BIBLIOTHÈQUE DE POCHE
DU
NATURALISTE
XVIII
BIBLIOTHÈQUE DE POCHE DU NATURALISTE.--XVIII.
ATLAS DE POCHE
DES
MAMMIFÈRES
de la France, de la Suisse romane
et de la Belgique
AVEC LEUR DESCRIPTION, MŒURS ET ORGANISATION
SUIVI D’UNE
Étude d’ensemble sur les Mammifères
PAR
René MARTIN
_48 Planches coloriées et 45 Figures noires_
Peintures et dessins par A. Bessin
PARIS
LIBRAIRIE DES SCIENCES NATURELLES
Paul Klincksieck
LÉON LHOMME, successeur
3, RUE CORNEILLE, 3
1910
_Tous droits de reproduction et de traduction réservés pour tous pays._
PRÉFACE
_Les mammifères qui habitent la France, la Belgique et la Suisse sont,
ou bien connus de tout le monde parce qu’on a souvent l’occasion de les
rencontrer, comme par exemple le lièvre, le lapin, la souris; ou
facilement reconnaissables quand on les aperçoit, comme l’écureuil, le
hérisson, la taupe; d’autres sont exposés, vivants ou empaillés, dans
les muséums et les jardins zoologiques, comme le sanglier, le cerf, le
renard, et ceux qui ne les ont pas vus à l’état sauvage savent
distinguer immédiatement ces formes caractéristiques. Mais il y en a
beaucoup que le public connaît mal, soit parce qu’ils sont rares, comme
le desman, le mouflon, le bouquetin, soit parce qu’il les confond plus
ou moins entre eux et avec les espèces connues, comme les musaraignes,
les loirs, les campagnols qui, à première vue, semblent voisins des
rats. Il y a enfin tout le groupe des chauves-souris, si différentes les
unes des autres et pourtant si difficiles à distinguer sans étude ou au
moins sans guide. Nous espérons que, à l’aide du petit ouvrage que nous
offrons au public, il sera aisé à nos lecteurs de reconnaître de suite
tous les animaux qu’ils pourront avoir sous les yeux et qu’ils
éprouveront le plaisir qu’on ressent quand on arrive, après un examen de
quelques minutes, à donner son nom exact à la bête qu’on a devant soi._
_N’est-il pas véritablement utile de bien connaître la faune des pays
que nous habitons, d’autant mieux que plusieurs des mammifères de France
sont des gibiers servis journellement sur nos tables, que beaucoup de
petits rongeurs sont des fléaux pour l’agriculture et que d’autres
donnent des fourrures servant à nos vêtements._
_L’ouvrage comprend deux parties:_
_Dans la première sont figurées et décrites nos principales espèces
indigènes. Presque toutes les planches et couleurs ont été dessinées sur
l’animal vivant, les autres, en très petit nombre, ont été faites sur
des spécimens choisis au Muséum parmi les plus beaux et les mieux
montés. En regard de chaque figure se trouve une description de
l’espèce, de ses mœurs et de ses habitudes, ainsi que les documents
indiquant son utilité ou les dégâts quelle peut causer à l’homme._
_La deuxième partie du volume se compose de notions aussi simples et
aussi claires que possibles sur la structure, la biologie, la
classification de nos mammifères, avec la description de toutes les
espèces vivantes en France, en Belgique et en Suisse. Après avoir parlé
de toutes les formes sauvages de notre pays, nous dirons quelques mots
de nos espèces domestiques, notamment en ce qui concerne leurs
origines._
_Il est pourtant un ordre de mammifères dont nous ne parlerons pas,
celui des cétacés, mammifères exclusivement aquatiques, à corps imitant
celui des poissons, comprenant les marsouins, les dauphins, les
baleines, etc., par la raison que cet ordre a déjà été traité en
appendice, il est vrai, mais d’une façon complète dans le volume de la
collection écrit sur les poissons marins, auquel le lecteur voudra bien
se reporter._
_Les dimensions données pour chaque animal sont celles du mâle adulte.
Ces dimensions sont parfois un peu variables, surtout chez certaines
espèces, les individus, fussent-ils d’une même portée, n’étant jamais
exactement semblables. Ce qui est utile, ce sont des chiffres donnant
une moyenne, sauf dans le cas où il s’agit de comparer deux formes
voisines pour lesquelles la différence de taille, même minime, est un
objet de comparaison._
FAUNES DES MAMMIFÈRES
DE FRANCE, BELGIQUE ET SUISSE
PUBLIÉES
par provinces ou départements.
Le faune d’un département spécial, écrite en général par un auteur qui a
vu et chassé les animaux d’une localité, est toujours très intéressante
et très utile au point de vue de la faune générale d’un pays. En France,
les faunes particulières des mammifères existent pour la moitié à peu
près de nos départements; plusieurs d’entre elles ne sont que des
compilations ou de simples listes, d’autres contiennent des observations
et des études, souvent très bien faites sur les animaux de la région.
Ces faunes sont beaucoup plus nombreuses en ce qui concerne les oiseaux.
Nous croyons utile d’indiquer toutes les faunes que nous connaissons
relatives aux mammifères de nos départements.
_Allier._--Ernest Olivier. Essai sur la faune de l’Allier (Moulins
1880).
_Basses-Alpes._--Réguis. Mammifères de la Provence (Marseille
1880).
_Alpes-Maritimes._--Risso. Histoire naturelle de l’Europe
méridionale, particulièrement des environs de Nice (Paris 1826).
_Ardèche._--Lagardette. Catalogue des mammifères de l’Ardèche
(Privas 1872).
_Ardennes._--Godron. Zoologie de la Lorraine (Nancy 1863).
_Aube._--Ray. Catalogue de la faune de l’Aube (Troyes 1843).
_Bouches-du-Rhône._--Réguis. Mammifères de la Provence (Marseille
1880).
_Calvados._--Chesnon. Histoire naturelle de la Normandie (Bayeux
1835).
_Calvados._--Gadeau de Kerville. Faune de Normandie (Paris 1888).
_Cantal._--Delarbre. Essai zoologique sur l’Auvergne (Clermont
1897).
_Charente._--De Rochebrune. Faune de la Charente (Soc. Linn. de
Bordeaux 1841).
_Charente-Inférieure._--Beltramieux. Faune de la
Charente-Inférieure et suppl. (La Rochelle 1864-1870).
_Doubs._--Ernest Olivier. Faune du Doubs (Besançon 1883).
_Eure._--Gadeau de Kerville. Faune de Normandie (Paris 1888).
