[712]_Incidence_. Adaloual, fils Agilulphe qui Agon estoit surnommé, roy

des Lombars, régna après son père. Quant il eut régné dix ans avec la

royne Theodeline sa mère, il devint hors du sens par un breuvage que un

message l'empereour de Constantinoble, qui à lui estoit venu, lui donna

ès bains; ce message estoil apelé Eusébie. Par son conseil et par son

amonestement commanda que jusques à douze des plus nobles hommes de

Lombardie fussent occis. Quant les autres virent sa forsenerie, ils le

chassèrent hors du païs et en couronnèrent un autre qui avoit nom

Arioal[713]; devant ce estoit comte de Tauringe[714] et avoit espousé

Gondeberge la fille Ebroual le roy de Germanie[715]. Cette dame estoit

et bonne et belle, et si n'estoit pas sans la vertu de chasteté. Un jour

advint que elle commença à loer un Lombart de beauté, qui estoit grant

homme en son païs, Adalulphe avoit nom; il sut que la royne avoit ainsi

loé sa beauté et cuida que elle l'amast de folle amour: une heure

s'aprocha d'elle et lui dist en l'oreille telles paroles: «Dame, puisque

il a plu à vostre bonne volonté que vous avez loé ma beauté et mon

estat, je vous prie que il vous plaise que je soie compain de vostre

lit.» La royne qui moult fu enflée et esmeue de cette parole se retorna

vers lui et lui cracha au visage. Lors se douta que elle ne descouvrist

cette chose: une grant traïson pourpensa; il s'en alla au roy et lui

dist en telle manière: «Roy, si tu me voloies escouter, je te diroie

telle chose qui profitable te seroit.» Le roy se traist à une part, et

celui-ci lui commença à conter la traïson que il avoit pourpensée vers

la bonne dame. «Tasson,» dist-il, «le comte de Toscane a parlé privément

par trois jours à la royne, et si sai bien que ils pourchacent que tu

soies envenimé[716] et que il la pregne après ta mort par mariage.» Le

roy crut bien le traiteur, la royne fist tantost prendre et enserrer en

un chastel de Ytalie qui est apelé Amello[717]. Quant le roy Clotaire

sut ce, il reprist le roy Arioal par ses messages et lui manda que il

n'avoit pas fait droit, quant la royne sa femme, qui estoit de la royale

lignée, avoit ainsi diffamée et deshonestée sans le cas examiner et sans

le jugement des lois. Le roy Arioal respondit aus messages que il avoit

droite cause de la tenir en prison. Lors lui dist l'un des messages, qui

avoit nom Ansoual: «Roy, la vérité de cette chose sera tost esprouvée,

si tu veus consentir que aucun des amis la royne se combatte pour elle

contre celui qui le cas lui met sus.» Le roy loua moult ce jugement et

s'y accorda moult volontiers. Adalulphe reçut le gage, qui si grant

paour avoit que il ne l'osa refuser. Aribert un des cousins de la royne

envoia contre lui un chevalier qui avoit nom Pitton; mais puis que ils

furent mis ensemble, le traistre fu tantost vaincu et occis. En telle

manière fu délivrée la royne Gondeberge, qui trois ans avoit jà esté en

prison, et le roy la reçut en grâce ainsi comme devant[718].

Note 712: _Aimoini, lib. IV, cap. 10_.--_Fredeg., cap. 49_.

Note 713: _Fredeg., cap. 50 et 51_.

Note 714: _Tauringe_. «Taurinensem ducem.» (Fredeg.) C'est

_Turin_.

Note 715: _Germanie_. Le nom de _Turinge_ mis pour celui de

_Turin_, pousse ici notre auteur dans une seconde erreur plus

grossière. Aimoin dit: «Cui Gundeberga, Adaloaldi regis

germana, in conjugium convenerat.» _Germana_, soeur germaine,

a été pris pour _la Germanie_.--Au lieu d'_Ebroual_,

comprenez: _Adaloual_, dont on vient de parler plus haut.

