Écoutez-en une autre d'un accent plus doux: il s'agit d'inviter un de
ses amis, _Sextius_, à faire trêve aux soucis, ces frimas de l'âme, et à
jouir des rares moments de plaisir que le destin permet aux mortels de
glaner ici-bas. Voyez par quel gracieux prélude descriptif Horace
prépare Sextius à ses conseils de sage jouissance de ses amis:
«L'âpre hiver se détend à la douce vicissitude du retour du printemps et
des vents tièdes du midi; les cabestans traînent à la mer les navires
longtemps à sec sous le sable du rivage; le troupeau ne se réjouit plus
de la chaleur de son étable ni le laboureur de la flamme de son foyer;
les prairies ne blanchissent plus des givres du matin; Cythérée, à la
clarté de la lune suspendue dans l'éther, recommence à mener ses choeurs
de nymphes qui se tiennent par la main et de grâces pudiques; elles
frappent la terre en mesure dans leurs rondes, d'un pied cadencé, tandis
que le divin forgeron rallume la flamme dans les noirs ateliers des
Cyclopes.
«C'est l'heure de ceindre, d'enlacer à nos cheveux ou le myrte vert ou
les fleurs nouvelles que la terre attiédie fait éclore.»
Puis, tout à coup, passant sans transition de ces images de toutes les
choses renaissantes qui convient les sens à jouir à la pensée de la mort
qui commande aux vivants de se hâter de vivre:
«La pâle Mort, s'écrie-t-il dans un vers d'un accent aussi funèbre
qu'inattendu, la pâle Mort secoue d'un pied indifférent la porte de la
cabane du pauvre ou des tours des palais des rois; là, heureux Sextius,
la brièveté de la vie nous interdit de concevoir les longues espérances.
Déjà pèse sur toi la sombre nuit des Mânes et s'avance sur tes pas
l'ombre des vides demeures de Pluton, où, une fois entré, tu ne pourras
plus tirer au sort la royauté des festins, ni admirer les grâces de ce
tendre enfant Lycidas (sans doute son fils) que toute la jeunesse
romaine envie, et qui, bientôt, fera palpiter le coeur ému des jeunes
vierges.»
Et l'ode est finie, comme elle est commencée, par une image de
félicités, entre lesquelles une sombre image de la brièveté de la vie,
comme un cyprès noir entre deux arbustes verts et roses couverts de la
blanche neige des fleurs du myrte ou des pâles roses des premiers
églantiers fleuris.