_Eure-et-Loir._--Marchand. Faune d’Eure-et-Loir (Revue et mag. de
zoologie 1861).
_Finistère._--De Lauzanne. Animaux vertébrés du Nord-Finistère
(Morlaix 1883).
_Gard._--Crespon. Faune méridionale (Nîmes 1844).
_Haute-Garonne._--Trutat. Mammifères des Pyrénées (Toulouse 1878).
_Gironde._--Lataste. Mammifères non-marins de la Gironde (Bordeaux
1884).
_Hérault._--Creuzé de Lesser. Statistique de l’Hérault (Montpellier
1881).
_Indre._--R. Martin et R. Rollinat. Vertébrés de l’Indre (Paris
1894).
_Jura._--Ogérien. Histoire naturelle du Jura et départements
voisins (Paris 1863).
_Loire et Haute-Loire._--Pomel. Vertébrés fossiles du bassin
supérieur de la Loire (Paris 1854).
_Maine-et-Loire._--Millet. Faune de Maine-et-Loire et suppl.
(Angers 1828-1868).
--De Soland. Mammifères de Maine-et-Loire (Angers 1856).
_Manche._--Gadeau de Kerville. Faune de Normandie (Paris 1888).
_Marne._--D^{r} Salle. Faune de la Marne.
_Meurthe-et-Moselle et Meuse._--Godron. Zoologie de la Lorraine
(Nancy 1863).
_Morbihan._--Taslé. Histoire naturelle du Morbihan (Vannes 1869).
_Nord._--De Norguet. Mammifères du département du Nord (Lille
1867).
_Orne._--Gadeau de Kerville. Faune de Normandie (Paris 1888).
_Puy-de-Dôme._--Delarbre. Essai zoologique sur l’Auvergne (Clermont
1797).
_Puy-de-Dôme._--R. des Prugnes. Vertébrés du Puy-de-Dôme (Feuille
des jeunes naturalistes 1901-1902).
_Basses-Pyrénées et Hautes-Pyrénées._--Trutat. Catalogue des
mammifères des Pyrénées (1878).
_Pyrénées-Orientales._--Companys. Histoire naturelle du département
des Pyrénées-Orientales (Perpignan 1861).
_Sarthe._--Gentil. Mammalogie de la Sarthe (Le Mans 1881).
_Seine-et-Marne._--De Sinety. Faune de Seine-et-Marne (Revue et
mag. de zoologie 1854).
_Seine-Inférieure._--Gadeau de Kerville. Faune de Normandie (Paris
1888).
_Somme._--Marcotte. Animaux vertébrés de l’arrondissement
d’Abbeville (1861).
_Var._--Réguis. Mammifères de la Provence (Marseille 1880).
--Gerbe. Vertébrés nouveaux de la Provence (Paris 1852).
_Vaucluse._--Réguis. Mammifères de la Provence (Marseille 1880).
_Vendée._--Cavoleau. Statistique du département de la Vendée
(Fontenay-le-Comte 1884).
_Vienne._--Mauduyt. Mammifères du département de la Vienne
(Poitiers 1843).
_Vosges._--Godron. Animaux sauvages des Vosges (1866).
--Lepage et Charton. Histoire naturelle du département des Vosges.
_Yonne._--Paul Bert. Animaux vertébrés de l’Yonne (1864).
_Alsace._--Gérard. Mammifères sauvages de l’Alsace (Colmar 1871).
_Belgique._--De Selys-Longchamps. Faune belge (Liège 1842).
--Deby. Histoire naturelle des mammifères (Bruxelles 1848).
_Luxembourg._--Mammifères du pays de Luxembourg (Luxembourg 1869).
_Suisse._--Fatio. Mammifères de la Suisse (Genève 1869).
_France entière._ Rolland. Faune populaire des mammifères de France
(Paris 1877).
--Trouëssart. Mammifères de France (Paris 1884).
--Bouvier. Mammifères de France (Paris 1886).
RHINOLOPHE GRAND FER-A-CHEVAL
Les Rhinolophes sont des Chauves-Souris remarquables par un repli
membraneux, plus ou moins en forme de feuilles plissées, qu’elles ont
sur le nez. Ce caractère les fait reconnaître de suite.
Le Rhinolophe grand fer-à-cheval, de taille relativement grande
(envergure: 0^{m}36; corps: 0^{m}065; queue: 0^{m}035) a le pelage d’un
gris brun roux en dessus, d’un brun pâle ou grisâtre en dessous; deux
feuilles nasales, la postérieure lancéolée; les côtés de la selle un peu
concaves; les oreilles larges, un peu plus courtes que la tête, à pointe
aiguë; la 2^{e} prémolaire supérieure accolée à la canine, la 1^{re}
prémolaire se trouvant en dehors de la ligne des dents; l’aile insérée
au talon. Les deux sexes et les jeunes sont semblables.
En toutes saisons, ce Rhinolophe, reconnaissable à sa grande taille,
habite les souterrains, les caves et les cavernes où on le trouve
suspendu aux voûtes et aux parois; il ne se glisse jamais dans les
fissures et dans les trous. En été, quelques sujets se réfugient dans
les greniers des moulins abandonnés ou des vieux édifices situés près
des eaux.
Durant les beaux jours, il sort de sa retraite, quand la nuit est
tombée, et longe, d’un vol bas et peu rapide, les buissons, les avenues,
le bord des rivières et les bâtiments. Il saisit alors une foule de
coléoptères et de papillons qu’il dévore sans s’arrêter, mais si la
proie est volumineuse, il s’accroche immédiatement à l’entrée d’une
caverne, d’une maison ou à un tronc d’arbre, la tête en bas et la mange
tranquillement. C’est ainsi qu’on voit, à l’entrée des grottes qu’il
habite, de nombreux débris d’insectes. Si, à cette époque, on pénètre
pendant le jour dans une caverne où il s’est retiré pour dormir, il
s’éveille à l’approche de la lumière et se laisse difficilement saisir.
Dès la fin d’octobre commence le sommeil hibernal; ce qui n’empêche pas
que, parfois, en novembre, on voit encore voler quelques-unes de ces
Chauves-Souris.
Pendant les grands froids, le sommeil est profond, car on peut alors
les enlever, les examiner et les remettre en place.
Cette espèce est très difficile à tenir en captivité, elle ne cesse de
se meurtrir aux parois de la cage et refuse ordinairement toute
nourriture.
Elle habite une grande partie de l’Europe, commune dans le Sud et plus
rare dans le Nord. En France, on la trouve partout; elle est même très
répandue dans le Centre, l’Ouest et le Midi. Elle est plutôt rare en
Suisse et en Belgique.
