CHAPITRE XXV.

_La colique._

«Allons voir l'horloge, dis-je, de l'air d'un homme que les difficultés

n'arrêtent pas,--allons voir l'_Histoire de la Chine_ et le reste. Rien

ne sauroit à présent m'en empêcher,--si ce n'est le temps, dit François;

car il est près d'onze heures.--Il n'y a qu'à marcher plus vîte,

dis-je.» Et nous prîmes le chemin de la cathédrale.

Dans la vérité de mon cœur, je ne puis dire que j'aie éprouvé la moindre

peine, quand un sacristain que je rencontrai sur la porte, me dit que la

fameuse horloge de Lippius étoit toute détraquée, et qu'elle n'alloit

plus depuis plusieurs années. «J'en aurai plus de temps, me dis-je à

moi-même, pour parcourir l'_Histoire de la Chine_; et d'ailleurs, je

suis plus en état de rendre compte de l'horloge depuis qu'elle ne va

plus, que si elle eût été dans son état florissant.»

Ainsi donc je m'acheminai au collége des Jésuites.

Il en est du projet que j'avois de voir cette _Histoire de la Chine_,

comme de beaucoup d'autres que je pourrois citer, qui ne frappent

l'imagination que de loin; car à mesure que je m'approchois de l'objet,

mon sang se réfroidissoit; peu à peu ma fantaisie passa, tellement que

je n'aurois pas donné une obole pour la satisfaire.--La vérité étoit,

qu'il me restoit peu de temps, et que mon cœur m'entraînoit au tombeau

des deux amans.--«Je prie le ciel, dis-je, en saisissant le marteau pour

frapper, que la clef de la bibliothèque ne se trouve point.» Il en

arriva autrement; mais la chose revint au même.

Tous les Jésuites avoient la colique, et une colique telle qu'ils n'en

sont pas encore guéris.

Oeuvres complètes, tome 4 · 第 44 / 134 题