Il fut réveillé le lundi 30 septembre à la pointe du jour par un bruit

de pas sur les cailloux, non loin de son refuge. C'était un paysan

suivant au milieu des arbres un sentier que Stevenson n'avait pas

remarqué la veille. Ce paysan passa sans regarder ni à droite ni à

gauche et disparut heureusement sans apercevoir le voyageur, mais il

était grand temps de décamper. Il était monté pour donner l'avoine à

_Modestine_ et redescendait à la hâte lorsqu'il vit arriver un homme et

un enfant auprès de sa couchette défaite. Après un moment de silence

l'homme lui dit: Vous avez couché là?

--Oui, comme vous voyez.

--Et pourquoi?

--Ma foi! parce que j'étais fatigué, répondit Stevenson, d'un air

dégagé. L'homme lui demanda où il allait et comment il avait soupé.

Puis il ajouta d'un ton brusque: «C'est bien, allez-vous-en» et il

s'éloigna à quelque distance pour émonder un châtaignier. Stevenson peu

satisfait du gîte le quitta sans laisser de monnaie pour en acquitter

le prix et descendit sur la route en grignotant une tablette de

chocolat. A cette heure matinale la vallée était ravissante.

Bientôt la route côtoya le bord de la rivière et l'Anglais voulut faire

sa toilette du matin dans l'eau du Tarn merveilleuse de limpidité et de

fraîcheur. Se laver dans l'eau d'une rivière du bon Dieu, en plein air,

c'était à ses yeux une sorte de rite lustral et un acte d'adoration

demi-païen. Sans doute un cabinet de toilette est commode pour les

ablutions, mais cela ne dit rien à l'imagination. Stevenson ainsi

rafraîchi reprit son chemin le cœur joyeux, chantant des cantiques au

Dieu invisible qui entend tout.

Il rencontra soudain une vieille femme qui lui demanda l'aumône. --Bon,

se dit-il, voici la servante qui me présente la note de mon coucher, et

il paya sans observations.

Un peu plus loin il fut rejoint par un vieillard coiffé d'un bonnet

brun, suivi d'une petite fille qui conduisait deux brebis et une

chèvre. Ce brave homme, au regard bon et intelligent sous ses traits

ridés, entra en conversation avec lui et, trompé par une réponse

ambiguë de son interlocuteur, lui déclara qu'il était méthodiste.

Stevenson, touché de sa candeur et de sa foi, s'entretint avec lui

comme un fidèle coreligionnaire.

A la Vernède, hameau des bords du Tarn où il demeurait, ce bon

vieillard le mena à l'auberge et recommanda qu'on le fit bien déjeuner.

Le voyageur se loue grandement de ses bons offices ainsi que de

l'accueil bienveillant des habitants de cet endroit (tous protestants,

assure-t-il).

Au-delà de la Vernède, la vallée devient de plus en plus pittoresque.

Ici ce sont des falaises rapprochées et croulant dans la rivière;

plus loin des collines élargies et couvertes de verdure. La route

passe sous le vieux château de Miral, juché sur un escarpement. Puis,

c'est l'ancien Monastère de Bedouès, aujourd'hui église et presbytère;

ensuite le village de Cocurès entouré de vignes, de vergers et de

prairies. On était alors en train de gauler les noix sur les bords de

la route et de les ramasser dans des paniers.

La vallée s'élargit là de plus en plus, mais les parties hautes des

collines sont escarpées et nues et le Tarn coule toujours bruyant dans

un lit de pierres arrondies. La température était encore très douce,

pourtant l'automne avait déjà teinté de reflets jaunes le feuillage des

châtaigniers et des peupliers. Ce pays dont des récits exagérés lui

avaient fait un tableau effrayant, Stevenson le trouvait sauvage, mais

non sans attrait.

FLORAC

Nous voici à Florac, modeste sous-préfecture qui joua jadis un rôle

important pendant la guerre des Camisards. Florac, situé dans un riant

vallon, au fond d'un amphithéâtre de montagnes escarpées, possède un

vieux château transformé en prison, une esplanade centrale, ombragée de

beaux platanes, de vieilles maisons et des ruelles curieuses. Au flanc

de la montagne qui couronne la ville s'épanche la magnifique source du

Pêcher qui, en hiver, forme presque une rivière.

A Florac, observe Stevenson, les femmes sont d'une beauté remarquable.