Note 716: _Envenimé_. Empoisonné.

Note 717: _Amello_. Var. _Amiello_. Fredegaire dit Caumello.

Note 718: Il ne faut pas oublier que ce récit chevaleresque

est extrait de Fredegaire, historien du septième siècle.

[719]Au quarante et un an du règne le roy Clotaire, son fils le roy

Dagobert gouverna noblement le royaume d'Austrasie: en son palais estoit

un chevalier qui estoit du plus grant lignage de la terre, Rodoal avoit

nom. Le roy lui donna assez richesses et le mist en grant estat, par le

conseil saint Ernoul évesque de Metz et de Pepin le maistre de son

palais[720]. Mais celui qui pas n'usa sagement de l'honneur que le roy

lui avoit faite, esmeut son mautalent contre lui par son outrage. Car il

prenoit et toloit les autrui choses à force et sans raison; si fou et si

orgueilleux estoit devenu que il donnoit loiale matière de détraction à

ceus qui le haïssoient et qui envie lui portoient. Pour ces choses et

pour semblables eut le roy en pourpos que il le feroit occire: mais

Rodoal qui moult eut grant paour s'enfui au roi Clotaire, et le requist

que il priast le roy Dagobert son fils que il lui pardonnast son

mautalent et lui espargnast la vie. Le roy Clotaire l'en pria quant il

le vit, et Dagobert promist à celui espérance de vie, s'il amendoit ses

meffais. Ne sai combien de tems après, il vint avecques le roy Dagobert

jusques en la cité de Treves: un jour il s'aprocha tant de l'huis de la

chambre le roy (s'il avoit riens puis mettait, ce ne savons nous pas,

car l'histoire n'en fait pas mencion), mais quant le roy le vit, il

commanda à un sien chevalier, qui avoit nom Berthaire, que il lui

coupast la teste sans demeure.

Note 719: _Aimoini lib. IV, cap. 11_.--_Fredeg., cap. 52_.

Note 720: Le chroniqueur traduit ici exactement Aimoin, mais

Aimoin a mal entendu Fredegaire, qui fait porter l'adhésion

de saint Arnould sur la punition et non pas sur l'élévation

de _Rodoal_. «Chrodoaldus, in offensam Dagoberti cadens,

instigantibus beatissimo viro Arnulphe et Pippino majore

domus, etc.»

VI.

ANNEE 624.

_Comment le roy Clotaire secourut son fils Dagobert; et comment il

occist le duc Berthoal_.

[721]Le roy Dagobert qui estoit beau jovenceau, noble, preu et corageux

en toutes forces et en toutes légièretés de corps, gouvernoit sagement

le royaume d'Austrasie où son père l'avoit envoié, et venoit à chief de

tous ses fais et de toutes ses emprises. Du conseil saint Ernoul usoit

et d'un noble prince qui estoit maistre de son palais, que son père le

roy Clotaire lui avoit baillé et avoit nom Pepin. Et les François

Austrasiens, qui habitent vers le Rhin, ès souveraines parties de

Gaules, c'est-à-dire ès derreniers parties du royaume de France, le

reçurent moult volentiers et le couronnèrent à moult grant solemnité et

à grant joie. De ce royaume d'Austrasie, dont le siège souloit estre à

Metz, dient aucunes croniques que elle fu aucune fois apelée Loerainne,

et que elle comprent toute Avanterre et toute cette première Alemaigne

jusques au Rhin d'une part, et d'autre partie une part de Hongrie

jusques aus marches d'Austeriche[722].

Note 721: _Gesta Regum Franc., cap. 41_.--_Gesta Dagob., cap.

14_.

