[532]Authaire le roy de Lombardie envoia messages au roy Gontran pour

renouveler pais et concorde. Le roy les reçu volentiers, puis les

renvoia au roy Childebert son neveu, pour ce que il voloit que l'aliance

fust faite par son assentiment. [533]Tandis que les messages furent en

France, ce roy Authaire morut par venin, comme aucuns cuidièrent, en une

cité du païs qui est nommée Thicine. Tantost comme le roy fu mort, les

Lombars envoièrent autre message au roy Gontran, pour ce que ils

nunçassent au roy la mort Authaire, et renouvelassent la pais derechief

et la concorde. Le roy les reçu honorablement, et leur proumist que il

garderoit endroit soi fermement et loiaument la concorde que il avoit à

eus fermée. Mais, ne sai combien de tems après, ne tint pas ceste

convenance.

Note 532: _Aimoini lib. III, cap. 78.--P. Diacre, lib. III,

cap. 17_.

Note 533: _P. Diacre, lib. III, cap. 18_.

[534]Quant le roy Authaire fu mort, Theudelinde la royne qui assez avoit

la favour et la grâce des Lombars, prist à seignour un duc de Turin qui

avoit nom Agilulphe et Ago, par le gré et par l'assentiment des barons

de Lombardie. Celui-ci qui estoit noble homme et bon chevalier, fu en

tele manière roy de Lombardie[535]. A cette royne Theudelinde envoia

mesire saint Grigoire trois livres de son dialogue, pour ce que il

savoit bien qu'elle estoit abandonnée et ferme à la foi de J. C. et

ornée de bonnes moeurs et de bons fais.

Note 534: _Aimoini lib. III, cap. 79.--P. Diacre, lib. III,

cap. 18_.

Note 535: _P. Diacre, lib. IV, cap. 2_.

[536]En ce tems brisèrent et robèrent les Lombars l'abaie de

Mont-Cassin, dont mesire S. Beneoit fu abbé long tems devant: tout

ravirent ce que ils purrent prendre: mais onques nul de moynes de léans

tenir ne purent; pour ce que la prophétie que mesire S. Beneoit avoit

devant dite fust accomplie, qui telle fu: «Je ai,» dist-il, «à paines

empétré vers notre Seignor que les ames de cest lieu ne fussent perdues

à perdition.» Les moynes guerpirent l'abaie et s'enfuirent à Rome; avec

eus emportèrent le livre de la riule[537], que le saint homme avoit

compilé et aucuns autres escris, le poids du pain, la mesure du vin, et

tout ce que ils purent emporter de leurs choses. Cette abaie de

Mont-Cassin gouverna, après monseigneur saint Beneoit, un abbé qui eut

nom Constentin, le troisiesme Suplice, le quart Vitale, le cinquiesme

Bonin: au tems de cestui fu le lieu destruit, comme vous avez oï.

Note 536: _P. Diacre, lib. IV, cap. 6_.

Note 537: _Riule_. Règle.

[538]Au trente-deuxiesme an du règne le roy Gontran, le cours du soleil

devint si petit que à paine en parut-il la tierce partie: et dura cet

éclipse du matin jusques à midi.

Note 538: _Fredég., cap. 13_.

VIII.

ANNEE 593.

_De la mort le roy Gontran, et comment les osts le roy Childebert furent

desconfis par le sens Frédégonde_.

[539]Après que le roy Gontran eut régné trente-trois ans et son royaume

noblement gouverné, il laissa le règne transitoire et trespassa, comme

on cuide, au règne perpétuel: car il fu homme bien morigéné, de bonne

conscience et bon aumonier. En sépulture fu mis en l'abaie S. Marcel de

lez Chaalons que il avoit fondée au bourg de la cité: moines y mist de

l'ordre S. Benoit, le lieu enrichit de grans rentes et grans

possessions. Un concile y fist assambler de quarante évesques pour

l'Eglyse dédier, et pour confirmer le service que S. Avit et les autres

évesques qui en son tems furent eurent jà confirmés en l'églyse S.

