CHAPITRE XLVI.

_Relique de mon oncle Tobie._

On conçoit aisément que mistriss Wadman varioit ses attaques, à

l'exemple de tous les généraux dont l'histoire fourmille; et par les

mêmes motifs qu'eux:--un observateur de l'ordre commun auroit eu peine à

les reconnoître pour des attaques réelles; ou tout au moins n'en auroit

pas senti les différences; mais ce n'est pas pour ces gens-là que

j'écris.--

Je reviendrai un jour à ces attaques; mais ce ne sera pas de quelques

chapitres; et alors je verrai à mettre un peu plus d'exactitude dans mes

descriptions. Tout ce que j'ai à dire en ce moment sur ce sujet, c'est

que dans une liasse de papiers originaux et de dessins que mon père

avoit rassemblés, il y a un plan de Bouchain parfaitement conservé, et

que je conserverai soigneusement, tant que je serai en état de conserver

quelque chose.--Sur un des coins d'en-bas, et à main droite, on voit

encore les marques de tabac d'un pouce et d'un premier doigt: or, il y a

tout à parier que ce pouce et ce premier doigt sont ceux de la veuve

Wadman, d'autant que le coin opposé, qui sans doute étoit celui de mon

oncle Tobie, est sans la moindre tache.--C'est assurément là un acte

authentique d'une de ces attaques. On aperçoit vers le haut de la carte

les vestiges de deux trous presque effacés, mais encore visibles: or,

ces trous sont évidemment ceux des épingles qui attachoient la carte

dans la guérite.

Par tout ce qu'il y a de sacré, j'estime plus cette précieuse relique

avec ses stigmates, que toutes les reliques souvent apocryphes qu'on

montre aux badauds;--exceptant toujours, lorsque j'écris sur ces

matières, les pointes qui entrèrent dans la chair de sainte Radegonde

dans le désert; pointes merveilleuses, que les religieuses de Cluny font

voir à tous les passans, pour l'amour de Dieu.

Oeuvres complètes, tome 4 · 第 71 / 134 题