Une autre espèce de Rhinolophe, le Rhinolophe petit fer-à-cheval, est
assez commune en France, en Belgique et en Suisse; deux autres espèces,
le Rhinolophe de Blasius et le Rhinolophe Euryale n’habitent que le Sud
et le Centre de la France. Elles seront décrites dans la seconde partie
de cet ouvrage.
[Illustration:
Rhinolophe grand fer à cheval
Rhinolophus ferrum equinum
_Chauve-souris_
Famille des RHINOLOPHIDÉS]
[Illustration:
Oreillard commun
Plecotus auritus
_Chauve-souris_
Famille des VESPERTILIONIDÉS]
OREILLARD COMMUN
Cette Chauve-souris a le museau assez allongé, le nez sans repli bien
net en forme de feuille, mais cependant une apparence de repli; les
narines ouvertes à la partie supérieure du museau au fond d’une rainure;
deux incisives de chaque côté à la mâchoire supérieure, trois à la
mâchoire inférieure; les oreilles soudées ensemble à leur base, énormes,
avec un oreillon de presque moitié de l’oreille, en forme de couteau
assez étroit, un peu plus large en bas; les ailes courtes et larges; les
jambes longues, et 36 dents.
Le pelage est brun cendré en dessus, gris jaunâtre en dessous, l’aile
insérée à la base des doigts; l’envergure de 0^{m}23 à 0^{m}26, avec le
corps d’une longueur de 0^{m}05 et la queue de 0^{m}045. Les deux sexes
sont semblables, la femelle et les jeunes parfois plus foncés ou plus
ternes. On la reconnaît de suite à ses oreilles extrêmement grandes,
aussi longues que le corps.
Elle est plus ou moins commune, suivant les localités, mais généralement
très répandue, dormant, le jour, cachée dans les trous de murs, les
carrières ou les greniers, souvent derrière les contrevents des
fenêtres, et partant, dès le crépuscule, à la recherche des petits
insectes nocturnes.
Son vol rapide, très coupé et très irrégulier, est moyennement élevé. On
la voit circuler à travers les branches des arbres et se frôler aux
rameaux comme si elle saisissait des insectes posés sur les fleurs, ou
raser la surface des eaux, ou bien chasser dans les vergers, les
clairières des bois et les rues des villes.
Au printemps et en été, les femelles réunies par petites bandes, élèvent
leurs petits en commun. En hiver, on la rencontre par petits groupes, et
souvent solitaire, suspendue aux voûtes des cavernes et des caves, ou
profondément enfoncée dans une fissure, avec les oreilles repliées le
long du corps, les oreillons seuls demeurant droits.
Elle reprend de bonne heure la vie active, parfois dès les belles
soirées de janvier et de février.
C’est la seule espèce du genre Oreillard habitant la France, la Suisse
et la Belgique.
VESPÉRIEN PIPISTRELLE
La Pipistrelle a le museau court, le nez sans aucun repli, les narines
s’ouvrant au bout du museau, deux incisives à la mâchoire supérieure de
chaque côté, trois incisives à l’inférieure; les oreilles très séparées,
très peu longues, assez larges, l’oreillon peu courbé en forme de
couteau obtus, ayant sa plus grande largeur au-dessus de la base; les
ailes longues insérées à la base des doigts; 34 dents; les jambes plutôt
courtes et fortes.
Son pelage assez variable de coloration est en général brun noir dessus,
brunâtre en dessous. Les deux sexes sont semblables, les jeunes de
teinte plus foncée. Envergure: 0^{m}18 à 0^{m}20; corps 0^{m}038; queue
0^{m}032.
Très petite espèce, commune partout en France, surtout dans le centre et
le nord, en Belgique et en Suisse. Elle se retire dans les greniers, les
écuries, les trous des murailles et des arbres, tantôt seule, tantôt par
bandes. A peine la nuit venue, elle part, et d’un vol rapide et très
irrégulier, circule dans les villes et autour des bâtiments, au-dessus
des arbustes et des rivières et entre même dans les appartements
éclairés.
L’hiver, elle se cache dans les coins des greniers, dans les trous des
charpentes et dans les combles des édifices. Son sommeil est peu
profond et il n’est pas rare de la voir voltiger dans une tiède soirée
d’hiver. En cette saison, sa coloration est généralement plus claire
qu’en été.
La Pipistrelle a été souvent conservée en captivité dans des cages et on
a pu constater qu’elle absorbait une très grande quantité de nourriture,
car on l’a vue manger de suite plus de 30 sauterelles ou criquets, ou
bien environ 300 mouches.
Le genre Vespérien compte un certain nombre d’espèces dont nous
donnerons plus loin la description.
[Illustration:
Vespérien pipistrelle
Vesperugo pipistrellus
_Pipistrelle_
Famille des VESPERTILIONIDÉS]
[Illustration:
Hérisson d’Europe
Erinaceus europaeus
Famille des ERINACEIDÉS]
HÉRISSON D’EUROPE
Le Hérisson, dont le corps mesure environ 0^{m} 24 et la queue 0^{m} 17,
a la tête large à la base, de petites oreilles arrondies, la queue velue
et très courte, et 36 dents. Son pelage est composé, sur la tête, les
membres, la queue et le ventre, d’une fourrure de poils d’un brun
jaunâtre, plus clairs sur l’abdomen et la poitrine, et sur toutes les
parties supérieures du corps, d’une série de longs piquants serrés et
aigus, d’un blanc jaunâtre à leur base, noirâtres vers leur moitié et
blancs au bout. Dès qu’il est inquiété, l’animal place sa tête, ses
membres et sa queue sur l’abdomen et se replie en rond, ne présentant
plus qu’une boule hérissée de piquants.
Le Hérisson est partout très commun, dans les haies des campagnes et
dans les bois taillis. Durant le jour, il demeure caché sous un pied de
taillis, un roncier ou un amas de pierres; il en sort rarement pendant
le grand soleil, mais aussitôt le crépuscule, il commence à courir de
côté et d’autre, dévorant tout ce qu’il rencontre, insectes de toutes
sortes, lombrics, limaces, limaçons, serpents, lézards et grenouilles,
mulots et campagnols, lapereaux dont il trouve le nid, jeunes oiseaux,
et au besoin des racines et des fruits.
Renfermé dans une écurie, nous l’avons vu dévorer des œufs, de petits
pigeons, et une personne digne de foi l’a vu attaquer, dans les mêmes
conditions, de petits chiens qui venaient de naître.