Morisse de Gaunes, au tems le roy Segismont de Bourgoigne, qui fondée

l'avoit. Ce mesme ordre et ces mesmes us de chanter et de lire estoient,

devant ce, tenus en l'églyse S. Martin de Tours, et de là furent tenus

et establis en l'abaie S. Vincent de Paris par monseigneur S. Germain,

et puis après en l'églyse monseigneur S. Denis de France par le roy

Dagobert qui l'églyse fonda, comme nous dirons ci-après. L'ordre est tel

comme il est escrit en la riule, pas ne le volons ci deviser, pour ce

que il ne tornast à charge et à anui à ceus qui n'ont pas mis leurs

cuers en telles choses oïr[540]. Des bonnes coutumes du roy Gontran

porroit-on assez dire: large aumonier fu vers les prélats et vers les

ministres de sainte églyse, humble et dous vers ses propres gens, et de

bonne volenté aus estrangers paisibles. Pour ce que il resplendi de

telles vertus, maint estrangers magnefièrent son nom et sa loenge. Son

royaume laissa au roy Childebert son neveu, comme il lui avoit promis.

Note 539: _Aimoini lib. III, cap. 80.--Fredeg., cap. 14_.

Note 540: Le détail de ces cérémonies est dans Aimoin.

[541]Moult fu le roy Childebert puissant, quant il fu en possession des

deux royaumes. Lors se pourpensa comment il porroit vengier la mort son

père et son oncle qui avoient esté occis par Frédégonde. Les osts de ses

deux royaumes assambla, Wintrion et Gondoald fist capitaines, et leur

commanda que ils entrassent au royaume que Frédégonde tenoit pour la

raison de son fils Clotaire; que ils ardissent villes et prissent

proies, et le peuple menassent en captivité. Atant se partirent de

Champaigne la Rainsienne, en la contrée de Soissons s'embatirent, pour

tout le païs gaster et destruire. Mais Frédégonde, qui tant sut de

malice, se pourchaça d'autre part; elle manda tous les barons du royaume

son fils, et Landri que le roy Gontran avoit fait devant tuteur et

manbourg[542] son fils, pour ce que il es toit encore en enfance. Quant

tous furent assamblés, elle les araisonna par telles paroles, l'enfant

entre ses bras, qui encore suçoit les mameles[543]: «Seigneurs, nobles

princes du royaume de France, vous ne devez pas avoir en despit vostre

seigneur et vostre roy pour cela que il est petit; et ne devez pas le

noble royaume de France souffrir estre gasté par ses ennemis ni les

vostres. Or vous souviègne dont que vous me proumeistes que vous ne le

despiseriez mie comme enfant, ains lui porteriez honneur comme roy. Et

devez norrir l'amour que vous lui devez, en enfance, jusques à tant que

il soit en droit age, et rendre mouteplicité[544] en lieu et en tems;

que il ne soit pas vuide d'honneur, quant il la devra avoir. Et sachiez

bien que je serai en si haut lieu que je surveillerai la bataille;

tesmoin de ce que chacun fera pour mon fils, proesce ou mauvestié; et je

guerredonnerai[545] à chacun pour mon fils tout ce que il fera.» Quant

Frédégonde eut ainsi les barons admonnestés et rendus plus fervens et

plus courageux à la bataille, elle leur dist au derrenier: «Seigneurs,

ne vous espoventez pas de la multitude de vos ennemis, si vous vous

combatez à eus front à front: car je ai pourpensé un barat parquoi vous

aurez victoire, et eus honte et confusion. Je m'en irai devant, et vous

me suivrez et ferez ce que vous verrez que Landri fera.»

Note 541: _Aimoini lib. III, cap. 81.--Gesta Regum Francorum,

cap. 36_.

Note 542: _Manbourg ou mainbourg_. Protecteur, avoué.

Note 543: Cela ne peut être. Clotaire avoit alors neuf ans.

