effrayante pâleur, ne trahissaient aucune souffrance lorsqu'elle reprit
connaissance... Je fus même frappé de la sérénité qui rayonnait sur son
beau front. De nouveau cette quiétude m'effraya: il me sembla qu'elle
cachait le secret espoir d'une délivrance prochaine...
La supérieure était retournée au chapitre pour clore la séance, je
restai seul avec ma fille.
Après m'avoir regardé en silence pendant quelques moments, elle me dit:
--Mon bon père... pourrez-vous oublier mon ingratitude? Pourrez-vous
oublier qu'au moment où j'allais faire cette pénible confession vous
m'avez demandé grâce?
--Tais-toi... je t'en supplie.
--Et je n'avais pas songé, reprit-elle avec amertume, qu'en disant à la
face de tous de quel abîme de dépravation vous m'aviez retirée...
c'était révéler un secret que vous aviez gardé par tendresse pour moi...
c'était vous accuser publiquement, vous, mon père, d'une dissimulation à
laquelle vous ne vous étiez résigné que pour m'assurer une vie éclatante
et honorée... Oh! pourrez-vous me pardonner?
Au lieu de lui répondre, je collai mes lèvres sur son front, elle sentit
couler mes larmes...
Après avoir baisé mes mains à plusieurs reprises, elle me dit:
--Maintenant, je me sens mieux, mon bon père... maintenant que me voici,
ainsi que le dit notre règle, morte au monde... je voudrais faire
quelques dispositions en faveur de plusieurs personnes... mais, comme
tout ce que je possède est à vous... m'y autorisez-vous, mon père?...
--Peux-tu en douter?... Mais je t'en supplie, lui dis-je, n'aie pas de
ces pensées sinistres... Plus tard tu t'occuperas de ce soin... n'as-tu
pas le temps?
--Sans doute, mon bon père, j'ai encore bien du temps à vivre,
ajouta-t-elle avec un accent qui, je ne sais pourquoi, me fit de nouveau
tressaillir. Je la regardai plus attentivement; aucun changement dans
ses traits ne justifia mon inquiétude. Oui, j'ai encore bien du temps à
vivre, reprit-elle, mais je ne devrai plus m'occuper des choses
terrestres... car, aujourd'hui, je renonce à tout ce qui m'attache au
monde... Je vous en prie, ne me refusez pas...
--Ordonne... je ferai ce que tu désires...
--Je voudrais que ma tendre mère gardât toujours dans le petit salon où
elle se tient habituellement... mon métier à broder... avec la
tapisserie que j'avais commencée...
--Tes désirs seront remplis, mon enfant. Ton appartement est resté comme
il était le jour où tu as quitté le palais; car tout ce qui t'a
appartenu est pour nous l'objet d'un culte religieux... Clémence sera
profondément touchée de ta pensée...
--Quant à vous, mon bon père, prenez, je vous en prie, mon grand
fauteuil d'ébène, où j'ai tant pensé, tant rêvé...
--Il sera placé à côté du mien, dans mon cabinet de travail, et je t'y
verrai chaque jour assise près de moi, comme tu t'y asseyais si souvent,
lui dis-je sans pouvoir retenir mes larmes.
--Maintenant, je voudrais laisser quelques souvenirs de moi à ceux qui
m'ont témoigné tant d'intérêt quand j'étais malheureuse. À Mme Georges
je voudrais donner l'écritoire dont je me servais dernièrement. Ce don
aura quelque à-propos, ajouta-t-elle avec son doux sourire, car c'est
elle qui, à la ferme, a commencé de m'apprendre à écrire. Quant au
vénérable curé de Bouqueval, qui m'a instruite dans la religion, je lui
destine le beau christ de mon oratoire...
--Bien, mon enfant.
--Je désirerais aussi envoyer mon bandeau de perles à ma bonne petite
Rigolette... C'est un bijou simple qu'elle pourra porter sur ses beaux
cheveux noirs... Et puis, si cela était possible, puisque vous savez où
se trouvent Martial et la Louve en Algérie, je voudrais que cette
courageuse femme qui m'a sauvé la vie eût ma croix d'or émaillée... Ces
différents gages de souvenir, mon bon père, seraient remis à ceux à qui
je les envoie «de la part de Fleur-de-Marie».
