XV

Il revient dans l'ode familière suivante à lui-même, et dit comment il

devint favori de la muse légère:

«Sur les rives du Vulturne, qui poursuit son cours au delà de l'Apulie

où je suis né, un jour que, fatigué par mes jeux et vaincu par le

sommeil, des colombes prophétiques me parsemèrent d'un feuillage

printanier; ce prodige étonna ceux qui habitent le nid d'aigle escarpé

du village d'Achérontie, les précipices boisés de Brantium, et ceux qui

labourent les gras territoires de l'obscur Férente, émerveillés de ce

que je sommeillais à l'abri des ours et des morsures des noires vipères,

sans autre défense que les rameaux de myrte et de laurier, enfant à qui

les dieux seuls pouvaient inspirer tant de confiance!»

Ce souvenir l'exalte et lui fait récapituler, avec une pieuse

reconnaissance, toutes les protections miraculeuses des dieux sur sa

vie.

«Je suis votre protégé, ô Muses! vous êtes mes protectrices, soit quand

je gravis les rocs escarpés de ma Sabine, soit que la froide température

de Præneste, ou les hauteurs de Tibur, ou les vagues onduleuses qui

baignent Baïa, m'appellent dans leurs divers séjours; ainsi de vos

fontaines et de vos mélodieux murmures: c'est par vous et pour vous que

la défaite et la déroute de Philippes m'ont laissé vivant! par vous que

la chute inopinée d'un arbre sur mon passage ne m'a pas écrasé! par vous

que je ne fus pas englouti sur les écueils du cap Palinure par les mers

de Sicile!... Grâce à vous je naviguerai avec confiance sur les flots

inconstants du Bosphore; grâce à vous j'affronterai sans crainte les

sables brûlants des plages de Syrie...... Quand César ramène dans nos

villes ses légions fatiguées de vaincre, lui-même aspirant à clore ses

exploits par la paix, c'est vous qui le délassez dans l'antre des Muses,

c'est vous qui lui soufflez des conseils de douceur et qui vous honorez

de les lui avoir soufflés.... La force brutale s'écroule sous sa propre

masse. La terre elle-même frémit des monstres qu'elle a portés, etc.,

etc.»

Qui ne reconnaît dans cette allusion aux conseils de douceur donnés à

César par les Muses les conseils de clémence qu'Horace lui-même donnait

à Auguste en faveur des vaincus de la république? Le poëte justifiait à

ses propres yeux son ralliement au maître du monde par les salutaires

inspirations qu'il lui insinuait en si beaux vers.

Cours familier de Littérature - Volume 08 · 第 146 / 163 题