_Relique de mon oncle Tobie._
On conçoit aisément que mistriss Wadman varioit ses attaques, à
l'exemple de tous les généraux dont l'histoire fourmille; et par les
mêmes motifs qu'eux:--un observateur de l'ordre commun auroit eu peine à
les reconnoître pour des attaques réelles; ou tout au moins n'en auroit
pas senti les différences; mais ce n'est pas pour ces gens-là que
j'écris.--
Je reviendrai un jour à ces attaques; mais ce ne sera pas de quelques
chapitres; et alors je verrai à mettre un peu plus d'exactitude dans mes
descriptions. Tout ce que j'ai à dire en ce moment sur ce sujet, c'est
que dans une liasse de papiers originaux et de dessins que mon père
avoit rassemblés, il y a un plan de Bouchain parfaitement conservé, et
que je conserverai soigneusement, tant que je serai en état de conserver
quelque chose.--Sur un des coins d'en-bas, et à main droite, on voit
encore les marques de tabac d'un pouce et d'un premier doigt: or, il y a
tout à parier que ce pouce et ce premier doigt sont ceux de la veuve
Wadman, d'autant que le coin opposé, qui sans doute étoit celui de mon
oncle Tobie, est sans la moindre tache.--C'est assurément là un acte
authentique d'une de ces attaques. On aperçoit vers le haut de la carte
les vestiges de deux trous presque effacés, mais encore visibles: or,
ces trous sont évidemment ceux des épingles qui attachoient la carte
dans la guérite.
Par tout ce qu'il y a de sacré, j'estime plus cette précieuse relique
avec ses stigmates, que toutes les reliques souvent apocryphes qu'on
montre aux badauds;--exceptant toujours, lorsque j'écris sur ces
matières, les pointes qui entrèrent dans la chair de sainte Radegonde
dans le désert; pointes merveilleuses, que les religieuses de Cluny font
voir à tous les passans, pour l'amour de Dieu.