DENISE.

X

Octobre.

Oh! François, quel affreux malentendu! Parce que ta femme est souffrante

depuis trois semaines et qu’un moment tu as craint pour sa vie, samedi,

après une brève entrevue, je t’écris dans la naïveté de mon cœur,

m’efforçant de m’oublier moi-même:

«Je sens revivre en moi l’amie des premiers temps.»

Aussitôt tu me réponds:

«Ta lettre est tout à fait selon mon souhait. Je ne demande qu’à te

chérir avec une tendresse fraternelle, sans trouble, sans ombre. Ne

regrettons pas ce qui a été et qui n’était pas le meilleur. Vois-tu, je

n’étais pas fait pour le partage, l’hypocrisie, l’écartèlement

sentimental...»

Est-ce bien vrai? Je ne rêve pas? C’est bien toi qui m’as écrit cela?

Comment est-ce possible? Je lis et je relis ta lettre et c’est toujours

la même stupeur. Il faut que je te voie, que je te parle, que se dissipe

au plus tôt cet atroce malentendu. Comment pourrais-je vivre jusqu’à

demain avec cette fièvre, cette angoisse? Je te fais porter cette lettre

par Justine. J’attends la réponse dans une voiture. Afin de ne pas

attirer l’attention, la voiture ne stationne pas devant ta porte, mais

tu n’auras qu’à suivre Justine. Ne tarde pas, je t’en supplie. Je compte

les minutes.

Paroles d'un solitaire · 第 54 / 71 题