Le jeune Horace, son compagnon d'armes, son poëte et son ami, après
avoir bien combattu, raisonna plus juste; il ne s'obstina pas à vouloir
pour lui seul une liberté chimérique et une féroce vertu. Les Romains
pervertis ou corrompus n'en voulaient plus pour eux-mêmes. Pendant que
Brutus se plongeait son épée dans le corps, Horace jeta la sienne, ainsi
que son bouclier, pour s'éloigner plus légèrement du champ de carnage;
le poëte _Alcée_, son modèle, en avait fait autant dans une circonstance
semblable. L'espérance est aussi une poésie comme le désespoir. Horace
était jeune; il tournait depuis quelque temps à la philosophie facile et
accommodante d'Épicure. Pourquoi mourir, puisqu'une vie longue et douce
s'ouvrait encore devant lui? D'ailleurs il est probable que son père
chéri vivait encore, et que la pensée de consoler ce tendre auteur de
ses jours lui parut un devoir plus sacré et plus vertueux que celui de
mourir pour des regrets. Mais, si Horace ne fut point fanatique dans
cette occasion, il ne fut point lâche; il n'imita pas ses camarades et
ses amis qui firent défection à la république en passant au service
d'Antoine et d'Octave; il n'alla pas s'embarquer sur la flotte de
Mutius, amiral de Brutus, pour grossir les rangs du fils de Pompée en
Espagne. Il alla vraisemblablement rejoindre son père à Athènes ou à
Venouse. L'amnistie générale proclamée par Octave et Antoine le couvrit
contre la vengeance des triumvirs; il ne voulut pas, par honneur, servir
leur cause dans leurs camps ni dans leurs charges civiles; il renonça
aux armes et rentra dans la vie privée, dédaigneux de gloire, affamé de
plaisir, d'amour et de poésie. Voilà la vérité toujours indulgente.