Note 722: Les textes latins disent simplement: «Austrasii

vero Franci superiores, congregati in unum, Dagobertum super

se regem statuunt.» Au lieu d'_Avanterre_, il faudroit lire,

il me semble, _Avauterre_. Terre basse, pays des _Avalois_,

cités fréquemment, comme dans ce vers du _Garin le Loherain_:

_Li Avallois et cil d'outre le Rin_.

Les Saisnes qui tousjours sont rebelles et en pais ne puent estre,

assamblèrent et concuellirent mainte nation et mainte manière de gent,

et vinrent à merveilleux ost contre le roy Dagobert: un chevetain

avoient qui avoit nom le duc Berthoal: et le roy Dagobert, qui pas ne

s'apareilla moins vigoureusement, trespassa le Rhin et vint à bataille

contre eus. Ses ennemis qui fortement se combatoient lui rendirent

pesant estour; car ils estoient trop grant plenté de gent. En cette

bataille fu féru d'une espée parmi le hiaume; nule armure ne put le coup

retenir que elle ne lui tranchast une pièce de la teste atout les

cheveux, si que elle cheut à terre. Mais Achila son escuier descendi et

la prist. Quant il senti que il fu ainsi blecié et vit que ses gens

estoient malmis et afolés, il apela cet Achila l'escuier et lui dit: «Va

tost à mon père et lui porte la pièce de mon chief atout les cheveux, et

lui dis que il se haste de moi secourre avant que tous mon ost soit

occis.» Celui-ci trespassa le Rhin, et chevauça au plustost que il put

jusques à la forest d'Ardanne à un lieu qui a nom Longulaire[723], où le

roy Clotaire estoit lors. Quant il lui eut conté comment les choses

estoient advenues, et il lui eut monstre la pièce de la teste son fils

atout les cheveux, il fu angoisseux et troublé de la grant doleur que il

avoit à son cuer. Tantost fit sonner trompes et buisines, et vint par

nuit tout à l'ost des François, le Rhin passa à grant haste et vint à

son fils. Quant le père et le fils et les deux osts furent ensamble, ils

firent moult grant feste et moult grant leesce, les trefs et les tentes

tendirent sur une eaue qui est apelée Wisare[724]. Berthoal le duc des

Saisnes, qui estoit de l'autre part du fleuve tout apareillé de

recommencer la bataille, demanda à sa gent que ce estoit, quant il oït

la noise et le tumulte que l'on faisoit en l'ost de France; ils lui

respondirent que le roy Clotaire estoit venu son fils aidier, et pour ce

faisoient les François telle joie. Lors commença à rire fortement et

leur respondi: «Vous mentez, ce n'est-il pas; mais vous le cuidiez pour

la grant paour que vous en avez; car nous avons oy dire que il est

mort.» Le roy Clotaire qui estoit de l'autre part de l'eaue, bien

entendi ces paroles, son hiaume osta de son chief, et aparut sa

cheveleure qui estoit un peu blanche et entremellée. Quant le chief fu

du tout desnué, lors connut Berthoal le roy, et lui commença à hucier

par grant despit: «Es-tu là, es-tu là, vieille jument chauve[725]?» Le

roy qui bien oy le reproche que il lui crioit, fu moult courroucié et le

porta grief en son cuer; son destrier hurta des esperons, il se féri en

l'eaue par moult grant mautalent, et passa tout outre à nage du cheval.