Je ne me permettrai pas de contredire cette flatteuse assertion.

Après déjeuner, l'Anglais fut mené au Café attenant à l'hôtel et son

voyage fut le sujet général de la conversation pendant l'après-midi.

Chacun lui donnait son avis au sujet de la direction qu'il aurait à

suivre. On alla même chercher la carte de la Sous-Préfecture pour

lui faire voir le pays à parcourir. Beaucoup de ces conseillers

bénévoles étaient protestants et Stevenson remarqua que protestants et

catholiques vivaient là ensemble en bonne harmonie.

Vers le soir un pasteur jeune encore vint le voir. «La population de

Florac, lui dit-il, est en partie protestante, en partie catholique

et la différence des croyances religieuses se double ordinairement

de celle des opinions politiques; malgré cela les gens vivent en

excellents termes, se fréquentent et se rendent service, en bons

voisins.» Stevenson qui avait été témoin des discordes du Monastier fut

tout étonné de voir régner ici le calme et la concorde. Il fut heureux

de trouver cet état d'esprit dans un coin des Cévennes où la guerre

religieuse avait jadis exercé ses ravages.

DANS LA VALLÉE DE LA MIMENTE

Notre voyageur coucha à Florac et se remit en route le lendemain,

mardi 1er octobre, assez tard dans l'après-midi. Remontant un peu le

Tarnon il le franchit sur un pont couvert et entra dans la vallée de la

Mimente, affluent de cette rivière.

Des hauteurs escarpées et hérissées de rochers dominent le cours de la

Mimente; de grands chênes et des châtaigniers croissent sur les pentes

et les terrasses soutenues par des murs en pierre sèche. D'espace en

espace, des champs de sarrasin et des pommiers couverts de fruits

apparaissaient autour des hameaux aux toits d'ardoise et le vieux

château de Montvaillant dressait ses murs à mâchicoulis sur la croupe

d'un promontoire.

Bientôt le soleil disparut sur la crête des montagnes et les sons des

cors des bergers ramenant leurs troupeaux à l'étable retentirent dans

la vallée. Le voyageur dut se préoccuper de trouver une place pour

camper la nuit. Sous les arbres le sol était très en pente et couvert

de pierres roulantes; et dans les endroits découverts, des précipices

hérissés de broussailles s'étendaient jusqu'au bord de l'eau. Il

aperçut enfin un coin de pré au-dessous de la route, à un coude de la

rivière. Il y descendit, attacha _Modestine_ à un arbre et explora les

environs.

L'ombre avait envahi le vallon et l'on ne distinguait que vaguement les

objets les plus rapprochés.

Stevenson alla vers un grand chêne qui se trouvait presque au bord de

la rivière et bien qu'il aperçut une maison en face, de l'autre côté de

l'eau, il s'installa dans un enfoncement au pied du chêne pour y passer

la nuit. Quand il eut préparé son sac, donné à manger à _Modestine_

et pris lui-même son repas, la nuit était complète et le ciel tout

illuminé d'étoiles. Celui-là, dit notre héros, ne se doute pas de la

beauté d'un pareil spectacle qui n'a pas passé une nuit à la belle

étoile. Les plus grands poètes y ont puisé de sublimes inspirations. Un

vent assez fort soufflait sur les hauteurs et cependant cette première

nuit d'octobre n'était pas plus fraîche qu'une nuit de mai. Le sommeil

de Stevenson fut plusieurs fois troublé par les aboiements d'un chien,

ce qui l'amène à déclarer que pour un vagabond comme lui cet animal

représente le monde bourgeois par son côté le plus détestable et qu'il

redoute moins un loup qu'un chien de garde.

Le lendemain matin, mercredi 2 octobre, il fut réveillé par le même

chien qui était accouru en jappant jusque sur l'autre bord de l'eau

et qui en le voyant se mettre sur son séant s'éloigna en grondant. Le

ciel était déjà teinté de cette belle couleur gris-bleu qui précède

l'aurore. La silhouette des arbres de la montagne se détachait très

nettement sur le fond azuré du firmament. Stevenson se leva, rechargea

ses hardes sur le bât de _Modestine_ et reprit le chemin qui remonte

la Mimente. Tout le flanc de la montagne était déjà doré par le soleil

dont le disque apparut enfin, flottant dans l'azur, dans une échancrure

de la crête qui domine à l'Est. Ce fut la quatrième et dernière nuit

que notre héros passa en plein air pendant ce voyage.