Note 544: _Mouteplicité_. C'est-a-dire, et en donner des

preuves.

Note 545: _Guerredonnerai_. Récompenserai.

La sentence la royne plut à tous: elle chevaucha devant, le petit enfant

entre ses bras, les batailles de chevaliers armés alloient après toutes

ordenées. Quant la nuit fu venue, Landri le connestable les mena en une

forest qui d'eux n'estoit pas loin; il coupa un ramel d'arbre long et

foillu, au col de son cheval pendi un clarain[546] tel que l'on attache

au cou de ces bestes qui vont en pastures ez boscages: à ses compaignons

commanda que ils feissent tous ainsi. Ils descendirent communément, et

firent tous comme il avoit fait; puis remontèrent sus les chevaus et

chevauchièrent tous en telle manière jusques assez près des heberges de

leurs ennemis. La royne Frédégonde alloit tout devant, le petit roy

entre ses bras, jusques au lieu de la bataille. Pitié contraignoit les

barons à ce qu'ils eussent compassion de l'enfant, qui d'estat de roy

devenist chetif prisonnier, s'ils fussent vaincus. Ceus qui l'ost de

leurs ennemis devoient escharguetier, virent ceus-ci venir ainsi

atournés: bien matin estoit encore, et petit paroissoit il encore de

clarté du jour. Celui qui le gait conduisoit demanda à l'un de ses

compaignons que ce povoit estre: «Hier soir,» dist-il, «à la vesprée ne

paroissoit là où je vois cette forest, nule rien, ni haies, ni buissons,

ni brosses[547].» Lors respondi un de ses compains: «Encore

routes-tu[548] la viande que tu mangeas hier soir; et n'es pas bien

encore desenyvré du vin que tu beus: tu as tout oublié ce que tu feis

hier. Dont ne vois-tu que ce est un bois? que nous avons trouvé pasture

anuit à nos chevaus? dont n'entens tu les clarains et tympanes des

bestes qui vont paissant parmi cette forest?» Car coustume estoit aus

François, au tems de lors, et mesmement à ceus du païs dont ils

estoient, que ils pendoient volentiers tels clarains au col de leurs

chevaus, quant ils les chassoient ès pastures des forests, pour ce que

ils ne se perdissent par le bois, et que on les trouvast par le son des

tympanes. Tandis que ceus-ci parloient entr'eus en telle manière, les

autres getèrent les rameaus que ils portoient: et ce qui premier

sambloit bois à leurs ennemis leur aparut bataille des chevaliers armés

de clères armes et resplandissans. Moult furent esbahis, quant ils

virent leurs ennemis tous appareilliés de combatre: mais ceus-ci ne

furent mie esbahis qui sur eus venoient. Les osts de leurs ennemis

estoient en tel point que tous dormoient ou gisoient en leurs lits, las

et travaillés de la journée que ils avoient faite le jour devant; et pas

ne cuidoient que leurs ennemis les osassent assaillir en telle manière;

ils se férirent ès herberges de plain eslan, assez en occirent et

prirent, plusieurs en eschapèrent par fuite. Le duc et les grants

seigneurs de l'ost montèrent sur leurs chevaus et eschapèrent à quelque

paine. Landri qui chevetain estoit de l'ost Frédégonde enchasça

Wintrion, mais prendre ne le put: car il estoit sur un isnel[549] cheval

et tout désarmé. Ainsi eurent victoire de leurs ennemis par la malice et

le sens la royne, et gaingnièrent les tentes et les despoilles de leurs

ennemis: pas ne se tinrent à tant, ains entrèrent en Champaigne

Rainsienne, les gens occirent et le païs robèrent; par nuit ardoient,

tous ceux qui estoient convenables à bataille estoient occis: les autres

estoient menés en servitude. Quant tout le païs eurent mis en tel point,

Frédégonde et ses osts retornèrent à Soissons. Ces choses furent faites

en Soissonnois en un lieu qui est apelé Treuc[550].

Note 546: _Clarain_. «Suspensumque tintinnabulum.» On voit

que de là vient _clarinette_.