Quant Berthoal le vit outrepassé, il s'enfui et le roy après, comme fier

et corageux. Le roy Dagobert et l'ost de France passèrent outre après le

roy Clotaire, qui tant chaça le duc Berthoal que il l'ataignit et se

combati à lui par grant vertu: quant celui-ci vit que il le destraignoit

durement, et qu'il ne porroit à lui durer longuement, il lui commença à

dire: «O toi roy, retorne à ta gent, que je ne t'occie par aventure: car

si advient que tu m'occies, l'on dira que le fort roy Clotaire a occis

un sien homme et un sien sergent; et si je t'occis, l'on dira que le roy

Clotaire a esté occis par un sien sergent.» Onques pour si faites

paroles ne le voulut le roy Clotaire laissier, ains se combatoit

tousjours plus aigrement et plus fortement. Les François qui après

chevauchoient, lui crioient de loin: «Roy, roy, conforte-toi, et reprens

ton cuer encontre ton ennemi.» Les bras du roy estoient moult pesants,

car il estoit haubergié, et l'eau du fleuve que il avoit tresnoée[726],

lui avoit le sein empli et apesanti toutes ses armes. Longuement et

fortement se combatirent tant que le roy le feri et l'occist: le chief

lui trancha et puis retorna aus François avec la teste de son ennemi;

outre passa jusques en Saissoigne, toute la terre gasta par feu et par

occision, et n'y laissa-il nul hoir male vivant qui fust plus long de

son espée. Ce signe de mémoire laissa en cette région, pour ce que tous

ceus qui après lui vendroient sussent, par ce fait, que la tricherie et

la desloiauté des Saisnes eust esté grande ça en arrière, et la

hardiesse des François noble, et la puissance de leur roy fière contre

leurs ennemis.

Note 723: _Longulaire_. Aujourd'hui _Glaires_, au diocèse de

Liége.

Note 724: _Wisare_. Le _Weser_.

Note 725: _Vieille jument chauve_. Le texte latin des _Gesta

Dagoberti_: «_Tu hic eras, bale jumentum_,» est ici mal

rendu, et notre traducteur n'est pas le seul qui ne l'ait pas

compris. Conféré avec la phrase précédente, _sa chevelure

blanche et entremellée_, il signifie évidemment: _Es-tu là,

jument, ou cheval bai_? C'est-à-dire ayant le poil blond

entremêlé de blanc. L'illustre Ducange a donc cru à tort

qu'il falloit préférer la leçon: _Bile jumentis_ des _Gesta

Regum_, et l'interpréter _vile jumentum_. (Voy. Gloss. au mot

_Bile_.)

Note 726: _Tresnoée_. Traversée. _Transnagée_.

VII.

ANNEE 625.

_De Sisebode le roy d'Espaigne: comment le roy Clotaire occist Godin qui

avoit sa marrastre espousée_.

[727]_Incidence_. En ce tems morut Bertheric le roy d'Espaigne: après

lui tint le royaume un autre qui avoit nom Sisebode, noble homme et

vertueux en bataille, bon en conseil, en foi et en loiauté. Il surmonta

tous les roys Ghotiens qui devant avoient esté en Espaigne. Une terre

conquist qui souloit estre apelée Cantabrie, (et ore est apelée par

autre nom Cateloigne.) Cette terre souloient tenir les anciens roys de

France, en telle manière que un duc, qui avoit nom Francion, la tenoit

d'eus et leur en rendoit tribut. Quant il fu mort, les chevaliers et les

gens de l'empereour de Constantinoble, qui de par lui gardoient les

marches d'Espaigne contre les Gothiens et les autres nations, la

conquirent. Mais ce roy Sisebode la leur toli par force, maintes autres

cités prist-il aussi sur la marine[728] que il destruit et craventa

jusques à terre. Toutes-voies avenoit-il aucunes fois, quant ses gens

tronçonnoient et occioient les chevaliers et le peuple qu'ils trouvoient

ès cités que ils conqueroient, que le roy Sisebode en avoit

merveilleusement grant pitié; il les apeloit et huchoit que ils

venissent à lui à garant, ou que ils s'enfuissent pour leur vie sauver,

et puis disoit telles paroles à grans soupirs et à grans gémissemens:

«Ha las! comme suis maleureux, quant au tems que je règne est fait si

grande occision du peuple, et si grant effusion de sang humain!» Ainsi

fu monteplié et creu le royaume des Gothiens qui habitoient en Espaigne

au tems de lors, selon le rivage de la mer jusques aus mons de Pirene.

