de l'incarnation six cent vingt-neuf,) avoient jà esté martiriés saint
Denis, saint Rustic et saint Eleuthère au pié d'une montaigne qui a nom
Monmartre, près de la cité de Paris, des quels compaignons l'un estoit
prestre, et l'autre dyacre. Martire souffrirent desous l'empereour
Domicien, qui second après Noiron[680] fist tant de persécutions aus
crestiens. Une bonne dame nommée Catulle manoit en cette rue au tems que
ce advint, et estoit apelée la rue Catullienne par la raison de son nom:
elle prist le corps saint Denis premièrement, et puis le corps de ses
deux compaignons[681] en la manière que nous vous conterons. Vérité est
quant le glorieux saint Denis et ses deux compaignons furent décolés,
que il porta, par le conduit des anges, entre ses mains son propre chief
qui lui eust esté tranchié, parmi le col, d'une coignée rebouchée et mal
tranchant selon le commandement du prince, jusques en la rue Catulliene,
dont vous avez oï. Les paiens firent prendre le corps de ses deux
compaignons et mettre en sac, et commandèrent qu'ils fussent getés en
Saine au plus parfont que on y pourroit trouver. Ceus à qui il fu
commandé, les prirent et comme ils les portoient ainsi pour ruer en
Saine, pour ce que il ne fust jamais d'eus nule mémoire, et que les
crestiens qui jà créoient en la foy, ne les eussent en révérance, ils
tournèrent, si comme Dieu voulut, en la maison de cette matrone Catulle.
La bonne dame qui jà créoit fermement en la foi, non mie apertement pour
la paour des paiens, s'aperçut et sut certainement que ce estoient les
cors des martirs saint Rustic et saint Eleuthère; tant donna à boire à
ceus qui porter les devoient, que ils furent yvres et ils s'endormirent.
Lors osta les sains corps du sac, elle fist mètre deux pourceaux dedans,
et cil s'en tournèrent ainsi, qui onques ne s'en aperçurent: et la dame
prist tous les trois corps saints et les mist en sépulture au plus
honourablement que elle put et au plus céléement, pour la paour des
mescréans. Desous le lieu où le très-précieux trésor estoit mist
enseigne, pour que ceux qui après vendroient y sussent assener en aucun
tems. En tele manière jurent en terre cinq cent et trente-trois ans, et
les lieux n'avoient nule noblesse ni nul ornement, lors la renommée tant
seulement. Et jà soit ce que les anciens roys de France eussent donné
aucunes choses pour le lieu maintenir honestement, pour les miracles que
nostre Sire y faisoit assiduement, il n'estoit nul qui les administrast
comme il deust. La raison si estoit pour ce que le lieu estoit au tems
de lors en la juridiction de l'évesque de Paris, qui donnoit le bénéfice
à telle personne comme il lui plaisoit: et ceux à qui il estoit donné
entendoient plus aus preus temporels[682], comme plusieurs font en ce
jour, que ils ne faisoient à servir les martirs ni à tenir le lieu
honestement. Une povre chapelete et petite couvroit les martirs, que
madame sainte Geneviève avoit jadis faite par grant dévocion, si comme
l'on disoit. Mais si comme nous dirons ci-après, les noms et la mémoire
des glorieux martirs fu seue et révélée, pour ce que elle profitast au
monde. Et, comme nostre Sire mesme procura, le lieu qui si grant patron
gardoit en tel vilté, fut après tenu en souveraine honneur et en
souveraine révérence.[683] Mais pour ce que je revienne en mon propos,
le cerf qui longuement avoit été parmi la rue deçà et delà, entra en la
fin dedens la chapelete des martirs, droit sus les tombes se coucha,
comme celui qui moult estoit lassé. Les chiens qui suivi l'eurent par
traces accoururent là tout droit glapissant et aboiant, et trouvèrent
l'entrée aussi ouverte comme le cerf l'avoit trouvée: et bien que nul
que l'on pust choisir par euil[684] leur interdist l'entrée, ils ne
purent dedens entrer. Car les glorieux martirs deffendoient leur
habitacle, que il ne fust brisié ni ordé par bestes qui pas n'estoient
netes. Lors véissiez le cerf reposer seurement; car il sentoit bien que
il estoit arrivé à seur refuge, et que il avoit bons deffendeours.