LE CŒUR DE CÉVENNES

Stevenson contempla en passant les ruines du vieux château de

Saint-Julien-d'Arpaon; il continua à suivre la route qui longe la

Mimente sur la rive gauche et franchit la rivière pour suivre la

rive droite un peu avant le hameau des Crozes. Cette route se relève

peu à peu sur le flanc de la montagne jusqu'au village de Cassagnas,

agglomération de maisons entourées de châtaigniers qui s'est fait une

notoriété dans l'histoire des Camisards.

Un de leurs arsenaux était caché non loin de là dans des cavernes de

la montagne. C'était là que la troupe de Séguier et de Salomon Couderc

avait ses provisions de vêtements, de vivres, d'armes et de munitions,

là qu'ils étaient parvenus à fabriquer de la poudre et des balles. Les

blessés y étaient aussi amenés et secrètement soignés par des femmes

des environs.

Les habitants de Cassagnas parurent intelligents et d'humeur sociable

à Stevenson. Sa qualité de protestant lui valut un bon accueil parmi

cette population entièrement calviniste, et la connaissance de

l'histoire locale dont il eut l'occasion de faire preuve lui attira la

considération des fortes têtes de l'endroit. Il dîna à l'auberge avec

un gendarme et un colporteur tous deux étrangers et catholiques. Il y

eut à table une sorte de controverse religieuse assez courtoise de part

et d'autre. Le marchand n'était pas du même avis que l'Anglais au point

de vue historique et il s'échauffa un peu dans la discussion; mais le

gendarme l'approuva pleinement. «Que chacun vive dans la religion de

ses pères, dit-il sentencieusement», et tout le monde se rangea à cette

opinion.

Ce n'était pas l'avis du curé et du commandant de N.-D. des Neiges;

mais les gens de ce pays sont d'une race différente.

Le colporteur s'intéressa fort au récit du voyage de Stevenson. Il

observa que coucher dehors exposé aux loups et aux rôdeurs de nuit

était dangereux. Ce fut la seule personne qui trouva téméraire une

chose si simple. Beaucoup, il est vrai, n'en voyaient pas la nécessité;

mais par contre, le méthodiste de la Vernède s'était écrié que c'était

admirable de dormir ainsi à la lueur des étoiles, sous l'œil du

Seigneur.

Stevenson repartit de là vers les deux heures. Abandonnant la route

107bis il traversa la Mimente et prit un sentier raboteux qui s'élevait

sur l'autre versant de la montagne couvert de pierres roulantes et de

touffes de broussailles. Sur le sommet du mont, il n'y avait plus trace

de sentier et Stevenson dut s'avancer au hasard sur le plateau pour

retrouver son chemin.

Cette crête forme la ligne de séparation des eaux de deux vastes

bassins. Au Nord, les cours d'eau s'écoulent dans la Garonne et l'Océan

Atlantique; au Midi, elles vont dans le bassin du Rhône.

On peut, dit notre voyageur, considérer cette montagne comme le centre,

le cœur du pays des Camisards. De leurs cinq légions, quatre campaient

dans un rayon de quelques lieues, deux au Nord, deux au Sud et quand

l'œuvre de dévastation accomplie par Julien dans les hautes Cévennes,

en octobre et novembre 1703 fut terminée, quand la pioche, la hache et

l'incendie eurent détruit les 199 villages ou hameaux des 32 paroisses

environnantes, toute vie sembla s'être retirée de ce pays désolé.

Heureusement des temps meilleurs sont venus et l'activité de l'homme a

réparé ces ruines. De cette élévation le spectacle est d'une grandeur

étrange. On a derrière soi la montagne du Bougès et plus haut la cime

de la Lozère. Devant soi au Sud, on voit tout un réseau de crêtes

couronnées par des pics s'élevant les uns sur les autres. Les torrents

formés par les pluies de l'hiver ont creusé un labyrinthe de profondes

vallées empanachées de châtaigniers de haut en bas et présentant en

certains endroits des précipices de rochers vertigineux.