Note 727: _Aimoini lib. IV, cap. 13_.--_Fredeg., cap. 33_.

Note 728: _Sur la marine_. «Multas urbes maritimas.»

(Aimoin.)

[729]En l'an quarante-trois du règne le roy Clotaire mourut Garnier[730]

le maistre du palais le royaume de Bourgoigne; son fils avoit nom Godin,

qui par la légièreté de son cuer espousa sa marrastre, quant son père fu

mort, contre le droit des sains canons et la loi de la sainte Eglyse et

de mariage. Le roy Clotaire, qui moult fu courroucié de cette chose,

commanda à Annobert qui de par lui gardoit le païs que il l'occist, pour

ce que il avoit ce fait contre la loi de sainte Eglyse. Godin eut moult

grant paour, quant il sut que tel commandement fu fait; il guerpi

Borgoigne et s'enfui à garant en Austrasie au roy Dagobert, le priant

que il refrainist et amoliast la male volenté de son père, et que il

vousist rapeler le commandement que il avoit fait. Le roy Dagobert

priast son père que il rapelast la sentence que il avoit donnée, pour

l'amour du provost Garnier son père qui si longuement et si loiaument

l'avoit servi. Le roy Clotaire reçut les prières son fils, mais ce fu à

envis[731], et par telle manière que Godin lessast la marrastre que il

avoit espousée contre les drois des canons. Sa femme guerpi comme le roy

avoit commandé, puis retourna en Bourgoigne quant il eut la seurté du

roy. Mais la chose advint moult autrement que il ne cuida; car sa

marrastre qui moult fu dolente de la honte que il lui eut faite, en ce

que il l'eut guerpie, prist hardiesse et desloiauté de femme, au roy

Clotaire s'en ala et lui dist tout apertement que si Godin povoit tant

faire que il venist devant lui, il l'occiroit. Le roy fu en soupeçon

pour ces paroles, il voulut et commanda par serement que Godin se

purgeast que il n'avoit onques ce pensé. Crannulphe et Gandebert deux

des familiers du roy le firent jurer en l'églyse Saint-Mard de Soissons

et Saint-Vincent de Paris[732] que il n'avoit onques eu male volenté

envers le roy ni propos de lui mal faire; mais pour ce n'en fu-il pas à

quite: ains voulurent que il féist ce mesme serement en l'églyse

Saint-Aiguien d'Orléans et à Saint-Martin de Tours. Ainsi comme il aloit

à Tours pour faire le serement, et il fu assis au mengier en la cité de

Chartres entre lui et ceus qui avec lui estoient, ce Crannulphe et

Gandebert, que nous avons jà nommés, apareillièrent gens pour lui occire

par le consentement du roy, si comme l'on cuida; sur lui et sur les

siens s'embatirent soudainement; deffendre se voulurent, mais il ne

purent. En telle manière fu Godin occis.

Note 729: _Aimoini lib. IV, cap. 14_.--_Fredeg., cap. 54_.

Note 730: _Garnier_. «Warnerius.» (Aimoin.) «Warnacharius.»

(Fredeg.)

Note 731: _A envis_. Malgré lui.

Note 732: _Saint-Vincent_. Fredegaire dit: _Saint-Denis_.

_Incidence_. En cette année, Paladie et Sedoque un sien fils qui estoit

évesque de Thoulouse, furent envoiés en essil, pour ce que le duc Agnien

les accusa que ils avoient esté coupables et consentant de la guerre des

Gascoings.

En cette année occist le duc Anebert Boson le fils Audolène qui estoit

né d'Estampes[733]: ce fist-il, si comme l'on cuida, par le commandement

du roy Clotaire; car il l'avoit soupeçonneux que il n'eust géu[734] à la

royne Sichilde.

Note 733: _D'Estampes_. A Estampes.

Note 734: _Géu à_. Couché avec.

