_Le tombeau des amans._
Je connoissois le tombeau des amans, comme si j'eusse demeuré vingt ans
à Lyon.--Je savois qu'il falloit tourner à main droite en sortant de la
porte qui conduit au faubourg de Vèse.--J'envoyai François au bateau,
afin de pouvoir rendre l'hommage que j'avois si long-temps différé sans
témoin de ma foiblesse.--J'étois transporté de joie pendant tout le
chemin. Quand j'aperçus la porte qui me déroboit la vue du tombeau, je
sentis mon cœur embrâsé.
«Tendres et fidèles esprits, m'écriai-je, en parlant à Paulin et à
Pauline,--long-temps,--trop long-temps j'ai tardé à verser cette larme
sur votre tombeau.--Je viens... je viens...»
Quand je fus venu, je ne trouvai point de tombeau sur lequel je pusse
verser de larmes.
Que n'aurois-je pas donné pour que mon oncle Tobie eût pu me prêter en
ce moment son lilaburello?