Note 547: _Brosses_. Taillis. D'où _broussailles_.

Note 548: _Routes-tu_. Digères-tu.

Note 549: _Isnel_. Rapide. De l'allemand _snell_.

Note 550: _Treuc_. Suivant Aimoin _Truecum_. Suivant l'auteur

des Gestes des rois de France _Truccium_ ou _Trucciacum_. Ce

doit être, dans l'opinion, de l'abbé Lebeuf, _Droissy_, ou

_Droizy_, village du diocèse de Soissons.

IX.

ANNEE 594.

_Comment le roy Childebert envoia ses osts en Lombardie pour le païs

destruire_.

[551]Au secont an après que le roy Childebert eut receu le royaume de

Bourgoigne, qui de par son oncle le roy Gontran lui estoit escheu,

François et Bretons se combatirent ensemble: moult y eut grant occision

d'une part et d'autre.

Note 551: _Aimoini lib. III, cap. 82_.--_Fredegaire, cap.

15_.

En l'an qui après vint, aparurent au ciel plusieurs signes; l'estoile

comète fu veue qui senefie mort de prince, comme aucuns le vuelent dire.

En cette mesme année l'ost le roy Childebert se combati contre les

Auvergnas qui reveler[552] se voloient; ils les surmontèrent tant que

ils les menèrent à souveraine desconfiture.

Note 552: _Reveler_. Révolter.

[553]En ce point retorna Grippe de Constantinoble, que le roy eut envoie

en message à l'empereour Morice. Moult se loua au roy de l'honnour que

l'on lui avoit fait, pour l'amour de lui: après lui dist que moult

estoit courroucié des vilenies que ceus de Carthage lui avoient faites,

quant il trespassoit par là, et que moult bien l'empereur l'en vengeroit

à la volenté le roy. Le roy Childebert envoia vingt ducs en Lombardie,

et grant et fort ost pour destruire et effacier de tout en tout la gent

et le nom des Lombars. De tous ces ducs, Andoal, Olon et Cedine fuient

les principaux et les plus renomés. Olon qui pas ne se garda sagement,

fu féru sous la amelle d'un quarrel devant un chastel qu'il avoit assis,

et estoit apelé Bilitais[554]: de ce coup cheut à terre et fu mort. Tout

maintenant Andoal et six des autres ducs prirent une partie de leur

gent; si alèrent assegier la cité de Millen. Là vinrent à eus les

messages l'empereour, qui leur firent entendant que l'empereour leur

envoioit son ost en aide et en secours, et que dedans trois jours seroit

avec eus ajousté et seroient certains par ce signe de leur venue, quant

ils verroient ardoir une ville sur une haute montagne, et la fumée

monter vers le ciel. Mais quant ils eurent atendu six jours après, il ne

virent pas ceus-ci venir de nule part, ni nul signe de leur venue.

Cedine et les autres ducs tournèrent à la senestre partie de Lombardie:

cinq chastiaus saisirent, les foys et les seremens en prirent du peuple,

en la feauté le roy Childebert: puis passèrent avant au terroir d'une

cité qui est nommée Tridente[555]; dix chastiaus prirent en cette

marche, tous les habitans mirent en chetivoison. Ingène l'évesque de

Savone et Agnelle évesque de Tridente prièrent et supplièrent aus

François que ils espargnassent un chastel qui a nom Ferrage: par leur

prière demoura la forteresse en estant[556]; mais ils levèrent de

chascune personne raençon de douze deniers: de quoi la somme de deniers

monta à six cents sols. Esté estoit lors, et la saison estoit chaude.

Pour ce que ils n'avoient pas le païs apris, et pour la

desatrempance[557] de l'air corut parmi l'ost une maladie qui est apelée

disenterie. Trois mois tous plains avoient jà ostoié parmi la Lombardie,

le roy de la terre alant quérants; mais trouver ne le purent: car il

s'estoit mis en seureté en la cité de Tridente; et pour ce que cette

maladie surprenoit tout l'ost si durement que ils ne povoient plus

endurer, ils retornèrent au païs dont ils estoieut meus.