Le soleil allait disparaître et l'ombre avait déjà envahi le fond des

collines lorsque Stevenson rencontra un vieux berger qui le mit sur

le chemin de Saint-Germain-de-Calberte. La partie haute de ce pays

est fort solitaire. A peine aperçoit-on au loin quelque séchoir de

châtaignes ou quelque ferme isolée. Après une assez longue descente,

l'Anglais trouva une grande route poussiéreuse: la nuit était venue et

la lune argenta bientôt de sa lumière le versant de la vallée.

Stevenson prenant sa gourde qu'il avait remplie de vieux Bourgogne à

Florac la porta à ses lèvres et but à la majesté sacrée de l'astre de

la nuit. Cette libation lui rendit des forces et _Modestine_ elle-même,

ranimée par cette lumière, prit une allure plus rapide. Sur la pente

opposée, les arêtes et les creux des ravins se distinguaient vaguement

à la lueur de la lune et au loin, dans quelque maison isolée, une

fenêtre éclairée formait une tache de feu au milieu du vaste espace

d'ombre.

Après un grand nombre de tournants Stevenson trouva un ravin plus

profond que les autres que la route traversait au milieu d'une grande

obscurité et, arrivé au bord opposé, il fut tout surpris de tomber

brusquement dans Saint-Germain-de-Calberte. Ce bourg n'a ni gaz ni

réverbères et il semblait endormi dans un paisible silence. Cependant

il y avait encore de la lumière à l'auberge. Le voyageur put s'y faire

donner à souper et y prendre gîte pour la nuit.

LA DERNIÈRE JOURNÉE

Lorsque Stevenson se leva le lendemain, jeudi 3 octobre, il se mit à

la fenêtre de la chambre propre et confortable où il avait passé la

nuit. Le jour se levait sans nuages et il avait devant lui une vallée

profonde plantée de grands châtaigniers. Il sortit dans la fraîcheur du

matin pour visiter les environs.

St-Germain est assis sur la croupe d'une haute colline au milieu d'une

des plus belles châtaigneraies des Cévennes. Le temple protestant est

bâti au-dessous du bourg sur un épaulement; l'église, qui d'après

Louvreleuil remonte à Urbain V, mais qui n'offre rien de bien

remarquable, s'élève au centre de la localité. C'est là que l'Abbé

du Chayla avait sa maison, son séminaire et sa bibliothèque; c'est

là qu'on rapporta son corps le surlendemain du meurtre horrible du

Pont-de-Montvert, là enfin qu'il fut enseveli près de l'autel de la

Vierge où il avait fait préparer son tombeau. Les funérailles furent,

sinon interrompues, au moins hâtées par le bruit qui se répandait que

Séguier avec sa troupe était à une demi-heure de là. Tous les prêtres

des environs réunis pour la funèbre cérémonie se hâtèrent de s'en aller

en des lieux plus sûrs.

Maintenant tout est bien tranquille à Saint-Germain-de-Calberte. Le

pouls de la vie humaine bat si lentement dans cette paisible bourgade

des Cévennes! Le passage de Stevenson y fut un gros événement, objet

de toutes sortes de commentaires. Les enfants couraient après lui,

les gens se retournaient ou se mettaient sur leur porte pour le

voir passer. Cette curiosité, quoique n'ayant rien de malveillant,

l'importunait.

Il quitta les rues et se réfugia sur les terrasses qui sont à cet

endroit tapissées de vert gazon et il essaya de rendre avec le crayon

les formes inimitables des châtaigniers avec leur majestueux dais de

feuillage.

Une faible brise qui soufflait à de courts intervalles agitait les

branches et les châtaignes tombaient de tous côtés autour de lui sur

la pelouse avec un petit bruit mat. Bientôt le cultivateur pourrait

recueillir cette manne précieuse. Au-dessus de sa tête il voyait ces

fruits d'un brun luisant apparaître du cœur des bogues entre-bâillées

et, à travers les arbres, l'œil embrassait un amphithéâtre de collines

ensoleillées et emmantelées de vert feuillage. Il s'était rarement

trouvé en présence d'un spectacle si impressionnant. Enveloppé dans une

atmosphère de joie il marchait d'un pied léger et en belle humeur.

Revenu à l'auberge, Stevenson déjeuna avec quelques catholiques et

la question religieuse fut encore agitée à propos d'un jeune homme

qui avait embrassé la religion réformée pour épouser une jeune fille

protestante et qui était blâmé par les deux partis. C'est une mauvaise

idée d'abandonner la foi de ses pères, disait-on ici comme à Cassagnas,

et cela paraissait résumer l'opinion commune du pays.