Il mange les cantharides, dit-on, sans en être incommodé et attaque la
vipère, ses piquants le protégeant contre les morsures, car il n’est
pas certain qu’il soit immunisé, comme on le prétend, contre le venin du
reptile.
C’est un animal, à la fois utile puisqu’il détruit les insectes
nuisibles, les limaces, les campagnols et la vipère, et un peu nuisible
puisqu’il mange du gibier et des oiseaux.
Il ne court pas très vite, mais il grimpe assez bien et au besoin
escalade une muraille même élevée. Grâce à son système de défense, il
est rarement tué par les animaux carnassiers; les chasseurs dont les
chiens l’arrêtent souvent dans les buissons, l’épargnent ordinairement;
les paysans, au contraire, le tuent généralement quand ils le
rencontrent, soit pour le plaisir de le tuer, soit pour le manger.
Au mois de juin, la femelle construit, dans un roncier, au milieu des
champs ou dans un bois épais, un nid d’herbes où elle dépose ses petits;
elle fait ainsi deux portées par an, de chacune trois à sept jeunes.
Ceux-ci, à la naissance et pendant quelques jours, ont les piquants
mous, mais ils durcissent vite et sont alors plus aigus que ceux des
adultes.
A la fin de l’automne, le Hérisson se cache sous d’épaisses racines,
sous des rochers ou dans un fourré, et là, s’ensevelit dans un amas de
feuilles sèches et de broussailles. Dès les premiers beaux jours du
printemps, il se réveille et commence sa vie d’été.
TAUPE COMMUNE
La Taupe est une bête d’environ 0^{m}18 de longueur, sans oreilles
visibles, au museau allongé terminé par une sorte de boutoir, aux
membres courts, ceux de devant ayant la forme de larges mains, ceux de
derrière étroits, revêtue d’un soyeux pelage noir, parfois avec nuance
cendré brillant. Ses yeux sont extrêmement petits, ordinairement ouverts
et munis de paupières, mais on rencontre aussi des individus ayant un
œil ou les deux yeux recouverts d’une peau transparente très mince.
C’est une espèce en voie de transformation, perdant le sens de la vue
qui lui est souvent inutile.
Sa vie se passe presque entièrement sous terre où elle creuse de petites
galeries longues et compliquées, généralement faites sur le même modèle.
Elle y circule avec vivacité et y chasse les animaux qu’elle y
rencontre. On ne la voit presque jamais à la surface du sol et si on l’y
surprend, elle se hâte de s’enfouir en un clin d’œil. Si on ne la voit
pas quand elle est sous terre, sa présence est révélée par les amas
arrondis de terre qu’elle rejette et qui indiquent la direction de ses
galeries. Ces monticules appelés «taupinières» sont placés
irrégulièrement, tantôt éloignés, tantôt très près les uns des autres,
et se trouvent dans les prés, les bois, les champs et les jardins, en
toutes saisons, même en hiver, puisque, sur une couche de neige tombée
de la nuit, les taupinières apparaissent comme des taches obscures, dès
les premières heures du matin.
C’est dans ces galeries, sous un nid feutré d’herbes, que la femelle,
après une gestation de quatre semaines, met bas, d’avril à juin, trois à
six petits.
La Taupe est extrêmement vorace et ne cesse de manger les lombrics, les
larves de coléoptères, les courtilières, même les campagnols et les
jeunes mulots; elle attaque même ses semblables quand elle ne trouve pas
autre chose.
Elle est certainement utile parce qu’elle détruit beaucoup d’insectes
nuisibles, mais il ne faut pas la laisser trop se multiplier parce
qu’elle fait périr les jeunes plants dans les potagers et que, dans les
prairies, ses taupinières sont très gênantes pour les faucheurs.
Aussi les cultivateurs en prennent-ils beaucoup avec des pièges spéciaux
tendus dans les galeries.
Les mâles sont plus nombreux que les femelles. Assez souvent, on trouve
des taupes blanches et de couleur isabelle.
On a fait une seconde espèce de la Taupe aveugle (_Talpa cæca Savi_) qui
habite certains départements des bords de la Méditerranée et qui n’est
peut-être qu’une variété de la Taupe commune. Elle a la taille et les
habitudes de notre espèce et en diffère par ses yeux toujours recouverts
d’une pellicule et privés de paupières, par la longueur de son boutoir,
par ses deux incisives supérieures médianes, beaucoup plus larges que
les latérales, et sa seconde prémolaire supérieure beaucoup plus petite
que la troisième, alors que, chez l’espèce ordinaire, les incisives
supérieures sont toutes à peu près égales et la deuxième prémolaire
supérieure aussi grande que la troisième.
[Illustration:
Taupe commune
Talpa europaea
_Foyon_
Famille des TALPIDÉS]
[Illustration:
Desman des Pyrénées
Myogalea pyrenaica
Famille des TALPIDÉS]
DESMAN DES PYRÉNÉES
Les Desmans tiennent le milieu entre les Taupes et les Musaraignes. Ils
diffèrent de celles-ci par leur dentition. Leur museau, extrêmement
allongé, se prolonge en une petite trompe très longue et très flexible
qu’ils agitent sans cesse et où sont percées les narines étroitement
accolées; la queue est longue, écailleuse, aplatie aux côtés. Leurs
pieds ont cinq doigts réunis par des membranes; les pieds de derrière
sont très grands, écailleux, portant des ongles longs et forts. Ils
n’ont pas d’oreilles apparentes et portent 8 mamelles. Il y a 22 dents à
chaque mâchoire.
Le Desman des Pyrénées est la seule espèce française du genre; une
autre, qui habite l’Europe orientale, est le Desman de Moscovie. Celui
des Pyrénées est un petit animal de 0^{m}25 de longueur, ressemblant un
peu d’apparence à une Musaraigne, pourvu d’une fourrure lustrée et
soyeuse, brune en dessus, argentée en dessous. On le trouve dans les
départements voisins des Pyrénées, à Tarbes, à Pau, dans l’Ariège, les
Pyrénées-Orientales et aussi dans les Landes. Il n’est pas rare en
Espagne et en Portugal.
Il s’établit le long des cours d’eau, dans les marais et les prairies
inondées; là, il se creuse des galeries dans les fossés et les berges ou
s’empare des trous creusés par les rats d’eau. Parfois, il s’éloigne des
eaux et on l’a trouvé à plusieurs reprises caché dans des meules de
foin.