--J'exécuterai tes volontés... Tu n'oublies personne?...
--Je ne crois pas, mon bon père...
--Cherche bien... Parmi ceux qui t'aiment n'y a-t-il pas quelqu'un de
bien malheureux? d'aussi malheureux que ta mère et moi... quelqu'un
enfin qui regrette aussi douloureusement que nous ton entrée au couvent?
La pauvre enfant me comprit, me serra la main, une légère rougeur colora
un instant son pâle visage.
Allant au-devant d'une question qu'elle craignait sans doute de me
faire, je lui dis:
--Il va mieux... on ne craint plus pour ses jours...
--Et son père?
--Il se ressent de l'amélioration de la santé de son fils... il va mieux
aussi... Et à Henri? Que lui donnes-tu?... Un souvenir de toi lui serait
une consolation si chère et si précieuse!...
--Mon père... offrez-lui mon prie-Dieu... Hélas! je l'ai bien souvent
arrosé de mes larmes, en demandant au ciel la force d'oublier Henri,
puisque j'étais indigne de son amour...
--Combien il sera heureux de voir que tu as eu une pensée pour lui!...
--Quant à la maison d'asile pour les orphelines et les jeunes filles
abandonnées de leurs parents, je désirerais, mon bon père, que...
Ici la lettre de Rodolphe était interrompue par ces mots presque
illisibles:
«Clémence... Murph terminera cette lettre; je n'ai plus la tête à moi;
je suis fou... Ah! le 13 JANVIER!!!»
La fin de cette lettre, de l'écriture de Murph, était ainsi conçue:
Madame,
D'après les ordres de Son Altesse Royale, je complète ce triste récit.
Les deux lettres de monseigneur auront dû préparer Votre Altesse Royale
à l'accablante nouvelle qu'il me reste à lui apprendre.
Il y a trois heures, monseigneur était occupé à écrire à Votre Altesse
Royale; j'attendais dans une pièce voisine qu'il me remît la lettre pour
l'expédier aussitôt par un courrier. Tout à coup j'ai vu entrer la
princesse Juliane d'un air consterné. «Où est Son Altesse Royale? me
dit-elle d'une voix émue.--Princesse, monseigneur écrit à Mme la
grande-duchesse des nouvelles de la journée.--Sir Walter, il faut
apprendre à monseigneur un événement terrible... Vous êtes son ami...
veuillez l'en instruire... De vous, ce coup lui sera moins terrible...
Je compris tout; je crus plus prudent de me charger de cette funeste
révélation... La supérieure ayant ajouté que la princesse Amélie
s'éteignait lentement, et que monseigneur, devait se hâter de venir
recevoir les derniers soupirs de sa fille, je n'avais malheureusement
pas le temps d'employer des ménagements. J'entrai dans le salon; Son
Altesse Royale s'aperçut de ma pâleur. «Tu viens m'apprendre un
malheur!...--Un irréparable malheur, monseigneur... Du courage!...--Ah!
mes pressentiments!!...» s'écria-t-il. Et, sans ajouter un mot, il
courut au cloître. Je le suivis.
De l'appartement de la supérieure, la princesse Amélie avait été
transportée dans sa cellule après sa dernière entrevue avec monseigneur.
Une des soeurs la veillait; au bout d'une heure, elle s'aperçut que la
voix de la princesse Amélie, qui lui parlait par intervalles,
s'affaiblissait et s'oppressait de plus en plus. La soeur s'empressa
d'aller prévenir la supérieure. Le docteur David fut appelé; il crut
remédier à cette nouvelle perte de forces par un cordial, mais en vain;
le pouls était à peine sensible... Il reconnut avec désespoir que, des
émotions réitérées ayant probablement usé le peu de forces de la
princesse Amélie, il ne restait aucun espoir de la sauver.
Ce fut alors que monseigneur arriva; la princesse Amélie venait de
recevoir les derniers sacrements, une lueur de connaissance lui restait
encore; dans une de ses mains, croisées sur son sein, elle tenait les
_débris de son petit rosier_...
Monseigneur tomba agenouillé à son chevet; il sanglotait.
--Ma fille!... mon enfant chérie!... s'écria-t-il d'une voix déchirante.
La princesse Amélie l'entendit, tourna légèrement la tête vers lui...
ouvrit les yeux... tâcha de sourire, et dit d'une voix défaillante:
--Mon bon père... pardon... aussi à Henri... à ma bonne mère...
pardon...