Note 553: _P. Diacre, lib. III, cap. 15_.

Note 554: _Bilitais_. Le vieux traducteur de P. Diacre,

Foubert, traduit le mot _Bilitionis_ par _Billon_.

Note 555: _Tridente_. Trente.

Note 556: _En estant_. Debout. Comme nous disons: _Sur son

séant_.

Note 557: _Desatrempance_. Intempérance.

X.

ANNEES 595/596.

_Comment le roy Childebert fu mort, et comment ses deux fils partagèrent

le royaume_.

[558]Le roy Childebert trespassa de ce siècle au vingt et cinquième an

de son aage, au vingt-deuxiesme de son règne: ar il n'avoit que deux ans

quant le royaume lui fu livré; et au quart an du règne de

Bourgoigne[559], il et sa femme morurent tous ensamble: et cuidièrent

aucuns qu'ils feussent empoisonnés. Ce roy Childebert fu fils le roy

Sigebert et fu apelé le jeune Childebert, pour ce que il en y eut un

autre devant lui. Deux fils eut qui encore estoient jeunes et petits, et

demoroient au bail[560] et en la garde de Brunehault leur aïeule. L'un

eut nom Theodebert, et le mainsné Theoderic. Le royaume partagèrent en

telle manière que Tbeodebert l'aisné eut le royaume d'Austrasie, que

leur père tenoit par son droit héritage, et Theoderic le mainsné eut le

royaume de Bourgoigne, que le roy Gontran avoit donné à leur père. (Mais

pour ce que tous ne savent pas en quelle partie siet le royaume

d'Austrasie, nous disons, selon ce que on en peut savoir par l'histoire,

que ce royaume commence dès Champaigne la Rainsienne jusque outre la

Loraine, et d'autre part jusque bien avant en Alemaigne; si estoit

dès-lors le siège en la cité de Metz. Ainsi fu apelée pour le nom d'un

prince qui au païs régna jadis, qui avoit nom Austrase, selon l'opinion

d'aucuns; ou pour le nom d'un vent qui de ces parties vient, qui a nom

Auster, comme aucuns le veulent dire.)[561]

Note 558: _Aimoini lib. III, cap_. 83.--_Paul Diacre, lib IV,

cap. 4_.

Note 559: _Au quart an_. C'est-à-dire la quatrième année

depuis la mort de Gontran.

Note 560: _Au bail_. En la tutèle.

Note 561: Cette parenthèse est de notre traducteur.

A ces deux frères et à Brunehault leur aieule envoia saint Grigoire une

épistre, pour recommander saint Augustin que il envoioit en Angleterre

pour le peuple convertir. En cette lettre fait mencion comment il envoie

à cette royne Brunehault des reliques de saint Pière et de saint Pol,

que elle lui avoit requises.

[562]_Incidence_. En ce temps issirent les Huns de Pannonie et firent

moult de grièves batailles contre François, en Loraine. Mais à la parfin

les fist retorner en leur païs la royne Brunehault et ses neveus, par

avoir que ils leur donnèrent. (Cette manière de gens qui lors estoient

apelés Huns et la terre Pannonie, orendroit est nomée Esclavonie et le

peuple Esclavons.)[563]

Note 562: _Aimoini lib. III, cap. 84_.--_P. Diacon., lib. IV,

cap 4_.

Note 563: Cette parenthèse est encore de notre traducteur.

[564]Agon le roy des Lombars envoia en France Agnel l'évesque de

Tridente, pour la rançon des prisons que les François avoient pris es

chastiaus qui sont sujets à cette cité: aucuns en amena que Brunehault

avoit rachetés de ses propres deniers. Après ce, envoia en France Enion

le duc de cette cité mesme, pour empetrer pais et concorde envers les

François: en pais retorna quant il eut fait la besoigne.

Note 564: _P. Diac. lib. IV, cap. 1_.

