Cassius le nomma, pour ses exploits, tribun des soldats; c'était un
grade éminent dans l'armée romaine, équivalant au grade de colonel ou de
général de brigade dans nos camps. Ce grade donnait droit au
commandement d'une légion, corps de six mille hommes de toutes armes.
Horace commanda, en effet, une légion sous les ordres de Cassius, et il
la commanda avec honneur. On ne peut croire qu'un vieux général aussi
consommé que Cassius ait élevé un lâche à un tel commandement dans son
armée; la lâcheté, dont se vante plus tard Horace dans ses vers
railleurs contre lui-même, n'était donc en réalité qu'une plaisanterie
ou une flatterie à Auguste; il voulait persuader par là à ce prince,
neveu de César, que tous ceux qui avaient combattu jadis contre lui
étaient indignes de porter une épée et un bouclier. Il l'honorait par
adulation d'un vice qu'il n'avait pas; il sacrifiait son caractère à sa
fortune. La vérité c'est qu'il avait héroïquement commandé et combattu
contre César, et qu'il ne voulait plus combattre contre Auguste. La
fortune avait décidé, il était devenu épicurien, il ne voulait pas se
roidir contre la fortune. Ces vers d'Horace sur sa prétendue fuite et
sur son bouclier jeté à la bataille de Philippes sont une turpitude,
mais ne sont pas une lâcheté.