Ce n'est donc pas du sérieux qu'il faut chercher dans Horace, c'est de
l'agrément; il n'est sérieux que quand il s'agit de son bonheur, il
n'est sage que quand il conseille de le chercher dans la retraite, dans
la médiocrité et dans l'amitié. C'est donc un poëte _semi-sérieux_,
comme disent les Italiens de nos jours; ne vous attendez pas à autre
chose, vous seriez trompés; aussi ne l'ouvrez qu'à un certain âge et
dans les heures oisives où votre âme, libre de grandes passions et vide
de hauts enthousiasmes, cherche à se bercer elle-même sur les vagues
apaisées de la vie, en un mot, quand vous voulez vous amuser avec des
vers comme avec des osselets. Il y a des heures pour cela dans la vie:
c'est le poëte de ces heures; il ne calmera pas un de vos chagrins, mais
il enchantera une de vos oisivetés. Je le conseille aux hommes rassasiés
du monde qui ont passé les deux premiers tiers de leur existence. Plus
tôt ce serait un mauvais signe que de s'y plaire; une si molle
indifférence ne sied pas à la jeunesse.