[565]En cette année que le roy Childebert mourut, la royne Frédégonde,

qui moult s'estoit enorgueillie de la victoire qu'elle avoit eue contre

lui, en la manière que nous avons dit, assambla ses osts et ce que elle

put avoir de gent d'armes de Paris et des autres cités du royaume

Clotaire son fils: sur les deux frères Theodebert et Theoderic

coururent, qui d'autre part avoient leurs osts assamblés. Grief bataille

y eut et longue[566], les gens Frédégonde firent grant occision de leurs

ennemis: ceus qui de l'occision eschapèrent s'enfuirent.

Note 565: _Aimoini lib. III, cap. 85_.--_Fredeg., cap. 17_.

Note 566: Le traducteur omet le nom du lieu qu'Aimoin avoit

cependant indiqué: «_Loco nominato Latofas_.» C'est

_Laffaux_, aujourd'hui village du département de l'Aisne, à

deux lieues de Soissons.

Au secont an du règne Theodebert et Theoderic, mourut la royne

Frédégonde ancienne et plaine de jours; ensepulturée fu en l'abaie

Saint-Vincent delez Paris, en laquelle le roy Chilperic son sire

gist.[567] Au tiers an du règne de ces deux roys, le duc Guintrie fu

occis par l'attisement[568] Brunehault. En l'an après Colain qui estoit

François de lignage, fu patrice et sénéchal.

Note 567: _Fredegar., cap. 10_.

Note 568: _Attisement_. Instigation. _Guïntrie_ ou Wintrie

étoit duc de Champagne.

_Incidence_. En ce temps courut pestilence en la cité de Marseille et

aus autres cités de Prouvence. Car quelques glandes naissoient ès gorges

aus gens soudainement, ainsi comme une petite noisette, dont ils

moroient.

_Incidence_. En un lac qui est près d'un chastel qui est apelé Dun,

chiet une eaue qui est apelée Arule,[569] qui en ce temps devint si

chaude et si boillante que les poissons arrivoient aus rives tout cuits

à grans monciaus.

Note 569: _Arule. L'Aigre_, rivière de l'ancien Dunois. Ce

passage est mal traduit. Il eut fallu: _Dans un lac du

territoire de Dun, lequel est alimenté par l'Arule, l'eau

devint si bouillante_, etc. «In lacu quoque Dunensi, in quem

Arula flumen influit, aqua fervens adeo ebullivit ut,» etc.

(Aimoin.)

Garnicaire graindre du palais[570] morut; tout ce que il avoit laissa

pour departir aus povres.

Note 570: _Graindre_. Maire. «Major-domus.» Il falloit

ajouter: _Du roi Théoderic_.

[571]Le roy Theodebert et les barons du royaume boutèrent hors de la

terre Brunehault, pour les homicides que elle faisoit et pour les

desloiautés. Un povre home la trouva toute seule et toute esgarée; elle

pria que il la conduisist jusques vers son neveu le roy Theoderic. Quant

à lui fu venue, il la reçut comme son aieule, car il lui sambloit que il

estoit tenu à l'honnorer. Avec lui demoura tant comme il vesqui; (mais

mieux lui fust venu que il l'eust hors de son règne bannie: car puis le

fist-elle mourir par venin, si comme vous orrez ci-après)[572]. Au povre

homme qui l'avoit amenée fist donner l'éveschié d'Aucerre en guerredon

de son service.

Note 571: _Aimoini lib. III, cap. 85_.--_Fredegar., cap. 19_.

Note 572: Cette parenthèse est du traducteur. Aimoin dit

simplement d'après Fredegaire: «Theodoricus aviam, eo quo

digna crat honore susceptum, secum quod vixit fecit manere.»

XI.

ANNEE 602.

_Comment les deux frères Theodebert et Theoderic desconfirent le roy

Clotaire par Brunuhault_.