D'autre part véissiez les chiens courir et recourir tout entour en
glapissemens, qui enseignoient aus veneours la présence du cerf par
leurs cris et par leurs abais, et en la maison ne povoient entrer. En ce
point vint le vallet Dagobert[685] tout eslaissié sur le grant
chaceour[686], fortement se commença à esbahir de la merveille que il
véoit. Cette chose fu espandue par tout le païs, et quant la vérité fu
certainement seue, le peuple en fu tout esmu et le lieu tenu en plus
grant révérence; Dagobert mesme l'honnoura sur tous autres. Car ce
peut-on savoir par ce qu'il fist après que onques lieu ne lui fut si
doux ni si délitable comme celui-ci.
Note 679: _Gesta Dagob., cap. 3_.
Note 680: _Noiron_. Néron.
Note 681: Le récit du miracle de Saint-Denis n'est pas dans
le _Gesta Dagoberti_. Hilduin, moine du huitième siècle, est
le premier qui semble l'avoir écrit.
Note 682: _Aus preus temporels_. Aux profils temporels.
Note 683: _Gesta Dagoberti, cap. 4_.
Note 684: _Choisir par euil_. Apercevoir.
Note 685: _Le vallet Dagobert_. Le jeune Dagobert. _Vallet_
se disoit alors surtout des jeunes nobles qui n'étoient pas
encore chevaliers.
Note 686: _Chaceour_. Cheval de chasse.
III.
ANNEE 629.
_Comment Dagobert coupa la barbe de son maistre, et comment son père le
cuida prendre sur les tombes des corps saints_.
[687]Au trente-sixiesme an du règne le roy Clotaire morut la royne
Bertetrude la mère l'enfant Dagobert. Moult fu le roy courroucié de sa
mort, car il l'amoit de grant amour. Tous les princes et les barons
l'avoient moult amée et plaignoient fortement sa bonté et sa courtoisie.
Une autre espousa qui avoit nom Sichilde: de lui en eut un fils qui eut
nom Haribert.[688] Dagobert le noble damoiseau amendoit et croissoit de
jour en jour en bonté et en bonnes meurs, ainsi comme il faisoit en âge,
et donnoit bonne opinion au monde par ses bonnes enfances, que il fust
profitable à gouverner le roiaume de France après le décès de son père.
Le père lui bailla un maistre qui avoit nom Sadragesile pour lui garder
et enseigner selon la coustume de haut prince, pour ce que il le cuidoit
bon et loial: et l'avoit-il mis en tele honour que il lui avoit donné la
duchée d'Aquitaine. Mais lui qui de bas en haut fu monté devint
orgueilleux pour la hautesse de si grant dignité, et conçut en son cuer
une envie et un orgueil contre l'enfant Dagobert son droit seignour, et
monta en si grant folie et en si très-grant présumpcion que il tendoit à
avoir le roiaume par le povoir que le roy Clotaire lui avoit donné; et
bien que feignant par samblant d'amour le faux courage que il avoit vers
l'enfant, si ne put-il pas longuement celer ce qu'il avoit empensé; mais
n'osoit descouvrir son propos parfait pour la paour du roy Clotaire;
toutes-voies monstroit-il à la fois la haine que il avoit vers l'enfant
par les despis que il lui faisoit. Et pour ce que il véoit bien que l'on
s'en apercevoit, metoit-il cette excusacion avant et disoit que l'enfant
estoit encore trop jeune, et que il le convenoit vuitoier[689] et tenir
sous pied, pour ce que son cuer, qui estoit encore trop rude et trop
enfantif, ne s'enorgueillit de la soubmission des princes, et que la
trop hastive seignorie ne rappelast son cuer de l'escole et de l'estude
de sens et de doctrine. Tout ce fu conté à l'enfant Dagobert par ceus
qui bien s'en apercevoient. Et tout l'aperçut-il bien de soi-mesme;
toutes-voies en eut-il plus grand entente par la sentence d'autrui. Et
pour ce que il en fust encore plus certain, il se pensa que il
l'esprouveroit, et que il querroit tems et lieu d'essaier quel cuer il
avoit vers lui. Si advint un jour que le roy Clotaire alla chacier ès
forêts bien loingtaines, et que l'enfant et son maistre demourèrent au
palais; et quant l'enfant vit que il fu tems d'acomplir son propos, il
appela son maistre et lui dist que il mengeast avec lui privéement; et
cil qui ne baoit à avoir moins que le roiaume qui à l'enfant de voit
venir, s'asist droit encontre lui et ne lui porta pas tel honnour comme
il deust. L'enfant lui tendit la coupe pour boire par, trois fois; et
cil qui jà estoit digne de vengeance dès que il l'eut la première fois
receue, la prist de sa main, non mie en la manière que on la doit
prendre de son seigneur, mais ainsi comme on la prent de son compaignon.
