II

Quelle grâce ont certains mots! Comme le mot bruit est aigu et vibre

dans l’air, comme le mot silence est reposant et doux! Et ceux des

saisons: hiver, ce n’est pas laid, hiver, c’est mat, discret, décoloré.

Mais printemps, quel élan, quelle jeunesse! Cela s’élance, c’est étoffé,

pimpant, sonore, cela chante. Et l’été! Est-ce que ce petit mot bref et

bien équilibré ne peint pas admirablement, par sa forme écrite et le son

de ses deux syllabes, la saison du milieu? Graphiquement, cela figure

une balance avec ses deux plateaux égaux: été. On peut l’aborder dans

tous les sens, il est immuable. On peut le lire de gauche à droite et de

droite à gauche, c’est toujours été. Et l’automne! Quelle mélancolie!

Automne! Ecoutez se prolonger le son qui, sans force pour s’élever,

retombe. Cela endort l’oreille. Voyez comme son _m_ suivi d’un _n_ fait

descendre par degrés la dernière syllabe et lui donne cette grâce triste

de déclin...

Paroles d'un solitaire · 第 11 / 71 题