[573]_Incidence_. Au cinquième an des deux devant dits roys, ces mesmes

signes qui devant estoient aparus furent veus au ciel: car grans

brandons de feu couroient parmi l'air, aussi comme ces traces de feu qui

paroissent aucunes fois au ciel. Ces signes avinrent ès parties

d'Occident.

Note 573: _Fredeg., cap. 20_.

[574]Au sixième an du règne Theodebert et Theoderic, fu occis le duc

Racain[575], et un autre en l'an après, qui avoit nom Egile; sans raison

fu occis par l'enortement Brunehault. Le roy Theodebert reçut un fils

d'une meschine, qui eut à nom Sigebert.

Note 574: _Aimoini lib. III, cap. 88_.--_Fredeg., cap. 20_.

Note 575: _Racain_. «Catinus.»

En ce temps Theodebert et Theoderic firent bataille contre les Gascons;

si les desconfirent et outrèrent par armes: un duc establirent sur eus

qui eut nom Geniale.

_Incidence_. En ce temps fu couronné à roy de Lombardie Adoloald par la

volenté Agilulphe son père, en la présence des messages le roy

Theodebert, qui sa fille requéroient pour leur seigneur: et par ce

mariage fu la pais confirmée entre François et Lombars. En ce temps se

combatirent François contre les Sennes; grant occision y eut d'une part

et d'autre.

[576]Les deux frères, le roy Theodebert et le roy Theoderic,

descouvrirent à la parfin la haine que ils avoient conceue encontre le

roy Clotaire: sur lui vindrent à grans osts par l'enortement Brunehault;

à lui se combatirent près d'une ville que on appelle Dormelle, sur une

eaue qui a nom Araune, qui descent devers Flagi par dessous Dormelle et

chiet en l'estang de Moret[577]. Là eut grant occision de part et

d'autre, et mesmement des gens le roy Clotaire; et le chanel de la

rivière fut si plain de la charoigne des occis, que il ne put parfaire

son droit cours. (Le lieu où la plus grant desconfiture fu est encore

aujourd'hui appelé _Mortchamps_, selon la renommée des anciens du

païs).[578] En cette bataille fu veu un ange qui tenoit un glaive tout

sanglant. Quant le roy Clotaire vit l'occision de sa gent qui fuiant et

d'illec à Paris. Les deux roys le chascièrent encore: grant parties des

cités de son règne gastèrent, et soumirent les citoiens en leur

subjection. Par force convint que le roy Clotaire pacifiast à eus tout à

leur volenté. La manière de la pais fu telle, que le roy Theodebert

tiendroit toute la terre qui siet entre Loire et Saine, comme elle se

comporte, jusques à la mer de la petite Bretaigne; et le roy Theoderic

celle qui siet entre Saine et Oise jusques au rivage de la mer; et douze

contrées entre Saine et Oise demouroient au roy Clotaire.[579]

Note 576: _Aimoini lib. III, cap.87_.

Note 577: _Moret_. «Super fluvium Aruenna, nec procul a

Doromello vico.» (Aimoin et Fredegaire.) _Dormelles_ est

aujourd'hui un village du département de Seine-et-Marne, à

cinq lieues de Fontainebleau et près de la petite rivière

d'Orvanne.

Note 578: _Du pays_. Cette curieuse parenthèse n'est dans

Aimoin ni dans Fredegaire. Il est certain qu'à cinq cents pas

de Flagy se trouve encore aujourd'hui un lieu nomme

_Champmert_.

Note 579: Il faut, pour mettre le lecteur bien en état

d'étudier ce passage, donner le texte latin: «Chlotarius

tenorem pacti... firmavit ut inter Ligerim et Sequanam usque

ad mare Oceanum limitemque Britonum dilataretur Theodorici

regnum; et inter Sequanam et Isaram ducatus integer

Denteleni, itemque usque ad mare, Theodeberto

cederet.--Duodecim tantum pagi, inter Sequanam ac Isaram

usquè ad maris Oceani littora, Chlotario remanserunt.»

(Aimoin.)

Les grandes chroniques de France (1/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 21 / 30 段