Il chasse pendant la nuit et se nourrit de coléoptères, de larves
d’insectes, de crustacés et de jeunes truites. Toujours est-il qu’on le
prend assez souvent dans les filets tendus pour le poisson, et qu’on le
considère comme nuisible.
Il pousse de temps en temps de légers cris et mord facilement la main
qui cherche à le saisir. La femelle met bas deux petits vers la fin de
janvier.
Il porte, sous la naissance de la queue, une poche d’où se dégage une
très forte odeur de musc. Les chiens des chasseurs au marais le prennent
assez fréquemment et le tuent, mais le rejettent aussitôt, dégoûtés par
son odeur. Les autres animaux ne l’attaquent pas, sauf les gros brochets
dont il devient, dit-on, assez souvent la proie.
CROCIDURE ARANIVORE
Petite bête de 0^{m}075 de longueur, avec la queue de 0^{m}038, le
pelage brun rouge en dessus et blanchâtre à l’extrémité des membres, les
oreilles peu velues couvertes de poils courts avec seulement quelques
poils longs, les dents blanches, les yeux très petits, le museau long et
mobile. Une glande située sur les flancs répand une odeur fade chez le
mâle. 28 dents. Les deux sexes et les jeunes sont semblables.
Le Crocidure aranivore, vulgairement la Musette, se trouve partout dans
les champs, les jardins, les étables et les fumiers de fermes. Elle fait
continuellement entendre de petits cris aigus et est toujours en quête
de nourriture dont il lui faut une grande quantité. Tout lui est bon,
insectes, lombrics, petits mammifères, petits oiseaux, cadavres
d’animaux et même les autres Musaraignes, quand elle ne trouve pas
mieux.
En captivité, elle est toujours active et mange avidement la viande
hachée et les cadavres de souris et de campagnols dont elle ouvre tout
d’abord le ventre, puis elle introduit son museau dans le corps et
dévore tous les muscles, ne laissant que la peau et les gros os. Son
odeur forte empêche les chiens et les chats de la manger; ils la tuent,
mais la laissent sur place.
Cette espèce est certainement monogame, car on trouve presque toujours
ensemble le mâle et la femelle. Elle fait, de février à octobre, de deux
à quatre portées, chacune de trois ou quatre petits.
On peut la considérer comme plutôt utile que nuisible, car si elle
attaque les oisillons qu’elle trouve à terre, elle détruit beaucoup de
campagnols et d’insectes. Elle est répandue partout en France, en Suisse
et en Belgique.
Deux autres espèces de Crocidures font partie de notre faune: la
Leucode, plus spéciale aux contrées orientales, remarquable par sa queue
très courte, et l’Étrusque, spéciale au Midi, reconnaissable à son
extrême petitesse, à sa queue carrée et à sa dentition (30 dents au lieu
de 28).
[Illustration:
Crocidure aranivore
Crocidura araneus
_Musette_, _Musaraigne de terre_
Famille des SORICIDÉS]
[Illustration:
Musaraigne carrelet
Sorex vulgaris
_Plaron_
Famille des SORICIDÉS]
MUSARAIGNE CARRELET
La Musaraigne Carrelet ressemble un peu à une Crocidure, mais elle s’en
distingue surtout par sa queue à peu près carrée, ses dents toujours
rouges au bout et sa dentition composée de 32 dents. C’est un petit
animal de 0^{m} 070 de longueur, avec la queue de 0^{m} 040, ayant un
pelage velouté brun noirâtre ou même noir en dessus, blanc ou grisâtre
en dessous, avec une ligne noire sur les flancs, les oreilles petites
disparaissant sous le poil, les yeux très petits, le museau long et
mobile, la queue un peu plus courte que le corps et une glande odorante
sur les flancs. Les deux sexes semblables, les jeunes de coloration plus
terne.
Très commune partout en France, en Belgique et en Suisse où elle se
rencontre assez haut sur les montagnes, elle vit dans les champs
entourés de buissons et sur le bord des taillis. Nuit et jour elle
circule dans le voisinage de son trou, jetant de temps à autre une menue
stridulation qui la fait remarquer. Elle s’attaque à tous les petits
animaux, souris, campagnols, oisillons, grenouilles, orvets, lombrics;
elle-même est souvent prise par les chiens, les chats, les belettes et
les putois qui la tuent incontinent mais la rejettent aussitôt, à cause
de son odeur. Cette odeur, en somme, n’est guère une protection pour
elle.
En captivité, elle se montre très vorace et mange avidement les petits
oiseaux ou les souris qu’on lui donne. Elles s’attaquent même entre
elles si plusieurs sont renfermées dans la même cage.
La femelle bâtit dans un trou de mur, sous des tas de pierres ou des
racines d’arbres, un nid feutré de mousse et de feuilles, dans lequel
elle dépose, de mai à juillet, cinq, six et même dix petits.
Le genre Musaraigne comprend, outre le Carrelet, deux autres espèces
françaises, la Musaraigne pygmée, bien plus petite, rare en France et en
Belgique, inconnue même dans certains départements, mais plutôt commune
en Suisse, et la Musaraigne des Alpes, qui habite seulement les
provinces montagneuses de la France, les Alpes, les Pyrénées, le Jura et
le Doubs, ainsi que plusieurs localités suisses.
CROSSOPE AQUATIQUE
La Musaraigne d’eau a une certaine ressemblance avec le Carrelet, mais
elle est plus grande (corps 0^{m}087 à 0^{m}105 de longueur; queue,
0^{m}55 à 0^{m}65), a la queue quadrangulaire ciliée en dessous, les
pieds forts, larges, pourvus de soies raides et 30 dents, dont le bout
est rouge orangé. Le pelage fourré est d’un brun presque noir en dessus,
avec une petite tache noire en arrière de l’œil, blanc ou grisâtre en
dessous, la queue brune dessus et blanche en dessous, les pieds
brunâtres, les yeux très petits, les oreilles arrondies à peu près
cachées sous le poil, le museau long et mobile, le corps allongé et les
membres courts. Les deux sexes sont semblables, mais les jeunes ont une
coloration plus terne. La variété «ciliatus» a le ventre presque noir.
Cette Musaraigne répandue partout en France, en Belgique et en Suisse,
est généralement très commune sur le bord des rivières, étangs et
ruisseaux marécageux, où elle se creuse des trous profonds quand elle ne
se loge pas dans les terriers des rats d’eau. On la voit, si on
s’approche sans bruit, circuler avec une extrême vivacité sur le rivage,
ou nager et plonger avec aisance et rapidité, poussant de temps en
temps de petits cris sifflés.
