À LA RÉPUBLIQUE.

«Ô vaisseau! de nouvelles vagues vont donc te lancer de nouveau dans

les hautes mers! Ah! que fais-tu? Cramponne-toi de toutes tes ancres au

port! Ne vois-tu pas tes flancs nus de rames, ton mât chancelant rompu

par le vent d'Afrique? N'entends-tu pas gémir tes antennes? Privé des

câbles qui relient tes planches, pourras-tu résister à l'assaut redoublé

des lames? Plus de voiles, déchirées déjà par tant de tempêtes; plus de

dieu qu'il te reste à invoquer sous les périls qui pèsent sur toi! Bien

que tu sois construit d'un pin de Bithynie, et que, noble fils de la

forêt, tu te glorifies d'une origine et d'un nom illustre, les

décorations peintes sur ta proue ne rassurent pas le pilote! Hâte-toi de

réfléchir, si tu ne veux pas redevenir bientôt le jouet des vents! Ô toi

(patrie)! si récemment encore le souci et la douleur de mon âme! toi

maintenant le regret et la terreur constante de ma vie, que les dieux te

gardent des écueils écumants des Cyclades!»

Il est impossible de ne pas sentir une âme patriotique dans ces accents

du coeur échappés à l'inquiétude d'un vaincu résigné de la république,

mais d'un vaincu toujours préoccupé du sort de sa patrie. Horace en

demandait le salut à tous les pilotes. Le poëte, désarmé par la clémence

d'Auguste et par l'amitié de Mécène, était encore citoyen.

Cours familier de Littérature - Volume 08 · 第 141 / 163 题