Ce furent ses derniers mots...
Après une heure d'une agonie pour ainsi dire paisible... elle rendit son
âme à Dieu...
Lorsque sa fille eut rendu le dernier soupir, monseigneur ne dit pas un
mot... son calme et son silence étaient effrayants... il ferma les
paupières de la princesse, la baisa plusieurs fois au front, prit
pieusement les débris du petit rosier et sortit de la cellule.
Je le suivis; il revint dans la maison extérieure du cloître, et, me
montrant la lettre qu'il avait commencé d'écrire à Votre Altesse Royale,
et à laquelle il voulut en vain ajouter quelques mots, car sa main
tremblait convulsivement, il me dit:
--Il m'est impossible d'écrire... Je suis anéanti... ma tête se perd!
Écris à la grande-duchesse que je n'ai plus de fille!...
J'ai exécuté les ordres de monseigneur.
Qu'il me soit permis, comme à son plus vieux serviteur, de supplier
Votre Altesse Royale de hâter son retour... autant que la santé de M. le
comte d'Orbigny le permettra. La présence seule de Votre Altesse Royale
pourrait calmer le désespoir de monseigneur... Il veut chaque nuit
veiller sur sa fille jusqu'au jour où elle sera ensevelie dans la
chapelle grand-ducale.
J'ai accompli ma triste tâche, madame; veuillez excuser l'incohérence de
cette lettre, et recevoir l'expression du respectueux dévouement avec
lequel j'ai l'honneur d'être de Votre Altesse Royale,
Le très-obéissant serviteur,
WALTER MURPH.
La veille du service funèbre de la princesse Amélie, Clémence arriva à
Gerolstein avec son père.
Rodolphe ne fut pas seul le jour des funérailles de Fleur-de-Marie.
FIN DE L'ÉPILOGUE.
À MONSIEUR LE RÉDACTEUR EN CHEF DU _JOURNAL DES DÉBATS_
Monsieur,
_Les Mystères de Paris_ sont terminés; permettez-moi de venir
publiquement vous remercier d'avoir bien voulu prêter à cette oeuvre,
malheureusement aussi imparfaite qu'incomplète, la grande et puissante
publicité du _Journal des débats_; ma reconnaissance est d'autant plus
vive, monsieur, que plusieurs des idées, émises dans cet ouvrage
différaient essentiellement de celles que vous soutenez avec autant
d'énergie que de talent, et qu'il est rare de rencontrer la courageuse
et loyale impartialité dont vous avez fait preuve à mon égard.
J'invoquerai encore une fois cette impartialité, monsieur, pour vous
dire quelques mots en faveur d'une modeste publication, fondée et
_exclusivement rédigée par des ouvriers_, sous le titre de _La Ruche
populaire._ Quelques artisans honnêtes et éclairés ont élevé cette
tribune populaire, où ils exposent leurs réclamations avec autant de
convenance que de modération. (Je citerai entre autres une lettre aussi
touchante que respectueuse, adressée au roi par M. Duquesne, ouvrier
imprimeur.) L'organisation du travail, la limitation de la concurrence,
le tarif des salaires y sont traités par les ouvriers eux-mêmes, et, à
cet égard, leur voix mérite, ce me semble, d'être attentivement écoutée
par tous ceux qui s'occupent des affaires publiques.
Mais malheureusement il se passera peut-être bien des années encore
avant que ces grandes questions d'un intérêt si vital pour les masses
soient résolues. En attendant, chaque jour amène et dévoile de nouvelles
misères, de nouvelles souffrances individuelles: les fondateurs de _La
Ruche_ ont espéré qu'en faisant chaque mois un appel en faveur des plus
malheureux de leurs frères, ils seraient peut-être écoutés des heureux
du monde.
Permettez-moi, monsieur, de vous citer la première page de _La Ruche
populaire:_
_LA RUCHE POPULAIRE._
«Secourir d'honorables infortunes qui se plaignent, c'est bien.
S'enquérir de ceux qui luttent avec honneur, avec énergie, et leur venir
en aide, quelquefois à leur insu... prévenir à temps la misère ou les
tentations qui mènent au crime... c'est mieux.»
(RODOLPHE, dans _Les Mystères de Paris_.)
