable plaie pour l’agriculture.
Après une gestation de vingt jours, la femelle fait dans ses trous ou
même dans un nid simplement caché sous les herbes, quatre à sept petits,
puis recommence de nouvelles portées quatre à six fois. Au moment des
gelées, il se retire sous les meules de paille et dans les bâtiments,
mais il ne s’engourdit jamais, comme le prouvent ses traces très
reconnaissables par les temps de neige, sa piste étant uniforme et non
interrompue par des bonds, comme par exemple celle du Mulot.
On le prend facilement aux pièges. Beaucoup d’oiseaux de proie diurnes
et nocturnes, la vipère, certaines couleuvres, les belettes, les chiens
de berger qui les déterrent, en détruisent une énorme quantité, mais il
est tellement prolifique que l’espèce est toujours commune.
On a essayé dans le Nord, l’Est et l’Ouest de la France, toutes sortes
de moyens pour empêcher ses déprédations: pièges, trappes, poison; on a
même répandu des boulettes contenant un bacille cultivé exprès, et les
expériences ont prouvé qu’on pouvait ainsi en tuer d’énormes quantités.
CAMPAGNOL SOUTERRAIN
Le Campagnol souterrain, long de 0^{m}12, est brun ou brun grisâtre en
dessus, gris cendré en dessous, les oreilles nues et tellement courtes
qu’on ne les distingue pas au-dessus des poils, les yeux très petits. De
plus, alors que chez les autres Campagnols il y a toujours huit
mamelles, le souterrain n’en a que quatre.
Cette espèce qu’on ne voit guère parce qu’elle est continuellement sous
terre dans ses galeries nombreuses et profondes, est en réalité assez
répandue, bien que localisée, en France et en Belgique. Fatio ne
l’indique pas dans sa faune de la Suisse, mais elle s’y trouve très
probablement. Elle vit dans les prés humides et les jardins où elle
trouve sa nourriture consistant en racines potagères, céleri, carottes
et autres, aussi dans les marécages et au bord des étangs, où elle
dévore les racines des plantes aquatiques.
Après vingt jours de gestation, la femelle fait sa portée de deux à
quatre petits, ce qui se renouvelle cinq à six fois par an.
Bien que ses habitudes souterraines mettent ce Campagnol à l’abri des
attaques des animaux de proie et des hérons, il n’est jamais très
répandu, détruit par les taupes qui le rencontrent sous terre, par les
serpents qui vont le chercher dans son trou, par les belettes et aussi
par les inondations qui envahissent souvent ses terriers.
Ses formes lourdes et ramassées, la brièveté des oreilles et de sa
queue, la petitesse de ses yeux, le nombre des mamelles, ont décidé les
zoologistes à le classer dans un genre différent de celui des autres
Campagnols, le genre «Microtus Selys». On a également décrit sous les
noms de Campagnol incertain et Campagnol des Pyrénées des formes très
voisines, habitant les montagnes, qui appartiennent évidemment à cette
espèce; aussi, sous les noms de «Arvicola gerbei Del’isle», «Selysii
Gerbe», «Savii Silys», des variétés très légèrement différentes, surtout
par leur coloration.
[Illustration:
Campagnol souterrain
Arvicola subterraneus
Famille des MURIDÉS]
[Illustration:
Lièvre commun
Lepus timidus
Famille des LÉPORIDÉS]
LIÈVRE COMMUN
Tout le monde connaît le Lièvre avec son pelage fauve variant du gris au
brun, ses flancs fauves ainsi que la gorge, le dessous du corps blanc,
le bout des oreilles noir, la queue très courte et très velue, noire
dessus, blanche dessous. Le mâle est ordinairement plus blanchâtre et
plus roux, la femelle plus grise. La longueur moyenne d’un adulte
français est de 0^{m}70, et son poids de 7 à 8 livres; les Lièvres
suisses sont plus grands et atteignent 9 et même 12 livres.
Le Lièvre est devenu rare dans beaucoup de départements, excessivement
rare dans plusieurs du midi, commun dans certains autres et dans
plusieurs provinces belges, mais là où il n’est pas protégé au moyen des
chasses gardées, il diminue promptement de nombre, étant donné la chasse
acharnée que lui font l’homme avec le fusil et les collets, les chiens,
les renards, tous les mustelidés, les chats, les oiseaux de proie
diurnes et nocturnes.