Quant l'enfant vit ce, et il fu bien certain de la vérité, il commença à
descouvrir son courage et à dire que il estoit desloial vers son père et
vers lui, envieux et haineux à ses compaignons; que il ne soufferroit
plus les molestes et les despis que le serf élevé par richesses faisoit
vers son seignour, et que il se vengeroit de lui avant que il montast en
plus grant orgueil. Lors commanda que il fust fortement battu, et il
prist un coutel et lui coupa la barbe à tous les grenons[690]. En ce
tems estoit le plus grant dépit et la plus grant honte que l'on peust
faire à homme comme de la barbe couper. Lors put Sadragesile savoir
combien il estoit loin de la dignité à quoi il tendoit, qui un peu
devant béoit à avoir le roiaume, par le grant povoir en quoi il estoit
monté soudainement.
Note 687: _Aimoini lib. IV, cap. 8.--Gesta Dagob., cap. 5_.
Note 688: _Gesta Dagob., cap. 6_.
Note 689: _Vuitoyer_. Humilier.
Note 690: _A tous tes grenons_. Avec toute la moustache.
L'auteur des _Gesta_ ne parle que de la barbe, mais il ajoute
également: _Ea enim tunc proecipua erat injuria_. Ce qui
prouve assez bien qu'il n'étoit pas contemporain de Dagobert.
[691]Au soir retorna le roy Clotaire de chacier. Celui-ci s'en vint
devant lui si deshonesté comme il estoit; au roy fist sa complainte en
plourant de ce que on lui avoit fait et de celui qui ce lui avoit fait.
Moult fu le roy courroucié de la honte de son prince[692]; son fils
prist à menacier ainsi comme tout forscené, et commanda que on
l'amenast. L'enfant qui jà savoit le mautalent son père envers lui, ne
sut que il peust faire; car il ne povoit et ne devoit contester à son
père. Lors se porpensa que s'il povoit tant faire que il fust dedens la
maisonnete des martirs, il n'auroit garde et ainsi pourrait eschiver le
mautalent de son père. Par là s'en vint à garant et se mist dedans la
chapele; ainsi monstra bien par ce fait que il avoit espérance que ceux
le peussent garantir qui avoient leur maison deffendue des chiens. Il ne
fu pas déceu de son espérance, car il advint tout ainsi comme il le
pensa.
Note 691: _Gesta Dagob., cap. 7_.
Note 692: _De son prince_. «Ducis sui motus injuriis.» (Gest.
Dag.)
[693]Quant son père sut que il s'en estoit là fui, il fu plus courroucié
que devant; sergeans à pié y envoia et leur commanda que ils
l'amenassent tout maintenant. Ils se hastèrent d'acomplir son
commandement; mais quant ils furent à demie lieue près, ils ne purent
avant aler. Au roy retournèrent, lui contèrent ce que il leur estoit
avenu, et ce que ils avoient souffert, et ce qui les avoit empeschié,
par la divine puissance. Il ne les crut pas, ains cuida que ils eussent
trespassé son commandement pour espargner à son fils; les seconds y
envoia, et leur commanda que ils feissent sagement ce que les autres
avoient laissié à faire par leur négligence. Mais tout ainsi comme il
advint aus premiers, advint aus seconds; au roy retornèreut et lui
contèrent ce mesme que les premiers avoient fait. Mais le roy fu de si
très-grant fierté que onques ne refraignit l'ire de son cuer pour ceste
chose; ains essaia à faire par lui-mesme ce que il ne put faire par ses
ministres.
Note 693: _Gesta Dagob., cap. 8_.
IV.
ANNEE 619.
_De l'avision Dagobert, et comment son père lui pardonna son mautalent
par le miracle que il vit_.