A cette époque le phylloxera avait ravagé les vignes de la contrée

et l'on n'y buvait qu'une pauvre piquette qui, dit Stevenson, était

agréable au goût mais peu fortifiante.

S'étant attardé à table et au café, il ne partit de Saint-Germain que

peu avant quatre heures. Il descendit au sud-ouest jusqu'au Gardon de

Mialet dont le lit large et caillouteux est à peu près à sec en été,

traversa St-Etienne-Vallée-Française et arriva vers le soir au bas de

la côte de Saint-Pierre qu'il se hâta de gravir aussi rapidement que le

permettaient les pas menus de _Modestine_, car il désirait contempler

le côté opposé de la montagne en plein jour.

Mais la nuit le surprit avant qu'il eût atteint le sommet. Une vallée

indistincte, s'enfonçant dans les ténèbres, formait comme un immense

trou aux pieds du voyageur; par contre les crêtes des montagnes se

détachaient nettement sur l'azur, du firmament dominées par le mont

Aigoual. Ce sommet, jadis forteresse de Castanet, chef d'une des cinq

légions des Camisards, est aujourd'hui couronné d'un observatoire

météorologique.

Au haut de la montée de Saint-Pierre _Modestine_ et son conducteur

prirent ensemble leur dernière réfection au clair de la lune. La pauvre

bête s'était prise d'affection pour son maître et mangeait de meilleur

appétit ce qu'il lui donnait dans le creux de la main.

La descente sur Saint-Jean-du-Gard fut longue. A dix heures du soir

seulement Stevenson était arrivé dans cette ville et se mettait à table

pour souper. Il avait marché plus de six heures et gravi une côte des

plus pénibles.

ADIEU MODESTINE!!

Le vendredi 4 octobre dans la matinée il fut constaté après examen

que _Modestine_ n'était pas en état de se remettre en route. Au

dire de l'hôtelier elle avait besoin de deux jours de repos pour le

moins. Mais Stevenson avait hâte d'arriver à Alais où l'attendait sa

correspondance. Il se décida donc à vendre sa compagne de voyage et

à partir l'après-midi en diligence. Des acheteurs flairant une bonne

affaire ne tardèrent pas à se présenter. Vers dix heures il y eut une

offre de 25 francs et avant midi, après un marchandage opiniâtre,

l'Anglais céda la bête et le harnais pour 35 francs. Ce marché n'était

guère avantageux pour lui, mais il y gagnait sa liberté.

[Illustration]

Ce ne fut que lorsqu'il se trouva sur la diligence, assis à côté du

postillon et roulant dans une vallée rocailleuse parmi des oliviers,

qu'il se rendit compte de sa perte. Tant qu'il avait eu _Modestine_ à

ses côtés il avait cru la détester; mais maintenant il sentait qu'elle

lui manquait.

Du 22 septembre au 4 octobre, elle avait été pendant douze jours sa

fidèle compagne; ils avaient fait un trajet d'environ cent lieues,

franchi plusieurs chaînes de montagnes et arpenté avec leurs six jambes

une infinité de chemins de traverse, les pieds dans les cailloux ou

dans la boue.

Après la première journée, sauf quelques accès de mauvaise humeur, il

avait supporté sa lenteur avec patience. Quant à elle, la pauvre bête,

elle le regardait presque comme un Dieu et elle se plaisait à manger

dans sa main. Elle était patiente, élégante de forme, d'un gris idéal

et de taille si menue; ses défauts étaient ceux de sa race et de son

sexe; mais ses qualités, elle ne les devait qu'à elle-même. Pauvre

_Modestine!_ il ne devait plus la revoir.

Le père Adam avait pleuré quand il lui avait livré l'ânesse et lui,

l'ayant vendue à son tour, était sur le point de pleurer pareillement.

Et il aurait, dit-il, cédé à son émotion s'il n'avait pas eu près de

lui le postillon et cinq ou six joyeux compagnons de voyage.

MÉMOIRES DU CLUB CÉVENOL

Le «_Bulletin illustré du Club Cévenol_» publication trimestrielle,

n'est pas fait pour relater les travaux de longue haleine que des

correspondants érudits veulent bien consacrer à nos Cévennes.