Il habite les champs et les bois et, suivant la saison, la température
et des habitudes individuelles, se gîte en des endroits variés. Il aime
les terrains secs et pourtant il se cache parfois en des places
tellement marécageuses qu’il est presque couché dans l’eau. Son gîte est
un petit emplacement battu, plus ou moins recouvert par des mottes de
terre, des plantes vertes ou des ronces, quelquefois tout à découvert.
D’ordinaire, il demeure en repos pendant toute la journée, tapis et gîté
dans un sillon ou dans les broussailles, et se met en mouvement, au
crépuscule, pour brouter toutes sortes de végétaux. S’il n’est pas
dérangé, il retourne, dès les premières lueurs du jour, à son ancien
gîte ou en fait un nouveau à peu de distance, fréquente toujours la même
contrée, où si les mâles s’éloignent pendant quelques jours, ils ne
tardent pas à y revenir.
La chasse du Lièvre aux chiens courants est particulièrement
intéressante, l’animal essayant, au moyen d’une foule de ruses
instinctives, de dépister les chiens. Il a l’ouïe excessivement fine,
mais la vue mauvaise en ce sens qu’il voit mal devant lui et qu’il
viendra, par exemple, tout droit jusqu’aux pieds du chasseur, si
celui-ci demeure immobile.
Il est polygame et les mâles se livrent de violents combats; le rut
durant toute l’année, on trouve des femelles pleines en toutes saisons
et souvent une hase, nom de la femelle, s’accouple quand elle nourrit
encore ses petits. Le nombre des portées est de deux à quatre, de
chacune deux ou trois petits, très rarement quatre. Les jeunes qui
croissent vite sont déjà aptes à reproduire au bout de huit ou neuf
mois.
La gestation dure un mois. Les petits sont déposés dans un fourré, sous
d’épaisses ronces, au fond d’un fossé, sous des bruyères, tandis que la
mère ne reste pas avec eux et se gîte à peu de distance. Dès qu’ils
peuvent courir, les levraults se cachent aux environs et accourent
lorsque la femelle fait entendre un cri d’appel très particulier.
Autrement, le Lièvre est une bête muette qui pousse son cri de détresse
seulement lorsqu’il est saisi par un ennemi.
On trouve des cas d’albinisme plus ou moins complet.
LIÈVRE CHANGEANT
Cette espèce diffère de l’espèce commune en ce que la taille est un peu
inférieure, les oreilles plus courtes et la coloration variable,
l’animal étant, en été, d’un gris fauve ou roux avec la queue grise ou
blanche, et devenant, en hiver, entièrement blanc, le bout des oreilles
demeurant noir en toutes saisons. La livrée d’hiver commence à se
montrer à la fin de septembre au moyen de la croissance de nouveaux
poils; la livrée d’été reparaît à la fin de mars. Dans l’état de
transition, l’animal paraît comme saupoudré de gris.
Il se rapproche plus du Lapin que ne fait le Lièvre ordinaire.
Cette forme, inconnue en Belgique et dans la plus grande partie de la
France, se trouve seulement dans les montagnes des Alpes et des
Pyrénées; encore, dit-on, ce qui n’est pas prouvé, que les Lièvres des
Alpes sont un peu différents de ceux des Pyrénées.
Le Lièvre variable a tout à fait les habitudes et les mœurs de notre
Lièvre; il ne quitte jamais les endroits montagneux et monte jusqu’à
3.200^{m} d’altitude en Suisse. La femelle fait, au mois d’avril, une
première portée de deux à quatre petits, suivie d’une seconde, rarement
d’une troisième.
Sa chair ne vaut pas celle du Lièvre ordinaire, mais il est, comme son
congénère, pourchassé par l’homme, les renards et les aigles. Pourtant,
la variation de son pelage lui est évidemment très utile pour se
dissimuler aux yeux de ses ennemis. En effet, au moment où la neige
commence à couvrir la terre, son pelage s’est moucheté de blanc et
bientôt après il est d’un blanc pur, sauf le bout des oreilles, si bien
qu’il est très malaisé de l’apercevoir gîté sous une pierre ou sous des
racines.