[694]Tandis que ces choses advinrent, l'enfant Dagobert qui estoit en
humble prière vers les corps sains, s'endormit dessus leurs tombes;
ainsi comme il dormoit enclin le visage devers terre, il lui fu avis que
trois hommes s'eslevèrent devant lui, qui moult estoient de noble
estature e vestus de robes resplendissantes, desquels l'un avoit blans
les cheveux et sembloit estre de plus grant auctorité que nul des
autres. Celui-ci l'araisonna et lui dist en telle manière: «O tu
jovenciau qui ci gis, saches que nous sommes ceus de qui tu as oy
parler, Denis, Rustic, Eleutère, qui souffrimes martire pour l'amour de
nostre Seigneur en preschant la foi crestienne; et gisent dessous toy
nos corps en sépulture. Mais pour ce que la vilté de nos sépultures et
la povreté de cette maisonnette a abaissiée et atainte nostre mémoire,
si tu voloies promettre que tu aorneroies nos sépultures et les tenroies
en plus grant honour, nous te délivrerions de la mesaise que tu sueffres
pour la paour de ton père, et t'aiderions en tous besoins par la volenté
de nostre Seigneur; et pour ce que tu ne cuides que ce soit illusions et
fantaisie qui souvent adviennent en dormant, nous te donrons certains
signes de la vérité. Car si tu fais ci endroit fouir en terre, tu
trouveras nos sarcueils et lettres escrites dessus chacun, qui devisent
quels sont ceus qui ci gisent.» A tant s'esveilla l'enfant Dagobert, les
noms qu'il avoit oys nommer retint bien en son cuer; moult fu lié et
esbaudi de la parole et du confort que il avoit eu en cette avision et
fist tout maintenant veux aus saints et aus martirs, que il accomplit
puis moult noblement.
Note 694: _Gesta Dagob., cap. 9_.
[695]Le roy Clotaire qui voloit sachier son fils hors de la maisonnette
aus martirs par soi-mesme, s'aprocha du lieu avec grant plenté de sa
gent. Mais la divine puissance qui aussi bien fait sa volenté des roys
comme des autres hommes, le chastia comme elle avoit fait les sergens
devant; et lui qui les autres reprenoit de mauvaistié, fu fait mauvais
ainsi comme ils furent; si put entendre par ce fait que bien que il fust
puissant, il devoit obéir à plus puissant que lui. Car les martirs
deffendoient leur oste qui à eus s'en estoit fui à garant, et
chastioient de loin ses ennemis que ils n'approchassent de lui.[696]
Moult fu le roy Clotaire esbahi de cette merveille; il apaisa son cuer
et mist jus sa grant ire, à son fils repaira en autour de père, la colpe
et son mautalent lui pardonna entièrement. L'enfant issit hors, il
revint au palais et eut l'amour et la grace de son père ainsi comme
devant. L'enfant Dagobert qui bien eut la vertu des martirs aperceue, fu
en grandes prières et en grandes dévocions vers les martirs, moult donna
d'or et d'argent pour leur maison orner, grandes possessions et grandes
rentes pour le lieu essaucer, comme nous dirons ci-après plus
plainement.
Note 695: _Gesta Dagob., cap. 10_.
Note 696: _Gesta Dagob., cap. 11_.
[697]Le roy Clotaire apela son fils Dagobert peu de tems après, et le
fist compagnon et parçonnier de son royaume. Au trente-neuvième an que
il eut commencé à régner, tout le royaume d'Austrasie lui bailla à
gouverner; mais tant en retint comme il en a par deçà la forest de
Vosague et d'Ardane, entre Neustrie et Bourgogne[698].
Note 697: _Gesta Dagob., cap. 12_.
Note 698: «Retinens sibi quod Ardenna et Vosagus versus
Neustriam et Burgundiam excludebant.» (Gesta Dag.) _Vosagus_,
les Vosges.
Madame sainte Phare florissoit en ce tems en bonnes oeuvres au royaume de
France au diocèse de Meaux, en un lieu qui au tems de lors estoit apelé
Eborie, et qui ore est dit Pharemoustier pour le nom de la sainte Vierge
qui illecques habita en sainte conversacion et en veu de religion; et
devant ce tems y avoit-elle demoré longuement, et y avoit donnée partie
de l'héritage de son père, qui fu comte de Meaux et eut nom Agueric.