Pour que le fruit de ces recherches ne soit pas perdu, la nécessité

s'imposait de publier à part les plus remarquables de ces études; c'est

de cette préoccupation qu'est née la série entreprise sous le titre

générique: «_Mémoires du Club Cévenol_».

Histoire,--géographie,--archéologie,--récits et légendes,--recherches

dans le sous-sol, les «_Mémoires du Club Cévenol_» ont un cadre

assez large pour offrir l'hospitalité à tous ces genres de travaux.

Il suffira que chacun des ouvrages présentés offre une originalité

suffisante et un caractère local pour qu'il soit digne de figurer dans

la collection.

Si le succès répond à nos espérances, chaque année la collection

s'enrichira d'un volume du même format que le Bulletin. Chaque volume

des «_Mémoires_» sera mis en souscription par l'un des groupes du Club

Cévenol et le jour où le nombre de souscripteurs sera assez élevé, la

publication aura lieu.

L'année 1901 inaugure la série de ces études et successivement

paraîtront:

Tome I Nº 1 _Barre et sa Seigneurie_; par M. L. JOURDAN, député de la

Lozère;

-- Nº 2 _La Salindrinque_: par M. X., membre correspondant du _Club

Cévenol_;

-- Nº 3 _Voyage à travers les Cévennes_; par STEVENSON; adaptation

française par A. MOULHARAC;

Ces ouvrages viennent de paraître.

Tous ceux qui ont à cœur de grossir la phalange cévenole des pionniers

de nos montagnes, tous ceux qui veulent entretenir un commerce intime

avec les souvenirs présents et passés du coin de terre natal, viendront

à nous comme souscripteurs, apporter leur modeste part contributive

a l'œuvre entreprise et seconderont ainsi le _Club Cévenol_ dans la

direction nouvelle où il s'est engagé au seuil du XXe siècle.

F. V.

========================================================================

A détacher et à renvoyer au secrétaire du groupe du Mt Liron à LASALLE

(Gard).

_Je soussigné_ (nom; prénom et adresse)...............................

......................................................................

_déclare souscrire aux Nos 2 et 3 des_ «Mémoires du Club Cévenol» _et

m'engage à verser la somme de 2 fr. plus les frais de port, dès la

réception des susdits ouvrages_.

Signature,

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Compagnie des SERVICES INTERNATIONAUX

DES CHEMINS DE FER

[Illustration: International Palace]

RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX

La Compagnie des Services Internationaux des Chemins de fer, dont

la fondation remonte à quatorze années, a été instituée dans le but

d'établir des relations entre toutes les compagnies de Chemins de fer

d'Europe et de les représenter: elle développe les voyages dans tous

les pays et fait connaître au public les nouvelles combinaisons de

billets qui lui permettent de bénéficier des grandes réductions et des

facilités accordées par les différentes Compagnies.

Elle centralise les tarifs et horaires, soude entre elles les lignes

directes et rapides, pour les relier aux points frontières afin

d'éviter toute interruption dans les parcours.

Ces tarifs, horaires et tracés de voyages sont publiés par

l'Administration centrale, à l'aide de divers guides, remis

gratuitement au public par ses soins, dans toutes les parties du

Continent.

Les bureaux de l'Administration sont installés dans l'=International

Palace=, 7 et 7 bis, Avenue Bosquet (_près du pont de l'Alma et des

Champs-Elysées_), centre essentiellement mondain et riche du Tout-Paris.

PUBLICITÉ DU BULLETIN ILLUSTRÉ ET DES MÉMOIRES DU "CLUB CÉVENOL"

Par suite de traités conclus avec l'Administration de la _Compagnie des

Services Internationaux des chemins de fer_, la publicité du _Bulletin

Illustré et des Mémoires du Club Cévenol_ est désormais confiée à M.

l'Administrateur délégué de la Compagnie qui a bien voulu nous prêter

son concours et celui de ses agents.

L'agent spécial chargé de ce service, M. LACOSTE, se présentera sous

peu chez nos anciens abonnés et chez quelques-uns de nos collègues:

Tous lui réserveront, nous n'en doutons pas, le meilleur accueil.

Excursions dans les Cévennes et les Causses

Service de Renseignements du «Club Cévenol»

Voyage à travers les Cévennes avec un âne · 第 4 / 5 段