«Si, dans notre conviction, le peuple ne peut être délivré ou secouru
avec efficacité que par des mesures législativement prévoyantes, ce
n'est pas pour nous une raison de méconnaître ou de repousser
aveuglément les dons offerts avec délicatesse.
«Le rôle que M. Eugène Sue fait remplir à Rodolphe dans _Les Mystères de
Paris_ nous ayant inspiré l'idée de nous enquérir de familles honnêtes
et malheureuses, et qui, à ces titres, sont dignes de l'évangélique
fraternité, nous faisons à l'humanité des personnes riches un pieux
appel: car un bienfait suffit quelquefois à détourner le malheur, à
sauver de la misère, du désespoir, du crime peut-être, une famille
dépourvue de tout... Et puis les aumônes dégradent... Ce que nous
conseillerons principalement sera de procurer du travail ou quelques
places rétribuées suffisamment, enfin, tout ce qui peut mettre au-dessus
de la terrible nécessité!
«Nous avons à soulager plusieurs familles intéressantes et dans la
détresse: les bienfaiteurs peuvent s'adresser au bureau de ce journal,
où on leur confiera les adresses, pour qu'ils puissent aller eux-mêmes
administrer leurs dons.
«Nous citerons entre autres une famille composée du père, de la mère et
de quatre enfants, dont le plus âgé a six ans; ils ont vainement
sollicité des emplois qui leur permissent de vivre, mais qu'ils n'ont
pas obtenus pour le même motif qui devrait exciter le plus touchant
intérêt parce qu'ils avaient une nombreuse famille...
«Une autre de ces familles vient de perdre son chef, honnête ouvrier
peintre, qui, en travaillant, est tombé d'un quatrième étage. Il laisse
une femme enceinte et plusieurs enfants en bas âge dans la plus profonde
douleur et le plus grand dénuement.»
C'est avec bonheur, je vous l'avoue, monsieur, que j'ai cité cette page,
où mon nom est inscrit d'une manière si flatteuse; car je me regarderai
toujours comme récompensé au delà de toute espérance chaque fois que je
croirai avoir inspiré, par mes écrits, quelque action généreuse ou
quelque pensée charitable, et l'idée mise en pratique par les fondateurs
de _La Ruche populaire_ me semble de ce nombre.
Ainsi les personnes riches qui voudraient s'abonner à ce journal mensuel
(six francs par an, au bureau de _La Ruche_, rue des Quatre-Fils, n° 17,
au Marais) seraient chaque mois instruites de quelque infortune
respectable qu'il leur serait peut-être doux de soulager; car, disons-le
hautement, il y a généralement en France beaucoup de commisération pour
ceux qui souffrent; mais bien souvent l'occasion manque pour exercer la
charité d'une façon profitable au coeur, et, si cela peut se dire,
intéressante. Sous ce rapport, _La Ruche populaire_ offrirait de
précieux renseignements aux âmes d'élite qui recherchent les pures et
nobles jouissances.
Un dernier mot, monsieur.
Comme vous avez été de moitié dans mon oeuvre par l'immense publicité
que vous lui avez donnée, je crois pouvoir vous instruire d'un résultat
dont vous vous féliciterez, je l'espère, avec moi. On m'écrit de
Bordeaux et de Lyon que plusieurs personnes riches et compatissantes
s'occupent de réaliser dans ces deux villes mon projet d'une banque de
prêts gratuits pour les travailleurs sans ouvrage, et quelqu'un qui fait
ici l'usage le plus généreux et le plus éclairé d'une immense fortune
m'a donné, au sujet d'une fondation pareille pour Paris, les plus
encourageantes espérances.
Souhaitons maintenant, monsieur, qu'un législateur véritablement ami du
peuple prenne en main les questions relatives:
«À l'établissement d'avocats des pauvres;
«À l'abaissement du taux exorbitant de l'intérêt prélevé par le
mont-de-piété;
«À la tutelle préservatrice exercée par l'État sur les enfants des
suppliciés et des condamnés à perpétuité;
«À la réforme du code pénal à l'endroit des abus de confiance.»
Et peut-être ce livre, attaqué récemment encore avec tant d'amertume et
de violence, aura du moins produit quelques bons résultats.
Veuillez encore agréer, monsieur, l'expression de ma vive gratitude et
l'assurance de mes sentiments les plus dévoués.