Moult enrichit la glorieuse vierge l'église qu'elle fonda au lieu devant
dit, de belles possessions et de grans fiés, si comme il apert en son
testament qui encore est scellé du scel monseigneur saint Pharon de
Meaux, son frère, au tems de lors évesque de Meaux. Entre lesquels dons
de la vierge à l'église que elle eut devant fondée, elle donna les fiés
et les hommages qui lui estoient deus par son héritage; c'est à savoir
l'hommage du seigneur de Montmirail, du seigneur de Coucy, du seigneur
de Tournant en Brie[699], du seigneur de Nangis qui au tems de lors
estoit apelé monseigneur Miles de Courteri, du seigneur de Merroles sur
Seine[700] qui siet au comté de Meleun, du seigneur de Chastiau-Villain,
du seigneur de Centum[701] en Brie, et moult d'autres hommages de plus
basses gens; et si leur donna Champeaux en Brie et toutes ses
appartenances et y mist nonnains de son abbaye, qui long-tems furent
illecques en sainte conversacion, et y fonda une églyse en l'honneur de
monseigneur saint Martin, qu'elle moult aimoit. Grant tems y demorèrent
les nonnains jusque à tant que, par ne say quelle occasion, chanoines
séculiers y furent mis qui ont ce mesme droit qu'elles y avoient, et
sont en la subjection l'évesque de Paris. Messire saint Pharon, qui
frère estoit de la glorieuse vierge, ensuyvit la sainteté de sa suer
madame sainte Phare, et ce montra-t-il bien par faits et par euvres. Car
lui qui estoit comte de Meaux, de la descendue de son père, devint clerc
et puis évesque de la cité de Meaux, comme vous avez oy. A son temps il
confirma l'exemption de la ville de Pharemoustier pour l'amour qu'il
avoit à l'églyse et à sa suer, et donna à l'églyse spécial privilége
qu'elle peut connoistre et juger de toutes causes spirituelles, ainsi
comme un juge ordinaire, et pourchassa que ce fust confermé de
l'apostoile.
Note 699: _Tournant_. C'est Tournan, aujourd'hui dans le
département de Seine-et-Marne.
Note 700: _Merroles_. C'est Marolles-sur-Seine, aujourd'hui
village du département de Seine-et-Marne, à sept lieues de
Fontainebleau.
Note 701: _Centum_. Variante _Centivy_.
[702]_Incidence_. Au tems de cestui saint Pharon vint d'Escoce messire
saint Fiacre, et par sainte conversacion se fist tant connoistre à
messire saint Pharon que il lui donna un lieu pour habiter secrètement
et privément en sainte conversacion; lequel lieu est apelé le Breuil,
qui estoit au patrimoine saint Pharon au diocèse de Meaux. Là demoura
messire saint Fiacre le cours de sa vie et mourut illecques, comme
confesseur, si glorieusement que grant plenté de miracles y
resplendissent jusques aujourd'hui en cette terrienne vie, en mémoire de
lui et en tesmoin de sa sainteté. En ce mesme tems vivoit saintement
saint Coniber archevesque de Couloingne, saint Jehan évesque de Tongres,
saint Souplice et saint Ysidore.
Note 702: Cette légende de S. Fiacre ne se trouve, comme
celle de sainte Fare, que dans un petit nombre de manuscrits.
Elles ne sont reproduites par _Aimoin_, ni par les _Gesta
Dagoberti_.
V.
ANNEES 622/623.
_Du descort du roy Dagobert et de son père; et puis de deux incidences_.
[703]Le roy Dagobert vint en France du royaume d'Austrasie que son père
lui avoit baillié, à grant compaignie de ses barons, aourné de toutes
manières comme roy, par la volonté de son père; à Clichi desoubs Paris
espousa Gomantru[704] la cousine de la royne Sichilde sa marrastre.
Entour trois jours après les noces, sourdit contention entre lui et son
père Clotaire. Car le roy Dagobert lui requéroit que il le laissast
jouir de toutes les apartenances du royaume d'Austrasie; mais son père
ne se vouloit à ce accorder. A la parfin firent compromission, et furent
esleus douze François preudomes et loyaux, par lequel dit la contention
du père et du fils devoit estre finée. L'un en fu Ernoul l'évesque de
Metz et un autre prélat avec lui[705], pour ce que ils méissent pais
entre le père et le fils, comme il apartenoit à sa sainteté[706]. Tant
firent l'évesque et le preudome[707] qui à ce avoient esté esleus que
ils apaisièrent l'un et l'autre, et que il lui rendist ce qui apartenoit
au royaume d'Austrasie. Mais toutes-voies en retint-il ce qui siet deçà
la forest d'Ardane[708].