Elle mange tous les petits animaux qu’elle peut saisir, les larves de
batraciens, les œufs de poissons, les crevettes, écrevisses, tritons,
grenouilles, vers et insectes, et attaque même les poissons assez gros,
ce qui la fait considérer comme franchement nuisible. A son tour, elle
est dévorée à l’occasion par les busards et les hérons, mais elle n’a
pas beaucoup d’autres ennemis, sauf les gros brochets.
Dans un nid d’herbes, au fond de son terrier, la femelle dépose, à deux
ou trois reprises, d’avril à octobre, de six à huit petits.
La taille et la couleur de cette espèce sont assez variables. On a voulu
voir, mais certainement à tort, une seconde espèce dans les individus à
ventre noir, car on observe toutes les colorations intermédiaires.
[Illustration:
Crossope aquatique
Crossopus fodiens
_Musaraigne d’eau_
Famille des SORICIDÉS]
[Illustration:
Castor ordinaire
Castor fiber
Famille des CASTORIDÉS]
CASTOR ORDINAIRE
Un Castor moyen a le corps, sans la queue, long de 0^{m}65, la queue
mesurant 0^{m}30, mais certains Castors adultes peuvent atteindre une
longueur totale de 1^{m}10. C’est un animal à corps gros et épais, avec
les membres, surtout ceux de devant, courts, les yeux très petits, les
oreilles courtes, la queue ovalaire, écailleuse, très large et très
aplatie en forme de battoir, les pieds postérieurs palmés. Le pelage
très dense, très doux, est d’un brun marron; le tiers supérieur de la
queue seul est couvert de poils et d’un brun de suie. Près de l’anus,
deux paires de glandes sécrètent la matière dite «castoreum».
Le Castor ou Bièvre d’Europe, très analogue à celui d’Amérique, habitait
autrefois presque toute la France. Avant le moyen âge, on le trouvait
aux environs de Paris et c’est de lui que vient à une petite rivière le
nom de Bièvre. Pendant le moyen âge on le trouvait aux bords de la
Saône, de l’Isère, de la Somme, de la Durance, du Rhône et du Gardon.
Aujourd’hui il a été détruit presque partout et l’espèce n’est plus
représentée en France que par quelques individus vivant péniblement sur
le Rhône et quelques-uns de ses affluents; il est malheureusement
certain que bientôt il aura complètement disparu. Autrefois, il
construisait des digues dans les ruisseaux, mais à force d’être inquiété
et pourchassé, il a perdu ses habitudes et il vit isolé ou en petites
colonies sur quelques îlots du Rhône, dans de très longs terriers
creusés sur les berges.
Sa nourriture consiste en racines de nénuphars et en jeunes pousses de
saules, de peupliers, de bouleaux. On sait qu’il abat les arbres et on
rencontre parfois des arbres coupés par lui, reconnaissables à
l’empreinte de ses dents et à la forme de la cassure.
C’est une bête tout à fait nocturne, qui nage et plonge admirablement et
ne quitte jamais le rivage des rivières.
Il s’accouple pendant l’hiver et la femelle met bas, dans son trou, en
avril et mai, deux à cinq petits.
Sa peau est fort estimée, sa chair plutôt bonne était autrefois classée
parmi les aliments maigres, et son produit un peu démodé, le
«castoreum», se vendit à un prix élevé, puisqu’une livre à l’état brut
valait, il y a quelques années, plus de 250 francs.
On a trouvé sur lui un coléoptère parasite particulier, le «Platypsillus
Castoris», le même parasite existant sur le Castor d’Amérique, et aussi
un acarien pilicole spécial «Schizocarpus Mingaudi».
Pendant longtemps, le Syndicat des digues du Rhône, sous prétexte de
prétendus dégâts compromettant la solidité des digues, payait pour
chaque animal abattu une prime de 15 francs, mais, mieux informé, il a
supprimé cette prime; et aujourd’hui on tend à protéger le Castor plutôt
qu’à le détruire.
ÉCUREUIL COMMUN
Tout le monde connaît l’Écureuil de France avec son pelage d’un roux vif
en dessus, pendant l’été, blanc en dessous; ce pelage variant suivant
les saisons et les individus, et devenant sur le dos grisâtre ou roux
brun ou brun noirâtre.
L’Écureuil, dont le corps mesure, sans la queue, 0^{m}25, et avec la
queue 0^{m}48, est commun dans les bois presque partout et il semble
même, en beaucoup de localités, devenir plus répandu qu’il n’était
autrefois. D’une vivacité et d’une souplesse extrême, il court sur les
arbres, même sur les branches flexibles, sautant de l’un à l’autre;
souvent il descend à terre, mais à la moindre alerte, il grimpe en un
clin d’œil à la cime d’un arbre voisin et s’y dissimule admirablement.
Blessé, il mord cruellement la main qui s’approche de lui.
L’accouplement a lieu de février à avril. Chaque couple bâtit alors sur
un arbre plusieurs nids avec de la mousse et des feuilles sèches et,
dans un de ces nids, la femelle, qui habite souvent séparée du mâle, met
bas, après une gestation d’environ un mois, de trois à six petits. Elle
fait souvent ensuite une deuxième portée.
Durant tout l’automne, il récolte des provisions de glands, faînes,
châtaignes, noix et noisettes, qu’il place ordinairement dans une cavité
d’arbre, sous des racines ou sous de grosses pierres. Pendant l’hiver,
il se cache dans son nid, souvent avec quatre ou cinq autres qui se
serrent les uns contre les autres pour se réchauffer, car ils ne
s’engourdissent pas.
C’est un animal certainement très nuisible, car il attaque et ronge les
bourgeons et l’écorce des conifères, arrêtant ainsi leur développement,
dévaste les noyers et détruit beaucoup de nids d’oiseaux. On a même
constaté, en Berry et en Touraine, que, dans les bois où il était en
nombre, il ravageait la plus grande partie des nids de la perdrix rouge.
Sa chair est mangeable quand il habite les bois de chênes et de
châtaigniers, plutôt mauvaise quand il se nourrit de bourgeons et des
cônes des conifères. Sa fourrure d’hiver est assez estimée.
L’Écureuil est répandu presque partout en France et en Belgique; en
Suisse il est commun aussi bien en plaine que dans les montagnes.