[735]_Incidence_. En ce tems commença l'hérésie Mahomet le faus

prophète, et la fausse loi que les Sarrazins tiennent; et couroit le

tems de l'Incarnation de nostre Seigneur par six cent trente.

Note 735: Cette incidence n'est pas dans _Aimoin_, ni dans

les _Gesta Dagob_.

VIII.

ANNEES 626/627.

_De la mort le roy Clotaire et de ses meurs, et des preudomes qui furent

de son tems_.

[736]En cette année assambla le roy Clotaire tous les plus hauts barons

du royaume de Bourgoigne, en la cité de Troies. Quant ils furent tous

assamblés, il leur demanda quel prince du palais ils vouloient avoir

pour le païs gouverner, et ils respondirent tous que ils ne vouloient

autrui avoir que lui: car il ne leur plaisoit pas que ils fussent en

nule seigneurie fors que en la sienne. De ce fu le roy moult lié, et

moult lui plut leur response.

Note 736: _Aimoini lib. IV, cap. 15_.

[737]Après rassambla un concile de prélas, et y furent les barons

appelés en une vile qui a nom Clichi, pour establir estatuts et

commandemens qui fussent profitables à sainte Eglyse et à la pais du

royaume. Tandis comme ce concile séoit, fu occis Hermaire un des hauts

hommes du royaume, maistre et gouverneur du palais Haribert le fils du

roy Clotaire et qui l'avoit nourri d'enfance. Aginane avoit nom celui

qui l'occist, Saisne de nacion et l'un des grans hommes du palais. Pour

ceste chose sourdi grande contention en sa cour, et estoit jà la chose à

ce menée, que ils voloient courir sus les uns aus autres, si ne fust le

roy qui la cause de contention sut, et abaissa la noise et le tumulte

par l'auctorité de son commandement. A Aginane qui l'autre avoit occis

donna lieu et aisément d'aler sur un mont qui est apelé Marcomire, et

envoia avec lui grant nombre de gent bien armés pour lui aidier, si

mestier lui fust. Brunulphe un autre prince, frère estoit de la royne

Sichilde et oncle de Haribert, de qui séneschal estoit celui qui avoit

esté occis, assambla d'autre part grant compaignie de nobles hommes et

de sa gent meisme pour combatre contre Aginane. Mais quant le roy le

sut, il apela une compaignie qui estoit apelé Leudiens[738]; si estoient

ceus qui plus estoient désireux de vengier la mort Hermaire; il leur

commanda qu'ils feussent en pais, et se tinssent de faire bataille

contre Aginane, s'ils voloient avoir son amour et sa bonne vueillance:

et ils se tinrent en pais, que plus n'en osèrent faire. Ainsi deffist le

roy la contention et la bataille qui devoit estre entre ses barons.

Note 737: _Fredeg., cap. 55_.

Note 738: _Leudiens_. Phrase mal comprise. «Quod agnoscens

Chlotarius leudos qui maxime indignabantur... ad se evocat,

etc.» (Aimoin.) Au lieu des _Leudes_, Fredegaire met:

_Burgundifarones_. Les barons de Bourgogne.

[739]Messire saint Souplice, qui lors estoit archedyacre et puis fu

archevesque de Bourges, gari lors le roy Clotaire, par la volenté de

notre Seigneur, d'une forte fièvre dont il avoit esté malade longuement:

mais avant que il fust gari lui convint-il auparavant trois jours[740]

jeuner. Au tems de ce roy vivoient maint saint homme en bonnes oeuvres au

royaume de France.

Note 739: _Aimoin. lib. IV, cap. 16_.

Note 740: Trois jours. Aimoin dit _sept jours_.

