Épicure, Platon, Zénon se disputaient l'intelligence de cette jeunesse;
les épicuriens étaient les matérialistes du temps, les stoïciens étaient
les spiritualistes, les platoniciens étaient les illuminés, les
académiciens étaient les sceptiques. Horace, à cette époque, penchait
par imagination vers les sceptiques, par vertu vers les stoïciens; les
derniers républicains étaient stoïciens; c'est par vertu qu'ils
voulaient mourir pour conserver l'ancienne liberté romaine, mère des
vertus. Brutus, qu'on se peint comme un féroce et fanatique meurtrier,
n'était que le plus aristocrate, le plus élégant et le plus lettré des
stoïciens aristocrates. Caton était le chef de cette école à Rome; les
ennemis et les assassins de César n'étaient que des philosophes qui
avaient changé le livre contre le poignard; Horace brûlait alors de
républicanisme par amour pour l'idéal antique des honnêtes gens.
Aussi, dès qu'il eut terminé ses études à Athènes et qu'il y eut appris
par les lettres de Cicéron à son fils le meurtre de César et la
renaissance de la liberté, Horace s'enflamma d'ardeur pour cette
renaissance de la république, et il s'attacha corps et âme à la cause de
Brutus. La jeunesse studieuse d'Athènes, à la lecture de ces lettres de
Cicéron, approbatives du meurtre du tyran, proclama Brutus et Cassius
les héros du siècle, promena leurs bustes dans les rues, et les plaça à
côté des statues des libérateurs d'Athènes, Harmodius et Aristogiton.