EUGÈNE SUE
Paris, ce 15 octobre 1843
NOTES
Au sujet de l'impossibilité où sont les classes pauvres de jouir du
bénéfice des lois civiles, nous avons reçu de nouvelles réclamations et
quelques documents curieux, les uns de Hollande, les autres d'Italie;
nous donnons ces renseignements ci-après, en exprimant toute notre
gratitude aux personnes qui nous ont fait l'honneur de nous les
adresser.
Plusieurs officiers judiciaires ont bien voulu nous faire observer que,
dans beaucoup de circonstances, la chambre des avoués de Paris a
instrumenté officieusement et sans frais, lorsque les parties faisaient
preuve d'indigence.
Rien de plus honorable, de plus louable, de plus charitable assurément
que cette aumône judiciaire. Mais ceci est un DON, un OCTROI VOLONTAIRE,
par conséquent VARIABLE, RÉVOCABLE, et non pas une INSTITUTION, un FAIT
LÉGAL et acquis virtuellement aux classes pauvres.
Ce n'est pas une AUMÔNE que nous demandons pour elles, c'est un DROIT
RECONNU; car il nous semble que l'indigence a aussi ses droits.
Il est au moins étrange que la France, qui devrait marcher à la tête de
la civilisation, ne fasse point jouir les classes les plus nombreuses et
les plus laborieuses de la société des charitables avantages qui leur
sont acquis chez presque toutes les nations de l'Europe.
En Hollande, en Sardaigne, dans presque toutes les légations d'Italie,
les pauvres, ainsi qu'on va le voir, sont mille fois mieux traités qu'en
France sous ce rapport.
Le document suivant, traduit du Code hollandais, vient de nous être
communiqué par l'un des avocats les plus distingués d'Amsterdam. On ne
peut qu'admirer une telle législation.
_Extrait du Code de procédure civile néerlandais relatif aux classes
pauvres._
«Art. 855. Toutes personnes, soit demandeurs, soit défendeurs, en
fournissant la preuve qu'elles sont hors d'état de payer les frais d'un
procès, peuvent obtenir du juge qui doit connaître de l'objet du procès
l'autorisation de plaider SANS FRAIS.
«Art. 856. Cette autorisation se demande par requête écrite sur papier
NON TIMBRÉ; et, si la requête est adressée à une cour ou à un tribunal
d'arrondissement, elle est signée par un avoué désigné à cet effet au
besoin, par le président.
«Art. 857. Cette requête contiendra le résumé des faits et une
indication sommaire des arguments sur lesquels est fondée la demande ou
la défense de l'exposant.
«Art. 858. Cette requête sera accompagnée d'un certificat de l'indigence
de l'exposant, délivré par le chef de l'administration du lieu de son
domicile.
«Art. 859. La cour ou le tribunal ordonne, par simple disposition la
citation de la partie adverse devant deux juges-commissaires, et
désigne, selon l'importance de la cause, un avoué, ou bien un avocat et
un avoué, pour l'assister à l'audience.
«Art. 860. La demande, ainsi que l'ordonnance du juge, seront, à la
requête de l'exposant, signifiées par huissier et SANS FRAIS à la
personne ou au domicile de la partie adverse. Cet exploit sera
enregistré GRATIS ET EXEMPT DE DROIT DE TIMBRE.
«Art. 861. Si la partie adverse ne comparait pas devant les
commissaires, la cour ou le tribunal, sur le rapport de ces
commissaires, examinera si l'exposant a suffisamment prouvé son
indigence; elle accorde, dans ce cas, l'autorisation demandée, à moins
que le juge ne considère la demande ou la défense au fond dénuée de tout
fondement.
«Art. 862. Si la partie adverse comparaît, elle peut s'opposer à ce que
l'autorisation soit accordée en prouvant que les assertions de
l'exposant sont sans fondement. Ces preuves doivent se faire, quant aux
faits, par des documents concluants, et, quant au droit, par une
disposition expresse de la loi.
«Art. 863. La partie adverse peut également fonder son opposition sur le
manque ou sur l'insuffisance du certificat d'indigence, ou bien sur
l'indication des moyens pécuniaires suffisants de la part de l'exposant.
