Quelle grâce ont certains mots! Comme le mot bruit est aigu et vibre
dans l’air, comme le mot silence est reposant et doux! Et ceux des
saisons: hiver, ce n’est pas laid, hiver, c’est mat, discret, décoloré.
Mais printemps, quel élan, quelle jeunesse! Cela s’élance, c’est étoffé,
pimpant, sonore, cela chante. Et l’été! Est-ce que ce petit mot bref et
bien équilibré ne peint pas admirablement, par sa forme écrite et le son
de ses deux syllabes, la saison du milieu? Graphiquement, cela figure
une balance avec ses deux plateaux égaux: été. On peut l’aborder dans
tous les sens, il est immuable. On peut le lire de gauche à droite et de
droite à gauche, c’est toujours été. Et l’automne! Quelle mélancolie!
Automne! Ecoutez se prolonger le son qui, sans force pour s’élever,
retombe. Cela endort l’oreille. Voyez comme son _m_ suivi d’un _n_ fait
descendre par degrés la dernière syllabe et lui donne cette grâce triste
de déclin...