II

Un second caractère de sa poésie, c'est qu'elle ne dérive pas, comme la

grande poésie, de l'enthousiasme, mais du badinage. Nous ne donnons pas

cela comme une qualité, mais comme une infériorité du génie poétique

d'Horace. Ce génie même, quand il a abordé les grands sujets religieux,

philosophiques, patriotiques, est quelquefois élevé, mais jamais

complétement sérieux. Ce n'est ni l'accent ému et pieux de David, ni

l'accent révélateur d'Orphée, ni l'accent héroïque d'Alcée, ni l'accent

majestueux de Pindare; il n'avait de foi bien profonde ni dans la

divinité, ni dans la vertu, ni dans la patrie, ni dans la liberté. Il en

parle quelquefois admirablement, mais sans conviction; on sent que ce

n'est pas sa foi, mais son thème; c'est un musicien accompli, qui

exécute bien la note élevée, mais qui ne l'invente pas; à ce titre il

était incapable de composer des hymnes pour les temples ou des chants

populaires pour les légions. Ce feu sacré, emprunté à d'autres, jetait

par moment quelques flammes dans ses strophes, mais il ne brûlait pas

dans son sein. S'il eût été stoïcien, comme Brutus et Caton, il aurait

eu la langue d'Orphée; mais il était épicurien, il ne pouvait avoir que

la langue des Grâces. Cette indifférence fondamentale sur les dieux, sur

les vertus stoïques, sur les formes politiques, fait partie de son

charme; il est léger comme un coeur vide de fortes convictions; il joue

autour des fibres les plus molles du coeur, il ne les brise jamais.

Comment en aurait-il été autrement de l'homme qui, après avoir combattu

avec Caton et Brutus pour le maintien de la république, soupait gaiement

avec Mécène et avec Auguste? content de tout pourvu que la transition

fût décente, que l'amitié fût douce et que le falerne fût frais.

Cours familier de Littérature - Volume 08 · 第 134 / 163 题