[Illustration:
Écureuil commun
Sciurus vulgaris
_Spirou_, _Fouquet_
Famille des SCIURIDÉS]
[Illustration:
Marmotte vulgaire
Arctomys marmotta
Famille des SCIURIDÉS]
MARMOTTE VULGAIRE
La Marmotte a la tête large, plus allongée que celle de l’Écureuil, les
membres forts et trapus, façonnés pour creuser la terre, les oreilles
courtes, les yeux très gros, la queue courte et poilue, dix mamelles,
vingt-deux dents dont deux incisives jaunes à chaque mâchoire. Son
pelage est fauve grisâtre ou roux noirâtre en dessus, roussâtre en
dessous. Elle a, en moyenne, 0^{m}65 de longueur.
Elle se trouve seulement dans les montagnes des Alpes, soit en Suisse,
dans les départements de la Savoie, de l’Isère, des Hautes et
Basses-Alpes et y vit à la hauteur de 1.500 à 3.000 mètres, vers la
limite des neiges éternelles. Là, on les rencontre par colonies, au
milieu des rochers et des éboulis, aux environs des terriers qu’elles se
creusent très profondément, mangeant en abondance des plantes, des
racines et des graines. Surprises par l’homme, elles poussent un très
fort sifflement et rentrent prestement dans leurs trous. On prétend que
si un groupe de Marmottes est au repos, l’une d’elles se place en
sentinelle pour aviser les autres d’un danger possible. Des observations
sérieuses ont prouvé que le fait était plutôt une légende populaire.
Après l’accouplement qui se fait au printemps, à la fin d’avril, et cinq
semaines de gestation, la famille met bas dans son terrier quatre à six
petits. Pendant l’été, les Marmottes passent leurs journées à manger et
à se reposer, si bien que, dès le mois de septembre, elles sont en
général excessivement grasses. Alors, elles quittent leur domicile
d’été, lorsqu’il est placé à une certaine élévation sur la montagne et
viennent habiter plus bas un terrier creusé pour l’hiver. Elles s’y
réfugient, après l’avoir muré, dans une sorte de nid bien feutré
d’herbes et s’y engourdissent complètement jusqu’au printemps suivant. A
leur réveil, leur poids n’a guère diminué que de 200 à 300 grammes.
Les montagnards les prennent dans leurs trous d’hiver et il n’est pas
rare de voir en France et en Belgique, de jeunes enfants promener des
Marmottes en vie, qu’ils nourrissent de grains, de pain et même de
viande, en demandant l’aumône.
La Marmotte vit de 9 à 10 ans, lappe comme le chien en buvant et broute
comme le lapin.
LOIR COMMUN
Le Loir adulte a, du museau à la naissance de la queue, 0^{m}14 à
0^{m}16 et environ 0^{m}13 de queue; quatre doigts avec un pouce non
développé aux pattes de devant, cinq doigts aux pattes de derrière. Son
pelage est gris cendré soyeux en dessus et d’un blanc plus ou moins pur
en dessous; il a des moustaches noires et quelques poils noirs autour
des yeux, les oreilles moyennes, arrondies et très mobiles, les yeux
noirâtres et proéminents, la queue entièrement grise avec raie
blanchâtre en dessous, bien fournie de poils à l’instar de celle de
l’Écureuil.
On le trouve dans la plupart des départements français du Centre et du
Midi, même de l’Est, mais il est toujours assez rare; il est peut-être
plus commun en Suisse, mais il n’existe probablement pas en Belgique. Il
vit dans les forêts et se nourrit de toutes sortes de fruits, même de
petits oiseaux. Son nid placé dans un arbre creux ou dans un trou de
rocher ou de carrière est fait de mousse et de feuilles; il y entasse
des provisions de fruits et de baies et, durant les grands froids, il
s’y engourdit plus ou moins. En mars, il sort et l’accouplement se fait
bientôt après. C’est en juin que la femelle met bas de deux à six
petits.
Un Loir adulte tenu en captivité par M. Rollinat, d’Argenton, était au
début très féroce et mordait cruellement, mais il s’habitua assez vite à
recevoir sa nourriture qu’il finit par prendre même de la main de
l’homme. Il était très friand de noix, noisettes, châtaignes, glands,
fraises et pommes, tandis qu’il dédaignait le blé et l’avoine. Il refusa
toujours les hannetons et autres coléoptères, ainsi que les œufs
d’oiseaux, aussi les oisillons offerts morts ou vivants. Il poussait de
temps en temps des cris rauques et souvent de petits cris flûtés.
Ajoutons qu’un autre Loir, mis en cage par le même savant, mangeait
parfaitement des œufs et des petits oiseaux.
Le Loir devient extrêmement gras. Il était autrefois, chez les Romains,
un mets qu’on servait et qu’on appréciait sur les tables somptueuses.
[Illustration:
Loir commun
Myoxus glis
Famille des MYOXIDÉS]
[Illustration:
Loir lérot
Myoxus nitela
_Rat liron_, _Rat houdot_, _Droumiant_, _Goux_, _Glay_
Famille des MYOXIDÉS]
LOIR LÉROT
Plus petit que le Loir, le Lérot mesure seulement du museau au bout de
la queue 0^{m}22 à 0^{m}25. En dessus, sa coloration est d’un brun
roussâtre un peu violacé, blanchâtre en dessous; une bande noire part du
museau, enveloppe l’œil, se bifurque à l’oreille et se termine au cou.
Les oreilles sont assez longues, la queue longue noire dessus, blanche
en dessous et couverte de poils assez courts à la base, mais touffue
vers son extrémité. Il a, comme le Loir, quatre doigts avec un pouce non
développé aux pattes de devant et cinq doigts aux pattes de derrière, et
20 dents.
Très commun presque partout en France, en Belgique et en Suisse, il vit
dans les maisonnettes et les murailles des vergers et des jardins, sort
surtout à la nuit tombante et commet de grands dégâts en attaquant les
meilleurs fruits; il dévaste les nids des petits oiseaux et mange aussi
à l’occasion des graines et des insectes.
Il se retire dans les trous de murs et bâtit quelquefois dans une haie
épaisse ou dans les grands lierres grimpant aux murailles un nid de
mousse en forme de boule, ou bien il s’établit dans un vieux nid de pie
ou de merle. Il entre facilement dans les maisons habitées et dans les
granges.
En mai ou juin, la femelle fait de trois à cinq petits qui grandissent
assez vite; à l’automne, il fait ses provisions pour l’hiver, et le
froid venu, s’engourdit dans un arbre creux, une cavité de carrière ou
un trou de muraille. Les maçons qui démolissent, en hiver, de vieux
bâtiments trouvent souvent, au milieu d’un mur, un interstice rempli de
foin et sur ce lit d’herbes deux ou trois Lérots endormis, absolument
inertes.
C’est un animal à détruire.