Fatio dit qu’en Suisse cette espèce s’accouple de temps en temps avec
l’espèce commune et il a vu des hybrides sauvages. Elle serait moins
solitaire que notre Lièvre et se réunirait parfois en petites compagnies
pendant la mauvaise saison.
[Illustration:
Lièvre changeant
Lepus variabilis
_Lièvre blanc_
Famille des LÉPORIDÉS]
[Illustration:
Lièvre lapin
Lepus cuniculus
_Lapin_
Famille des LÉPORIDÉS]
LIÈVRE LAPIN
Le Lapin sauvage est de coloration grise plus ou moins brune en dessus,
fauve rousse à l’occiput et sur le cou; ses oreilles plus courtes que la
tête sont entièrement grises; la queue noirâtre en dessus est blanche en
dessous. La longueur du corps d’un adulte est d’environ 0^{m}46.
Le Lapin est répandu partout, mais tandis qu’il pullule en beaucoup de
localités, il est rare dans d’autres et ne réussit pas toujours là où on
essaie de l’acclimater. On sait qu’il se creuse des terriers profonds;
pourtant, quand il n’est pas trop inquiété par les renards et par les
chiens et quand les belettes et les putois qui visitent ses terriers
sont nombreux dans la contrée, il prend l’habitude de vivre sans trou et
se défend en vivant au milieu des buissons ou en se jetant dans un trou
de hasard, même dans un arbre creux.
Il est essentiellement polygame et les mâles se battent à chaque
instant. Lorsque, après un mois de gestation, la femelle veut mettre
bas, elle creuse un trou peu profond, dit rabouillère, dans lequel elle
entasse des herbes qu’elle revêt d’une épaisse couche de ses poils et y
dépose de trois à sept petits. Elle fait, suivant son âge, de quatre à
six portées par an. Si elle s’éloigne de son nid, elle le recouvre de
poils et bouche l’entrée. Jamais elle ne fait ses petits dans son
terrier ordinaire, car le mâle qui les trouverait les tuerait
immédiatement.
Dans certaines chasses gardées, on tue les lapins par milliers;
ailleurs, on les chasse au chien d’arrêt, aux chiens courants et, quand
ils sont terrés, on essaie de les faire sortir avec un furet.
La variété noire du Lapin sauvage n’est pas très rare, les variétés
isabelle et blanche sont beaucoup moins communes.
Le Lapin a été domestiqué depuis longtemps et l’homme, au moyen de la
sélection, a créé de nombreuses races bien fixées, remarquables par leur
coloration ou par leur taille qui peut devenir énorme.
Un fait certain, c’est que le Lièvre et le Lapin ne se sont jamais
croisés à l’état libre, mais on a prétendu être parvenu à faire
accoupler le lièvre mâle avec la lapine et avoir ainsi obtenu des
hybrides dits «Léporides». Il semblerait qu’on dût admettre
l’affirmation d’éleveurs qui disent avoir obtenu ces produits, mais
d’autre part le fait est nié énergiquement par la plupart des
zoologistes et il a toujours été prouvé que les animaux présentés comme
léporides n’étaient, après examen des os et des viscères, que des
lapins. On doit donc, jusqu’à présent, mettre en doute l’existence du
croisement des deux espèces.
CHAT SAUVAGE
Le Chat sauvage est revêtu d’un pelage épais et soyeux, gris un peu
fauve marqué de bandes noirâtres, avec une raie noire sur le dos; le
menton, la gorge et les côtés du nez blanchâtres; la queue de grosseur
uniforme annelée et terminée de noir. La longueur de son corps est de
0^{m}70, celle de la queue de 0^{m}35: la hauteur au garrot de 0^{m}35 à
0^{m}40. On a vu des mâles adultes peser jusqu’à 12 kilog., tandis que
les femelles, toujours plus petites et plus fauves, ne dépassent guère
la moitié de ce poids.
Commun en France, en Belgique, en Suisse, il y a un siècle et moins, il
est devenu beaucoup plus rare. Il se tient dans les bois et se loge dans
les cavités des rochers, les gros arbres creux ou les vieux trous de
blaireaux et de renards. Rarement il sort pendant le jour, mais il se
met en chasse dès le crépuscule, poursuit et guette alors les lièvres,
lapins, rats, écureuils, oiseaux de toutes sortes et attaque même les
jeunes chevreuils: on ne le voit jamais près des fermes parce qu’il
n’ose pas s’aventurer hors des fourrés, au contraire de nos chats
devenus à demi-sauvages.