Note 703: _Gesta Dagob., cap. 13_.
Note 704: _Gomantru_. «Gormantrudem.»
Note 705: _Et un autre prélat_. «Cum reliquis episcopis.»
Note 706: _A sa sainteté_. Aux saintes habitudes d'Ernoul ou
Arnoul.
Note 707: _L'évesque et le preudome_. «Tandem a pontificibus
vel sapientissimis viris proceribus....» (_Gesta Dagob_.)
Note 708: Cette dernière phrase traduit mal le texte latin
d'Aimoin et des _Gesta Dagob_. «Reddensque ci solidatum quod
aspiciebat ad regnum Austrasiorum, hoc tantum exinde quod
citra Ligerim vel Provinciæ partibus situm erat, suæ ditioni
retinuit.» Ainsi Clotaire ne se réservoit rien dans le
royaume d'Austrasie.
[709]_Incidence_. Au quarantième an du règne le roy Clotaire, un
marchéant qui avoit nom Samon, François né de la contrée de Sens, ala en
Esclavonnie en marchéandise en compagnie d'autres marchéans; là vint en
ce point droit que les Esclavons, qui par autre nom sont apelés
Guins[710], s'efforçoient et s'apareilloient moult durement à ce que ils
fussent hors de la subjection et de la servitude des Huns, qui par autre
nom sont apelés Avares. Car ils estoient sous eus en si grant vilté
tenus que quant ceus-ci se combatoient encontre leurs ennemis, ils
gardoient les tentes de ceus qui se combatoient, et leur faisoient aide
quant mestier leur estoit; et si ne demouroit pas, pour ce, que ils ne
leur féissent assez honte et persécucion: et tant leur estoient cruels,
que tu ne cuidasses pas que ce fussent hommes qui commandassent à autres
hommes, mais bestes sauvages qui commandassent à vils jumens. Entre les
autres cruautés que ils leur faisoient, qui sont horribles à oïr, leur
faisoient-ils une honte et un despit trop grant dont nul n'avoit onques
oï parler. Car ils alloient en leur maison mesme ainsi comme pour
yverner, si prenoient leurs femmes à force et se couchoient avec elles.
Tels griefs et telles desconvenues leur faisoient, et tant avoient jà
fourfait les Huns qui sont Esclavons apelés, que les enfants que les
Guins avoient engendrés en leurs femmes estoient grants et
parcreus[711]; et quant ils virent les griefs que leurs pères meismes
leur faisoient à eus et à leurs parrastres, ils ne les voulurent plus
souffrir, ains s'apareillèrent à bataille contre leurs pères. En ce
point vint au païs Samon et ses compagnons, dont nous avons là sus
parlé, et fu de la partie aus Esclavons contre les Huns: desconfits
furent les Huns par leurs enfans mesmes. En cette bataille fu ce Samon
et ses compagnons si preus et si hardis, que ils donnèrent aus autres
grant exemple de proesse et de chevalerie; car ils s'abandonnèrent aus
plus grants périls de la bataille, et fesoient merveilleuse occision de
leurs ennemis. Pour sa proesse le prirent à roy les Esclavons; car ils
se délitoient merveilleusement en sa fierté et en sa hardiesse. En telle
manière devint roy celui qui devant estoit marchéant; trente-six ans
régna puis et gouverna son royaume noblement, il vainquit puis maint
fort estour, et pour ce que il usa tousjours de sage conseil fu-il
vainqueur en toutes ses batailles; douze femmes eut à son tems nées du
païs et du lignage des Esclavons; si en eut vingt-deux fils et quinze
filles.
Note 709: _Aimoin., lib. IV, cap. 8_.--_Fredeg., cap. 48_.
Note 710: _Guins_. «Sclavi qui etiam Winidi dicuntur.»
(Aimoin.) Ce sont les _Venèdes_ qui, selon Jornandès, avoient
en effet la même origine que les Slaves et habitoient les
bords de la mer Baltique. Voyez sur les Venèdes et les
_Avars_ les notes de la _Chronique de Nestor_, traduite par
M. Louis Paris, bibliothecaire de la ville de Reims.
Note 711: Le latin porte seulement: «Verum illi qui de
conjugibus Sclavorum et Hunis erant geniti, hoc malum
nolentes perpeti, etc.»