C'est là qu'Horace se prêta aux désirs de ses amis lettrés, les Pisons,
en écrivant ces épîtres, plus didactiques qu'agréables, qu'on a appelées
son _Art poétique_.
C'est un cours de littérature abrégé et résumé en vers froids, secs,
d'une admirable concision, mais d'une pénible lecture. La grâce et la
mollesse, caractère des écrits d'Horace, ne pouvaient avoir leur place
dans un sujet didactique; les préceptes dénués de descriptions et
d'épisodes n'appartiennent pas à la poésie, mais à la pédagogie.
Boileau, quoique copiste d'Horace, a traité le même sujet dans son _Art
poétique_ avec une grande supériorité sur le poëte romain, bien que
Boileau fût infiniment moins poëte que l'ami de Mécène; mais Horace ne
prétendait qu'à faire une ébauche, Boileau faisait un poëme. En ce genre
les _Géorgiques_ de Virgile sont le chef-d'oeuvre immortel des anciens
et des modernes, parce que le spectacle de la nature et les travaux des
champs sont un sujet bien plus susceptible de description et de
sentiment que les leçons de rhétorique et de prosodie données en vers
boiteux par Horace et par Boileau. Virgile, fils d'un potier de Mantoue
et né parmi les pasteurs et les laboureurs des collines du lac de Garde,
composait des souvenirs de son enfance des tableaux vivants dans son
âme, tableaux qui vivront autant que la nature; sa supériorité
didactique ne vient pas seulement du poëte, elle vient du sujet.