Saint Leu archevesque de Sens fu en ces jours, à qui le roi Clotaire

fist un grief par mauvais conseil; car il le bouta hors de son siège et

l'envoia en exil. Ce preudhome messire saint Leu fu de grant sainteté et

de grant perfection, comme il apert ès escris de ses fais. Car il avint,

un jour que il célébroit le saint Sacrement de l'autel, que une pierre

précieuse descendi au calice où il tenoit le précieux corps et le

précieux sang nostre Seigneur. Le roy qui toutes-voies se repenti du

grief que il avoit fait au saint homme, le rapela d'essil, devant lui le

fist venir, et lui requist que il lui pardonnast ce que il avoit meffait

vers lui. Le preudome lui pardonna de bon cuer et le roy lui donna tels

dons comme il voulut prendre, et le renvoia en son lieu honorablement.

Messire saint Eloy qui estoit évesque de Noion et orfèvre le meilleur et

le plus esprové que l'on seust en nule terre, fu né de Limoges. Le païs

où il fu né lessa et s'en vint en France au roy Clotaire. Un jour lui

commanda le roy que il forgeast une selle[741] d'or qui fust convenable

à tel homme comme il estoit: livrer lui fist l'or et les despens comme

il convenoit; et le saint homme qui avoit cuer et mains sans nulle tache

de convoitise fist deux parties de l'or qu'il avoit receu pour faire une

seule selle; de l'une des parties en fist une du pois et de la grandeur

que on lui avoit commandé; de l'autre partie et de ce qui estoit demeuré

en refist une autre de moindre grandeur et de moindre poids, pour ce que

le remanant ne fust perdu et gasté par négligence, et que il ne peust

avoir nule ochoison de convoitise. Moult le loa le roy et tous ceus qui

ce virent, et lui commanda lors que il demeurast au palais.

Note 741: _Selle_. Siège.

[742]Mort fu le bon roy Clotaire en l'an de l'Incarnacion nostre

Seigneur six cents et trente et un[743]; du règne que il avoit reçeu de

son père quarante-quatre[744], du règne de la monarchie[745] seisiesme.

Ce Clotaire fu apelé Clotaire le second, pour le grant Clotaire son

aieul, et l'autre fu appelé tiers duquel nous dirons ci-après. De ce

Clotaire peut-on dire assez de bien, homme fu de grand patience, bien

letré, plein de la paour de nostre Seigneur, aus povres donnoit leur

nécessité, et aus prestres donnoit conseil et confort: mis fu en

sépulture en l'abaie Saint-Vincent au dehors de Paris.

Note 742: _Fredeg., cap. 56_.

Note 743: Il eut fallu dire: _Six cent vingt-huit_.

Note 744: _Quarante-quatre_, il eut fallu dire:

_Quarante-cinq_.

Note 745: _Du règne de la monarchie_. C'est-à-dire: Depuis la

réunion de tous les royaumes de France sur sa tête.

IX.

ANNEE 628.

_Comment le roy Dagobert donna partie de terre au roy Haribert son

frère, et comment il fonda l'églyse S.-Denis après la translacion du

corps_.

[746]Le roy Dagobert estoit au royaume d'Austrasie quant le roy Clotaire

son père trespassa; mais quant il fu certain de sa mort, il envoia

aucuns de ses barons à grant ost au royaume de France et de Bourgoigne,

pour ce que ils lui apareillassent l'entrée et la saisine[747] du

royaume, sans nul empeschement; et ne demeura-il pas longuement à

mouvoir après eus. Quant il fu en la cité de Rains, tous les prélats et

les princes de Bourgoigne qui jà avoient oy son commandement par ceus

que il avoit devant envoiés, vinrent là et le receurent à seigneur de

bonne volenté, vers lui firent ce que ils durent. D'autre part revinrent

les évesques et les grans seigneurs de France et de Normendie (qui lors

estoit apelée Neustrie,) et lui firent comme ceus de Bourgoigne avoient

fait.

Note 746: _Aimoini lib. IV, cap. 17_.--_Gesta Dagob., cap.

15_.

Note 747: _Saisine_. Possession.

Les grandes chroniques de France (1/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 26 / 30 段