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Une immense renommée, renommée à la fois littéraire, aristocratique et

populaire, s'attacha à la mémoire de ce poëte de la cour, du plaisir et

de la solitude, après sa mort. On fit des pèlerinages d'amitié et de

poésie aux lieux que son séjour avait pour ainsi dire consacrés.

L'historien romain Suétone raconte que, de son temps, c'est-à-dire sous

l'empereur Trajan, on montrait encore avec vénération, près du petit

bois de chênes verts de Tibur (Tivoli), la petite maison de plaisance

qu'Horace avait habitée. Sa maison d'Ustica dans la Sabine, sa chère

fontaine de _Blandusie_, près de la petite villa napolitaine de Venouse,

le lieu de sa naissance, aujourd'hui _Palazzo_, restèrent éternellement

l'objet du même pèlerinage et du même culte de la mémoire. L'homme

illustre, surtout l'homme aimé, laisse comme le cygne une plume de ses

ailes et une harmonie de son chant suprême aux lieux où il s'est

abattu. On se plaît à retrouver son âme dans leurs sites favoris; l'âme

doucement philosophique d'Horace est à _Ustica_, ce recueillement de sa

vie rurale entre deux montagnes de la Sabine; l'âme voluptueuse et

poétique d'Horace est à _Tibur_, ce délassement passager de la cour et

des plaisirs de Rome, à l'ombre de la villa de Mécène, qui la couvrait

de son amitié: l'amitié, en effet, fut sa véritable muse; c'est par

excellence le poëte de l'amitié, parce que l'amitié est une passion

douce et tempérée qui échauffe l'âme sans la consumer comme l'amour.

Soigneux de sa santé morale après quelques débauches de jeunesse, il

s'était mis au régime des sentiments qui n'ont point de lie. Il était

sobre dans ses passions comme à sa table; glisser sur la vie sans trop

appuyer était sa devise comme celle de Fontenelle et de Saint-Évremond.

Le mot qui résume le mieux le nom d'Horace est _amabilité_; il n'est pas

grand, il n'est pas sublime, il n'est pas passionné, il n'est pas

sérieux, il est même rarement tendre, mais il est aimable; et la

postérité, qui le récompense à bon droit de lui plaire, l'admettra à

jamais au premier rang des hommes de bonne compagnie.

C'est ce caractère d'homme aimable, de charmant convive et d'hôte de

bonne compagnie qui lui conserve une place de choix dans nos

bibliothèques. Les jeunes gens en font peu d'estime, mais les hommes

d'un certain âge l'adorent. Voltaire, à quatre-vingt-trois ans, adressa

à l'ombre d'Horace une de ses plus juvéniles épîtres; il ne manqua à ces

vers que l'accompagnement du murmure des Cascatelles de Tivoli, qui

mouillaient de leur écume les tablettes du poëte latin quand il écrivait

d'une main si légère ses propres épîtres badines à Mécène. Écoutez

Voltaire; vous croiriez entendre Horace encore.

Cours familier de Littérature - Volume 08 · 第 129 / 163 题