À partir de ce moment Horace n'écrivit plus ni satire personnelle, ni
invectives, ni épigrammes; il craignit sans doute de compromettre dans
ses querelles personnelles ses illustres patrons. Sa poésie, plus
lyrique, plus élégante, quoique aussi voluptueuse, prit la douce gravité
ou la gracieuse familiarité des maîtres du monde avec lesquels il vivait
si familièrement. Il gagna beaucoup dans ce commerce avec Mécène et la
cour d'Auguste. Il y avait de l'Arétin dans ses premiers vers, il n'y
eut que du Pindare et de l'Anacréon dans les derniers. La poésie légère
est un fruit des cours, parce qu'elle est l'élégance de l'esprit et
l'aristocratie des langues; on le voit sous Périclès à Athènes, sous
Auguste à Rome, sous les Médicis à Florence, sous Louis XIV en France,
sous Charles II en Angleterre. La liberté populaire est une vertu, mais
ce n'est pas une muse; le peuple juge très-bien de l'éloquence et
très-mal de la poésie. Avant ses empereurs Rome avait ses plus sublimes
orateurs et pas un de ses vrais poëtes. À chacun sa part des dons de
l'esprit: au peuple la force, la grâce aux cours.