Chassé par des chiens courants, il se fait ordinairement battre pendant
une demi-heure, puis grimpe sur un arbre pour s’y cacher derrière une
grosse branche, dans une cavité du tronc ou sur un vieux nid de pie. Il
sait alors se ramasser et se dissimuler si bien que, malgré sa grande
taille, il est assez difficile de l’apercevoir. Blessé, il devient
redoutable et se défend avec énergie.
Des chasseurs ayant, au mois de décembre, lancé un renard, le firent
terrer dans un trou où se trouvait déjà un chat d’environ 6 kilos. A la
suite d’une bataille, le renard finit par étrangler le chat, mais il est
certain qu’un renard doit rarement venir à bout d’un adversaire aussi
vigoureux.
Parfois, lorsqu’il chasse pendant le jour, les pies, corbeaux et geais
le poursuivent de leurs cris, ce qui éveille l’attention des chasseurs
et devient souvent la cause de sa perte.
Il est polygame et les mâles sont plus nombreux que les femelles,
puisque, sur vingt animaux, nous avons trouvé dix-sept mâles, et
d’autres constatations ont donné le même résultat.
Neuf semaines après l’accouplement qui a lieu à la fin de l’hiver, la
femelle fait, vers le mois d’avril, trois ou quatre petits dans un vieil
arbre creux, dans une cavité de rocher ou à terre, dans un fourré
impénétrable.
Le Chat sauvage s’accouple quelquefois avec les chats domestiques qui
ont repris dans les bois la vie errante, mais ces derniers, qui savent
moins bien se défendre, périssent toujours rapidement de male mort.
Toutefois, on trouve de loin en loin des chats qui sont évidemment des
métis.
[Illustration:
Chat sauvage
Felis catus
Famille des FÉLIDÉS]
[Illustration:
Genette vulgaire
Genetta vulgaris
Famille des VIVERRIDÉS]
GENETTE VULGAIRE
La Genette, qui seule représente chez nous la famille des Viverridés, a
la tête longue et fine, les oreilles longues, le corps long et souple,
les membres assez hauts avec des ongles à demi rétractiles pointus. Son
pelage est gris cendré, marqueté de nombreuses taches noires, sauf à la
gorge, à la poitrine et au ventre; le dos porte une raie noire; la queue
est annelée de noir: le menton et le museau sont noirs. Deux glandes
placées près de l’anus répandent une odeur musquée, plutôt très
agréable.
Le corps sans la queue mesure 0^{m}47, la queue 0^{m}41; la hauteur au
garrot est de 0^{m}19.
La Genette est une bête extrêmement gracieuse, vive, légère et
vigoureuse qui, d’apparence, tient le milieu entre les chats et les
mustelidés. Elle se trouve en France, surtout au sud de la Loire
jusqu’en Espagne, et à l’Est ne dépasse pas le Rhône. On l’a cependant
observée dans plusieurs départements au nord de la Loire. Elle n’existe
ni en Suisse ni en Belgique. Elle est rare dans la plupart des
départements où on la trouve, sauf dans quelques localités du Centre et
de l’Ouest où on l’observe assez fréquemment, tandis qu’en Vendée elle
paraît très commune, puisque, en 1909, un même envoi fait de ce
département à Paris contenait 14 Genettes.
Elle vit dans les grandes forêts et n’en sort guère pour se rapprocher
des habitations. Elle chasse la nuit, se glisse dans les fourrés, grimpe
parfaitement aux arbres et se nourrit de toutes sortes d’oiseaux et de
petits mammifères.
Surprise par les chiens ou par l’homme, elle se perche immédiatement et
cherche à se dissimuler dans le feuillage; ce qui lui est facile à cause
de sa coloration. Parfois, elle se laisse chasser un instant et
s’introduit dans la cavité d’un vieux chêne. Elle se prend facilement
dans les assommoirs tendus par les gardes.
Sa portée est de deux petits, rarement trois, qu’elle dépose sur un lit
de feuillage dans un gros tronc d’arbre ou dans un trou de blaireau.
MARTE FOUINE