«Art. 864. Sur le rapport des juges-commissaires, la demande de
l'exposant est accueillie ou refusée. Si elle est accueillie, on désigne
pour l'ASSISTER GRATIS un avoué, ou un avocat et un avoué, si déjà il
n'y a été pourvu.
«Art. 865. Si celui qui a obtenu de plaider sans frais a succombé en
première instance, il ne pourra plaider sans frais en appel ou en
cassation sans y être autorisé de nouveau. S'il a gagné son procès en
première instance, il n'a pas besoin de nouvelle autorisation pour
plaider sans frais en appel ou en cassation. Sur sa requête, il lui sera
seulement désigné un nouvel avocat et un nouvel avoué.
«Art. 866. Tous exploits devront se faire par un huissier domicilié dans
le canton, ou, à son défaut, par l'huissier d'un canton voisin.
«Art. 867. Le jugement qui accueille la demande de plaider sans frais et
tous les actes qui l'ont précédé SONT EXEMPTS DE TIMBRE ET SERONT
ENREGISTRÉS GRATIS. AUCUN SALAIRE D'HUISSIER, D'AVOUÉ ET D'AVOCAT NE
POURRA JAMAIS DE CE CHEF ÊTRE PORTÉ EN COMPTE NI À L'EXPOSANT NI À LA
PARTIE ADVERSE.
«Art. 868. Si la demande de plaider sans frais est accueillie, tous les
actes produits par le plaideur sans frais seront visés pour timbre et
enregistrés en DÉBET, tous droits de greffe et d'amendes judiciaires,
dus de ce chef, seront également mis en DÉBET, et le plaideur sans frais
ne SERA JAMAIS TENU DE PAYER aucun salaire aux avocat, avoué et huissier
qui lui auront été adjoints.
«Art. 872. Lorsque les indigents, en dehors d'un procès proprement dit,
ont besoin d'une autorisation judiciaire, d'une approbation ou de toute
autre ordonnance sur requête, ils peuvent adresser leur requête écrite
sur papier NON TIMBRÉ, en y joignant un certificat d'indigence. Dans ce
cas, la réponse ou l'ordonnance leur sera délivrée LIBRE DE TIMBRE, DE
DROIT D'ENREGISTREMENT ET SANS AUCUNS FRAIS.
«Art. 873. Dans ce cas, et si les indigents ne sont pas munis d'avoué,
il leur en sera désigné un par le président.
«Art. 874. Les bureaux de bienfaisance, les administrations
d'institutions charitables et des églises des divers cultes peuvent
également, et de la même manière, obtenir de plaider sans frais, sans
être tenus de produire des certificats d'indigence.
«Art. 875. Les décisions des cours, tribunaux et justices de canton (de
paix), relativement à l'admission de plaider sans frais, ne sont pas
sujettes à appel.»
Le document suivant est relatif aux institutions de certains États
d'Italie:
«Dans les États du duché de Modène et dans les légations des États
romains, où toutes les lois civiles et criminelles protègent et
favorisent les riches et les nobles, il y a cependant une institution
fort belle.
«Il arrive très-fréquemment que des pauvres ont besoin de faire valoir
leurs droits, et se trouveraient dans la nécessité de les abandonner
faute de moyens pécuniaires, s'ils devaient payer les taxes prescrites,
les rétributions aux avocats et les dépenses du papier timbré.
«Il y a, dans lesdits États, une institution très-charitable,
c'est-à-dire qu'il existe auprès des tribunaux des avocats reconnus,
qu'on appelle AVOCATS DES PAUVRES, lesquels sont autorisés à faire les
actes sur PAPIER LIBRE, avec EXEMPTION DE TOUTE TAXE, et obligés d'agir
SANS RECEVOIR AUCUNE RÉTRIBUTION. Les places d'avocats des pauvres sont
très-recherchées, particulièrement par les jeunes avocats qui commencent
leur carrière.
«Le malheureux qui veut jouir du bénéfice de la susdite loi n'a qu'à
produire au tribunal civil un certificat d'indigence délivré par le curé
et visé par le maire de l'arrondissement ou de la commune.»
À propos d'institutions philanthropiques, on nous communique cette autre
note.
Que l'on compare les intérêts énormes que le Mont-de-Piété, en France,
exige des malheureux, et la charitable générosité avec laquelle ces
établissements sont administrés dans plusieurs États d'Italie: