XIV

La petite ode à Posthumus est une répétition de la même tristesse

exprimée en vers qui semblent fuir d'eux-mêmes le temps dont ces vers

retracent la fuite insensible.

«Posthumus! Posthumus! les années glissent en nous entraînant, etc.,

etc.» Et après une énumération éloquente de la vanité de nos prières et

de nos efforts pour ralentir cette fuite du temps qui nous rapproche de

la mort:

«Il faut quitter cette terre, cette maison, cette épouse chérie; et, de

tous ces arbres que tu plantas avec tant d'amour, aucun autre que le

cyprès funèbre ne suivra hors de ton enclos son maître d'un jour!»

Sa philosophie, commode et modeste, éclate dans la plupart de ces odes

en vers à demi-voix qui ont le charme de son caractère; les images dans

lesquelles il symbolise cette modération des voeux de l'homme, pour que

ces voeux ne soient pas plus vastes que la vie humaine qui les trompe

tous, sont restées immortelles et proverbiales chez tous les poëtes

venus après lui.

Lisez:

«C'est le calme qu'implore le matelot surpris dans la vaste mer Égée

quand de noires nuées recouvrent la lune, et qu'aucun de ses astres

conducteurs de sa route ne brille plus à ses yeux dans le firmament,

etc.

«Il vit heureux de peu celui qui, sur sa table frugale, se contente de

voir briller la salière de ses aïeux; celui que ni la crainte de perdre,

ni la cupidité de gagner, n'empêchent de jouir de sommeils légers!...

Le coeur satisfait d'un présent borné dédaigne de se troubler pour ce

qui doit suivre; il tempère l'amertume des soucis par le sourire de

l'insouciance. Nul ne peut se dire heureux par tous les aspects de sa

destinée. Quant à moi, j'ai reçu pour ma part un petit domaine

champêtre, un léger souffle de la muse attique et le don de mépriser le

vulgaire envieux!»

Ce dernier vers, inattendu dans une ode pleine de riantes images et de

douce sagesse, sonne comme un ressentiment caché au fond du coeur contre

la méchanceté de ses ennemis; c'est une flèche sous les fleurs qui

retentit au fond du carquois. Ce mépris du vulgaire faisait partie de

l'indifférence, cette philosophie d'Horace. Une haine endormie, mais

immortelle, subsiste entre le vulgaire et l'homme de génie. C'était son

orgueil aussi à lui, et cet orgueil était assez fondé, sur

l'avilissement de son siècle, dans un soldat retiré de Brutus qui avait

vu s'agenouiller sa patrie sous trois tyrans, et qui, ne pouvant plus

l'estimer, s'en vengeait par le dédain, cette supériorité du regard. Ce

dédain, il l'exprime comme il le sent, avec l'audace d'un homme qui

n'espère rien de la multitude:

«Je hais le profane vulgaire, et je l'écarte.»

Cela ne l'empêche pas de chanter la vertu civique pour elle-même dans

les strophes les plus mâles qui aient jamais été écrites à la gloire de

l'héroïsme civil. (Ode III du IIIe livre.)

«L'homme juste et résolu dans son dessein, ni la fureur d'un peuple qui

lui ordonne le crime, ni le visage impérieux d'un tyran, ni la tempête

qui amoncelle les flots troublés de la mer Adriatique, ni la grande main

de Jupiter lui-même tenant la foudre, ne le font chanceler sur la base

solide de sa fermeté. Que l'univers brisé s'écroule! ses débris

l'écraseront sans l'intimider, etc., etc.»

Il s'élève dans cette ode stoïque et vertueuse à la hauteur d'Orphée;

l'expression répond à l'âme, le style est d'airain, il brave la foudre.

Certes il y avait de la vertu et de l'héroïsme civique dans l'homme qui

les sentait avec un tel accent!

Puis tout à coup, à la dernière strophe de l'ode, il renverse le trépied

comme indigne de s'y asseoir, et il revient à ses amours et à ses

badinages.

«Mais de tels sujets, dit-il, ne siéent pas à une pensée enjouée comme

la mienne. Où vas-tu t'égarer, muse folâtre? Ta voix atténuerait la

grandeur des choses que tu oserais célébrer ainsi.

Cours familier de Littérature - Volume 08 · 第 145 / 163 题