LOIR MUSCARDIN
De très petite taille, le Muscardin est à peine long de 0^{m}14, a les
parties supérieures d’un roux doré clair et les parties inférieures d’un
blanc roussâtre, les oreilles arrondies, assez larges, la tête large, la
queue poilue, plus touffue au bout; comme le Loir et le Lérot, il a 20
dents, quatre doigts avec le pouce non développé aux pattes de devant et
cinq doigts aux pattes de derrière. A peine gros comme une petite
souris, il est extrêmement vif et court avec prestesse sur les branches
des arbres qu’il ne quitte guère.
En France, il semble assez rare partout, ce qui provient probablement du
fait qu’il habite les bois épais et qu’on ne l’aperçoit guère parce
qu’il ne sort que le soir. On l’a observé dans la France centrale, en
Normandie, dans les provinces du Nord et dans certains autres
départements, aussi en Belgique. En Suisse il est assez commun, de même
que dans le Jura.
Il se nourrit de fruits, baies et graines et fait avec des feuilles et
de la mousse un petit nid arrondi qu’il place dans les branches d’un
arbuste épais ou dans un trou d’arbre. C’est là que la femelle, après
une gestation de quatre semaines, met bas de deux à quatre petits. A
l’automne, il s’occupe à ramasser des provisions, noisettes et graines,
faînes et châtaignes, glands et baies de rosier, qu’il entasse dans une
cavité d’arbre, puis il se fait un nid pour l’hiver, dans lequel il
s’endort d’un sommeil profond, dès le mois d’octobre, pour se réveiller
seulement en mai.
C’est un joli petit animal, pas nuisible et qu’on peut élever en cage.
Il devient assez familier, mais ordinairement il ne vit pas longtemps en
captivité.
[Illustration:
Loir muscardin
Myoxus avellanarius
_Muscardin_
Famille des MYOXIDÉS]
[Illustration:
Rat surmulot
Mus decumanus
_Rat d’égout_
Famille des MURIDÉS]
RAT SURMULOT
Le Surmulot ou rat d’égout a, comme toutes les espèces du genre Rat, une
tête moyenne à museau plutôt allongé, les oreilles grandes, les yeux
assez grands, le corps allongé, les membres courts et seize dents. Son
pelage est brun noirâtre ou roussâtre en dessus, blanchâtre ou grisâtre
en dessous, sa queue brun roussâtre sale un peu plus courte que le
corps, qui mesure de 0^{m}42 à 0^{m}46.
Venu en Europe de l’Asie centrale, le Surmulot est aujourd’hui répandu
partout en France, en Belgique et en Suisse, toujours rare dans les
campagnes mais extrèmement commun dans les villes, en particulier à
Paris. Il fréquente les égouts, les abattoirs, les magasins, les caves,
et se creuse des trous profonds dans les murailles, les écuries, les
poulaillers, les cours. Il en sort parfois le jour, et chaque soir à la
nuit tombante, pour rôder de tous côtés, mangeant tout ce qu’il trouve:
débris de cuisine, provisions de toutes sortes, poissons, pigeons,
petits poulets, cadavres d’animaux. Il attaque les petits lapins et
poursuit le Rat noir jusqu’à l’exterminer. En général il demeure
toujours près de terre et n’aime pas monter aux étages supérieurs des
maisons et dans les greniers.
Très vigoureux et très brave, il mort cruellement, ne redoute aucunement
les plus gros chats et se défend même contre certains chiens. Toutefois
il se laisse prendre assez aisément dans les pièges et ne peut résister
aux petits chiens très mordants qu’on dresse à lui faire la chasse.
La femelle fait, au fond d’un trou ou dans les tas de paille ou de bois,
quatre ou cinq portées par an, chacun de cinq à treize petits. On doit
donc lui faire une guerre sans merci, si on veut l’empêcher de pulluler
d’une effrayante façon.
On observe assez souvent une variété noire.
RAT NOIR
C’est le Rat ordinaire, reconnaissable à son pelage tirant plus ou moins
sur le noir en dessus, cendré blanchâtre en dessous, ses oreilles
grandes et dénudées, sa queue extrêmement longue. Sa taille varie de
0^{m}40 à 0^{m}42 de longueur, dont 0^{m}20 à 0^{m}22 de queue.
Probablement originaire de l’Asie centrale, il existe en Europe depuis
le moyen âge, tandis que la présence du Surmulot dans nos pays ne
remonte pas à deux siècles. Il est commun partout dans les villes et
dans les campagnes, mais dans beaucoup de grandes villes, il disparaît
devant le Surmulot et là où il reste, il habite surtout les greniers.
Rusé et circonspect, il évite assez bien les pièges et on sait quels
dégâts il commet dans les endroits où il est abondant. Il dévore les
grains et toutes les provisions, ronge tout ce qui lui tombe sous la
dent, perfore les murs et les parquets, et en cas de disette, mange même
les autres Rats. Il est à son tour détruit par certains chats, d’autres
hésitant à l’attaquer quand il est adulte, par les belettes, les
hermines, les fouines et les rapaces nocturnes. Il court vite, nage bien
et grimpe aux arbres avec adresse. Rarement, il s’éloigne des
habitations, bien qu’à l’automne il aille volontiers visiter les
jardins fruitiers.
Il se reproduit en toutes saisons, même en plein hiver, et la famille
n’a pas plutôt élevé ses petits qu’elle fait une nouvelle portée de
quatre à dix petits dans un trou, un tas de fagots, un amas de foin ou
de paille.
Cette espèce est très variable. On trouve des Rats roux à ventre blanc,
d’autres tout blancs ou en partie blancs. Faut-il, comme l’ont fait
plusieurs zoologistes, considérer ces Rats roux à ventre blanc et
d’autres de coloration un peu différente comme des espèces spéciales ou
au moins des sous-espèces? Faut-il par exemple admettre que la forme
appelée «Mus alexandrinus» est une autre espèce que le Rat noir? La
question est encore douteuse. Ces espèces seraient, en tous cas,
extrêmement voisines les unes des autres.
[Illustration:
Rat noir
Mus rattus
Famille des MURIDÉS]
[Illustration:
Rat souris
Mus musculus
_Souris_
Famille des MURIDÉS]
RAT SOURIS
La Souris est un petit animal en somme assez gracieux que tout le monde
connaît, dont même certaines femmes ont grand’peur, sans savoir
pourquoi. Elle est d’un gris plus ou moins foncé, avec de grandes
oreilles dénudées et une longue queue. Adulte, elle mesure de 0^{m}16 à
0^{m}20.